Prédiction des vols de ravageurs
Informer sur la probabilité statistique de capture en cuvette
L’outil permet de visualiser :
- Sous forme graphique : l’évolution de la probabilité journalière de capture jusqu’à J+7, pour une commune donnée
- Sous forme de carte : les niveaux de probabilité sur tout le territoire, pour une date donnée (jusqu’à J+7)
Le seuil d’alerte est défini par les algorithmes du modèle. Au-delà de ce seuil, la probabilité de capturer le ravageur augmente de façon significative.
L'outil de prédiction des vols de charançon de la tige du colza a été développé grâce au projet Produire du programme Cap Protéines et a bénéficié du soutien du ministère de l'Agriculture et de la souveraineté alimentaire dans le cadre du plan de relance.
L'outil de prédiction des vols de charançon du bourgeon terminal a été développé grâce au projet Adaptacol² et a bénéficié du soutien du Casdar.
Les atouts agronomiques de la cameline
La cameline (Camelina sativa) est une crucifère (Brassicacée) originaire d’Europe et d’Asie du Sud-Ouest. Elle est historiquement cultivée en Europe, notamment en France dont les premières traces datent de l’Age de Bronze pour la production d’huile végétale et de fourrage.
La cameline (Camelina sativa) est une crucifère (Brassicacée) originaire d’Europe et d’Asie du Sud-Ouest. Elle est historiquement cultivée en Europe, notamment en France dont les premières traces datent de l’Age de Bronze pour la production d’huile végétale et de fourrage.
Sa culture est largement répandue jusqu’au début du XXe siècle, d’où on tirait une huile employée notamment dans la fabrication des savons et des peintures, avant de, peu à peu, disparaître face à la concurrence d’autres cultures oléagineuses plus productives telles que le colza. A l’époque, les résidus solides obtenus après extraction de l'huile servaient de compléments alimentaires au bétail ou étaient utilisés comme fertilisants ; les tiges étaient utilisées pour la confection de balais.
Aujourd’hui, elle réapparaît dans le paysage agricole européen, et intéresse de nombreux acteurs, agriculteurs comme industriels, du fait de ses atouts agronomiques et de l’ouverture de nouveaux débouchés.
Une bonne adaptation aux contextes pédoclimatiques
La cameline a un atout de taille : elle s’adapte à une large gamme de contextes pédoclimatiques, et valorise notamment bien les sols à faible potentiel. Elle est souvent présentée comme une culture rustique, du fait de sa faible exigence en intrants et de sa résistance à la sécheresse et aux fortes températures. Elle est également plutôt tolérante aux bioagresseurs et résistante à la verse. Ainsi, la cameline nécessite peu d’engrais et de pesticide, son introduction dans les systèmes de culture présente donc des intérêts économiques et environnementaux.
Pas de matériel spécifique mais des réglages nécessaires
De plus, sa mise en œuvre ne requiert pas de matériel spécifique, ce qui facilite son introduction dans les exploitations. Malgré tout, du fait de la petite taille de sa graine (PMG ≈ 1-1.5g), les phases d’implantation et de récolte nécessitent des réglages et une attention particulière.
Une culture au cycle court
Une particularité intéressante de la cameline réside dans la durée de son cycle, qui varie selon les variétés et périodes de semis de 90 à 250 jours (1700 à 1900 degrés jour en base 0°C selon les variétés). Elle peut donc être cultivée en culture principale, en association avec par exemple de la lentille ou encore en dérobé pour les variétés à cycle court (lien page mode d’insertion dans les SdC).
Un atout pour l'agriculture biologique
Sa faible exigence en intrant combinée à un fort pouvoir concurrentiel – à condition d’une levée régulière et homogène – lui permet de trouver sa place dans les rotations en agriculture biologique (lien page agriculture biologique). Certains agriculteurs rapportent même qu’elle aurait un effet "allélopathique", c’est-à-dire qu’elle pourrait freiner naturellement la croissance d’autres plantes indésirables autour d’elle. Cela n’a pas encore été démontré en plein champ à notre connaissance.
Conclusion
Ainsi, l’ensemble de ces atouts en font une culture capable de s’intégrer facilement dans une diversité de systèmes de culture en France, mais aussi à travers le monde, en agriculture biologique comme en conventionnelle, en culture principale comme en dérobé.
Les outils pour la cameline
Enquêtes de surveillance
Enquête
Les éditions sur la cameline
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Biocontrôle contre la grosse altise : que sait-on et que fait-on ?
La grosse altise est un ravageur important du colza à l’automne. Pour y faire face, le Plan de sortie du phosmet vise à identifier et déployer des leviers de gestion, à l’échelle de la plante, de la parcelle et du paysage, qu’il s’agira de combiner dans des stratégies de gestion efficace sur le terrain.
Note importante : Les solutions testées et présentées ci-dessous ne sont pas autorisées aujourd’hui contre les grosses altises sur colza.
Le biocontrôle c’est quoi ?
Un produit de biocontrôle utilise des mécanismes naturels pour protéger les végétaux et renforcer leurs défenses contre les organismes nuisibles grâce à des macroorganismes, des microorganismes ou des produits comprenant des médiateurs chimiques, des substances naturelles (d'origine végétale, animale ou minérale), et des substances de base, tout en présentant un niveau élevé de sécurité pour la santé publique et l'environnement.
En France, près de 50% des produits de biocontrôle sont utilisés en arboriculture, maraîchage et viticulture. Cependant, de fortes attentes existent pour leur utilisation en grandes cultures, notamment pour les applications insecticides, qui représentent un tiers de leur usage total.
