Sclérotinia du colza : la protection est préventive
Bien que des attaques sévères de sclérotinia n’aient pas été observées sur notre région depuis plusieurs campagnes, cette maladie demeure la plus préjudiciable sur colza au printemps. Point sur les moyens de lutte et leurs conditions d’application.
Bien que des attaques sévères de sclérotinia n’aient pas été observées sur notre région depuis plusieurs campagnes, cette maladie demeure la plus préjudiciable sur colza au printemps. Point sur les moyens de lutte et leurs conditions d’application.
La protection fongicide reste pivot dans la gestion de cette maladie
Variétés plus tolérantes (BRV703, BRV712, LG Armada, LG Atacama, LG Avenger, LG Adrenalin, LG Adamant, DK EXAGRIS, DK EXDEKA, etc.) et biocontrôle élargissent progressivement la palette de leviers de gestion disponibles. Si ces approches permettent de réduire la pression de la maladie et, dans certains cas, d’ajuster les doses de produits, la protection fongicide demeure néanmoins indispensable pour assurer la maîtrise du sclérotinia.
N.B : Les allégations de tolérance au sclérotinia des variétés citées relèvent uniquement de la responsabilité des semenciers, car elles n’ont pas été évaluées officiellement.
L’application préventive à G1 conditionne l’efficacité du traitement
Aucune solution curative n’existe pour la gestion du sclérotinia ; la protection repose donc sur une approche préventive, visant à protéger la végétation avant l’installation de la maladie. Un positionnement trop précoce ou trop tardif réduit significativement l’efficacité du fongicide. Le stade optimal correspond à G1 – chute des premiers pétales, atteint 6 à 12 jours après le début de la floraison du colza, selon les températures.
Dans la pratique, l’identification de ce stade demande toutefois une observation attentive des parcelles. Les entrées en floraison peuvent varier au sein même d’une exploitation. La date d’intervention doit donc être raisonnée à l’échelle de la parcelle. En présence de variétés précoces « pièges à méligèthes », l’intervention devra se caler sur la chute des pétales de la variété majoritaire.
Protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs durant la floraison
Tous les produits phytopharmaceutiques autorisés pendant la floraison du colza doivent être appliqués dans la plage de traitement de 5H soit 2H avant le coucher du soleil et 3H après le coucher du soleil (Arrêté du 20/11/2021 modifiant les conditions d’application des produits phytopharmaceutiques durant la floraison).
Les mélanges impliquant pyréthrinoïdes et triazoles en période de floraison ou de production d’exsudats sont formellement interdits. Si les 2 traitements doivent être effectués sur la même parcelle, un délai de 24 h minimum doit être respecté entre les applications et l’insecticide doit être appliqué en premier (arrêté dit « mélanges » du 12/06/2015).
Des solutions efficaces
La gamme fongicide disponible sur sclérotinia est globalement satisfaisante, avec des efficacités élevées (vérifier les efficacités dans notre tableau disponible en fin d’article).
La lutte fongicide contre le sclérotinia bénéficie depuis quelques années de nouvelles spécialités intégrant des substances actives récentes comme le méfentrifluconazole ou la mandestrobine. D’autres spécialités proposent des associations de substances actives connues, à des ratios nouveaux, en pack ou en associations toutes formulées. Le tout, dans un contexte de prix attractif pour les solutions à base de prothioconazole. Ces options offrent une efficacité comparable aux références du marché historiques.
Les triazoles classiques tels que le metconazole ou le difénoconazole restent une alternative efficace et éprouvée en fonction de la dose appliquée et de l’association de ces substances. En revanche, une majorité des produits à base de tébuconazole (dont Prosaro, Horizon EW, Custodia et Colnago) ne sont, depuis le 1er janvier 2026, plus autorisés à l’application en floraison. Veillez à vérifier si votre spécialité commerciale à base de tébuconazole bénéficie ou non d’une dérogation à cette interdiction auprès de votre fournisseur. Une liste – non exhaustive – des solutions impactées par les évolutions règlementaires à partir du 1er janvier est disponible dans notre guide culture téléchargeable en ligne et en fin d’article.
Pour garantir la durabilité de ces solutions et contenir l’évolution de la résistance du sclérotinia aux SDHI (boscalid, bixafen, fluopyram, isofétamide), l’emploi d’un fongicide reposant uniquement sur cette famille n’est pas recommandé. Une seule application par campagne de ce mode d’action est également préconisée.
La dose de produit sera à adapter selon le risque agronomique de la parcelle vis-à-vis du sclérotinia :
- En faible risque (pression historique modérée, retour du colza > 3 ans), toutes les solutions fongicides employées à demi-dose présentent un niveau d’efficacité satisfaisant, éventuellement associée à un biocontrôle.
En forte pression - rotation courte, attaque passée ou climat favorable - il est recommandé d’associer un SDHI à une autre matière active (le prothioconazole, le metconazole ou la dimoxystrobine).
Le fludioxonil, au mode d’action unisite, doit quant à lui être systématiquement associé à un autre fongicide, tel qu’un triazole ou une strobilurine.
A noter que les stratégies à double traitement (relais 10-15 jours après le stade G1) ne montrent pas de gain d’efficacité et sont rarement rentables, sauf situations à haut potentiel avec floraison longue ou apparition de maladies secondaires en fin de cycle.
En savoir plus
Charançons de la tige et Méligèthes, surveillance et lutte à mener sur 2 fronts - AURA
En Auvergne et Rhône-Alpes, le développement des colzas a nettement accéléré ces derniers jours. Après les pluies répétées des dernières semaines, le retour du soleil et des températures élevées ont entraîné une avance rapide des stades. A l'exception de quelques secteurs, le stade de sensibilité vis-à-vis des méligèthes est désormais atteint sur la majorité des colzas de la région.
Les conditions actuelles — temps sec, lumineux et chaud — sont favorables à la dynamique de croissance du colza… mais aussi à l’activité des ravageurs.
Une surveillance régulière et attentive des parcelles, en lien avec les stades et les seuils d’intervention, sera déterminante dans cette phase précédant la floraison.
En Auvergne et Rhône-Alpes, le développement des colzas a nettement accéléré ces derniers jours. Après les pluies répétées des dernières semaines, le retour du soleil et des températures élevées a entraîné une avance rapide des stades. A l'exception de quelques secteurs, le stade de sensibilité vis-à-vis des méligèthes est désormais atteint sur la majorité des colzas de la région. Les conditions actuelles — temps sec, lumineux et chaud — sont favorables à la dynamique de croissance du colza… mais aussi à l’activité des ravageurs.
Une surveillance régulière et attentive des parcelles, en lien avec les stades et les seuils d’intervention, sera déterminante dans cette phase précédant la floraison.
Les charançons de la tige du colza peuvent occasionner des éclatements de tige qui pénalisent les composantes de rendement, particulièrement lors des années sèches. Les pontes, en perturbant le flux de sève, sensibilisent les plantes aux stress ultérieurs et limitent leurs capacités de compensation. Un stress hydrique ou une attaque d’un autre ravageur au printemps sur un colza préalablement affaibli par le charançon de la tige sont ainsi plus dommageables. Les moyens de lutte sont toujours efficaces, mais le positionnement de l’intervention est déterminant pour garantir l’efficacité de la protection.
Un pic de vols atteint entre fin-février et début mars
Si les premiers charançons de la tige du chou et du colza ont pu être observés dans certaines parcelles dès début février, les pluies et le vent rencontré dans les jours et semaines qui ont suivi n’ont pas été favorable à la généralisation du vol. Depuis une dizaine de jours en revanche, le retour de journées ensoleillées, couplées à des températures exceptionnellement douces, ont été favorable à l’activité des charançons. D’après les réseaux de suivi BSV, le pic de vol du charançon de la tige du colza semble avoir été atteint fin février en Rhône-Alpes, tandis que le pic de vol est encore en cours sur Auvergne cette semaine. Ces pics de vols sont observés alors que les colzas sont majoritairement au stade D1-D2, période de sensibilité au ravageur.
En règle générale, il convient d’intervenir 8 – 10 jours après les premières captures « significatives » ou idéalement au pic de vol régional (consulter le BSV pour connaitre la date du pic de vol à l’échelle du territoire). En effet, la seule présence du ravageur dans la culture constitue un seuil de nuisibilité. L’objectif est d’intervenir lorsqu’un maximum d’insectes est dans la parcelle et avant le début des pontes.
Le pic de vol étant probablement en cours, une intervention pourra être déclenchée la semaine du 02 au 09 mars pour maîtriser efficacement les populations de charançons de la tige, sous réserve d’une baisse des captures au sein du réseau BSV la semaine prochaine.
Des solutions insecticides toujours efficaces
Le succès de la lutte chimique dépend du positionnement de l’intervention et de la persistance d’action. À ce jour, Terres Inovia n’observe pas de baisse d’efficacité au champ. Les résultats du monitoring ne montrent pas l’émergence de résistances inquiétantes.
- DECIS PROTECH 0.33 L/ha et KARATE ZEON 0.075 L/ha sont efficaces pour réduire les dégâts du charançon de la tige du colza (réduction du nombre de tiges déformées et/ou éclatées).
- TREBON 30 EC est comparable à ces références. En cas d’infestation tardive et de présence de méligèthes, il présente l’intérêt d’être également efficace sur ces derniers.
- SHERPA 100 EW et CYTHRINE MAX sont un peu en retrait. MAVRIK SMART est quant à lui inférieur aux références sur charançon de la tige et est à réserver pour la lutte éventuelle contre méligèthes entre les stades D1 et E-F1.
Attention : Veiller à réserver les produits TREBON 30 EC ou MAVRIK SMART pour la lutte éventuelle contre méligèthes entre les stades D1 et E-F1.
Méligèthes : Une vigilance de rigueur
Une arrivée soudaine et massive
Les éclaircies et températures exceptionnellement chaudes des derniers jours sont très favorables aux vols d’insecte, dont le méligèthe, qu’il est aisé de capturer en cuvettes ou d’observer en parcelle, notamment sur les pieds de colza les plus avancés en stade. Le méligèthe est avant tout un pollinisateur. Son alimentation est basée sur le pollen. Cependant, lorsque les fleurs sont encore au stade boutons, ils les perforent pour atteindre les étamines, ce qui peut endommager le pistil et conduire à leur avortement. Le risque de pertes est d’autant plus important que les boutons sont petits ; mais dès que les fleurs sont ouvertes, le pollen est libre d’accès et la nuisibilité devient généralement nulle et le traitement inutile. Les femelles pondent pendant la floraison dans les boutons mais cela n’endommage pas la plante.
Visiter ses parcelles pour évaluer l’état des colzas et le niveau de présence du méligèthe
Plus la culture est vigoureuse et saine, plus elle peut supporter la présence de méligèthes, même abondante. Au contraire, plus la culture est chétive, stressée ou en situation contrainte, plus elle sera sensible aux attaques. L'observation de l'état du colza est donc aussi primordiale que l'observation du ravageur.
