Reconnaissance et gestion du complexe de maladies aériennes du pois d’hiver

À la suite d'une période hivernale humide, ayant connu des alternances de douceur et de gel, le retour d’une météo plus chaude à l’approche de ce début mars 2026 complète des conditions propices à l’installation et au développement du complexe de maladies du pois composé de trois pathogènes (Anthracnose, Ascochytose, Bactériose). 

À la suite d'une période hivernale humide, ayant connu des alternances de douceur et de gel, le retour d’une météo plus chaude à l’approche de ce début mars 2026 complète des conditions propices à l’installation et au développement du complexe de maladies du pois composé de trois pathogènes (Anthracnose, Ascochytose, Bactériose). 

Si l’implantation s’est réalisée dans de bonnes conditions et combine certains des leviers agronomiques limitant l’exposition aux maladies (date de semis tardive, semis profond, absence d’hydromorphie, etc.), il ne reste alors plus qu’à surveiller dès maintenant ses parcelles et réaliser si besoin une protection maitrisée et réactive pour préserver leur potentiel.

Reconnaître les principales maladies aériennes composant le complexe

Le complexe est une association de plusieurs maladies qui interagissent et qui peuvent occasionner des symptômes seules ou en complexe : 

  • Bactériose : cette maladie provoquée par une bactérie se manifeste sur les feuilles par de petites taches vert foncé à l’aspect huileux qui évoluent en plages plus ou moins larges, des formes irrégulières et anguleuses, de couleur marron foncé, parfois translucides. Cette maladie peut apparaitre à un stade jeune dès janvier-février.

    Bactériose - pois d'hiver
  • Anthracnose, provoqué par Colletotrichum sp. Depuis l’apparition de ce complexe de maladies en 2021, l’anthracnose semble être prédominante dans la majorité des situations, à l’exception du bassin sud de la France. Ainsi les symptômes provoqués par ce pathogène sont fréquemment observés. Des nécroses claires, rondes à ovales, avec une marge noire, apparaissent et évoluent le plus souvent en ‘coulures’, nécrosant toute ou partie des organes touchés. Les symptômes âgés présentent une couleur saumon très caractéristique, en particulier sur les gousses. Cette maladie apparait souvent précocement dès février-mars.

    Pois Hiver - Anthracnose
  • Ascochytose : l’ascochytose est provoqué par 3 pathogènes différents. Les 2 principaux (Ascochyta pinodes et pinodella) provoquent des ponctuations noires, avec un gradient plus prononcé sur la base de la plante, entraînant la sénescence précoce des organes fortement touchés. Les premiers symptômes peuvent être observés à partir de la sortie hiver.
    Également, un troisième pathogène mais moins fréquent, Ascochyta pisi, provoque des symptômes différents, se rapprochant de l’anthracnose : taches plus ou moins rondes à ovales cernées d’une marge brune avec ponctuations au centre. A la différence de l’anthracnose, ces marges brunes sont plus fines, les effets de coulures moins prononcés et elle ne présente pas de coloration orange avec le temps.

    Pois Hiver - Ascochytose


     

Le complexe maladies aériennes

Lorsque ces maladies sont présentes au même moment sur la culture, on parle alors de complexe. Le plus souvent ce sont la bactériose et l‘anthracnose qui se développent plus ou moins simultanément puis peu après apparait l‘ascochytose. Ce complexe se développe généralement en foyer et peut se généraliser à la parcelle lors d’années aux conditions propices, les maladies agissant probablement en synergie (pluies régulières, températures douces). Les maladies peuvent présenter un gradient de symptômes plus marqués en bas des plantes et évoluant avec le temps vers les étages supérieurs. Les symptômes des différents pathogènes peuvent alors être difficiles à différencier lorsque les zones nécrotiques s’étendent et fusionnent. Il est recommandé d’observer les étages intermédiaires touchés, plus propices à présenter des symptômes encore identifiables. A noter qu’un tel développement illustre une pression déjà bien avancée des maladies. 
 

Pois Hiver - Complexe maladies

Une protection fongicide précoce et maitrisée

Le changement climatique semble favorable à un démarrage plus précoce des maladies (notamment les alternances de températures contrastées, avec des périodes très douces pendant l’hiver, des gelées plus ou moins tardives, et une humidité élevée). Toutefois, les conditions de fin de cycle tendent à être moins favorables aux maladies. Ainsi, la période de risque se décale dans le temps et il peut être nécessaire certaines années de positionner sa protection fongicide plus tôt dès fin février.
 

L’intérêt d’un traitement précoce permet :

  • De ralentir le développement de la maladie avant qu’elle ne soit plus maîtrisable.
  • De sécuriser rapidement les pois lors d’une phase de reprise de croissance cruciale à leur dynamique de développement. Tout retard freine la capacité des pois à emmagasiner de la biomasse, gage de réserves et de surfaces photosynthétiques.
  • De ne pas stresser la plante dont la dynamique de nodulation est encore en cours. Une plante stressée freinera en premier lieu ses capacités de symbiose pouvant entraver son potentiel.

La stratégie fongicide doit se composer de 2 traitements dits « piliers » fortement recommandés :

  • Fin février-début mars : Même si les symptômes peuvent être discrets, dans la majorité des situations, la simple détection du complexe maladies à cette période témoigne de la présence d’un inoculum prêt à se développer à la moindre opportunité climatique.
  • Début floraison : Stade permettant encore d’accéder facilement à l’ensemble de la plante avant que le couvert ne se referme. Également, il est fréquent d’observer de faibles débuts de symptômes en bas de tige à cette période. L’objectif est d’éviter que ces symptômes ne montent et n’impactent les organes fructifères et les étages foliaires participant activement à la photosynthèse. De plus, cela permet de prévenir du botrytis, maladie véhiculée par les pétales contaminés.


Des traitements relais pourront être effectués dans certains cas spécifiques :

  • Entre début mars et début floraison : en cas de très forte pression du complexe maladies et/ou d’une 1ère intervention peu efficace (dose faible, positionnement trop tardif).
  • Après floraison, liée à une montée tardive des maladies du bas des plantes vers les organes fructifères, lié à une météo de fin de cycle très humide et une pression maladie déjà bien présente début floraison.
     

En résumé, une stratégie entre 2 et 3 traitements selon les conditions :

En situation de pression faible à modérée (printemps sec), 2 traitements seront à réaliser : 1 traitement début mars pour maîtriser le complexe avant même l’apparition de symptômes. Puis un relai début floraison, nécessaire pour maîtriser les débuts de foyers en bas des plantes avant que le couvert ne se referme.

En situation de pression modérée à forte (printemps humide), 3 traitements seront à réaliser : les 2 piliers début mars et à début floraison. Un 3ème traitement viendra en relai avant le début de la floraison si forte pression courant mars-avril, ou après la floraison si retour d’humidité courant mai-juin.