Pour lutter contre les grosses altises, différentes stratégies sont envisagées par Terres Inovia : réduire la consommation des feuilles par les altises adultes, diminuer la pression larvaire sur le colza et limiter la colonisation du colza à l’échelle de la parcelle ou du territoire.
La lutte directe pour réduire les dégâts foliaires des adultes sur les jeunes colzas
Terres Inovia et ses partenaires ont évalué une quinzaine de substances naturelles pour limiter les dégâts foliaires par les adultes avant le stade 4 feuilles. Les efficacités observées sont variables et en général inférieures aux références insecticides. Les sels d’acides gras dont le mode d’action par déshydratation et suffocation nécessitent de toucher l’altise et le soufre dont le mode d’action aurait un effet plutôt répulsif se sont avérés les plus efficaces parmi les différentes solutions testées.
Sels d’acides gras : La première application est réalisée au début de l’attaque lorsque 30% des plantes environ présentent des morsures avant 4 feuilles. Trois traitements espacés de 5 à 7 jours sont réalisés et appliqués en fin de journée lorsque les altises adultes sont actives. Une réduction des dégâts foliaires est observée dès la première application avec une efficacité moyenne comprise entre 25 et 50%. L’action choc de la référence insecticide est supérieure. Après 2 ou 3 applications, et 2 à 3 semaines après l’unique application de Karaté Zéon, la réduction des dégâts foliaires par les sels d’acides gras est comparable à la référence insecticide.
Soufre : La première application est réalisée en tout début d’attaque car le mode d’action supposé est répulsif. L’efficacité moyenne est comprise entre 20 et 45%. L’absence de pluies et les températures élevées semblent favorables à l’efficacité.
Figure 2 : Pourcentage de surface foliaire détruite après 1, 2 ou 3 applications de soufre. Volume de bouillie 200 l/ha. (nombre d’essais)
Le talc et le kaolin qui agissent comme barrière physiques se sont avérés moins efficaces.
L’huile de paraffine, le purin d’ortie, l’azadirachtine (extrait naturel du margousier reconnu pour ces propriétés insecticides contre les pucerons et utilisé par dérogation en arboriculture) ou encore le bore (forme octoborate) se sont avérés inefficaces dans les essais de l’institut et de ses partenaires.
Les essais se poursuivent sur la campagne 2025 afin de conclure sur leur efficacité et dans ce cas, de mieux comprendre les conditions d’application, ainsi que leur positionnement technico-économique. Il s’agit également d’identifier de nouvelles solutions.
Des solutions pour limiter les infestations larvaires
Pour réduire la pression larvaire, plusieurs projets sont en cours dans le Plan de sortie du phosmet, pour développer des solutions techniques à base de produits de biocontrôle en lutte indirecte (projet Nap-Guard).
Terres Inovia a également mené divers essais pour limiter la pression larvaire avec des applications répétées de produits de biocontrôle (nématodes, quassine, champignon entomopathogène, bactérie Bt tenebrionis…), en entrée hiver (fin octobre et novembre). La cible visée est dans ce cas la larve de deuxième stade qui a des phases mobiles pendant lesquelles elle peut être au contact des solutions de biocontrôle. Cette piste s’est avérée peu efficace car les solutions de biocontrôle évaluées à ce jour ont une action essentiellement de contact à une période où le risque de lessivage est important.
Des solutions pour limiter la colonisation à l’échelle de la parcelle ou du territoire
La dernière stratégie envisagée consiste à limiter la colonisation du colza en agissant avant l’arrivée des grosses altises adultes (vols), soit en diminuant la population dans le paysage, soit en détournant ces insectes de la culture.
A titre d’exemple, dans le but de réguler les populations d’altise d’hiver à l’échelle du territoire, BASF (projet VELCO-A), évalue depuis 2ans en conditions contrôlées (avec INRAE) et sur le terrain (avec Terres Inovia) l’efficacité d’un champignon entomopathogène.
La lutte de type push-pull est également explorée (Ctrl-Alt et Colzactise) pour détourner les ravageurs à leur arrivée sur la parcelle de colza avec l’utilisation de composés aux propriétés attractives et dissuasives. Des composés efficaces ont été identifiés en conditions contrôlées, mais il reste du chemin à parcourir (extraction, formulation, homologation) avant l’obtention de produits applicables par les agriculteurs. Si le premier objectif est de diminuer l’attaque sur la parcelle de colza, le second est qu’il n’y ait pas de descendance des individus détournés du colza. Pour cela, il s’agirait d’attirer ces individus vers des crucifères en interculture et de détruire en hiver les plantes, ce qui ne permet pas aux larves de terminer leur cycle. Cette stratégie combinatoire sera évaluée lors de la poursuite du projet.
Conclusion et Perspectives
Le Plan de sortie du phosmet a contribué à accroître l’acquisition de références sur les produits de biocontrôle, et à soutenir le développement de nouvelles solutions alternatives aux insecticides. Néanmoins des défis persistent :
- Les efficacités restent inférieures aux insecticides et aucune solution n’a été identifiée pour lutter directement contre les larves
- Les conditions d’application et d’efficacité de ces produits sont plus dépendantes des conditions climatiques (action de contact souvent sensible au lessivage),
- Une mise en œuvre qui nécessite de la technicité et du temps (plusieurs passages nécessaires).