Voici quelques règles à connaître dans la caractérisation du risque méligèthes sur colza :
- Fertilisation du colza : que faire en cas de sols trop humides ?Observer les parcelles du stade D1 (BBCH50) correspondant à l’apparition des boutons accolés toujours cachés sous les feuilles jusqu’au stade F1 (BBCH60) correspondant aux premières fleurs ouvertes sur la moitié des plantes. Au stade D1 lorsque les boutons floraux sont présents et encore dissimulés sous les feuilles terminales, les méligèthes sont plus difficiles à observer. Il faut prendre le temps de bien analyser la zone de feuilles entourant les boutons. Au stade D2 (BBCH53) et E (BBCH57), les boutons sont complètement visibles et les méligèthes sont plus facilement repérables.
- Les comptages en bordure ou sur les plantes les plus hautes ne sont pas représentatifs de la situation. Il est conseillé de compter sur 4 x 5 ou 2 x 10 plantes consécutives ; puis de calculer une moyenne ou un % par plante à rapprocher des seuils mentionnés dans le tableau ci-dessous, en tenant compte des capacités de compensation de la culture.
- Évitez les plantes pièges si elles sont présentes.
- La vigilance doit à présent être maintenue par un dénombrement régulier sur les plantes pour se situer par rapport aux seuils.
- Surveillance de rigueur également dans les situations avec une variété haute et très précoce (ex : ES Alicia ou DK Exavance) en mélange. Cette pratique permet de maîtriser certaines attaques faibles à moyennes mais n’exclue pas la surveillance ! En cas de fortes attaques, au-delà des seuils indiqués ci-dessous sur les plantes d'intérêt, un contrôle des populations de méligèthes peut se justifier.
Stratégie de lutte : maintenir la population à un niveau tolérable en employant les spécialités adaptées
La stratégie de lutte vis-à-vis des méligèthes a pour objectif de maintenir la population à un niveau tolérable (et non à l'éradiquer) pour que la floraison puisse s’engager sans retard important et que les compensations puissent s'exprimer au maximum. Le colza dispose d’importantes capacités de compensation. Lorsque la culture est vigoureuse, elle peut faire face à des attaques de méligèthes même fortes.
Les méligèthes sont résistants aux pyréthrinoïdes en « -ine » (lambda-cyhalothrine, deltaméthrine, cyperméthrine, etc.). Le tau-fluvalinate et l'étofenprox sont 2 pyréthrinoïdes qui échappent à la rapide métabolisation par les méligèthes et conservent leur potentiel d’efficacité.
Les substances actives efficaces sur méligèthes :
- L’étofenprox (TREBON,30EC, UPPERCUT 0.2 l/ha)
- Le tau-fluvalinate (MAVRIK SMART, TALITA 0.2 l/ha)
En cas de présence concomitante de méligèthes et de charançons de la tige du colza au seuil d’intervention, privilégier l’utilisation de solutions à base d’Étofenprox, en veillant à bien respecter les conditions d’emploi des spécialités insecticides correspondantes.
Recommandations d’utilisation
Volume de bouillie, un optimum autour de 200 l/ha : pour optimiser l'efficacité d'une pulvérisation insecticide, il est conseillé de travailler à volume « normal », en évitant les trop bas-volumes, inférieurs à 100 l/ha.
Le contexte de réalisation est important : réglage du pulvérisateur, conditions climatiques, caractéristiques du produit appliqué.
Protection des abeilles : Dangereux pour les abeilles (phrase SPE8) : pour protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs, ne pas appliquer durant la floraison et/ou en période de production d'exsudat, à l'exception des usages bénéficiant de la mention abeille F, PE, ou FPE. En cas d’intervention tardive (par exemple, stade E avec apparition des premières fleurs), utiliser impérativement les solutions efficaces et bénéficiant d’une dérogation abeille : MAVRIK SMART, TREBON 30EC (stade limite d’utilisation BBCH61) Attention : ces applications font l’objet d’un arrêté encadrant les horaires d’application : dans les 2 heures qui précèdent le coucher du soleil et dans les 3 heures qui suivent le coucher du soleil.
Une utilisation raisonnée de ces solutions est indispensable. Lire attentivement les étiquettes et la documentation disponible et respecter les recommandations d'emploi.
Vos contacts régionaux
Alexandra DENOYELLE - Terres Inovia (a.denoyelle@terresinovia.fr) - Auvergne Rhône-Alpes et Provence Alpes Côte d'Azur
Charançons de la tige et Méligèthes, une surveillance et une lutte à mener sur 2 fronts
Marquant la fin d’une série record de jours de pluies, les éclaircies accompagnées de hausses soudaines et exceptionnelles des températures de la fin du mois de février ont été propices au ressuyage des parcelles les mieux filtrantes et à l’avancée en stade des colzas d’une part, mais aussi à d’importants vols de Charançons de la tige et de Méligèthes d’autre part. Si les priorités du moment sont orientées vers les apports azotés de sortie d’hiver, il convient de ne pas négliger la surveillance et la lutte contre ces deux insectes, qui cette année se présentent au même moment.
Les charançons de la tige du colza peuvent occasionner des éclatements de tige qui pénalisent les composantes de rendement, particulièrement lors des années sèches. Les pontes en perturbant le flux de sève sensibilisent les plantes aux stress ultérieurs et limitent leurs capacités de compensation. Un stress hydrique ou une attaque d’un autre ravageur au printemps sur un colza préalablement affaibli par le charançon de la tige sont ainsi plus dommageables. Les moyens de lutte sont toujours efficaces, mais le positionnement de l’intervention est déterminant pour garantir l’efficacité de la protection.
Un pic de vols possiblement atteint à la fin-février, sur des colzas au stade de sensibilité
Sud-Ouest
A la faveur d’un redoux au début du mois, de premiers vols de charançons de la tige, essentiellement du chou mais aussi du colza, ont eu lieu en région Occitanie et ex-Aquitaine, mais à des niveaux globalement faibles sur des colzas encore en reprise de végétation ou début de montaison. Les baisses de températures et les retours de pluies des jours suivants ont été défavorables à l’intensification des vols et à l’activité de ponte des femelles.
Le retour des éclaircies et les niveaux exceptionnels de température des derniers jours ont été favorables à d’importants vols de charançons, avec une probabilité de captures et de présence en parcelle atteignant actuellement son pic, sur des colzas en pleine montaison, majoritairement aux stades D1-D2 (source : BSV Occitanie-Nouvelle Aquitaine), et pour certains fragilisés par les excès d’eau hivernaux et le manque d’azote à reprise de végétation.
En règle générale, il convient d’intervenir 8 – 10 jours après les premières captures « significatives » ou idéalement au pic de vol régional (consulter le BSV pour connaitre la date du pic de vol à l’échelle du territoire). En effet, la seule présence du ravageur dans la culture constitue un seuil de nuisibilité. L’objectif est d’intervenir lorsqu’un maximum d’insectes est dans la parcelle et avant le début des pontes.
Le pic de vol étant probablement en cours, une intervention pourra être déclenchée la semaine du 02 au 09 mars pour maîtriser efficacement les populations de charançons de la tige, sous réserve d’une baisse des captures au sein du réseau BSV la semaine prochaine.
Des solutions insecticides toujours efficaces
Le succès de la lutte chimique dépend du positionnement de l’intervention et de la persistance d’action. À ce jour, Terres Inovia n’observe pas de baisse d’efficacité au champ. Les résultats du monitoring ne montrent pas l’émergence de résistances inquiétantes.
- DECIS PROTECH 0.33 L/ha et KARATE ZEON 0.075 L/ha sont efficaces pour réduire les dégâts du charançon de la tige du colza (réduction du nombre de tiges déformées et/ou éclatées).
- TREBON 30 EC est comparable à ces références. En cas d’infestation tardive et de présence de méligèthes, il présente l’intérêt d’être également efficace sur ces derniers.
- SHERPA 100 EW et CYTHRINE MAX sont un peu en retrait. MAVRIK SMART est quant à lui inférieur aux références sur charançon de la tige et est à réserver pour la lutte éventuelle contre méligèthes entre les stades D1 et E-F1.
Attention : Veiller à réserver les produits TREBON 30 EC ou MAVRIK SMART pour la lutte éventuelle contre méligèthes entre les stades D1 et E-F1.
Méligèthes : Une vigilance de rigueur
Une arrivée soudaine et massive
Les éclaircies et températures exceptionnellement chaudes des derniers jours sont très favorables aux vols d’insecte, dont le méligèthe, qu’il est aisé de capturer en cuvettes ou d’observer en parcelle, notamment sur les pieds de colza les plus avancés en stade. Le méligèthe est avant tout un pollinisateur. Son alimentation est basée sur le pollen. Cependant, lorsque les fleurs sont encore au stade boutons, ils les perforent pour atteindre les étamines, ce qui peut endommager le pistil et conduire à leur avortement. Le risque de pertes est d’autant plus important que les boutons sont petits ; mais dès que les fleurs sont ouvertes, le pollen est libre d’accès et la nuisibilité devient généralement nulle et le traitement inutile. Les femelles pondent pendant la floraison dans les boutons mais cela n’endommage pas la plante.
Visiter ses parcelles pour évaluer l’état des colzas et le niveau de présence du méligèthe
Plus la culture est vigoureuse et saine, plus elle peut supporter la présence de méligèthes, même abondante. Au contraire, plus la culture est chétive, stressée ou en situation contrainte, plus elle sera sensible aux attaques. L'observation de l'état du colza est donc aussi primordiale que l'observation du ravageur.
Voici quelques règles à connaître dans la caractérisation du risque méligèthes sur colza :
- Fertilisation du colza : que faire en cas de sols trop humides ?Observer les parcelles du stade D1 (BBCH50) correspondant à l’apparition des boutons accolés toujours cachés sous les feuilles jusqu’au stade F1 (BBCH60) correspondant aux premières fleurs ouvertes sur la moitié des plantes. Au stade D1 lorsque les boutons floraux sont présents et encore dissimulés sous les feuilles terminales, les méligèthes sont plus difficiles à observer. Il faut prendre le temps de bien analyser la zone de feuilles entourant les boutons. Au stade D2 (BBCH53) et E (BBCH57), les boutons sont complètement visibles et les méligèthes sont plus facilement repérables.
- Les comptages en bordure ou sur les plantes les plus hautes ne sont pas représentatifs de la situation. Il est conseillé de compter sur 4 x 5 ou 2 x 10 plantes consécutives ; puis de calculer une moyenne ou un % par plante à rapprocher des seuils mentionnés dans le tableau ci-dessous, en tenant compte des capacités de compensation de la culture.
- Évitez les plantes pièges si elles sont présentes.
- La vigilance doit à présent être maintenue par un dénombrement régulier sur les plantes pour se situer par rapport aux seuils.
- Surveillance de rigueur également dans les situations avec une variété haute et très précoce (ex : ES Alicia ou DK Exavance) en mélange. Cette pratique permet de maîtriser certaines attaques faibles à moyennes mais n’exclue pas la surveillance ! En cas de fortes attaques, au-delà des seuils indiqués ci-dessous sur les plantes d'intérêt, un contrôle des populations de méligèthes peut se justifier.