En année exceptionnelle (comme 2024 avec une pluviométrie continue de la sortie d’hiver à l’été), jusqu’à 4 traitements pourront être envisagés, à réserver surtout aux parcelles à bon potentiel et présentant une valorisation avantageuse (contrat de production semence, alimentation humaine) permettant un retour sur investissement, les 2 traitements “piliers” (début mars et début floraison) relayés par 1 application supplémentaire avant et 1 application après floraison.
 

Les substances actives et produits conseillés

Pour le 1er traitement (et un traitement relai avant début floraison), privilégiez une base triazole. Il est possible de l’associer à l’azoxystrobine dans un souci de diversifier les modes d’actions. Attention toutefois à ne pas appliquer l’azoxystrobine seule, qui présente une efficacité plus limitée que la triazole.

Pour le traitement début floraison (et un traitement relai après début floraison), conservez une base triazole associée ou non à l’azoxystrobine. Dans les cas de forte pression maladie, le PICTOR ACTIVE présentera la meilleure efficacité mais pour un coût plus élevé. 
Attention, en raison des évolutions réglementaires dans le cadre de la protection des insectes pollinisateurs (Arrêté du 20 novembre 2021), le PROSARO n’est plus autorisé au cours de la floraison des pois. Privilégier son positionnement sur les 1ers traitements avant la floraison. Toutefois, certains génériques du PROSARO conservent une autorisation d’utilisation à floraison, il s’agit de PROTENDO EXTRA, OSARO PRO et TILZOL. Avant toute intervention avec un autre générique et/ou une autre solution fongicide, vérifiez avec votre distributeur s’il est autorisé à floraison. (Plus d’informations dans l’article : Utilisation des spécialités fongicides à floraison : quelles évolutions au 1er janvier 2026)

Il est recommandé d’éviter les demi-doses, le risque de mauvaise maîtrise de la maladie est élevé et peut justifier une perte d’investissement à travers des traitements relais non nécessaires si une protection efficace aurait été faite.

 

Principales stratégies de gestion des maladies du pois d’hiver
Attention, ce schéma présente l’ensemble des possibilités, mais il n’affiche pas les contraintes de passages et de doses par produit. Veillez à bien les respecter.
 

Principales stratégies de gestion des maladies du pois d’hiver

Les questions récurrentes du terrain

  • Quels leviers agronomiques peuvent limiter la sensibilité au complexe maladies ? On dénombre 5 principaux leviers agronomiques, qui cumulés, présentent une efficacité bien meilleure en freinant l’arrivée et la dynamique de propagation des maladies, permettant plus de souplesse dans la protection fongicide. L’année 2024, caractérisée par une pression forte historique, a mis en évidence quelques cas de réussite de producteurs qui ont dépassé/sécurisé les 40 q/ha grâce à l’application de la plupart de ces leviers agronomiques et grâce à une protection réactive et adaptée.
Leviers agronomiques limitant la sensibilité au complexe maladies du pois d'hiver

 

  • Quel intérêt de faire un fongicide en présence de bactériose ? Les fongicides n’ont pas d’efficacité directe sur la bactériose. Toutefois, la bactérie responsable semble agir en synergie avec les pathogènes fongiques. Ces derniers peuvent en effet favoriser sa pénétration en créant des portes d’entrée. Maîtriser le risque fongique permet donc de limiter le développement de la bactériose, mais permet aussi de réduire de façon générale les dégats liés au complexe.

     

  • Si le bas des tiges est nécrosé, mon pois va-t-il dépérir ? Dans la grande majorité des cas, non, cela aura peu d’effet sur sa capacité à s’alimenter. Seuls les cas de plantes fortement impactées peuvent dépérir. En cas de doute, sectionnez quelques bas de tige et observez l’intérieur. Vous devriez voir les canaux vasculaires verts encore présents. Également, le port turgescent des plantes et l’émission de nouvelles feuilles témoignent de la vitalité de la plante.

     

  • Existe-t-il des solutions contre la bactériose ? A ce jour non. La bactériose du pois ne semble pas répondre à des traitements alternatifs tels que le cuivre, des biostimulants ou encore des produits de recouvrement tels que des huiles et terpènes. Autrement, la piste de résistance génétique à plus long terme pourrait apporter des solutions.

 

  • Doit-on traiter en sortie d’hiver si la météo est peu humide ? 2025 a été une année historiquement saine au niveau des maladies. Si beaucoup ont tenté l’impasse avec succès sur la moitié nord de la France, sachez que des symptômes, discrets, étaient bien présents dans la plupart des parcelles suivies par l’Institut courant mars. Ceux-ci n’ont pas évolué grâce à la faible pluviométrie printanière. Dans la moitié sud de la France, la pluviométrie légèrement plus élevée, a permis le développement des maladies. Les impasses ont très vite marqué une différence de potentiel et les rattrapages fongicides sont souvent plus onéreux qu’un positionnement maitrisé.

     

  • Peut-on piloter les protections ? Actuellement, nous manquons encore de connaissance sur ce complexe (dont l’apparition est récente dans le paysage français) pour faciliter la prise de risque d’absence de protection en sortie d’hiver. Des études sont en cours pour mieux appréhender ces pathogènes et leurs conditions de développement, pour développer à terme des seuils d’intervention et faciliter le pilotage.

     

  • Existe-t-il des différences variétales ? Les variétés présentent des comportements différents mais plutôt lié à un profil agronomique qu’à une résistance. Les variétés qui ont une capacité à redémarrer t se redresser du sol rapidement en sortie d’hiver semblent moins exposées au complexe de maladies. D’autres facteurs tel que la tolérance au froid (limitant la bactériose) peuvent influencer ce comportement. Des études sur l’identification et la sélection de ces critères sont en cours. La plupart des variétés récentes présentent un comportement meilleur face à la maladie sur la base de ces profils améliorés.
     
pois-hiver-accochytose-bacteriose
Sortie hiver France entière Maitrise des maladies Pois d'hiver Bastien REMURIER - b.remurier@terresinovia.fr

Reconnaissance et gestion du botrytis de la féverole d’hiver

À la suite d'une période hivernale humide, ayant connu des alternances de douceur et de gel, le retour d’une météo plus chaude en ce début de mars 2026 complète des conditions propices à l’installation et au développement du botrytis, principale maladie de début de cycle de la féverole d’hiver.

À la suite d'une période hivernale humide, ayant connu des alternances de douceur et de gel, le retour d’une météo plus chaude en ce début de mars 2026 complète des conditions propices à l’installation et au développement du botrytis, principale maladie de début de cycle de la féverole d’hiver.

Si l’implantation s’est réalisée dans de bonnes conditions et combine certains des leviers agronomiques limitant l’exposition aux maladies (date de semis tardive, semis profond, absence d’hydromorphie, etc.), il ne reste alors plus qu’à surveiller dès maintenant ses parcelles et réaliser une protection si les symptômes s’approchent du seuil de nuisibilité, pour préserver le potentiel de la culture.