En savoir plus sur le plan d'action sortie du phosmet
Contact : Laurent Ruck - l.ruck@terresinovia.fr
Synthèse des essais biostimulants menés en 2022, 2023 et 2024
Dans le cadre de ce projet du Plan d'action de sortie du phosmet soutenu par le Casdar, sept biostimulants ont été testés dans un réseau d’essais menés avec les partenaires sur les campagnes 2022-2023 et 2023-2024 pour limiter la nuisibilité des insectes à l’automne sur colza. Voici les résultats.
Pour limiter la nuisibilité des insectes à l’automne, il faut que le colza présente une croissance dynamique et continue. Pour soutenir cette croissance, l’utilisation d’engrais au semis, l’association à une légumineuse gélive ou encore le choix du précédent sont autant de leviers qui ont déjà fait leur preuve. En complément, l’utilisation de certains types de biostimulants ayant pour revendication l’amélioration de "l’efficacité d’utilisation des éléments nutritifs" (Règlement UE 2019/1009) pourrait présenter un intérêt à condition que les effets positifs sur la nutrition se traduisent par des effets positifs sur la croissance.
Dans le cadre d’Adaptacol², un projet du Plan de sortie du phosmet soutenu par le Casdar, un pool de sept biostimulants a été testé au sein d’un réseau d’essais mené avec les partenaires sur les campagnes 2022-2023 (Kelpak, ValeaMax, BlueN, FreeN + Free PK, MouvN et Exelgrow) et 2023-2024 (ValeaMax, BlueN et Vixeran). Les biostimulants ont été apportés à l’automne, le plus souvent en début de cycle en une ou deux applications. Il a été choisi de tester des positionnements déjà éprouvés et également exploratoires, visant à stimuler généralement les plantes plus précocement que les positionnements actuellement proposés.
| Produit | Composition | Effets attendus | Stade d’application | Dose de produit |
| Kelpak | Extrait d’Eklonia Maxima | Forte concentration en auxine → stimulation de la croissance (racinaire puis aérienne) ; en sus : meilleure tolérance au froid | B2 puis B4/B6 | 2 L/ha |
| ValeaMax | Extrait d’Ascophyllum Nodosum (dont manitol et antioxydants) +B+Mo | Stimulation de la croissance ; en sus : meilleure tolérance aux stress abiotiques | B2 | 2 L/ha |
| BlueN | Bactérie fixatrice d’azote endophyte Methylobacterim Symbioticum | Fixe l’azote au sein de la plante et la transforme en N assimilable → augmentation de la quantité d’azote assimilée par la culture | B6 | 0.333 kg/ha |
| FreeN + Free PK | FreeN : Azotobacter chroococcum + Mn + Mo FreePK : Bacillus mucitaginosus |
- Fixe l’azote de l’air et le transforme en N assimilable (azotobacter) - Augmente la minéralisation du P et du K (bacillus) → augmentation des quantités de NPK disponibles pour la culture |
Levée à B2 | 0.5 L/ha FreeN + 0.5 L/ha Free PK |
| MouvN | Glutacetine | Stimulation du métabolisme azotée et de la photosynthèse → augmentation de la quantité d’azote assimilée par la culture et stimulation de la croissance | B6 puis D2 | 0.5 kg/ha |
| Exelgrow | Extrait fermenté d’Ascophyllum nodosum + acides fulviques + glycine betaine | Stimulation de la croissance ; en sus : meilleure tolérance aux stress abiotiques dont stress hydrique | B4 | 0.5 L/ha |
| Vixeran | Bactérie fixatrice d’azote endophyte Azotobacter salinestris CECT 9690 | Fixe l’azote au sein de la plante et la transforme en N assimilable → augmentation de la quantité d’azote assimilée par la culture | Entre levée et B4 selon conditions météo | 0.05 kg/ha |
Les résultats obtenus ne mettent pas en évidence d’effet robuste et marqué sur la croissance (ni en entrée ni en sortie d’hiver) dans les conditions du réseau d’essais ; des tendances ponctuelles peuvent être décelées mais aucun effet significatif. Côté rendement, aucun effet significatif n’a été détecté, ni de tendance.
La synthèse complète des essais est disponible en téléchargement en bas de page.
Contact : C. Le Gall, c.legall@terresinovia.fr
Documents à télécharger
Les intercultures pièges : un levier de gestion territorial des altises d’hiver
La stratégie de lutte contre les altises d’hiver s’étoffe avec un nouveau levier de gestion à l’échelle du territoire : les intercultures pièges. En complément des leviers déjà mis en place à l’échelle de la parcelle pour réduire les dégâts du ravageur (colza robuste, lutte insecticide), cette pratique doit permette de réduire les infestations.
Le colza est soumis à une pression croissante des altises, favorisée par l’élévation des températures et l’expansion des résistantes fortes aux pyréthrinoïdes. La lutte intégrée contre ce ravageur mobilise déjà des leviers de gestion à l’échelle de la parcelle (itinéraire technique). L’enjeu est de les sécuriser avec une stratégie territoriale qui vise à détourner les altises d’hiver des parcelles de colza en les attirant sur des parcelles d’interculture puis à réguler leur population en détruisant les larves dans les couverts.
Une pratique facile à mettre en œuvre
Fort de ces constats, l’idée des intercultures pièges à germer. La pratique consiste à semer des plantes attractives (radis chinois) dans les couverts d’interculture pour diluer la population du ravageur à l’échelle du territoire, puis de détruire les larves grâce à la destruction mécanique du couvert en entrée d’hiver (cf. figure ci-dessous).