Stratégie de lutte : maintenir la population à un niveau tolérable en employant les spécialités adaptées
La stratégie de lutte vis-à-vis des méligèthes a pour objectif de maintenir la population à un niveau tolérable (et non à l'éradiquer) pour que la floraison puisse s’engager sans retard important et que les compensations puissent s'exprimer au maximum. Le colza dispose d’importantes capacités de compensation. Lorsque la culture est vigoureuse, elle peut faire face à des attaques de méligèthes même fortes.
Les méligèthes sont résistants aux pyréthrinoïdes en « -ine » (lambda-cyhalothrine, deltaméthrine, cyperméthrine, etc.). Le tau-fluvalinate et l'étofenprox sont 2 pyréthrinoïdes qui échappent à la rapide métabolisation par les méligèthes et conservent leur potentiel d’efficacité.
Les substances actives efficaces sur méligèthes :
- L’étofenprox (TREBON,30EC, UPPERCUT 0.2 l/ha)
- Le tau-fluvalinate (MAVRIK SMART, TALITA 0.2 l/ha)
En cas de présence concomitante de méligèthes et de charançons de la tige du colza au seuil d’intervention, privilégier l’utilisation de solutions à base d’Étofenprox, en veillant à bien respecter les conditions d’emploi des spécialités insecticides correspondantes.
Recommandations d’utilisation
Volume de bouillie, un optimum autour de 200 l/ha : pour optimiser l'efficacité d'une pulvérisation insecticide, il est conseillé de travailler à volume « normal », en évitant les trop bas-volumes, inférieurs à 100 l/ha.
Le contexte de réalisation est important : réglage du pulvérisateur, conditions climatiques, caractéristiques du produit appliqué.
Protection des abeilles : Dangereux pour les abeilles (phrase SPE8) : pour protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs, ne pas appliquer durant la floraison et/ou en période de production d'exsudat, à l'exception des usages bénéficiant de la mention abeille F, PE, ou FPE. En cas d’intervention tardive (par exemple, stade E avec apparition des premières fleurs), utiliser impérativement les solutions efficaces et bénéficiant d’une dérogation abeille : MAVRIK SMART, TREBON 30EC (stade limite d’utilisation BBCH61) Attention : ces applications font l’objet d’un arrêté encadrant les horaires d’application : dans les 2 heures qui précèdent le coucher du soleil et dans les 3 heures qui suivent le coucher du soleil.
Une utilisation raisonnée de ces solutions est indispensable. Lire attentivement les étiquettes et la documentation disponible et respecter les recommandations d'emploi.
Vos contacts régionaux
- Quentin LAMBERT (q.lambert@terresinovia.fr) – Ingénieur régional de développement – Occitanie
- Quentin LEVEL (q.level@terresinovia.fr) – Ingénieur régional de développement – Ex-Aquitaine, Gers, Hautes-Pyrénées
Tout savoir sur le phomopsis du tournesol
Le phomopsis du tournesol est une maladie causée par un champignon ascomycète nécrotrophe appartenant au genre Diaporthe.
Agent pathogène et hôte
Le phomopsis du tournesol est une maladie causée par un champignon ascomycète nécrotrophe appartenant au genre Diaporthe. Cet agent pathogène se présente sous deux formes biologiques : une forme sexuée, appelée Diaporthe helianthi, et une forme asexuée, Phomopsis helianthi. Cette espèce est historiquement la plus couramment impliquée dans les attaques observées sur tournesol. Toutefois, des travaux plus récents ont mis en évidence l’existence d’autres espèces du genre Diaporthe capables d’infecter cette culture, notamment D. gulyae, D. kongii, D. masirevicii et D. novem.
Phomopsis helianthi a été décrit pour la première fois à la fin des années 1970 dans l’ex-Yougoslavie à la suite d’épidémies sévères sur tournesol. En France, la maladie est identifiée pour la première fois en 1984 dans une zone située entre Toulouse et Carcassonne. À partir du milieu des années 1990, le phomopsis s’est progressivement étendu à l’ensemble des régions de culture du tournesol. Aujourd’hui, cette maladie est responsable de pertes de rendement importantes dans plusieurs pays producteurs, notamment en Europe de l’Est, en Russie, aux États-Unis et en Australie.
L’hôte principal de la maladie est le tournesol cultivé (Helianthus annuus). D’autres espèces d’Astéracées telles que Arctium lappa, Xanthium italicum ou Xanthium strumarium ont été signalées comme hôtes potentiels, mais leur rôle dans pour la survie et la propagation du phomopsis n’a pas été clairement démontré.
Symptômes
Les premiers symptômes du phomopsis apparaissent généralement après la floraison, bien que les contaminations puissent avoir lieu plus précocement. Ils se manifestent initialement sur les feuilles, sous la forme de taches triangulaires brunâtres, souvent bordées d’un halo chlorotique jaune, localisées en bordure du limbe. Ces taches s’étendent progressivement le long des nervures principales en direction du pétiole, ce qui constitue un élément caractéristique de la maladie.
À un stade plus avancé, les feuilles atteintes se flétrissent puis se dessèchent. Le champignon progresse de manière systémique le long du pétiole pour atteindre la tige. Cette phase de colonisation est lente et souvent asymptomatique pendant plusieurs semaines, ce qui explique le décalage fréquent entre la date de contamination et la date d’apparition sur tige.
Les lésions observées sur tige sont allongées, de couleur brun foncé à brun grisâtre, et sont le plus souvent localisées au niveau des nœuds, à l’insertion des pétioles. Elles peuvent atteindre une longueur de 15 à 20 cm et évoluer jusqu’à encercler complètement la tige. Dans ce cas, la circulation de la sève est interrompue, ce qui entraîne un dessèchement prématuré du capitule ainsi qu’une fragilisation importante de la tige, susceptible de casser sous l’effet du vent, de la pluie ou lors de la récolte.
Des symptômes peuvent également être observés sur le capitule. Ils se traduisent par l’apparition de petites taches brunes à l’insertion des bractées ou des folioles situées à l’arrière du capitule, puis par une extension progressive vers la tige. Dans les situations les plus sévères, l’ensemble du capitule peut se dessécher prématurément.
Attention aux confusions !
Les symptômes du phomopsis peuvent être confondus avec ceux d’autres maladies du tournesol.
- Sur feuilles, une confusion est possible avec le verticillium, mais la nécrose du phomopsis suit les nervures du limbe foliaire, contrairement à celle du verticillium, qui est inter-nervaire.
- Sur tige, le phomopsis peut être confondu avec le phoma ; toutefois il se caractérise par des taches plus foncées, souvent noires, sans provoquer de casse de tige.
Importance de la maladie
En France, le phomopsis du tournesol était très fréquent jusqu’à la fin des années 1990. Depuis le milieu des années 2010, sa fréquence a nettement diminué, jusqu’à devenir presque absente certaines années, à l’exception de quelques campagnes ponctuelles, comme en 2021, où des signalements ont été observés.
Malgré cette évolution, la maladie reste à surveiller dans certaines régions, notamment dans Centre et Centre-Est, où elle est historiquement la plus fréquemment observée.
La nuisibilité du phomopsis peut être importante. En conditions favorables, les pertes de rendement peuvent atteindre jusqu’à 40 %, auxquelles s’ajoute une baisse de la teneur en huile des graines pouvant atteindre 25 %. Il est généralement admis qu’un taux de 10 % de tiges présentant des lésions encerclantes peut entraîner une perte de rendement comprise entre 1 et 3 quintaux par hectare, ainsi qu’une diminution d’environ un point de teneur en huile. La maladie est surtout nuisible dans le Nord-Est.
Cycle de vie
Le champignon hiverne sous forme de mycélium et de périthèces sur les résidus de culture de tournesol présents à la surface du sol. À la fin de l’hiver, lorsque les températures atteignent environ 10 °C, les périthèces se forment. En conditions d’humidité suffisante, ils libèrent des ascospores, qui constituent l’inoculum primaire, qui pourront être émises de façon progressive avec des pics au moments des épisodes pluvieux. Ces spores sont disséminées par le vent ainsi que par les éclaboussures de pluie et contaminent les feuilles du tournesol.
Après l’infection des feuilles, le mycélium colonise les espaces intercellulaires, progresse le long des nervures et de la nervure centrale, puis migre vers le pétiole. Il atteint ensuite la tige de manière systémique, où se développe une lésion nécrotique allongée. Les pertes de rendement apparaissent lorsque les tissus conducteurs de la tige sont envahis et que le système vasculaire est obstrué. La plante se flétrit alors progressivement et la tige, fragilisée, peut casser sous le poids du capitule ou à la suite d’un choc.
Des infections secondaires peuvent être observées à partir de conidies produites dans les lésions de tige. Toutefois, ces conidies semblent avoir un rôle limité dans le développement de l’épidémie. L’agent pathogène est capable de survivre jusqu’à cinq ans sur les résidus de culture, en fonction des pratiques agronomiques et des conditions météorologiques.
Facteurs favorables
Le développement du phomopsis est étroitement dépendant des conditions climatiques. Des températures comprises entre 20 et 24 °C, associées à une humidité relative supérieure à 90 % pendant une durée prolongée, constituent des conditions particulièrement favorables à l’infection et à la progression du champignon.
Certaines pratiques agronomiques peuvent également favoriser l’apparition de la maladie.
Un semis précoce augmente le risque d’attaque sévère, car il favorise la coïncidence entre la période de sensibilité maximale du tournesol, située autour du stade bouton floral, et les périodes climatiques favorables aux contaminations.
Une densité de peuplement élevée entraîne une mauvaise circulation de l’air au sein du couvert végétal et favorise le maintien d’une forte humidité, condition indispensable au développement du phomopsis. Enfin, une fertilisation azotée excessive ainsi qu’une irrigation autour de la floraison peuvent accentuer la gravité des attaques.
Diversité de l’agent pathogène
La diversité des agents responsables du phomopsis varie selon les régions du monde. En France et plus largement en Europe, Diaporthe helianthi est l’espèce majoritairement retrouvée. En Australie, les épidémies sont principalement dues à Diaporthe gulyae, tandis qu’aux États-Unis, ces deux espèces coexistent.
La diversité intra-spécifique de Phomopsis helianthi reste encore peu documentée. À ce jour, il n’existe pas de dispositif de surveillance des populations en France. Toutefois, certaines études ont mis en évidence des différences d’agressivité entre isolats, suggérant une variabilité au sein des populations de cet agent pathogène.
Leviers de lutte
La gestion durable du phomopsis repose sur une approche intégrée, combinant plusieurs leviers complémentaires, à raisonner à l’échelle de la parcelle, de la rotation et du long terme.
Pratiques agronomiques
Les pratiques agronomiques jouent également un rôle majeur dans la réduction du risque :
- allonger la rotation du tournesol, idéalement avec un retour tous les cinq ans
L’allongement de la rotation du tournesol permet de réduire la quantité de résidus infectés disponibles et de limiter la pression d’inoculum d’une campagne à l’autre. Un retour trop fréquent du tournesol favorise au contraire l’accumulation de l’inoculum et augmente le risque d’infections précoces.