Reconnaître le botrytis sur féverole

Le botrytis provoque des petites taches rondes à ovales de 2-3 mm, de couleur brun-chocolat, entourées d’un halo plus foncé. Avec le temps, les tâches deviennent coalescentes et entraînent la nécrose de la feuille et sa chute prématurée. La maladie provoque également des taches similaires, plus allongées, sur les tiges.

Seuil de nuisibilité : Les récentes études permettent de fixer un seuil d’atteinte au potentiel de la plante à 10 % de surface foliaire touchée. Ne pas hésiter à déclencher une protection à l’approche de ce seuil, le botrytis se gérant très mal dans des situations où la maladie est déjà très installée. 

Symptômes de botrytis sur féverole d'hiver - Crédit photo : Terres Inovia

Attention aux confusions

Le botrytis est souvent confondu avec d’autres maladies ou des symptômes physiologiques.

  • L’ascochytose : Les confusions entre ascochytose et botrytis sont fréquentes. La maladie, assez peu fréquente, présente des taches de grande taille, souvent peu nombreuses par feuille. Le centre devient rapidement clair et présente des ponctuations noires (pycnides). La tache est entourée d’un halo noir. Les symptômes peuvent évoluer en coulures avec le temps. La plupart des variétés actuelles présentent une bonne tolérance à l’ascochytose, expliquant la faible présence de la maladie. 

    Symptômes ascochytose sur féverole d'hiver - Crédit photo : Terres Inovia

  • Les dégâts de gel : Peu fréquent cette année, les dégâts de gel se traduisent par un noircissement et un flétrissement des tissus, souvent à partir des bordures des feuilles. Les dégâts sont souvent localisés sur la tige principale. Sauf cas d’importants dégâts de gel, les tiges secondaires compensent rapidement.  
Gel sur féverole d'hiver

Symptômes de gel sur féverole d'hiver - Crédit photo : Terres Inovia

  • Les réactions physiologiques : On constate cette année de nombreux cas d’apparition de plages nécrotiques, avec des aspects anguleux, soit en bordure de feuille, soit isolées au centre des feuilles. Ces plages sont souvent localisées à des étages foliaires précis et n’évoluent pas. Il s’agit d’une réaction physiologique des plantes à la suite de fortes variations climatiques durant l’hiver, souvent entre gel et fort ensoleillement. Leur impact est négligeable sur la plante. Attention à bien distinguer ces symptômes physiologiques du botrytis lors des diagnostics visuels : à ne pas confondre avec les taches coalescentes et nécrosées de botrytis sur lesquelles les premières petites tâches provoquées par la maladie sont toujours visibles.
Symptômes physiologique féverole d'hiver

Symptômes physiologiques sur féverole d'hiver - Crédit photo : Terres Inovia

Une protection fongicide précoce et maitrisée si présence de botrytis en sortie hiver

Le changement du climat permet des conditions de démarrage plus précoces du botrytis (douceur et humidité propices plus fréquentes en sortie d’hiver). Toutefois, les conditions de fin de cycle tendent à être moins favorables à la maladie. Ainsi, la période de risque se décale dans le temps et nécessite, en réaction, de positionner sa protection fongicide plus tôt, dès début mars si la présence de botrytis est avérée.
 

L’intérêt d’un traitement précoce permet :

  • De gagner en efficacité via un positionnement curatif précoce, sachant que le botrytis se gère difficilement en curatif sur des attaques fortes.
  • De freiner très vite l’avancée de l’inoculum, avant que sa multiplication exponentielle ne soit plus maîtrisable.
  • De sécuriser rapidement les féveroles lors d’une phase de reprise de croissance cruciale à leur dynamique de développement. Tout retard freine la capacité des féveroles à emmagasiner de la biomasse, gage de réserves et de surfaces photosynthétiques.
  • De ne pas stresser la plante dont la dynamique de nodulation est encore en cours. Une plante stressée freinera en premier lieu ses capacités de symbiose pouvant entraver son potentiel.

La stratégie fongicide doit se composer de 1 traitement dit « pilier » fortement recommandé début floraison, stade permettant encore d’accéder facilement à l’ensemble de la plante avant que le couvert ne se referme. Également, il est fréquent d’observer de faibles débuts de symptômes sur les étages inférieurs à cette période. L’objectif est d’éviter que ces symptômes ne montent et n’impactent les organes fructifères et les étages foliaires participant activement à la photosynthèse.
 

Des traitements complémentaires pourront être effectués selon le contexte de l’année :

  • Entre début mars et début floraison : en cas d’arrivée précoce du botrytis, un traitement curatif précoce permettra de maîtriser la maladie.
  • Après floraison, en lien avec une montée tardive du botrytis et/ou de l’installation de la rouille, maladie de fin de cycle rapide et préjudiciable.

 

En résumé, une stratégie entre 1 et 3 traitements contre le botrytis selon les conditions :

En situation de pression faible à modérée : Cela concerne les printemps secs, l’absence de botrytis précoce ou en fin de cycle. 1 traitement sera à réaliser début floraison pour nettoyer et contenir l’inoculum présent en bas du couvert.

En situation de pression modérée à forte : Cela concerne les printemps humides, avec soit une présence précoce du botrytis, soit une résurgence en fin floraison. 2 traitements seront à réaliser : le traitement dit « pilier » début floraison accompagné d’un relai : soit en mars-avril si la pression de botrytis est précoce, soit un traitement fin floraison si la gestion de début floraison est insuffisante.

En année exceptionnelle : Cela comprend une pression de botrytis tout au long du cycle en lien avec une météo humide. 3 traitements seront à réaliser : le traitement « pilier » début floraison, avec un relai avant, pour gérer la pression précoce du botrytis, et un relai après pour gérer des remontées de la maladie. A noter que cette situation rare est la conséquence d’une combinaison climatique très défavorable et des leviers agronomiques souvent absents.
 

Le traitement fin floraison pourra être à raisonner selon la présence de rouille avec ou sans botrytis.
 

Actuellement, le contexte de présence de botrytis dans la plupart des parcelles oriente sur une stratégie à 2 traitements minimum, à confirmer au cas par cas.
 

Les substances actives et produits conseillés

Le botrytis étant difficile à gérer sur des situations curatives avancées, ne pas retarder les interventions et ne pas diminuer les doses au risque de surinvestir dans des rattrapages peu efficaces.
 

La gestion du botrytis se fait via l’azoxystrobine et le pyriméthanil. En cas de pression forte, privilégier une base pyriméthanil associée à l’azoxystrobine, permettant une meilleure gestion de la maladie. En l’absence de pyriméthanil, utilisez une pleine dose d’azoxystrobine.

Les triazoles n’ont pas d’homologation botrytis (catégorie pourriture grise). Ils permettent la gestion des autres maladies à floraison et en fin de cycle (ascochytose, rouille, oïdium). L’utilisation des triazole est à raisonner selon la maladie dominante ciblée si cohabitation de celles-ci en fin de cycle. 