Une expérimentation à grande échelle
Entre 2022 et 2024, 41 parcelles d’interculture ont été implantées avec des mélanges comportant au moins 20 pieds/m² de radis chinois et 74 parcelles de colza à proximité ont été suivies. Dans ce pool de situations (pas toujours optimisées), l’efficacité de la pratique est très variable, allant de 0 % à 89 %. En moyenne 29 % de la population d’altise ont été détournés des champs de colza.
Des conditions de réussite identifiées
Terres Inovia a d’ores et déjà identifié plusieurs facteurs de réussite de la pratique :
- Une densité minimale de 20 pieds/m² de radis chinois dans l’interculture.
- Une surface de parcelle piège importante, idéalement au moins équivalente à celle du colza.
- La proximité entre les intercultures pièges et le colza.
- Le semis de l’interculture sur la même période que le colza. Le radis est plus attractif lorsqu’il est jeune. Les semis d’interculture au mois de juillet conduisent souvent à un développement trop important de la plante piège.
- Une destruction des intercultures en entrée d’hiver, de préférence mécaniquement.
Une coordination territoriale, favorisant une mise en œuvre concertée entre exploitations voisines, permettra d’optimiser la mise en œuvre et de maximiser l’impact. Le déploiement à grande échelle de cette pratique augmentera l’efficacité de la technique car elle améliorera la probabilité d’interception des insectes lors de leurs déplacements. Seuls les secteurs avec des problématiques de hernie des crucifères ou de nématodes doivent être exclus de cette mise en œuvre.
En parallèle, des recherches sont en cours pour optimiser la méthode, notamment en explorant l’usage de médiateurs chimiques capables d’attirer ou de repousser les altises. Ces solutions pourraient encore améliorer l’efficacité des intercultures pièges et renforcer leur complémentarité avec les leviers de gestion à l’échelle de la parcelle.
Une pratique sécurisée
Avant de déployer à grande échelle les intercultures pièges, Terres Inovia a mis en place des essais spécifiques pour s’assurer que les larves d’altises étaient bien détruites lors de la destruction des intercultures. L’institut recommande une destruction mécanique avant l’hiver pour sécuriser la pratique. Dans cette configuration, on dénombre 90 % d’adultes émergeants en moins que sur un colza.
Aurore Baillet - a.baillet@terresinovia.fr - Alsace, Lorraine
Lutte fongicide contre le sclérotinia du colza
Même si les attaques de sclérotinia sont peu fréquentes, la maladie reste redoutée en raison de sa très forte nuisibilité potentielle. Des leviers de lutte alternative se développent (biocontrôle, tolérance variétale). Néanmoins leurs efficacités, même combinées, sont insuffisantes pour sécuriser la production. Le recours à la protection fongicide au cours de la floraison reste donc une pratique courante pour se prémunir des attaques de sclérotinia. Elle limite également la nuisibilité des maladies secondaires qui sont gérées en même temps.
Protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs durant la floraisonTous les produits phytopharmaceutiques autorisés pendant la floraison du colza doivent être appliqués dans la plage de traitement de 5H soit 2H avant le coucher du soleil et 3H après le coucher du soleil (Arrêté du 20/11/2021 modifiant les conditions d’application des produits phytopharmaceutiques durant la floraison). |
| Les mélanges impliquant pyréthrinoïdes et triazoles en période de floraison ou de production d’exsudats sont formellement interdits. Si les 2 traitements doivent être effectués sur la même parcelle, un délai de 24 h minimum doit être respecté entre les applications et l’insecticide doit être appliqué en premier (arrêté dit « mélanges » du 12/06/2015). |
Viser le stade G1 pour une efficacité optimale
Aucune solution curative n’existe à ce jour pour lutter contre le sclérotinia. Cela nous contraint à intervenir de façon préventive pour éviter les contaminations lors de la chute des pétales. Le positionnement du fongicide est essentiel pour garantir une bonne efficacité de la protection : intervenir trop tôt ou trop tard par rapport au stade G1 (chute des premiers pétales, 10 premières siliques avec une longueur inférieure à 2 cm) réduit significativement l’efficacité. Le stade G1 se concrétise généralement 6 à 12 jours après le début de la floraison du colza, selon les conditions climatiques. En cas de pluies annoncées au stade clé d’intervention, il est préférable d’anticiper (un tout petit peu) plutôt que de retarder l’intervention. Un créneau de 2h de sec après l’application suffit pour sécuriser l’efficacité du fongicide, sauf en cas de pluie lessivante (20mm) après le traitement.
Des solutions efficaces
La lutte fongicide contre le sclérotinia du colza s’oriente aujourd’hui vers des spécialités « haut de gamme » qui présentent toutes un bon niveau d’efficacité vis-à-vis du sclérotinia et qui ne coûtent pas systématiquement plus cher que des triazoles classiques (tébuconazole, metconazole). C’est le cas notamment du prothioconazole cette année. Des solutions récentes sont également disponibles comme le méfentrifluconazole ou la mandestrobine, les niveaux d’efficacité de ces solutions (proposées en pack ou en association toute formulée) sont équivalents à ceux des références du marché.
Malgré tout, cela ne veut pas dire que l’on peut faire n’importe quoi. Quelques règles sont à suivre pour assurer la durabilité de ces solutions, dans un contexte où des souches de sclérotinia résistantes aux fongicides de la famille des SDHI (boscalid, bixafen, fluopyram) ont déjà été identifiées. Un fongicide à base de SDHI doit obligatoirement être associé à un autre mode d’action dont l’efficacité est reconnue comme régulière (par exemple, prothioconazole, metconazole, méfentrifluconazole et tébuconazole ; les solutions de biocontrôle restent insuffisantes). Son emploi doit être limité à une application par campagne.