- broyer et enfouir les résidus de culture à plus de cinq centimètres de profondeur
Le broyage et l’enfouissement partiel des résidus contribuent à accélérer leur dégradation et à réduire la capacité du champignon à produire des périthèces viables.
- adapter les dates de semis
Un semis plus tardif peut provoquer la formation d’un couvert moins dense au moment des périodes à risque (périodes pluvieuses)
- éviter des densités de peuplement excessives
Une densité de peuplement élevée favorise la fermeture rapide du couvert, limite la circulation de l’air et augmente la durée pendant laquelle l’humidité relative reste élevée à l’intérieur de la végétation. Ces conditions sont particulièrement favorables aux infections foliaires, qui constituent la première étape du développement de la maladie
Résistances variétales
La tolérance variétale constitue un moyen de lutte efficace. Dans les zones à risque, opter pour des variétés très peu sensibles (TPS). Les variétés peu sensibles (PS) sont conseillées uniquement chez les producteurs prêts à traiter si nécessaire. Sur le reste du territoire, le choix variétal n’est pas contraint.
Lutte fongicide
La protection fongicide contre le phomopsis doit être considérée comme un levier d’appoint, dont l’efficacité dépend fortement du contexte. Les traitements visent essentiellement à limiter les infections foliaires précoces, afin de réduire la probabilité de progression du champignon vers la tige. Le recours à cette protection fongicide doit être raisonné en tenant compte du risque régional, de la sensibilité variétale, des caractéristiques de la parcelle et des informations issues des Bulletins de Santé du Végétal. Consultez le guide de culture tournesol Terres Inovia pour les recommandations de traitements.
Tout savoir sur le mildiou du tournesol
Plasmopara halstedii, agent responsable du mildiou du tournesol, est un oomycète biotrophe obligatoire, spécialiste, capable de se conserver pendant 10 ans dans le sol.
Agent pathogène et hôte
Plasmopara halstedii, agent responsable du mildiou du tournesol, est un oomycète biotrophe obligatoire, spécialiste, capable de se conserver pendant 10 ans dans le sol. Le mildiou est capable d’attaquer plusieurs Astéracées dont les espèces Hfelianthus comme H. argophyllus, H. debilis et H. petiolaris, et aussi la forme sauvage et cultivée de H.annuus, le tournesol. Plasmopara halstedii peut également attaquer d’autres Asteraceae comme Bidens, Artemisia, Xanthium, qui pourraient être de potentiels réservoirs d’inoculum.
Comme le mildiou est un agent pathogène biotrophe obligatoire, sa survie en absence de tournesol repose sur des plantes relais. Les principales plantes relais (de P. halstedii vers le tournesol) à considérer sont Ambrosia artemisiifolia, Xanthium strumarium, Iva xanthiifolia et Senecio vulgaris, qui sont parfois abondantes dans les parcelles cultivées en tournesol. Du fait de leur proximité botanique avec H. annuus, ces espèces sont peu sensibles à la plupart des herbicides utilisés dans cette culture.
| Nom latin | Nom courant | Nom latin | Nom courant |
| Ageratum sp. | Agératum | Helianthus giganteus | Tournesol géant |
| Ageratum houstonianum | Agératum du Mexique | Helianthus grosseserratus | Hélanthe à grosses dents |
| Ambrosia artemisiifolia | Ambroisie à feuilles d’armoise | Helianthus hirsutus | Tournesol hérissé |
| Artemisia vulgaris | Armoise commune | Helianthus nuttallii | Tournesol de Nuttall |
| Centaurea sp. | Centaurée | Helianthus petiolaris | Tournesol à pétiole |
| Chrysanthemum sp. | Chrysanthème | Helianthus rigidus | Tournesol rigide |
| Cineraria sp. | Cinéraire | Helianthus scaberrimus | Tournesol rude |
| Clibadium sp. | Clibadie | Helianthus strumosus | Tournesol à rhizomes |
| Coreopsis sp. | Coréopsis | Helianthus subrhomboideus | Tournesol subrhombique |
| Coreopsis lanceolata | Coréopsis lancéolé | Helianthus tuberosus | Topinambour |
| Dimorphotheca sp. | Ostéospermum / Marguerite africaine | Helianthus occidentalis | Tournesol occidental |
| Elephantopus sp. | Éléphantope | Helianthus debilis | Tournesol délicat |
| Emilia sp. | Émilie | Helianthus lenticularis | Tournesol lenticulaire |
| Erigeron sp. | Vergerette | Iva sp. | Iva |
| Eupatorium sp. | Eupatoire | Petasites sp. | Pétasite |
| Eupatorium ageratoides | Eupatoire agératoïde | Rudbeckia sp. | Rudbeckie |
| Eupatorium purpureum | Eupatoire pourpre | Rudbeckia fulgida | Rudbeckie brillante |
| Eupatorium rugosum | Eupatoire rugueuse | Senecio sp. | Séneçon |
| Franseria sp. | Franseria | Venidium sp. | Venidium |
| Gerbera jamesonii | Gerbéra | Verbesina sp. | Verbesine |
| Helianthus sp. | Tournesol | Vernonia sp. | Vernonie |
| Helianthus annuus | Tournesol commun | Xanthium strumarium | Lampourde commune |
| Helianthus argophyllus | Tournesol argenté | Ximenesia sp. | Ximenesia |
| Helianthus divaricatus | Tournesol à feuilles écartées | Zinnia sp. | Zinnia |
Symptômes
Les symptômes provoqués par le mildiou sur le tournesol sont multiples. Selon le stade d’infection de la plante, les symptômes peuvent aller jusqu’à de la mort de la plantule, si l’attaque est très précoce.
En début de cycle, les plantules contaminées présentent un retard de croissance, elles apparaissent « rabougries », montrent des cotylédons jaunes. Des zones décolorées vert plus clair sont visibles sur les feuilles, dont la face inférieure est recouverte d’un feutrage blanc plus ou moins intense : ce feutrage correspond aux sporulations du mildiou, à partir desquelles pourront se déclarer des contaminations secondaires mais surtout « se fabriquer » l’inoculum pour les campagnes suivantes. Le mildiou va peu à peu coloniser tous les tissus de la plante et « monter dans les étages » : on dit qu’il est systémique et son développement à l’intérieur de la plante entraîne un nanisme caractéristique : les entre-nœuds sont raccourcis.
Les symptômes courants lors d’une attaque sont :
- Nanisme de la plante
- Port à plat du capitule
- Symptômes en « ailes de fougère »
- Présence de chlorose sur les feuilles délimitées par les nervures
- Blanchiment des feuilles
- Sporulation blanche visible d’abord sur la face inférieure des feuilles
- Capitule stérile
Une visite en début de campagne permet de faire le point sur l’état de santé « mildiou » de la parcelle. Cette visite précoce présente le grand avantage de ne pas passer à côté des symptômes de mildiou, qui peuvent être plus difficiles à repérer lorsque le couvert se développe et les plantes grandissent. Souvent, un petit foyer de mildiou se déclare à l’entrée de parcelle, là où le passage du matériel agricole a créé des zones de tassement favorables à l’accumulation d’eau libre. N’hésitez pas à rentrer plus avant dans la parcelle afin de compléter votre diagnostic !
Attention, ne pas confondre mildiou et rouille blanche
Des attaques précoces de rouille blanche peuvent parfois se manifester : celles-ci n’occasionnent pas de nanisme. Des cloques de couleur vert clair se développent sur les feuilles. Sur leur face inférieure, les sporulations du champignon forment des croûtes et non un feutrage homogène.
Cycle de vie
Bien que P. halstedii puisse être dispersé par le vent, l'eau et via les semences contaminées, il s'agit principalement d'un agent pathogène transmis par le sol. Au champ, les infections racinaires des jeunes plants de tournesol sont responsables des symptômes les plus graves et possèdent un fort impact sur le rendement.
Les zoospores de Plasmopara halstedii sont libérés soit à partir de sporanges oosporés (au printemps) soit à partir de sporanges asexués (du printemps à l'été) et peuvent infecter les jeunes plants de tournesol.
L’infection primaire se déroule au printemps et se passe sous forme souterraine via la germination d’oospores. Dans des conditions humides et fraîches, ces oospores vont entraîner la formation de zoosporanges, une structure de fructification produisant les zoospores. Ces zoospores sont biflagellées et vont aller infecter les racines de la plante. La contamination secondaire, contrairement à la primaire, se produit en phase aérienne. Les sporangiophores qui se trouvent sur les cotylédons ou sur la face inférieure des feuilles, vont entraîner la formation de sporanges qui seront disséminés par le vent, et produiront les zoospores responsables de l’infection secondaires. Cette étape est responsable des infections tardives des plantes voisines et contribue à la dissémination de l’agent pathogène.
Toute attaque même minime, contribue à alimenter le réservoir d’inoculum dans le sol.
Importance
Le mildiou est l’une des principales maladies affectant la production de tournesol. Cet agent pathogène a été observé pour la première fois en Amérique du Nord en 1888, puis en Russie et en Europe aux alentours de 1960. Cette introduction en Europe est probablement la conséquence d’une importation de graines contaminées. Depuis les années 1992 et jusqu’en 2019, ce pathogène a été soumis à un régime de quarantaine en Europe.
L’impact global de cette maladie sur le rendement a été estimé à 3,5% de la production de graine en Europe, avec l’utilisation des méthodes de contrôle couramment utilisées.
En général, les attaques de mildiou impactent peu le potentiel de production des parcelles de tournesol. Cependant, certains cas bien plus graves peuvent se manifester à l’occasion de conditions favorables (rotation, choix variétal, pluviométrie), plus le pourcentage de pieds nanifié dans la parcelle est important, plus la perte de rendement sera élevée. Dans le Sud-Ouest, les années 2019 et 2020 ont pu marquer les mémoires. En 2025, une situation inhabituelle a été constatée, des cas d’attaques sévères ont été observées dans le Nord-Est.
La nuisibilité des attaques primaires de mildiou est estimée à 1% de perte de rendement pour 1% de plantes nanifiées. Elle est donc significative en cas d’attaque généralisée ou par grands foyers mais quasi-nulle lorsque quelques pieds isolés sont touchés, ou qu’un petit foyer est présent à l’entrée de la parcelle.
La surveillance du territoire national a mis en évidence une pression mildiou en augmentation depuis 6 ans : entre 12 et 19% de parcelles touchées, avec une augmentation significative de la proportion des attaques graves à plus de 10% de pieds nanifiés.
Facteurs favorables
Le retour trop fréquent du tournesol favorise le développement de la maladie. En effet les parcelles les plus attaquées sont celles ou le tournesol revient un an sur deux dans la rotation.
Le mildiou se développant lors de conditions très humides et fraîche, semer dans un sol mal ressuyé, froid et lorsque de fortes pluies sont annoncées sont des conditions favorables au développement de l’infection.
Le mauvais désherbage des parcelles de tournesol de toutes les espèces pouvant héberger le mildiou et les repousses de tournesol, favorise le développement de la maladie.
La culture de plantes hôtes du mildiou en interculture, tel que le niger ou encore la sylphie, est un autre facteur favorable au développement de la maladie.