Attention, en raison des évolutions réglementaires dans le cadre de la protection des insectes pollinisateurs (Arrêté du 20 novembre 2021), le PROSARO n’est plus autorisé au cours de la floraison des féveroles. Privilégier son positionnement en dehors de cette phase. Toutefois, certains génériques du PROSARO conservent une autorisation d’utilisation à floraison, il s’agit de PROTENDO EXTRA, OSARO PRO et TILZOL. Avant toute intervention avec un autre générique et/ou une autre solution fongicide, vérifiez avec votre distributeur s’il est autorisé à floraison. (Plus d’informations dans l’article : Utilisation des spécialités fongicides à floraison : quelles évolutions au 1er janvier 2026)

Principales stratégies de gestion des maladies de la féverole d’hiver
Attention, ce schéma présente l’ensemble des possibilités, mais il n’affiche pas les contraintes de passages et de doses par produit. Veillez à bien les respecter.

Principales stratégies de gestion des maladies de la féverole d’hiver


 

Féverole Hiver-botrytis sur feuille
Sortie hiver France entière Maitrise des maladies Féverole d'hiver Bastien REMURIER (b.remurier@terresinovia.fr)

Colza : des excès d’eau à relativiser selon les secteurs

Les forts épisodes de pluies depuis mi-janvier provoquent des excès d’eau dans de nombreuses régions, voire des inondations dans les secteurs les plus arrosés. Point sur la situation des colzas en zone nord-est.

Les forts épisodes de pluies depuis mi-janvier provoquent des excès d’eau dans de nombreuses régions, voire des inondations dans les secteurs les plus arrosés. Point sur la situation des colzas en zone nord-est.

De fortes pluviométries

Les forts épisodes de pluies depuis mi-janvier provoquent des excès d’eau dans de nombreuses régions, voire des inondations dans les secteurs les plus arrosés. 
 

Cette situation s’explique par plusieurs raisons :

  • De grandes quantités d’eau sont tombées et ont entrainé l’accumulation d’eau dans certaines parcelles. Selon les secteurs, les nombres de jours de pluie depuis janvier sont importants (cf tableau ci-dessous).

Station météo

Nombre de jours de pluie du 01 janvier au 24 février 2026

Cumul de précipitations (mm) du 01 janvier au 24 février 2026

Dijon (21)

20

114

Nancy (54)

29

157

Reims (51)

22

146

Lille (59)

26

146

  • Le type de sol : les sols de limon froid et humide sont les plus concernés (Bourgogne-Franche-Comté, secteur de la Champagne Humide, secteur de la Brie, Lorraine, Barois),
  • La structure de sol : la présence d’une zone tassée limite l’infiltration dans le sol.

Une pénalisation de la croissance de la plante

Ces fortes précipitations entrainent une anoxie racinaire dont le colza est très sensible à cette période.

Graphique sur l'effet de l'excès d'eau sur le fonctionnement du colza

 

En effet, l’excès d’eau bloque l’absorption des nitrates et provoque une fermentation des racines qui produit de l’éthanol s’accumulant dans les feuilles. Cette accumulation perturbe le fonctionnement de la photosynthèse et pénalise le redémarrage des plantes en limitant la croissance aérienne et surtout racinaire. 
 

Sur le graphique ci-dessous, nous remarquons que les situations d’hydromorphie modérée (semi-hypoxie) ont un faible impact sur la photosynthèse. Par contre, les situations d’hydromorphie importante (hypoxie totale = ennoiement) impactent fortement la photosynthèse. 

Graphique sur l'impact hydromorphie sur la photosynthèse du colza

 

La plante prend alors une couleur rougeâtre. La racine se décompose avec une odeur désagréable. Dans les cas les plus graves (anoxie importante et prolongée), le système racinaire pourrit et les pieds disparaissent. 

Situation de la parcelle avec excès d’eau important

Dégâts sur les racines

Parcelle hydromorphie colza
Hydromorphie colza racine

 

Par la suite, ces défauts d’enracinement diminueront :

  • l’exploration racinaire, 
  • la valorisation des ressources du sol et des engrais,
  • les capacités de compensation en cas d’accidents climatiques (stress hydrique) ou d’attaques de ravageurs au printemps (méligèthes). 
     

Quels impacts aujourd’hui ?

Tous les secteurs ne sont pas touchés dans la même mesure par des problèmes liés à l’hydromorphie. La Bourgogne-Franche-Comté semble plus concernée que les autres secteurs de la région Nord et Est. Les prochains jours seront déterminants pour réaliser le diagnostic des parcelles.

La conduite à tenir dépendra de l’importance de la zone impactée par l’hydromorphie.

  1. Si l’hydromorphie concerne une grande partie de la parcelle. Le remplacement de la culture est conseillé. Pour cela, tenir compte de la réserve hydrique du sol et des herbicides appliqués à l’automne.

    Voir aussi : Culture de remplacement après colza

  2. Si l’hydromorphie concerne des zones limitées dans la parcelle, adapter la dose d’azote au potentiel de rendement (revu à la baisse) et maintenir la protection fongicide. Pour éviter que ces zones ne se resalissent, certains agriculteurs sèment à la volée du trèfle blanc ou violet pour occuper l’espace et limiter les levées d’adventices.
     

Hydromorphie colza racine
Sortie hiver Grand Est Hauts-de-France Bourgogne-Franche-Comté Accidents climatiques Colza Compatible Michael GELOEN (m.geloen@terresinovia.fr)

Berl'eyes

Grâce à l'IA, prenez en photo vos berlèses et obtenez en quelques secondes le nombre de larves d'altise présentes dans vos tiges de colza.

Comment utiliser l'outil ?

L'application sert à compter des larves d'altise à la suite d'une méthode berlèse. Les performances sont comparables à une observation humaine avec une marge d'erreur d'environ 15 % en dessous.

Cet outil est financé par le Plan d'action de sortie du phosmet.

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Lutte contre le charançon de la tige du colza : surveillez son arrivée pour un positionnement insecticide optimal

Premiers ravageurs du colza au printemps, les charançons de la tige du colza peuvent occasionner des éclatements de tige qui pénalisent les composantes de rendement, particulièrement lors des années sèches. Les moyens de lutte sont toujours efficaces. Mais le positionnement de l’intervention est déterminant pour garantir l’efficacité de la protection.

Premiers ravageurs du colza au printemps, les charançons de la tige du colza peuvent occasionner des éclatements de tige qui pénalisent les composantes de rendement, particulièrement lors des années sèches. Les moyens de lutte sont toujours efficaces. Mais le positionnement de l’intervention est déterminant pour garantir l’efficacité de la protection.