De la même manière, le fludioxonil a une action unisite. Il n’est pas recommandé de l’utiliser seul et sera toujours proposé en association avec un autre mode d’action (triazole (DMI) ou strobilurine (QoI-P))
Un passage suffit
Les stratégies à double traitement (2ème traitement 10/15 jours après le stade G1) ne montrent pas de gain d’efficacité vis-à-vis du sclérotinia dans la très grande majorité des situations. Elles sont très rarement rentables : le rendement net (coût fongicides et passages déduits) est plus faible pour la double application que pour un passage unique au stade G1 (figure). Elles peuvent néanmoins montrer un intérêt, qui reste aléatoire, dans quelques situations à très haut potentiel de rendement en situation de floraison très longue, de fortes pressions maladies en fin de cycle (mycosphaerella, alternaria, oïdium) qui nécessiteraient un relai, de première intervention trop anticipée pour assurer une protection correcte de la floraison.
Figure : Le double passage n’est pas valorisé dans le réseau d’essais : même niveau de rendement net entre la modalité traitée uniquement à G1 et celle avec une stratégie à deux applications. En vert : absence de maladie ou faible attaque <15% : nuisibilité de 0,7 q/ha (31 essais de 2010 à 2017). En rouge : forte attaque (moy. 33%, jusqu’à globale) : nuisibilité de 5,6 q/ha (10 essais de 2010 à 2016). Hypothèses de calcul pour le rendement net : Prix de la graine (rendu agriculteur) = 520 €/t Coût de passage = 10 €/ha
Pour aller plus loin
- Fiche Sclérotinia du colza extraite du guide méthodes alternatives et prophylaxie Grand Est - Terres Inovia, 2022
- Gestion durable de la résistance aux fongicides utilisés contre la sclérotiniose du colza (Sclerotinia sclerotiorum) - Note commune rédigée par Anses, INRAE et Terres Inovia en 2024
- Protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs durant la floraison – Terres Inovia, 2024
Normandie et Ouest Ile-de-France : prise en compte du risque méligèthes en colza
Jusqu’à mi-mars, les méligèthes étaient peu ou pas présents, et dans tous les cas peu voraces. Les températures maxi sont désormais en hausse. Quelques créneaux ensoleillés pourraient survenir avant le retour d’un temps instable. Quoiqu’il en soit, il reste essentiel de surveiller l’évolution des infestations dans les 15 prochains jours.
Etat de la situation au 18 mars
Les colzas sont globalement tous dans la phase sensible : stade D1, D2 très majoritairement, stade E pour les plus précoces. Le stade F1 ne devrait pas arriver avant fin mars, voire 5-10 avril.
En Normandie, la fréquence de parcelles colonisées est passée de 35 à 60 % en l’espace de 8-10 jours (BSV). Pour les parcelles concernées, le nombre moyen d’individus fluctue de 0,1 à 3 individus par plante au 18 mars 2025. La pression est donc faible à moyenne. Mais la vigilance doit être de rigueur désormais. Les conditions météo à venir vont probablement augmenter le curseur de risque.
Examinez attentivement et très régulièrement l’évolution des choses à l’échelle de la parcelle, dans les 15 jours qui suivent. L’entrée en floraison – qui marque la fin du risque généralement - est encore loin. Pas de précipitation mais prudence car la menace rôde en particulier dans les vallées et parcelles entourées de bois / haies, ou parcelles en délicatesse depuis 3-4 semaines…
Observation et évaluation du risque
Les stratégies contre les méligèthes visent à maintenir leur population à un niveau acceptable, sans chercher à les éradiquer, afin de permettre une floraison optimale et laisser le colza exprimer ses capacités de compensation pendant cette phase du cycle.
Il est important d'observer les parcelles du stade D1 au stade F1 :
- Au stade D1, les méligèthes sont plus difficiles à repérer, il est donc nécessaire d'examiner attentivement les boutons encore cachés par les feuilles.
- À partir du stade D2-E, leur présence devient plus facile.
- Au-delà de la présence, c'est bien le nombre d'insectes par plante qui constitue le risque. Il faut donc compter.
Méthode de comptage efficace
Afin d'évaluer correctement le risque, il est important d'éviter de se fier uniquement aux plantes en bordure ou aux plus hautes, qui ne sont pas représentatives. Il est recommandé d'effectuer un comptage sur 4 x 5 ou 2 x 10 plantes consécutives pour une meilleure estimation de la pression du ravageur.
Seuils de risque et prise de décision
L'état du colza joue un rôle essentiel dans la gestion des méligèthes :
- Colza fragile ou en difficulté (levée tardive, excès d’eau hivernal, ou stress hydrique durant la montaison, dégâts significatifs de ravageurs, enherbement très concurrentiel, etc.) : une surveillance accrue est nécessaire car le risque persiste même avec l'apparition des premières fleurs. Seuils d'intervention : 1 méligèthe par plante au stade D1, 2 à 3 méligèthes par plante au stade E
- Colza vigoureux et bien implanté : le seuil est plus élevé et l'intervention n'est généralement justifiée qu'à partir du stade E si le nombre de méligèthes par plante dépasse 4 à 6.
Dès que les fleurs sont ouvertes et que le pollen est accessible, la nuisibilité des méligèthes devient généralement nulle ou faible rendant tout traitement inutile.