Diversité de l’agent pathogène
Les races de mildiou sont déterminées selon leur virulence vis-à-vis d’une gamme de lignées différentielles.
Tableau : lignées différentielles utilisées pour la détermination des races de mildiou en France. S : la race est virulente, R : la race est avirulente
Plasmopara halstedii est apparu en France pour la première fois en 1966 avec la race 100. Par la suite, la maladie fut éradiquée grâce à l’utilisation des résistances variétales. Néanmoins, la réapparition du mildiou en 1988 a tiré la sonnette d’alarme, et une surveillance annuelle a été mise en place en France en 1990. Cette surveillance nationale couvre l’ensemble des zones de production. En 1999, seulement deux races ont été détectées sur le territoire français, les races 703 et 710. Depuis le début des années 2000, les races dites « récentes » sont régulièrement détectées, il s’agit des race 304, 307, 314, 334, 704 et 714, en plus des races dites « anciennes », 100, 710 et 703 (CETIOM & INRAE, 2011). En France, depuis le début de la surveillance, environ 24 races ont été identifiées selon leur profil de virulence.
Graphique de l’évolution du nombre de races de mildiou du tournesol en France de 2000 à 2024.
Les races de mildiou en France sont en constante évolution. Au début des années 2000 et jusqu’en 2010, les anciennes races de mildiou 703 et 710 représentaient la majorité de la fréquence des races retrouvées en France, avec une fréquence de la race 710 souvent aux alentours des 70%. Par la suite, c’est la race 714, apparue pour la première fois en 2002, qui a dominé le paysage. En effet, contrairement aux races 703 et 710, la race 714 est virulente contre le gène de résistance Pl6. L’utilisation de plus en plus répandue de ce gène dans les variétés cultivées a entraîné une augmentation de fréquence de cette race dans le paysage.
La race 704 a également été retrouvée en fréquence élevée parallèlement à la race 714. Mais depuis les années 2019, de nouvelles races de mildiou sont apparues et dominent à présent le paysage, il s’agit des races 774#, 704# et plus particulièrement la race 714#. Ces races sont capables d’infecter les variétés comportant le gène de résistance Pl8 (#). Ce gène a été introduit à une fréquence significative depuis quelques années ce qui a entraîné l’apparition de races virulentes correspondantes.
Leviers de lutte
La gestion durable du mildiou passe par une protection intégrée où tous les leviers de lutte doivent être raisonnés à la parcelle, dans la rotation, et pour le long terme.
Pratiques agronomiques
La lutte contre le mildiou passe par des mesures agronomiques simples mais efficaces qui permettent de réduire le risque :
- Allonger les rotations de tournesol.
- Semer dans un sol bien ressuyé et réchauffé sans annonces de fortes pluies les jours suivant le semis.
- Détruire des parcelles cultivées en tournesol toutes les espèces pouvant héberger le mildiou.
- Eviter les plantes hôte en interculture.
Résistances variétales
Ces bonnes pratiques agronomiques peuvent se combiner au choix variétal pour favoriser la diminution du risque d’apparition de la maladie.
La résistance des variétés au mildiou est définie par leur profil RM. Il existe des variétés dites RM9, c’est-à-dire qu’elles sont résistantes aux 9 races officielles de mildiou : 100, 304, 307, 314, 334, 703, 704, 710 et 714, RM8, résistantes à 8 des 9 races (sensible à la race 334). Depuis quelques années, des profils de résistance #, RM8# et RM9#, sont apparus sur le marché, ces variétés sont résistantes à la race 714#, en plus des autres, race la plus communément retrouvée lors d’attaque de variétés RM9.
A ce jour il existe 88 variétés résistantes à la race majoritaire de mildiou (RM9#) en France, leur utilisation permet de lutter contre la maladie. L’alternance des variétés permet de changer, au fil des campagnes, les gènes de résistances auxquels on expose le mildiou dans la parcelle, et donc de réduire le contournement de ces résistances. En effet, cultiver des variétés possédant un même gène de résistance au fil des campagnes entraine une forte pression de sélection sur le mildiou, vis-à-vis de ce gène, ce qui favorise les cas de contournements.
Traitement de semence
Le recours au traitement de semence est possible mais non obligatoire. Son utilisation est à raisonnée en fonction de l’historique mildiou de la parcelle ainsi que de la variété utilisée. A ce jour, il existe deux spécialités à base d’oxathiapriproline (LUMISENA et PLENARIS), disponibles comme traitement de semence mildiou.
LUMISENA (n°2200078) de la société CORTEVA et PLENARIS (n°2200736) de la société SYNGENTA sont deux traitements de semences à base d’oxathiapiproline à 200 g/l en formulation FS.
Cette substance active connue notamment en vigne (ZORVEC) pour sa bonne action contre le mildiou de la vigne est un inhibiteur de la protéine de liaison à l’oxystérol. Elle intervient dans l’équilibre, le transport et le stockage des lipides de la cellule du champignon. L’oxathiapiproline est classé dans le groupe 49 du FRAC (Fongicide Résistance Action Committee) qui juge le risque de résistance comme moyen à élevé. C’est en effet un fongicide à mode d’action unisite. Il est déconseillé de l’employer seul. C’est un point commun à toutes les luttes durables : associer deux modes d’action efficace, que ce soit en mildiou vigne, fongicides céréales ou colza ou mildiou du tournesol.
Si disponible, Terres Inovia conseil d’associer l’oxathiapiproline à un autre anti-mildiou efficace afin de limiter la pression de sélection.
Attention, l’utilisation de semences traitées doit être réfléchi au cas par cas et ne doit pas être systématique, afin de ne pas favoriser l’apparition de résistances chez le mildiou
Le raisonnement pour la lutte contre le mildiou doit être tenu à la parcelle car il dépend de l’historique de chacune :
- la parcelle a-t-elle subi des attaques de mildiou sur les 5 dernières campagnes ?
- quelles variétés (génétique, profil RM) y ont été cultivées ?
- avec quel(s) traitement(s) de semences anti-mildiou ?
C’est sur ces questions que se base notre position technique.
Position technique mildiou Terres Inovia 2026
L’évolution constante des races de mildiou impose une adaptation régulière des stratégies de lutte et des choix variétaux. Les observations réalisées sur le territoire national montrent que, dans la majorité des cas analysés d’attaques de mildiou sur variétés de type RM9, l’isolat en cause correspond à la race 714Pl8. C’est pourquoi il est aujourd’hui recommandé de privilégier les variétés dites RM8/9#, résistantes à cet isolat 714Pl8, dans le cas d’attaque précédente sur variété RM9.
Il convient toutefois de rappeler que les populations de Plasmopara halstedii sont en constante évolution. Aucune stratégie de lutte ne peut être considérée comme totalement durable ou absolue. Les recommandations doivent être régulièrement réévaluées en fonction des observations de terrain.
Même dans le cas de l’utilisation d’une variété résistante et d’un traitement de semence, le risque mildiou existe toujours. N’oublions jamais deux choses :
- le traitement de semences peut être lessivé en cas de grosses pluies
- et le mildiou possède une capacité d’adaptation extraordinaire face aux molécules fongicides et aux gènes de résistance des variétés.
Ces moyens de lutte doivent donc être bien utilisés afin de les faire durer :
- utiliser les bonnes pratiques agronomiques
- varier les profils RM des variétés
- utiliser raisonnablement le traitement de semence
Pour plus d’informations sur la fréquence et l’intensité du mildiou en France, retrouvez notre note commune mildiou publiée chaque fin d’année sur le site de Terres Inovia.
En savoir plus sur le mildiou du tournesol
Nos autres articles
Des excès d'eau hivernaux qui pénalisent la bonne reprise de la culture
En Auvergne–Rhône-Alpes, la sortie d’hiver est marquée par des précipitations supérieures aux normales saisonnières, en particulier au cours des dix derniers jours. Ces conditions ont rendu l’entrée dans les parcelles difficile et retardé, dans de nombreuses situations, les apports d’azote et de soufre.
L’impact reste toutefois contrasté selon les secteurs et les situations. Les colzas présentent des états très hétérogènes : certaines parcelles affichent des biomasses faibles à la reprise de végétation, traduisant un développement automnal limité. Par ailleurs, les dégâts de larves d’altises ont pu être localement importants, fragilisant les plantes et pénalisant leur dynamique de redémarrage.
Dans ce contexte, la gestion des parcelles les plus affectées doit être appréciée au cas par cas, tout comme la stratégie de fertilisation à adopter lors de retours au champ retardés par les conditions d'humidité des sols, alors même que les cultures poursuivent leur progression physiologique.
En Auvergne–Rhône-Alpes, la sortie d’hiver est marquée par des précipitations supérieures aux normales saisonnières, en particulier au cours des dix derniers jours. Ces conditions ont rendu l’entrée dans les parcelles difficile et retardé, dans de nombreuses situations, les apports d’azote et de soufre.
L’impact reste toutefois contrasté selon les secteurs et les situations. Les colzas présentent des états très hétérogènes : certaines parcelles affichent des biomasses faibles à la reprise de végétation, traduisant un développement automnal limité. Par ailleurs, les dégâts de larves d’altises ont pu être localement importants, fragilisant les plantes et pénalisant leur dynamique de redémarrage.
Dans ce contexte, la gestion des parcelles les plus affectées doit être appréciée au cas par cas, tout comme la stratégie de fertilisation à adopter lors de retours au champ retardés par les conditions d'humidité des sols, alors même que les cultures poursuivent leur progression physiologique.
Adapter les pratiques de fertilisation à l'état des colzas à la reprise
Revoir à la baisse la dose d'azote totale à apporter uniquement sur les parcelles très impactées par les excès d'eau
Dans la majorité des situations, les colzas étaient bien implantés et développés en entrée d’hiver. Si les excès d’eau des dernières semaines ont empêché les apports à reprise de végétation, l’état des colzas (enracinement profond, forte biomasse automnale) ne se montre pas limitant pour une reprise sans encombre. Dans ce contexte, les doses prévisionnelles d’azote à apporter au printemps pourront être maintenues. Seule la question du fractionnement des apports importe.
En revanche, pour les parcelles où de l’eau excédentaire stagne en surface (bas de côteaux, plaines non-drainées inondées ou saturées, sols hydromorphes), pénalisant la reprise de colzas, il est important d’adapter au cas par cas la stratégie de fertilisation :
Sur les parcelles initialement peu développées à l’automne (mauvaise implantation, dégâts précoces de ravageurs, etc.) et confrontées à d’importants excès d’eau, il peut être envisagé de revoir à la baisse leur potentiel de rendement, et par extension la dose totale à apporter au printemps. En effet, les colzas au système racinaire peu développé à l’automne et endommagé par les excès d’eau auront de moins bonnes capacités de compensation face aux stress biotiques (attaques de ravageurs, maladies, salissement) et abiotiques (stress hydrique) au printemps. Afin d’éviter des investissements qui, sans doute, ne seront pas rentabilisés à la récolte, il convient dès maintenant de maîtriser au mieux les charges opérationnelles, notamment sur le poste engrais, qui est généralement le plus lourd pour la culture.