Vigilance lorsque les vols sont précoces et massifs

Les charançons de la tige sont les premiers insectes à coloniser les parcelles de colzas à la sortie de l’hiver. Un redoux au-dessus de 9°C déclenche les premiers vols, qui peuvent s’intensifier lorsque les températures dépassent 12°C. Ainsi, selon les conditions climatiques de l’année, le vol est précoce (mi-février) ou tardif (courant mars). L’installation d’une cuvette jaune sur la végétation est un bon moyen pour repérer l’arrivée de l’insecte. Nous considérons qu’il y a un risque de dégât pour la culture dès lors que les insectes sont présents et que le colza est en cours de montaison (du stade C2 à E). Les expériences passées montrent que les années avec des vols précoces et massifs sont les années où nous constatons le plus de dégâts (fréquence et intensité) dans les parcelles à l’échelle d’un territoire. 

Intervenir au pic de vol

Tige de colza ouverte par un charançon de la tige
Eclatement de tige occasionné par une piqûre de ponte de charançon de la tige du colza. Crédit photo : Terres Inovia

Les agriculteurs qui souhaitent sécuriser leur production doivent intervenir 8 – 10 jours après les premières captures « significatives » ou idéalement au pic de vol régional (consulter le BSV pour connaitre la date du pic de vol à l’échelle du territoire). L’objectif est d’intervenir lorsqu’un maximum d’insectes est dans la parcelle et avant le début des pontes. Intervenir dès les premières captures conduit le plus souvent à traiter trop tôt. Il vaut mieux patienter quelques jours, même s’il est vrai que l’organisation des chantiers (semis, azote…) et les conditions météorologiques peuvent compliquer la mise en œuvre à cette période de l’année. A contrario, il ne faut pas négliger les infestations ou ré-infestations tardives, qui peuvent survenir jusqu’à fin montaison (stade E). Généralement, une seule intervention bien positionnée suffit à maitriser la majeure partie du risque. Toutefois, si un second pic de vol survient 2-3 semaines après l’application, une réintervention peut s’envisager.

 

 

Ne pas confondre le charançon de la tige du colza avec le charançon de la tige du chou, considéré comme peu ou pas nuisible pour le colza

Le charançon de la tige du colza (à gauche) a le bout des pattes noir. Le charançon de la tige du chou (à droite), plus petit, a le bout des pattes roux et une tache blanchâtre dorsale entre le thorax et l’abdomen.

1. Charançon de la tige du colza    2. Charançon de la tige du chou

Les solutions insecticides sont toujours efficaces

L’efficacité de la lutte chimique dépend avant tout du positionnement de la protection et de sa persistance d’action. A ce jour, Terres Inovia n’a pas constaté de perte d’efficacité au champ. Et le monitoring réalisé par l’Institut ne montre pas de phénomène de résistance émergent inquiétant. 
Les références DECIS PROTECH 0.33 l/ha et KARATE ZEON 0.075 l/ha sont efficaces pour réduire les dégâts du charançon de la tige du colza (réduction du nombre de tiges déformées et/ou éclatées). TREBON 30 EC est comparable aux références. En cas d’infestation tardive, il présente l’intérêt d’être également efficace sur méligèthes. SHERPA 100 EW et CYTHRINE MAX sont un peu en retrait. MAVRIK SMART est inférieur aux références (synthèse des essais Terres Inovia).
 

OAD Prédiction du vol de charançon de la tige du colza

Pour prédire la dynamique des vols de ce ravageur, Terres Inovia met à disposition l’Outil d’Aide à la Décision « Prédiction des vols de ravageurs ». L’outil informe sur la probabilité de capture en cuvette jusqu’à J+7, sous forme graphique et sous forme de carte. Il s’agit d’un outil de mise en alerte complémentaire aux réseaux d’observation sur le terrain. 

Colza - Charançon de la tige
Sortie hiver Montaison Grand Est Hauts-de-France Bourgogne-Franche-Comté Ravageurs Colza Aurore BAILLET (a.baillet@terresinovia.fr)

Surveillez l’arrivée du charançon de la tige du colza

Les charançons de la tige du colza pénalisent les composantes de rendement. Les pontes en perturbant le flux de sève sensibilisent les plantes aux stress ultérieurs et limitent leurs capacités de compensation. Un stress hydrique ou une attaque d’un autre ravageur au printemps sur un colza affaibli préalablement par le charançon de la tige sont ainsi plus dommageables. Le positionnement de l’intervention insecticide est déterminant pour garantir l’efficacité de la protection. 
Le raisonnement tactique repose sur les relevés rapportés par les réseaux de cuvettes jaunes (BSV ou autres) et un bon examen du stade du colza. 

Lire article sur la cuvette jaune

 

Selon les conditions climatiques de l’année, le vol peut être précoce (février) ou tardif (courant mars). La mise en place d’un réseau de pièges et la bonne identification des insectes capturés restent les meilleurs indicateurs pour appréhender le risque encouru par la culture. A partir du stade C2 (entre-nœuds visibles et apparition de tige tendre) du colza, les œufs déposés par le charançon dans les tiges engendrent d’autant plus de dégâts apparents (tige éclatée ou déformée) que la ponte s’effectue dans une tige en croissance rapide. En tendance, les années avec des vols précoces et massifs sont celles où nous constatons le plus de dégâts dans les parcelles.

Pensez à nettoyer et à remettre votre cuvette sur la végétation pour détecter le début du vol.  Le réchauffement actuel pourrait déclencher l’arrivée des premiers charançons dans les colzas, même si les pluies associées ou non à des vents sont plutôt défavorables aux déplacements d’insectes.

En ce début février, les colzas les plus avancés du Centre-Val de Loire se situent au stade C2 (apparition de la tige) voire même D1 ponctuellement. En Poitou-Charentes ils sont au stade C1 (formation de nouvelles feuilles). En Normandie et Ouest Ile-de-France, les plantes atteignent fréquemment le stade C2, selon les variétés, les réserves en azote, les types de sol... Attention, les infestations en larves d’altises peuvent être élevées cette année. 

Dans ces cas, les éventuelles pertes de biomasse en janvier associées aux conditions hivernales renforcent la nécessité d’une vigilance accrue pour la suite de la campagne.

Quelques charançons de la tige du colza ont été capturés en région Centre-Val de Loire (BSV du 3 février 2026). 

OAD pour prédire les vols de Charançon de la tige

Pour accompagner la surveillance de vos colzas, Terres Inovia met à disposition un OAD de prédiction de vol du charançon de la tige. Sur la base des captures relevées sur le territoire depuis 2011 par les observateurs BSV et en se basant sur un réseau de stations météorologiques couvrant les différents bassins de production, le modèle fournit une courbe de probabilité de piégeage sur la commune renseignée, jusqu’à J+7.

Lorsque la courbe se rapproche du seuil d’alerte (ligne en pointillés), vous devez vérifier régulièrement les captures dans votre cuvette.

Une vue d’ensemble sur une carte de France est également consultable pour indiquer le risque journalier de la date sélectionnée et jusqu’à J+7.