Faible à forte infestation en méligèthes
Stratégies de protection et insecticides autorisés
Les méligèthes sont depuis longtemps partout résistants aux insecticides en « ines » : lambda-cyhalothrine, deltaméthrine, cyperméthrine. D’autres pyréthrinoïdes spécifiques sont toutefois encore efficaces :
- Étofenprox (TREBON 30 EC, UPPERCUT)*
- Tau-fluvalinate (MAVRIK SMART, TALITA SMART)
* produit à privilégier dans le cas d’une gestion simultanée méligèthes + charançon de la tige
Recommandations d’application
- Volume de bouillie : 200 l/ha est recommandé pour optimiser l'efficacité du traitement, évitant les trop bas-volumes (<100 l/ha).
- Protection des pollinisateurs : En présence de fleurs, l'application des insecticides doit respecter les nouvelles règles (arrêté du 20 novembre 2021) :
- Traitements autorisés uniquement dans les 2 heures précédant le coucher du soleil et les 3 heures suivant celui-ci.
- En présence de fleurs, n'utiliser que des produits disposant d'une dérogation abeille (MAVRIK SMART, TREBON 30 EC, limite BBCH61).
Plantes pièges attractives pour les méligèthes pour limiter les dégâts et, dans certains cas, les traitements
La méthode est connue, relativement bien développée dans la région : l’association d’une variété haute et très précoce à floraison (ex DK EXAVANCE, ATRAKT, LID TRETO, ES ALICIA …) en mélange à 5-10% avec la variété d’intérêt peut permettre de rester en deçà des seuils d’intervention. Cette variété haute et très précoce sera en effet plus attractive pour les méligèthes, protégeant ainsi les plantes de la variété d’intérêt.
Jean Lieven - j.lieven@terresinovia.fr - Normandie, Ile-de-France Ouest
Vigilance sur la présence de mycosphaerella dans les colzas du Nord-Est de la France
La campagne 2024 a été marquée par une forte pression de mycosphaerella dans certains secteurs du Nord-Est de la France et particulièrement en Champagne-Ardenne. Cette maladie, présente habituellement dans l’Ouest de la France, sévit maintenant sur un plus grand territoire. Cette année, des symptômes sur feuilles sont de nouveau observés sur la Champagne et la Bourgogne. Il faudra être vigilant sur l’évolution de la maladie dans les semaines à venir.
Ce que l’on sait de la maladie
L’inoculum est présent sur les résidus de cultures et peut également être transmis par les semences. Les contaminations primaires apparaissent pendant l’hiver sur les feuilles du colza. Le pathogène touche ensuite les autres organes, dont les siliques. Les siliques infectées ne transfèrent plus les nutriments, ce qui réduit le rendement et le poids de mille grains. La perte de rendement dépend de l’intensité de l’attaque et de sa précocité et peut atteindre de 2 à 5 q/ha.
La dispersion des spores et la montée sur les étages supérieurs des plantes sont favorisées par des pluies fréquentes. L’expression de la maladie est favorisée par un climat chaud et humide. Il faut 25 jours à 17°C pour voir apparaitre la maladie en conditions contrôlées.
Photo de symptômes de mycosphaerella sur feuille
(source : Terres Inovia)
Quelle est la situation pour la campagne 2025 ?
L’inoculum très présent avec la récolte 2024 et des conditions automnales assez humides et douces ont permis les premières contaminations. L’expression de la maladie commence à être visible dans certaines parcelles de colza. Pour l’instant, la fréquence et l’intensité en parcelle est faible, mais pourrait s’intensifier si les conditions météo restent humides. L’absence de pluie ces derniers jours et les faibles prévisions de pluie à court terme laissent penser que la situation devrait rester pour l’instant maitrisée.
Quelles actions pour limiter l’impact de la maladie ?
Même si on peut observer quelques différences de sensibilité entre variétés face à la maladie, pour l’instant, la gestion passe par la protection fongicide des colzas. Il faut privilégier les spécialités à base de triazole, mode d’action ayant, à ce jour, les meilleures efficacités contre mycosphaerella. La dose et le positionnement seront à adapter selon les conditions favorables et la pression dans la parcelle.
Le traitement appliqué au stade G1 (chute des premiers pétales et 10 premières siliques de moins de 2 cm) contre le sclérotinia reste le pivot de la protection fongicide en colza. Ce traitement permettra également dans la majorité des situations de protéger contre mycosphaerella. En cas de présence bien visible de mycosphaerella au moment du traitement, il faudra appliquer au moins 80 % de la dose homologuée du fongicide à base de triazole seule ou associée.
Si les conditions restent favorables pendant la floraison, un relais à dose modulée pourra être appliqué une quinzaine de jours après la première application. Il est préférable d’utiliser des spécialités à base de difénoconazole.
Lors d’attaque précoce avec une fréquence et une intensité importante (très rares cas sur l’Est de la France à ce jour), un traitement plus précoce (au stade C2-D1) peut limiter la progression vers les étages supérieurs, mais n’apporte pas ou peu de gain de rendement en supplément à une application au stade G1. Sur 5 essais spécifiques menés par Terres Inovia entre 2022 et 2024 (départements 17, 35, 86), l’application de Sunorg Pro 0,6 l/ha (metconazole) au stade C2-D1 n’a procuré aucun gain significatif de rendement, malgré la présence notable de maladie sur feuille. Le traitement Passerelle 0,5 l/ha (difénoconazole) au stade C2-D1 à quant à lui apporté un gain significatif dans 2 essais sur 5 (+ 1,9 q/ha et + 2,9 q/ha).