Pour les parcelles où le colza présente une bonne qualité d’implantation (peuplement homogène, dense, salissement faible, biomasse importante à l’automne, faibles dégâts de ravageurs), il convient de surveiller leur évolution dans les prochains jours. Les probabilités de reprise sans encombre sont bien plus importantes, n’imposant pas, sauf exception, de revoir les doses prévisionnelles à la baisse.
Fractionner les apports pour bien accompagner la reprise et garantir la nutrition azotée jusqu’à la floraison
Dès que les parcelles redeviendront praticables, et si les conditions météorologiques sont favorables, une adaptation de la stratégie en 3 apports d’azote est à envisager sur les colzas les plus chétifs, avec un premier apport modéré de 30 à 40 uN pour permettre à la plante de soutenir sa croissance. Un dernier apport de 40 uN est à réserver au stade E (boutons séparés). Le reste pourra être apporté aux stades D1-D2 (boutons accolés). Il est inutile d’accompagner la reprise avec un apport conséquent dès le départ dans ce cas de figure, la capacité d’absorption du colza étant limitée !
Pour les colzas les mieux portants (> 1 kg/m² en sortie d’hiver) et/ou bien implantés déjà au stade C2 (entre-nœuds visibles) voire D1, un premier apport d’environ 60-70 uN sera à effectuer lorsque les parcelles seront praticables. Il n’y a pas lieu de se précipiter pour ces colzas, dont la qualité d’enracinement garantit une bonne capacité d’absorption de l’azote du sol. Le solde pourra être apporté entre les stades D2 et E.
Ne pas oublier le soufre
Le colza est une culture très exigeante en soufre. Le risque de carence est bien plus important les années difficiles marquées par des excès d’eau important à l’automne et en sortie d’hiver. En conséquence, il ne faut pas négliger la fertilisation soufrée de la culture, préférentiellement avec des engrais de forme sulfate (Sulfate d’ammoniaque, Ammonitrate soufrée, etc.) pour un total de 75 unités à apporter en début de montaison (Stades C2-D1).
Petits rappels sur les effets des excès d'eau sur le métabolisme du colza
Dans certaines situations (sols hydromorphes, parcelles inondées, sols saturés peu filtrants, colzas mal implantés et/ou peu développés à l’automne) où les colzas sont « complètement à l’arrêt », peut se poser la question du retournement et du remplacement de la culture. Voici quelques rappels concernant l’effet des excès d’eau sur l’activité des colzas et sur l’importance de diagnostiquer finement les parcelles concernées avant de prendre une décision.
Les excès d’eau peuvent affecter l’activité métabolique des colzas à deux niveaux :
L'asphyxie racinaire
Lorsque la teneur en oxygène du sol passe en dessous de 10%, l’absorption d’azote est bloquée, pénalisant de fait la nutrition azotée et par extension la croissance de la plante.
La fermentation du système racinaire
En présence prolongée d’eau, la racine de colza fermente, ce qui entraîne une accumulation d’éthanol dans les feuilles. Avec l’accumulation, la photosynthèse, et par extension la croissance, sont impactées (la feuille prend une couleur brune à rouge). Si elle devient est trop importante, des pertes de pieds sont observées.
Des facteurs aggravants
Ces phénomènes sont favorisés et amplifiés par les faibles niveaux de biomasse en sortie d’hiver, associés à des défauts d’implantation (profondeur d’enracinement < 15 cm, pivots « fourchus » ou « coudés »), dont l’origine provient de problèmes de structure de sol, et parfois de fertilisation de fond. Le salissement et les dégâts de ravageur d’automne (larves de grosses altises et/ou de charançons du bourgeon terminal) constituent également des facteurs limitant la capacité de compensation et de reprise des colzas, notamment lorsqu’ils sont peu développés à l’automne.
Ainsi, en fonction de la dynamique de croissance et de développement du colza à l’automne, de sa qualité d’enracinement, de l’état de salissement de la parcelle, des dégâts causés par les ravageurs d’automne et de la vitesse de ressuyage des sols, les effets d’un excès d’eau sur la capacité de reprise et par extension sur le potentiel de rendement peuvent être très différents d’une parcelle à l’autre.
Maintien ou retournement ? Une décision à ne pas prendre à la légère !
Dans certaines situations où les colzas ne semblent pas repartir, se pose la question du maintien ou du retournement de la parcelle. Si la décision est simple dans les cas extrêmes (parcelle intacte ou au contraire présentant de fortes nécroses racinaires), elle est beaucoup plus délicate dans les situations intermédiaires, en fonction du pourcentage de la parcelle concerné et surtout de l’évolution des symptômes.
Bien diagnostiquer chaque parcelle pour juger de la pertinence du maintien de celle-ci
Il est tout d’abord important d’évaluer l’incidence du retournement par rapport au maintien de la culture : l'investissement déjà engagé, les aspects réglementaires, le potentiel et la faisabilité de la culture de remplacement selon les herbicides utilisés.
Pour juger de la pertinence d’un retournement de parcelle, il faut estimer d'une part les capacités de compensation du colza, la biomasse fraîche (poids vert exprimé par m²) et la densité du peuplement, et d'autre part les facteurs aggravants, (hydromorphie, enherbement, défaut d’enracinement, dégâts de ravageurs, peuplement hétérogène, etc.). Il est inutile de laisser des colzas en mauvais état à l’intérieur de parcelles qui risquent de se salir rapidement au printemps et dont le potentiel de rendement est très limité.
Voici quelques repères permettant de décider ou non du maintien des parcelles pour lesquelles de suspicions persistent :
1. Le peuplement
Selon les types de sols à partir de 5 à 10 pieds/m² sains bien répartis, avec un salissement maitrisé, le retournement de la parcelle est déconseillé.
2. L’état sanitaire de la racine
Pour observer les nécroses racinaires, il faut prélever des racines et les couper longitudinalement pour bien identifier les zones touchées. Si les nécroses racinaires sont trop importantes, la survie de la plante est fortement compromise. En fonction des conditions climatiques (notamment le retour d’une période pluvieuse), les nécroses peuvent évoluer. Il est donc recommandé de vérifier régulièrement la progression ou la stagnation des nécroses dans les parcelles légèrement à moyennement impactées pour confirmer le diagnostic.
| Coupe longitudinale d'une racine de colza saine | Coupe longitudinale d'une racine de colza nécrosée |
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3. Le pourcentage de la parcelle concerné par les dégâts
Pour envisager un retournement, la surface concernée par de fortes nécroses doit être suffisante pour justifier de nouvelles dépenses (charges opérationnelles et coûts de passage). Si la surface touchée ne représente que quelques pourcents de la parcelle, le maintien de la culture dans la zone sera décidé, il conviendra alors d’être vigilant sur le salissement en fin de cycle, notamment en graminées. La gestion des adventices devra être envisagée en interculture et dans la culture suivante.
4. Le niveau d’infestation en larves de grosses altises ou de charançons du bourgeon terminal
Il intervient en facteur aggravant de la présence de nécroses racinaires.
Dans tous les cas, la tolérance aux stress et les capacités de compensation du colza au printemps risquent d’être limitées dans les situations où les systèmes racinaires sont endommagés par les excès d’eau. Il faudra en tenir compte dans le raisonnement de la fertilisation de printemps !
Cultures de remplacement
En cas de retournement de la parcelle et de remplacement de la culture, il est important de prendre en compte l’historique des spécialités herbicides employées à l’automne/hiver afin d’adapter le choix d’espèce. Retrouvez ici un tableau des cultures de remplacement possibles après retournement d’un colza, en fonction du programme de désherbage employé.
Vos contacts régionaux
- Quentin LAMBERT (q.lambert@terresinovia.fr) – Ingénieur régional de développement – Occitanie
- Quentin LEVEL (q.level@terresinovia.fr) – Ingénieur régional de développement – Ex-Aquitaine, Gers, Hautes-Pyrénées
Des excès d'eau hivernaux qui pénalisent la bonne reprise de la culture
Les conditions humides et pluvieuses de sortie d'hiver, qui cette année suivent une période hivernale marquée par une importante fonte des colzas dans le Sud-Ouest à la suite d'épisodes de froid et de gel, ralentissent voire pénalisent la bonne reprise de la culture à deux titres : Un manque de praticabilité des parcelles, empêchant les apports azotés et soufrés, ainsi que des excès d'eau pouvant provoquer l'asphyxie voire la fermentation du système racinaire.
Les conditions humides et pluvieuses de sortie d'hiver, qui cette année suivent une période hivernale marquée par une importante fonte des colzas dans le Sud-Ouest à la suite d'épisodes de froid et de gel, ralentissent voire pénalisent la bonne reprise de la culture à deux titres : Un manque de praticabilité des parcelles, empêchant les apports azotés et soufrés, ainsi que des excès d'eau pouvant provoquer l'asphyxie voire la fermentation du système racinaire. Dans ce contexte se pose la question de la stratégie de fertilisation à adopter lors de retours tardifs au champ ainsi que, dans certaines situations (parcelles de fonds de vallée inondées, sols hydromorphes, plaines peu filtrantes, etc.), du maintien de certaines parcelles.
Adapter les pratiques de fertilisation à l'état des colzas à la reprise
Revoir à la baisse la dose d'azote totale à apporter uniquement sur les parcelles très impactées par les excès d'eau
Dans la majorité des situations, les colzas étaient bien implantés et développés en entrée d’hiver. Si les excès d’eau des dernières semaines ont empêché les apports à reprise de végétation, l’état des colzas (enracinement profond, forte biomasse automnale) ne se montre pas limitant pour une reprise sans encombre. Dans ce contexte, les doses prévisionnelles d’azote à apporter au printemps pourront être maintenues. Seule la question du fractionnement des apports importe.
En revanche, pour les parcelles où de l’eau excédentaire stagne en surface (bas de côteaux, plaines non-drainées inondées ou saturées, sols hydromorphes), pénalisant la reprise de colzas, il est important d’adapter au cas par cas la stratégie de fertilisation :
Sur les parcelles initialement peu développées à l’automne (mauvaise implantation, dégâts précoces de ravageurs, etc.) et confrontées à d’importants excès d’eau, il peut être envisagé de revoir à la baisse leur potentiel de rendement, et par extension la dose totale à apporter au printemps. En effet, les colzas au système racinaire peu développé à l’automne et endommagé par les excès d’eau auront de moins bonnes capacités de compensation face aux stress biotiques (attaques de ravageurs, maladies, salissement) et abiotiques (stress hydrique) au printemps. Afin d’éviter des investissements qui, sans doute, ne seront pas rentabilisés à la récolte, il convient dès maintenant de maîtriser au mieux les charges opérationnelles, notamment sur le poste engrais, qui est généralement le plus lourd pour la culture.
Pour les parcelles où le colza présente une bonne qualité d’implantation (peuplement homogène, dense, salissement faible, biomasse importante à l’automne, faibles dégâts de ravageurs), il convient de surveiller leur évolution dans les prochains jours. Les probabilités de reprise sans encombre sont bien plus importantes, n’imposant pas, sauf exception, de revoir les doses prévisionnelles à la baisse.