Attention : Les informations prédites par les outils ne tiennent pas compte des spécificités de chaque parcelle et ne dispensent pas de la surveillance au champ (cuvettes jaunes placées à hauteur de végétation et observation de l'état du colza).


Pour les 7 prochains jours, le risque de capture de charançons de la tige du colza est nul à faible et reste globalement sous le seuil d’alerte

Découvrez l'outil : 

Intervenir au pic de vol

La sécurisation du potentiel conduit à intervenir idéalement lorsque le pic de vol régional est atteint et que les femelles sont aptes à pondre.

Il est recommandé d’intervenir lorsque les captures traduisent une présence significative d’insectes dans le réseau de parcelles, et avant l’entrée en phase de ponte. Un traitement réalisé dès les toutes premières captures peut conduire à une application prématurée.

Les solutions insecticides sont toujours efficaces

Le succès de la lutte chimique dépend du positionnement de l’intervention et de la persistance d’action. À ce jour, Terres Inovia n’observe pas de baisse d’efficacité au champ. Les résultats du monitoring ne montrent pas l’émergence de résistances inquiétantes.

DECIS PROTECH 0.33 l/ha et KARATE ZEON 0.075 l/ha sont efficaces pour réduire les dégâts du charançon de la tige du colza (réduction du nombre de tiges déformées et/ou éclatées). TREBON 30 EC est comparable à ces références et en cas d’infestation tardive et de présence de méligèthes, il présente l’intérêt d’être également efficace sur méligèthes...

SHERPA 100 EW et CYTHRINE MAX sont un peu en retrait. MAVRIK SMART est quant à lui inférieur aux références sur charançon de la tige et est à réserver pour la lutte éventuelle contre méligèthes entre les stades D1 et E-F1.

Attention : veiller à réserver les produits TREBON 30 EC ou MAVRIK SMART pour la lutte éventuelle contre méligèthes entre les stades D1 et E-F1.


 
Julien Charbonnaud - j.charbonnaud@terresinovia.fr - Centre-Val de Loire
Jean Lieven - j.lieven@terresinovia.fr - Normandie, Ile-de-France Ouest
Thomas Mear – t.mear@terresinovia.fr - Bretagne, Pays de la Loire
Elodie Tourton - e.tourton@terresinovia.fr - Poitou-Charentes, Vendée, Limousin
 

Sortie hiver Montaison Normandie et Ouest Ile-de-France Poitou-Charentes, Vendée, Limousin Bretagne, Pays de la Loire Centre-Val de Loire Ravageurs Colza Non Equipe Zone Centre & Ouest

Colza : Evaluer la biomasse du colza pour optimiser la fertilisation azotée au printemps

Raisonner la fertilisation azotée des colzas est indispensable pour assurer la productivité de la parcelle et maîtriser le poste de charge opérationnel le plus important de la culture. L’estimation de la biomasse du colza à la sortie de l’hiver et sa prise en compte dans le calcul de dose d’azote est un moyen simple et efficace pour optimiser sa marge brute. 

L’estimation de la biomasse en sortie hiver est indispensable pour ajuster la quantité d’azote à apporter au printemps car la biomasse aérienne (pois vert en kg/m²) est un bon indicateur de l’azote déjà absorbé par la plante. Plus la quantité d’azote absorbé par la culture à l’ouverture du bilan est importante, plus la dose d’azote à apporter sous forme d’engrais au printemps est faible, sans compromis sur le rendement.

L’estimation de la biomasse est à faire lors de la reprise de végétation (stade C1 – C2) et dans tous les cas avant le premier apport d’azote. 
 

Méthode d’estimation de la biomasse par pesée

La pesée s’effectue sur 2 à 4 parcelles d’1 m² en sectionnant les colzas au ras le sol pour une bonne estimation de sa biomasse aérienne. La méthode de prélèvement varie selon l’écartement du colza (voir tableau ci-contre).  

Ecartement

Méthode de prélèvement

Inférieur à 30 cm

Prélever dans un carré de 1 mètre de côté

45 cm

Prélever 2 rangs contigus de 1,10 mètre linéaire

50 cm

Prélever 2 rangs contigus de 1 mètre linéaire


Dans les parcelles avec des colzas hétérogènes, il est recommandé de réaliser 4 prélèvements, à différents endroits représentatifs de la parcelle, tout en évitant les bordures. La valeur moyenne sera alors retenue pour effectuer les calculs de dose d’azote.
 

Pour éviter tout biais de mesure, notamment en cas de prélèvement par temps pluvieux ou en cas de forte rosée, il convient de bien secouer les plantes pour les débarrasser des gouttes d’eau, de retirer les feuilles blanches en décomposition gorgées d’eau et d’enlever les éventuelles mottes de terre et autres débris.
 

D'autres outils pour estimer la biomasse des colzas

Il existe aujourd’hui une grande diversité d’opérateurs proposant des services de conseils azoté spécialisés sur le colza à partir d’un traitement d’image. Ils permettent aux agriculteurs qui le souhaitent de moduler les apports au sein de la parcelle, soit avec un système piloté sur l'épandeur d'engrais, soit en modulant manuellement par grandes zones dans les parcelles présentant des états de croissance différents. Parmi eux, 4 produits font l’objet d’un accord de partenariat avec Terres Inovia : 

  • Farmstar (Airbus, Arvalis)
  • Agro-rendement (Wanaka/Agroptimize - Geosys)
  • PRECIFert Azote (Precifield)
  • Bilan Colza by Abelio (Abelio)

Pour faciliter les estimations au champ, 2 applications smartphone, ImageIT inclus aujourd’hui dans Atfarm (Yara France) et Crop-Analyser (Visio-Crop), font l’objet de partenariat avec Terres Inovia. La biomasse est estimée à partir de photographies classiques, dont l'exploitation et l’interprétation sont ajustées par la hauteur de végétation, à renseigner en amont du traitement d’image.

Pour aller plus loin : Evaluer la biomasse du colza pour optimiser les apports d'azote au printemps

Calcul de la dose prévisionnelle : attention à la surestimation des besoins !

La Réglette azote colza® - outil simple, facile d’utilisation et mis en ligne gratuitement par Terres Inovia - détermine la dose totale à apporter à partir de plusieurs informations : la biomasse du colza, l’objectif de rendement de la parcelle, le type de sol, l’apport de produits organiques, la nature du précédent et éventuellement l’association de légumineuses gélives.
 

Afin de ne pas surestimer les besoins de la culture, et ainsi éviter une sur-fertilisation inutile et coûteuse dans un contexte de prix élevé des engrais azotés, il convient de fixer un objectif de rendement raisonnable : calculer la moyenne des rendements des 5 derniers colzas sur la parcelle ou des parcelles comparables, en enlevant la valeur la plus faible et la valeur la plus élevée (moyenne olympique).