Sclérotinia du colza : une protection préventive
Le sclérotinia est historiquement la maladie la plus préjudiciable sur colza au printemps. Néanmoins, les attaques sévères sont en net recul depuis plusieurs années. Des conditions climatiques moins favorables au développement du champignon au stade sensible de la culture pourraient expliquer cette baisse de la pression maladie, malgré une présence de l’inoculum dans les parcelles.
La lutte reste préventive
Il n’existe malheureusement aucune solution curative, une fois la maladie présente il est trop tard. La protection est donc préventive. Il existe une variabilité du niveau de risque à la parcelle selon le nombre de cultures sensibles à la maladie dans la rotation, l’historique des attaques sur la parcelle, la densité du couvert et le climat (temps humide avant floraison). Malgré toutes les tentatives, aucune règle de décision ne permet de modifier la stratégie.
Le positionnement du traitement conditionne son efficacité
Le traitement à la chute des premiers pétales lorsque les 10premières siliques sont formées sur les hampes principales avec une longueur inférieure à 2 cm (stade G1) reste la seule solution efficace sur la maladie. Le stade G1 apparait, selon les températures, 6 à 12 jours après le début de la floraison du colza.
Des essais menés depuis plusieurs années par Terres Inovia démontrent que le positionnement du fongicide reste un élément majeur pour garantir une bonne efficacité : intervenir trop tôt ou trop tard par rapport au stade G1 réduit significativement l’efficacité sur sclérotinia.
Attention à la variabilité inter et intra parcellaire ! |
Quelle solution utiliser selon le niveau de risque sclérotinia ?
Les solutions conventionnelles du marché, historiques comme plus récentes, sont des solutions performantes contre le pathogène et permettent une alternance des modes d’action. Cependant, le choix du fongicide doit tenir compte de l’évolution de la résistance du sclérotinia aux SDHI. La note commune publiée en 2024 par l’Anses, INRAE et Terres Inovia recommande d’éviter l’emploi seul d’un fongicide à base de SDHI, tel que le Pictor Pro (boscalid). Il convient de l’associer avec un autre mode d’action efficace (les solutions de biocontrôle restent insuffisantes) et de limiter son emploi à une seule application par campagne.
- En cas de risque agronomique sclérotinia faible à modéré (pression historique modérée, retour colza 1 an/4-5), toutes les solutions fongicides employées à demi-dose présentent un niveau d’efficacité satisfaisant vis-à-vis du sclérotinia. Les triazoles (prothioconazole, mefentrifluconazole, difenoconazole, tébuconazole, metconazole) peuvent également être envisagés, ainsi que les biocontrôles utilisés en mélange avec une demi-dose de produit conventionnel.
- En cas de pression sclérotinia élevée (retour colza une année sur trois ou moins, historique d’attaques sévères 2 ans/10, climat favorable, etc.), le mode d’action SDHI doit être associé à un autre mode d’action dont l’efficacité est reconnue comme régulière (par exemple, prothioconazole, mefentrifluconazole, metconazole, tébuconazole). Les produits à base de prothioconazole offrent également un haut niveau d’efficacité. L’utilisation de Treso (fludioxonil), au mode d’action unisite, devra quant à lui se faire en association avec un autre mode d’action (triazole (DMI) ou strobilurine (QuoI-P)).
Quel intérêt d’une stratégie à double traitement ?
L’application d’un fongicide relai 10-15 jours après le stade G1 ne montre pas de gain d’efficacité vis-à-vis du sclérotinia dans la très grande majorité des situations. Elle présente néanmoins un intérêt en cas d’entrée en floraison très hétérogène d’une parcelle en année humide et qui nécessite alors une protection étalée dans le temps.
Lors de fortes pressions en maladies de fin de cycle (mycosphaerella ou alternaria), ce fongicide relais permet de prolonger la protection des siliques qui conservent leur activité photosynthétique. Des tâches de mycosphaerella sont aujourd’hui observées dans certaines parcelles du Poitou-Charentes/Vendée ainsi qu’en Bretagne et Pays de la Loire, il faudra surveiller leur évolution et ajuster si besoin le programme fongicide prévu au stade G1. Sur 7 essais mycosphaerella menés par Terres Inovia entre 2022 et 2024 (départements 17, 35, 86), l’application d’une triazole à G1+15 jours apporte un gain de rendement pour 3 essais, n’a aucun effet pour 2 essais, accuse une légère perte de rendement pour 2 essais. De nouveaux essais sont reconduits en 2025 pour investiguer ces aspects de la protection fongicide notamment dans le cadre du projet MYCORISK.
Mycosphaerella sur feuilles à Saint Sauveur d’Aunis (17), le 21 février 2025
Des solutions de biocontrôle existent :
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Attaque de slérotinia sur tige - L.Jung Terres Inovia
Julien Charbonnaud - j.charbonnaud@terresinovia.fr - Centre-Val de Loire
Elodie Tourton - e.tourton@terresinovia.fr - Poitou-Charentes, Vendée, Limousin
Thomas Mear – t.mear@terresinovia.fr - Bretagne, Pays de la Loire
Gwenola Riquet - g.riquet@terresinovia.fr - Responsable fongicides et biocontrôle - Désherbage des légumineuses à graines
Colza en Normandie et Ouest Ile-de-France : intérêt du fongi-régulateur en fin d’hiver ?
Les motivations qui poussent les agriculteurs à appliquer un « fongi-régulateur » entre les stades C2 et D2 sont diverses. Pourtant, la rentabilité de l’intervention reste aléatoire.