Fractionner les apports pour bien accompagner la reprise et garantir la nutrition azotée jusqu’à la floraison
Dès que les parcelles redeviendront praticables, et si les conditions météorologiques sont favorables, une adaptation de la stratégie en 3 apports d’azote est à envisager sur les colzas les plus chétifs, avec un premier apport modéré de 30 à 40 uN pour permettre à la plante de soutenir sa croissance. Un dernier apport de 40 uN est à réserver au stade E (boutons séparés). Le reste pourra être apporté aux stades D1-D2 (boutons accolés). Il est inutile d’accompagner la reprise avec un apport conséquent dès le départ dans ce cas de figure, la capacité d’absorption du colza étant limitée !
Pour les colzas les mieux portants (> 1 kg/m² en sortie d’hiver) et/ou bien implantés déjà au stade C2 (entre-nœuds visibles) voire D1, un premier apport d’environ 60-70 uN sera à effectuer lorsque les parcelles seront praticables. Il n’y a pas lieu de se précipiter pour ces colzas, dont la qualité d’enracinement garantit une bonne capacité d’absorption de l’azote du sol. Le solde pourra être apporté entre les stades D2 et E.
Ne pas oublier le soufre
Le colza est une culture très exigeante en soufre. Le risque de carence est bien plus important les années difficiles marquées par des excès d’eau important à l’automne et en sortie d’hiver. En conséquence, il ne faut pas négliger la fertilisation soufrée de la culture, préférentiellement avec des engrais de forme sulfate (Sulfate d’ammoniaque, Ammonitrate soufrée, etc.) pour un total de 75 unités à apporter en début de montaison (Stades C2-D1).
Petits rappels sur les effets des excès d'eau sur le métabolisme du colza
Dans certaines situations (sols hydromorphes, parcelles inondées, sols saturés peu filtrants, colzas mal implantés et/ou peu développés à l’automne) où les colzas sont « complètement à l’arrêt », peut se poser la question du retournement et du remplacement de la culture. Voici quelques rappels concernant l’effet des excès d’eau sur l’activité des colzas et sur l’importance de diagnostiquer finement les parcelles concernées avant de prendre une décision.
Les excès d’eau peuvent affecter l’activité métabolique des colzas à deux niveaux :
L'asphyxie racinaire
Lorsque la teneur en oxygène du sol passe en dessous de 10%, l’absorption d’azote est bloquée, pénalisant de fait la nutrition azotée et par extension la croissance de la plante.
La fermentation du système racinaire
En présence prolongée d’eau, la racine de colza fermente, ce qui entraîne une accumulation d’éthanol dans les feuilles. Avec l’accumulation, la photosynthèse, et par extension la croissance, sont impactées (la feuille prend une couleur brune à rouge). Si elle devient est trop importante, des pertes de pieds sont observées.
Des facteurs aggravants
Ces phénomènes sont favorisés et amplifiés par les faibles niveaux de biomasse en sortie d’hiver, associés à des défauts d’implantation (profondeur d’enracinement < 15 cm, pivots « fourchus » ou « coudés »), dont l’origine provient de problèmes de structure de sol, et parfois de fertilisation de fond. Le salissement et les dégâts de ravageur d’automne (larves de grosses altises et/ou de charançons du bourgeon terminal) constituent également des facteurs limitant la capacité de compensation et de reprise des colzas, notamment lorsqu’ils sont peu développés à l’automne.
Ainsi, en fonction de la dynamique de croissance et de développement du colza à l’automne, de sa qualité d’enracinement, de l’état de salissement de la parcelle, des dégâts causés par les ravageurs d’automne et de la vitesse de ressuyage des sols, les effets d’un excès d’eau sur la capacité de reprise et par extension sur le potentiel de rendement peuvent être très différents d’une parcelle à l’autre.
Maintien ou retournement ? Une décision à ne pas prendre à la légère !
Dans certaines situations où les colzas ne semblent pas repartir, se pose la question du maintien ou du retournement de la parcelle. Si la décision est simple dans les cas extrêmes (parcelle intacte ou au contraire présentant de fortes nécroses racinaires), elle est beaucoup plus délicate dans les situations intermédiaires, en fonction du pourcentage de la parcelle concerné et surtout de l’évolution des symptômes.
Bien diagnostiquer chaque parcelle pour juger de la pertinence du maintien de celle-ci
Il est tout d’abord important d’évaluer l’incidence du retournement par rapport au maintien de la culture : l'investissement déjà engagé, les aspects réglementaires, le potentiel et la faisabilité de la culture de remplacement selon les herbicides utilisés.
Pour juger de la pertinence d’un retournement de parcelle, il faut estimer d'une part les capacités de compensation du colza, la biomasse fraîche (poids vert exprimé par m²) et la densité du peuplement, et d'autre part les facteurs aggravants, (hydromorphie, enherbement, défaut d’enracinement, dégâts de ravageurs, peuplement hétérogène, etc.). Il est inutile de laisser des colzas en mauvais état à l’intérieur de parcelles qui risquent de se salir rapidement au printemps et dont le potentiel de rendement est très limité.
Voici quelques repères permettant de décider ou non du maintien des parcelles pour lesquelles de suspicions persistent :
1. Le peuplement
Selon les types de sols à partir de 5 à 10 pieds/m² sains bien répartis, avec un salissement maitrisé, le retournement de la parcelle est déconseillé.
2. L’état sanitaire de la racine
Pour observer les nécroses racinaires, il faut prélever des racines et les couper longitudinalement pour bien identifier les zones touchées. Si les nécroses racinaires sont trop importantes, la survie de la plante est fortement compromise. En fonction des conditions climatiques (notamment le retour d’une période pluvieuse), les nécroses peuvent évoluer. Il est donc recommandé de vérifier régulièrement la progression ou la stagnation des nécroses dans les parcelles légèrement à moyennement impactées pour confirmer le diagnostic.
| Coupe longitudinale d'une racine de colza saine | Coupe longitudinale d'une racine de colza nécrosée |
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3. Le pourcentage de la parcelle concerné par les dégâts
Pour envisager un retournement, la surface concernée par de fortes nécroses doit être suffisante pour justifier de nouvelles dépenses (charges opérationnelles et coûts de passage). Si la surface touchée ne représente que quelques pourcents de la parcelle, le maintien de la culture dans la zone sera décidé, il conviendra alors d’être vigilant sur le salissement en fin de cycle, notamment en graminées. La gestion des adventices devra être envisagée en interculture et dans la culture suivante.
4. Le niveau d’infestation en larves de grosses altises ou de charançons du bourgeon terminal
Il intervient en facteur aggravant de la présence de nécroses racinaires.
Dans tous les cas, la tolérance aux stress et les capacités de compensation du colza au printemps risquent d’être limitées dans les situations où les systèmes racinaires sont endommagés par les excès d’eau. Il faudra en tenir compte dans le raisonnement de la fertilisation de printemps !
Cultures de remplacement
En cas de retournement de la parcelle et de remplacement de la culture, il est important de prendre en compte l’historique des spécialités herbicides employées à l’automne/hiver afin d’adapter le choix d’espèce. Retrouvez ici un tableau des cultures de remplacement possibles après retournement d’un colza, en fonction du programme de désherbage employé.
Vos contacts régionaux
- Quentin LAMBERT (q.lambert@terresinovia.fr) – Ingénieur régional de développement – Occitanie
- Quentin LEVEL (q.level@terresinovia.fr) – Ingénieur régional de développement – Ex-Aquitaine, Gers, Hautes-Pyrénées
Lutte contre le charançon de la tige du colza : surveillez son arrivée pour un positionnement insecticide optimal
Premiers ravageurs du colza au printemps, les charançons de la tige du colza peuvent occasionner des éclatements de tige qui pénalisent les composantes de rendement, particulièrement lors des années sèches. Les moyens de lutte sont toujours efficaces. Mais le positionnement de l’intervention est déterminant pour garantir l’efficacité de la protection.
Premiers ravageurs du colza au printemps, les charançons de la tige du colza peuvent occasionner des éclatements de tige qui pénalisent les composantes de rendement, particulièrement lors des années sèches. Les moyens de lutte sont toujours efficaces. Mais le positionnement de l’intervention est déterminant pour garantir l’efficacité de la protection.
Vigilance lorsque les vols sont précoces et massifs
Les charançons de la tige sont les premiers insectes à coloniser les parcelles de colzas à la sortie de l’hiver. Un redoux au-dessus de 9°C déclenche les premiers vols, qui peuvent s’intensifier lorsque les températures dépassent 12°C. Ainsi, selon les conditions climatiques de l’année, le vol est précoce (mi-février) ou tardif (courant mars). L’installation d’une cuvette jaune sur la végétation est un bon moyen pour repérer l’arrivée de l’insecte. Nous considérons qu’il y a un risque de dégât pour la culture dès lors que les insectes sont présents et que le colza est en cours de montaison (du stade C2 à E). Les expériences passées montrent que les années avec des vols précoces et massifs sont les années où nous constatons le plus de dégâts (fréquence et intensité) dans les parcelles à l’échelle d’un territoire.
Intervenir au pic de vol
Les agriculteurs qui souhaitent sécuriser leur production doivent intervenir 8 – 10 jours après les premières captures « significatives » ou idéalement au pic de vol régional (consulter le BSV pour connaitre la date du pic de vol à l’échelle du territoire). L’objectif est d’intervenir lorsqu’un maximum d’insectes est dans la parcelle et avant le début des pontes. Intervenir dès les premières captures conduit le plus souvent à traiter trop tôt. Il vaut mieux patienter quelques jours, même s’il est vrai que l’organisation des chantiers (semis, azote…) et les conditions météorologiques peuvent compliquer la mise en œuvre à cette période de l’année. A contrario, il ne faut pas négliger les infestations ou ré-infestations tardives, qui peuvent survenir jusqu’à fin montaison (stade E). Généralement, une seule intervention bien positionnée suffit à maitriser la majeure partie du risque. Toutefois, si un second pic de vol survient 2-3 semaines après l’application, une réintervention peut s’envisager.
Ne pas confondre le charançon de la tige du colza avec le charançon de la tige du chou, considéré comme peu ou pas nuisible pour le colza
Le charançon de la tige du colza (à gauche) a le bout des pattes noir. Le charançon de la tige du chou (à droite), plus petit, a le bout des pattes roux et une tache blanchâtre dorsale entre le thorax et l’abdomen.
1. Charançon de la tige du colza 2. Charançon de la tige du chou
Les solutions insecticides sont toujours efficaces
L’efficacité de la lutte chimique dépend avant tout du positionnement de la protection et de sa persistance d’action. A ce jour, Terres Inovia n’a pas constaté de perte d’efficacité au champ. Et le monitoring réalisé par l’Institut ne montre pas de phénomène de résistance émergent inquiétant.
Les références DECIS PROTECH 0.33 l/ha et KARATE ZEON 0.075 l/ha sont efficaces pour réduire les dégâts du charançon de la tige du colza (réduction du nombre de tiges déformées et/ou éclatées). TREBON 30 EC est comparable aux références. En cas d’infestation tardive, il présente l’intérêt d’être également efficace sur méligèthes. SHERPA 100 EW et CYTHRINE MAX sont un peu en retrait. MAVRIK SMART est inférieur aux références (synthèse des essais Terres Inovia).