Fractionner pour synchroniser les apports aux besoins de la culture

Pour les colzas à faible croissance, un premier apport précoce dès la reprise de végétation, en petite quantité, est recommandé. Il est en effet nécessaire d’accompagner la reprise car les petites plantes ont peu de réserves et une capacité d’absorption limitée.
 

Pour les colzas à forte croissance, la remobilisation des réserves accumulées dans les organes suffira à assurer une bonne reprise de végétation. Il est conseillé d’attendre la montaison pour l’apport éventuel d’azote.

Dans tous les cas, ne pas apporter plus de 100 kg/ha d’azote en une fois. 
 

Dose à apporter (kg/ha)

Reprise de végétation (stades C1-C2)

Début montaison (stades C2-D1)

Boutons accolés (D1-D2)

Boutons séparés (stade E)

<100

 

 

<100

 

100 à 170

 

60 à 80

40 à 90

>170

40 à 60

50 et +

40 à 60

 

Aurore BAILLET (a.baillet@terresinovia.fr)

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En savoir plus sur le Mycosphaerella du colza

Agent pathogène et hôte

Mycosphaerella brassicola (Duby) Lindau, agent pathogène responsable de la mycosphaerellose, est un ascomycète homothallique.  Mycosphaerella a été décrit pour la première fois en France en 1826. Depuis, cet agent pathogène a été observée dans tous les autres pays d'Europe occidentale causant également des pertes de rendement dans des pays au climat principalement tempéré et humide, comme la Nouvelle-Zélande, l'Australie, le Pérou et l'Equateur. Le champignon a été le plus souvent signalé sur chou-fleur et chou, mais il peut attaquer de nombreuses espèces de Brassica, y compris le colza oléagineux (Brassica napus L. ssp. oleifera). 

 

Symptômes

Les premiers symptômes seront observés sur les feuilles situées en parties basses du colza. Cette maladie se manifeste sous la forme de taches brunes, portant de très nombreuses petites fructifications noires (pycnide et périthèces), entourées d’un halo jaune assez marqué. Ces fructifications ne sont pas réparties de manière homogène dans les taches, en effet, celles-ci forment une alternance de zone avec une présence dense (anneau foncé) et peu abondante (anneau clair) de pycnides et périthèces.

Sur la tige, Mycosphaerella entraine la formation de taches ovales gris foncé, possédant un centre plus clair. Enfin sur siliques, les symptômes se manifestent sous la forme de taches brunes/grises, arrondies, pouvant devenir coalescente en cas de forte attaque, couvertes de fructifications denses plus ou moins arrangées en cernes concentriques.


 

Importance

En France, l'occurrence et la sévérité de cette maladie ont augmenté depuis le milieu des années 2000. En Bretagne et en Poitou-Charentes, Mycosphaerella est aujourd'hui la première maladie du colza, avant Sclérotinia. Cette maladie peut entraîner une perte de rendement de 0,2 t/ha à 0,7 t/ha en fonction de l'intensité de la maladie. Néanmoins, les pertes peuvent être beaucoup plus élevés si la maladie touche les siliques, en moyenne 2 à 4 q/ha mais pouvant atteindre 10 q/ha en cas de forte attaque. Cette perte est directement liée à une diminution de l'activité photosynthétique des gousses, ce qui affecte le poids de mille grains. Quelques questions subsistent quant à l'impact précoce sur l'activité photosynthétique des feuilles.           
Des feuilles infectées en hiver ne veulent pas dire que la maladie se développera au printemps, mais cela reste à surveiller, en effet cette maladie est virulente et peu se développer rapidement, en passant directement des feuilles aux siliques, sans passé par la tige, si les conditions climatiques sont favorables. Sa progression est donc difficile à appréhender.     
L’année 2024 a connu une explosion de la maladie sur le territoire, des régions jusqu’alors épargnée se sont vues fortement attaquée par Mycosphaerella. Dans de nombreux cas, la maladie s’est développée sur les siliques, ce qui n’avait jamais été vu dans certaines régions. Les conditions météorologiques très pluvieuses et douces du printemps 2024 ont été idéales pour le développement de la maladie ce qui peut expliquer la fréquence du Mycosphaerella cette année-là.

 

Cycle de vie

 

En général, la maladie provient de débris végétaux infectés dans et sur le sol, ou de cultures matures infectées qui poussent à proximité de cultures plus jeunes. Néanmoins, cette maladie peut également provenir de semences contaminées. Lorsque les températures sont supérieures à 0°C, les périthèces se trouvant sur la débris végétaux, stimulés par la pluie pendant 24-48h, vont expulser des ascospores (spores sexuées) qui seront disséminées par le vent. Les premières infections se produisent pendant l’hiver et touche les feuilles basses du colza. Environ 3 semaines après l’infection, si les conditions environnementales ont été suffisamment humide, les pycnides et périthèces vont se développer sur la feuille et former des lésions concentriques, alternant des zones sombres et claires, caractéristiques de la maladie. Les périthèces présents sur les feuilles vont émettre des ascospores qui, se déplaçant sous l’effet du vent, vont permettre la propagation de la maladie sur la tige, puis parfois sur les siliques. A la fin de la saison, les débris de culture contaminés vont se retrouvez sur de sol et le cycle pourra ainsi recommencer.

 

Facteurs favorables

Une haute humidité (90%) sur feuille pendant 3-4 jours successifs et des températures entre 5-20°c, sont les conditions nécessaires à une infection réussie du champignon. Mycosphaerella est une maladie des d’automnes/hivers doux et humides, c’est pourquoi elle se développe principalement dans l’Ouest de la France, sur la façade océanique.
Certaines pratiques agronomiques peuvent également avoir un impact sur le développement de Mycosphaerella. Laisser les débris de culture en surface ainsi que les rotations courtes avec le colza ou d’autres brassicacées sont des facteurs qui favorisent la maladie. L’utilisation de semences de ferme issues de parcelles contaminée peut aussi jouer un rôle favorable dans le développement cette maladie.

 

Leviers de lutte

La gestion de Mycosphaerella passe par une protection intégrée où tous les leviers de lutte doivent être raisonnés à la parcelle, dans la rotation, et pour le long terme.
A ce jour, il n’existe pas de variétés résistantes vis-à-vis de cet agent pathogène, le recours à un levier génétique n’est donc pas possible.
D’un point de vue agronomique, l’enfouissement des résidus de culture, la rotation, ainsi que l’utilisation de semences certifiées, sont des leviers qui peuvent permettre de lutter contre Mycosphaerella. Néanmoins, ces leviers se révèlent peu efficients.
La gestion de cette maladie se fait surtout via l’intervention de fongicides contre le sclérotinia au stade G1 du colza. Cependant, l’année 2024 a connue de fortes attaques qui n’ont pas été contenues via le traitement sclérotinia G1, il convient donc de réévaluer le choix de la stratégie de traitement à appliquer ainsi que les solutions (substance active).