Argument n°1 : limiter le risque verse au printemps
Un outil d’aide à la décision estime ce risque « verse » et indique l'intérêt ou non d'appliquer un régulateur.
Les situations qui rentabilisent à coup sûr le régulateur de printemps sont assez rares si les précautions sont prises en matière de maîtrise de la densité de peuplement et des fournitures azotées. D’autant plus qu’à ce jour, seule une minorité de variétés commercialisées sont véritablement fragiles vis-à-vis de la verse. (NB : Terres Inovia n’évalue pas les variétés éruciques). Consulter l’outil www.myvar.fr pour accéder à ces informations.
Photo 1 : Colza versé
Règle d’usage pour la régulation chimique en mars : bon état sanitaire du colza, conditions favorables à la croissance et intervention au bon stade idéalement avant D2.
Les effets de la régulation peuvent avoir un impact négatif sur le rendement (voir anciens résultats de Terres Inovia ici). Le régulateur conduit forcément à une situation de stress physiologique pour les plantes pendant la montaison. C’est pourquoi il n’est pas prudent de réguler un colza en sortie hiver dans des sols très humides, battants, tassés ou si des problèmes de hernie, larves d’altises, etc. sont avérés.
Argument n°2 : prévenir le risque de maladies dites « secondaires »
Pour autant, le bénéfice rendement attendu par le fongicide-régulateur de sortie hiver n’est pas mis en évidence dans les conditions testées ces dernières années (voir tableau 1 ci-dessous).
Photo 2 : Symptomes de cylindrosporiose sur colza
Tableau 1 : Compilation des résultats d’essais micro-parcelles (3 à 4 répétitions) testant l’intérêt d’un fongi-régulateur à base de triazole au stade C2-D2.
Les sites étaient choisis pour obtenir des conditions favorables à la cylindrosporiose (variétés, terroir)
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Année récolte |
Organisme expérimentateur |
Lieu-département |
Produit testé au stade C2-D2 |
Gain/Perte en q/ha par rapport au témoin non traité au stade C2-D2 |
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Essais sans fongicide G1 |
Essais avec fongicide G1 |
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2016 |
Chambre Agri |
Corneville-27 |
JOAO 0.7 |
+ 0.2 NS |
- |
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2017 |
Terres Inovia |
Surville-27 |
SUNORG PRO 0.8 |
-1.9 NS |
- |
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2018 |
Terres Inovia |
Bu-28 |
SUNORG PRO 0.8 |
+ 1.3 NS |
- |
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2020 |
Terres Inovia |
Guitrancourt-78 |
SUNORG PRO 0.6 |
+1.4 NS |
- |
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Chambre Agri |
La Foret du Parc-27 |
SUNORG PRO 0.75 |
- |
+2.4 NS |
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2021 |
Terres Inovia |
Mondreville-78 |
SUNORG PRO 0.6 |
+1.1 NS |
-0.6 NS |
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Terres Inovia |
Rosny s/Seine-78 |
SUNORG PRO 0.6 |
+1.6 NS |
-0.3 NS |
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2022 |
Terres Inovia |
La Chapelle-Gauthier-27 |
SUNORG PRO 0.6 |
-0.2 NS |
+0.6 NS |
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Terres Inovia |
St Aubin du Thenney-27 |
SUNORG PRO 0.6 |
+0.2 NS |
+3.2 NS |
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2023 |
Terres Inovia |
Cintray-27 |
SUNORG PRO 0.6 |
- |
-0.7 NS |
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Terres Inovia |
Nogent-le-Sec 27 |
SUNORG PRO 0.6 |
- |
-1.6 *** |
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Moyenne |
+0.5 |
+0.4 |
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Légende : *** = test Tukey significatif au seuil α = 5 % ; NS = test Tukey non significatif au seuil α = 5 %
Les variétés PS / TPS vis-à-vis de la cylindrosporiose et l’application fongicide habituelle à la mi-avril (au stade G1 à base de triazole) suffisent généralement à maîtriser le risque cylindrosporiose. Les traitements en mars visant spécifiquement cette maladie doivent donc rester exceptionnels. Cette année, il n’y a pas de signalements et de risques jugés atypiques.
Les principales variétés vendues présentent des bons niveaux de tolérance à la cylindrosporiose (NB : Terres Inovia n’évalue pas les variétés éruciques). Consulter l’outil www.myvar.fr.
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Quid du Mycosphaerella en Normandie et Ouest Ile-de-France ? : les taches sur siliques avaient été exceptionnellement observées dans la région en lien avec le printemps humide 2024. Dans certains secteurs du sud Essonne, sud Orne notamment, la nuisibilité a été marquée en l’absence de protection suffisante à floraison. La protection durant la floraison (un ou deux traitements) a en règle générale permis de gérer cette maladie. Jusqu’à preuve du contraire, rien ne justifie pour la région une prise en c ompte particulière d’un risque Mycosphaerella à cette période de l’année. Qu’indiquent les résultats d’essais dans les régions davantage concernées ? |
Argument n°3 : Faire une pierre deux coup, « profiter » du passage fongi-régulateur pour ajouter un insecticide (ou l’inverse)
Argument évidement non recevable si l’insecticide n’est pas justifié, ou si le fongi-régulateur n’est pas justifié. Toute intervention doit être raisonnée au cas par cas, au bon moment et pour limiter un risque bien identifié.
Certains mélanges triazole*insecticides sont interdits sur le plan réglementaire, y compris avant floraison.
Jean LIEVEN - j.lieven@terresinovia.fr - Normandie, Ouest Ile-de-France