OAD Prédiction du vol de charançon de la tige du colza
Pour prédire la dynamique des vols de ce ravageur, Terres Inovia met à disposition l’Outil d’Aide à la Décision « Prédiction des vols de ravageurs ». L’outil informe sur la probabilité de capture en cuvette jusqu’à J+7, sous forme graphique et sous forme de carte. Il s’agit d’un outil de mise en alerte complémentaire aux réseaux d’observation sur le terrain.
En savoir plus
Surveillez l’arrivée du charançon de la tige du colza
Les charançons de la tige du colza pénalisent les composantes de rendement. Les pontes en perturbant le flux de sève sensibilisent les plantes aux stress ultérieurs et limitent leurs capacités de compensation. Un stress hydrique ou une attaque d’un autre ravageur au printemps sur un colza affaibli préalablement par le charançon de la tige sont ainsi plus dommageables. Le positionnement de l’intervention insecticide est déterminant pour garantir l’efficacité de la protection.
Le raisonnement tactique repose sur les relevés rapportés par les réseaux de cuvettes jaunes (BSV ou autres) et un bon examen du stade du colza.
Lire article sur la cuvette jaune
Pensez à nettoyer et à remettre votre cuvette sur la végétation pour détecter le début du vol. Le réchauffement actuel pourrait déclencher l’arrivée des premiers charançons dans les colzas, même si les pluies associées ou non à des vents sont plutôt défavorables aux déplacements d’insectes.
En ce début février, les colzas les plus avancés du Centre-Val de Loire se situent au stade C2 (apparition de la tige) voire même D1 ponctuellement. En Poitou-Charentes ils sont au stade C1 (formation de nouvelles feuilles). En Normandie et Ouest Ile-de-France, les plantes atteignent fréquemment le stade C2, selon les variétés, les réserves en azote, les types de sol... Attention, les infestations en larves d’altises peuvent être élevées cette année.
Dans ces cas, les éventuelles pertes de biomasse en janvier associées aux conditions hivernales renforcent la nécessité d’une vigilance accrue pour la suite de la campagne.
Quelques charançons de la tige du colza ont été capturés en région Centre-Val de Loire (BSV du 3 février 2026).
OAD pour prédire les vols de Charançon de la tige
Pour accompagner la surveillance de vos colzas, Terres Inovia met à disposition un OAD de prédiction de vol du charançon de la tige. Sur la base des captures relevées sur le territoire depuis 2011 par les observateurs BSV et en se basant sur un réseau de stations météorologiques couvrant les différents bassins de production, le modèle fournit une courbe de probabilité de piégeage sur la commune renseignée, jusqu’à J+7.
Lorsque la courbe se rapproche du seuil d’alerte (ligne en pointillés), vous devez vérifier régulièrement les captures dans votre cuvette.
Une vue d’ensemble sur une carte de France est également consultable pour indiquer le risque journalier de la date sélectionnée et jusqu’à J+7.
| Attention : Les informations prédites par les outils ne tiennent pas compte des spécificités de chaque parcelle et ne dispensent pas de la surveillance au champ (cuvettes jaunes placées à hauteur de végétation et observation de l'état du colza). |
Pour les 7 prochains jours, le risque de capture de charançons de la tige du colza est nul à faible et reste globalement sous le seuil d’alerte
Découvrez l'outil :
Intervenir au pic de vol
La sécurisation du potentiel conduit à intervenir idéalement lorsque le pic de vol régional est atteint et que les femelles sont aptes à pondre.
Il est recommandé d’intervenir lorsque les captures traduisent une présence significative d’insectes dans le réseau de parcelles, et avant l’entrée en phase de ponte. Un traitement réalisé dès les toutes premières captures peut conduire à une application prématurée.
Les solutions insecticides sont toujours efficaces
Le succès de la lutte chimique dépend du positionnement de l’intervention et de la persistance d’action. À ce jour, Terres Inovia n’observe pas de baisse d’efficacité au champ. Les résultats du monitoring ne montrent pas l’émergence de résistances inquiétantes.
DECIS PROTECH 0.33 l/ha et KARATE ZEON 0.075 l/ha sont efficaces pour réduire les dégâts du charançon de la tige du colza (réduction du nombre de tiges déformées et/ou éclatées). TREBON 30 EC est comparable à ces références et en cas d’infestation tardive et de présence de méligèthes, il présente l’intérêt d’être également efficace sur méligèthes...
SHERPA 100 EW et CYTHRINE MAX sont un peu en retrait. MAVRIK SMART est quant à lui inférieur aux références sur charançon de la tige et est à réserver pour la lutte éventuelle contre méligèthes entre les stades D1 et E-F1.
Attention : veiller à réserver les produits TREBON 30 EC ou MAVRIK SMART pour la lutte éventuelle contre méligèthes entre les stades D1 et E-F1.
Julien Charbonnaud - j.charbonnaud@terresinovia.fr - Centre-Val de Loire
Jean Lieven - j.lieven@terresinovia.fr - Normandie, Ile-de-France Ouest
Thomas Mear – t.mear@terresinovia.fr - Bretagne, Pays de la Loire
Elodie Tourton - e.tourton@terresinovia.fr - Poitou-Charentes, Vendée, Limousin
En savoir plus sur le Mycosphaerella du colza
Agent pathogène et hôte
Mycosphaerella brassicola (Duby) Lindau, agent pathogène responsable de la mycosphaerellose, est un ascomycète homothallique. Mycosphaerella a été décrit pour la première fois en France en 1826. Depuis, cet agent pathogène a été observée dans tous les autres pays d'Europe occidentale causant également des pertes de rendement dans des pays au climat principalement tempéré et humide, comme la Nouvelle-Zélande, l'Australie, le Pérou et l'Equateur. Le champignon a été le plus souvent signalé sur chou-fleur et chou, mais il peut attaquer de nombreuses espèces de Brassica, y compris le colza oléagineux (Brassica napus L. ssp. oleifera).
Symptômes
Les premiers symptômes seront observés sur les feuilles situées en parties basses du colza. Cette maladie se manifeste sous la forme de taches brunes, portant de très nombreuses petites fructifications noires (pycnide et périthèces), entourées d’un halo jaune assez marqué. Ces fructifications ne sont pas réparties de manière homogène dans les taches, en effet, celles-ci forment une alternance de zone avec une présence dense (anneau foncé) et peu abondante (anneau clair) de pycnides et périthèces.
Sur la tige, Mycosphaerella entraine la formation de taches ovales gris foncé, possédant un centre plus clair. Enfin sur siliques, les symptômes se manifestent sous la forme de taches brunes/grises, arrondies, pouvant devenir coalescente en cas de forte attaque, couvertes de fructifications denses plus ou moins arrangées en cernes concentriques.
Importance
En France, l'occurrence et la sévérité de cette maladie ont augmenté depuis le milieu des années 2000. En Bretagne et en Poitou-Charentes, Mycosphaerella est aujourd'hui la première maladie du colza, avant Sclérotinia. Cette maladie peut entraîner une perte de rendement de 0,2 t/ha à 0,7 t/ha en fonction de l'intensité de la maladie. Néanmoins, les pertes peuvent être beaucoup plus élevés si la maladie touche les siliques, en moyenne 2 à 4 q/ha mais pouvant atteindre 10 q/ha en cas de forte attaque. Cette perte est directement liée à une diminution de l'activité photosynthétique des gousses, ce qui affecte le poids de mille grains. Quelques questions subsistent quant à l'impact précoce sur l'activité photosynthétique des feuilles.
Des feuilles infectées en hiver ne veulent pas dire que la maladie se développera au printemps, mais cela reste à surveiller, en effet cette maladie est virulente et peu se développer rapidement, en passant directement des feuilles aux siliques, sans passé par la tige, si les conditions climatiques sont favorables. Sa progression est donc difficile à appréhender.
L’année 2024 a connu une explosion de la maladie sur le territoire, des régions jusqu’alors épargnée se sont vues fortement attaquée par Mycosphaerella. Dans de nombreux cas, la maladie s’est développée sur les siliques, ce qui n’avait jamais été vu dans certaines régions. Les conditions météorologiques très pluvieuses et douces du printemps 2024 ont été idéales pour le développement de la maladie ce qui peut expliquer la fréquence du Mycosphaerella cette année-là.
Cycle de vie
En général, la maladie provient de débris végétaux infectés dans et sur le sol, ou de cultures matures infectées qui poussent à proximité de cultures plus jeunes. Néanmoins, cette maladie peut également provenir de semences contaminées. Lorsque les températures sont supérieures à 0°C, les périthèces se trouvant sur la débris végétaux, stimulés par la pluie pendant 24-48h, vont expulser des ascospores (spores sexuées) qui seront disséminées par le vent. Les premières infections se produisent pendant l’hiver et touche les feuilles basses du colza. Environ 3 semaines après l’infection, si les conditions environnementales ont été suffisamment humide, les pycnides et périthèces vont se développer sur la feuille et former des lésions concentriques, alternant des zones sombres et claires, caractéristiques de la maladie. Les périthèces présents sur les feuilles vont émettre des ascospores qui, se déplaçant sous l’effet du vent, vont permettre la propagation de la maladie sur la tige, puis parfois sur les siliques. A la fin de la saison, les débris de culture contaminés vont se retrouvez sur de sol et le cycle pourra ainsi recommencer.
Facteurs favorables
Une haute humidité (90%) sur feuille pendant 3-4 jours successifs et des températures entre 5-20°c, sont les conditions nécessaires à une infection réussie du champignon. Mycosphaerella est une maladie des d’automnes/hivers doux et humides, c’est pourquoi elle se développe principalement dans l’Ouest de la France, sur la façade océanique.
Certaines pratiques agronomiques peuvent également avoir un impact sur le développement de Mycosphaerella. Laisser les débris de culture en surface ainsi que les rotations courtes avec le colza ou d’autres brassicacées sont des facteurs qui favorisent la maladie. L’utilisation de semences de ferme issues de parcelles contaminée peut aussi jouer un rôle favorable dans le développement cette maladie.
Leviers de lutte
La gestion de Mycosphaerella passe par une protection intégrée où tous les leviers de lutte doivent être raisonnés à la parcelle, dans la rotation, et pour le long terme.
A ce jour, il n’existe pas de variétés résistantes vis-à-vis de cet agent pathogène, le recours à un levier génétique n’est donc pas possible.
D’un point de vue agronomique, l’enfouissement des résidus de culture, la rotation, ainsi que l’utilisation de semences certifiées, sont des leviers qui peuvent permettre de lutter contre Mycosphaerella. Néanmoins, ces leviers se révèlent peu efficients.
La gestion de cette maladie se fait surtout via l’intervention de fongicides contre le sclérotinia au stade G1 du colza. Cependant, l’année 2024 a connue de fortes attaques qui n’ont pas été contenues via le traitement sclérotinia G1, il convient donc de réévaluer le choix de la stratégie de traitement à appliquer ainsi que les solutions (substance active).