Sortie hiver Montaison Floraison Maladies Colza Colza Colza Colza Cécilia Fontyn (c.fontyn@terresinovia.fr)

Désherbage du lin oléagineux : quel programme pour les semis 2025 ?

Le programme de désherbage antigraminées évolue sur le lin oléagineux d’hiver à la suite du retrait d’AVADEX 480. Découvrez quel programme pour les semis 2025.

COLZAMID (napropamide) en postsemis-prélevée est la solution alternative à l’AVADEX 480 travaillée par Terres Inovia depuis 4 campagnes (essais avec observation de la sélectivité et de l’efficacité). Son utilisation sur lin oléagineux est possible parce que COLZAMID couvre toute la portée de l’usage « Crucifères oléagineuses*Désherbage» (colza, lin, etc,.). Attention, les applications en présemis incorporé ne sont pas sélectives du lin. 

COLZAMID (napropamide) en postsemis-prélevée est la solution alternative à l’AVADEX 480 travaillée par Terres Inovia depuis 4 campagnes (essais avec observation de la sélectivité et de l’efficacité). Son utilisation sur lin oléagineux est possible parce que COLZAMID couvre toute la portée de l’usage « Crucifères oléagineuses*Désherbage» (colza, lin, etc,.). Attention, les applications en présemis incorporées ne sont pas sélectives du lin.

En situation de pression en graminées, un désherbage de pré-levée peut être réalisé avec COLZAMID (napropamide) à 1,5 l/ha. L’efficacité sera supérieure ou égale à AVADEX 480 qui lui est incorporé en présemis. Sur colza et en situation de ray-grass, COLZAMID en prélevée est légèrement inférieur à 500-600 g ha de métazachlore. Contre vulpin, COLZAMID est plutôt équivalent. Il faut souligner que les conditions de réussite du désherbage sont meilleures en lin (application fin septembre-début octobre) grâce à des sols souvent plus frais au moment des application. L’efficacité est alors comprise entre 50 et 80%.

Le spectre d’efficacité de COLZAMID sur dicotylédone est intéressant et nettement supérieur à AVADEX480, notamment sur coquelicot, c’est aussi un complément sur les pensées et véroniques. Les efficacités sur matricaire et véronique ne sont pas négligeables. 

Conditions d’application du COLZAMID

-    Appliquer l’herbicide dans les 48h après le semis
-    L’efficacité est abaissée en présence de mottes ou de résidus
-    L’application sur sol frais permet une efficacité optimale
-    L’efficacité est moins régulière sur des sols argileux
-    Ne pas appliquer avant de fortes pluviométries, ni sur sols 
-    Sur sols limoneux ne pas dépasser la dose de 1,5 l/ha, sur d’autres sols la dose peut être montée à 2 l/ha. 

Nous devons préciser qu’à ce jour la société UPL couvre uniquement les applications à 1,5 l/ha. 

Cette base sera complétée en végétation par un antigraminées foliaire, dans le cas où les ray-grass et/ou vulpins sont encore sensibles. Une vigilance sera portée sur ces applications, les efficacités fortement affectées par la résistance aux inhibiteurs de l’ACCase (“fop”, “dime” et “den”) sont parfois meilleures pour la cléthodime. Mais la fréquence de la résistance progresse, d’où l’intérêt du désherbage de prélevée, parfois la seule façon de contrôler les graminées. Dans les cultures plus faciles à désherber, il est préférable de limiter le recours à la cléthodime pour faire durer l’efficacité. En colza, pour contrôler les repousses, il est préférable de choisir un « fop » (AGIL, etc,.) et la cléthodime ne doit s’envisager que si l’on vise une efficacité optimale dans un programme avec KERB. 

En non labour et au semis, il est fortement recommandé, si le dernier passage d’outil date de plus de 5-8 jours, d’appliquer un glyphosate pour éliminer les premières levée de ray-grass ou de vulpin. Cette technique est préférable à un travail du sol au moment du semis (exemple avec un semis en combiné) qui peut favoriser, encore plus, de nouvelles levées en culture.

Le faux semis est en effet un levier incontournable et, dans la rotation d’autres leviers peuvent être activés pour lutter contre le ray-grass ou le vulpin : introduction d’une culture de printemps, voire deux successives, labour occasionnel, etc,.

En lin d’hiver : attention à la sensibilité au gel des antigraminées foliaires

Une autre donnée doit aussi être prise en compte, celle de l’augmentation de la sensibilité des lins au gel après passage d’un antigraminée foliaire (AGF) à l’automne :
•    Dans les zones à hivers froids (Centre, Nord et Est), éviter autant que possible l’usage d’un AGF avant la sortie hiver.
•    Dans les zones à hivers plus doux (Sud-Ouest, Ouest), l’application d’un AGF à l’automne est envisageable, seulement en cas de concurrence précoce.
•    D’une manière générale : mieux vaut positionner l’AGF en sortie d’hiver.

 

Préparation de campagne Implantation Début de cycle / croissance Période hivernale Sortie hiver Poitou-Charentes, Vendée, Limousin Sud Aquitaine Bretagne, Pays de la Loire Désherbage Atouts de la culture Lin d'hiver Zoé Le Bihan (z.lebihan@terresinovia.fr)

Colza : Bilan de campagne 2024-2025 - Bretagne / Pays de la Loire

Les années se suivent, mais ne se ressemblent pas. Après deux années de récoltes très décevantes, et des surfaces en bernes pour les régions Bretagne et Pays de la Loire, les attentes étaient fortes pour la campagne 2024-2025.

​​​​​​​Le début de cycle se passe sans soucis particuliers, les levées sont satisfaisantes presque partout et les conditions de pousse à l’automne sont bonnes.

Les biomasses, bien que moins importantes que les deux années précédentes, sont satisfaisantes. 
​​​​​​​En entrée d’hiver, les colzas sont sains, avec une pression des ravageurs faible à modérée selon le secteur.

L’hiver a été pluvieux, et les colzas sont malheureusement restés les pieds dans l’eau pendant plusieurs semaines sur certaines parcelles, impactant fortement leur potentiel.

Fort heureusement, la floraison est efficace, et la phase de remplissage des grains a bénéficié d’un fort rayonnement.

Le manque de précipitation sur la fin de cycle a limité fortement le développement de maladie. Les enracinements plutôt bons ont permis de limiter le stress hydrique des colzas, pour finalement, déboucher sur des rendements bons à très bons ! Malgré des parcelles hydromorphes dépassant rarement les 30 quintaux et les dégâts de grêles, les rendements approchent des 38-39 quintaux en moyenne, c’est 1 tonne de mieux que la campagne précédente ! 

 

Bilan de campagne colza 2024-2025 - Régions Bretagne / Pays de la Loire (hors Vendée)

Thomas Mear - t.mear@terresinovia.fr - Bretagne, Pays de la Loire

Préparation de campagne Implantation Automne Pause hivernale Sortie hiver Montaison Maturité/récolte Bretagne, Pays de la Loire Colza Thomas Mear