Implanter la lentille dans de bonnes conditions
La lentille trouve pleinement sa place dans les rotations, à condition de soigner son implantation. Du choix de la parcelle à la fertilisation en passant par la préparation de sol, plusieurs leviers techniques permettent de sécuriser le potentiel de rendement et la qualité de la récolte.
La lentille trouve pleinement sa place dans les rotations, à condition de soigner son implantation. Du choix de la parcelle à la fertilisation en passant par la préparation de sol, plusieurs leviers techniques permettent de sécuriser le potentiel de rendement et la qualité de la récolte.
Choisir la parcelle adéquate
Pour garantir une bonne mise en place des nodosités qui sont essentielles à la nutrition azotée de la culture, il est recommandé d’implanter la lentille dans des sols drainants, bien aérés avec de faibles reliquats azotés.
La lentille s’adapte donc particulièrement bien aux sols superficiels présentant une réserve utile faible à moyenne. Les sols argilo-calcaires superficiels à moyens, ainsi que certains sols volcaniques ou granitiques dans le Velay (premier bassin historique de production de lentille), offrent des conditions favorables à son développement. Les craies de Champagne sont également des types de sol propices à la lentille.
Les sols hydromorphes, les limons battants ou, à l’inverse, les sols très séchants sont donc à éviter. Des sols fertiles et profonds favorisent un développement végétatif excessif, augmentant les risques de verse et la sensibilité aux maladies foliaires.
Anticiper les maladies telluriques
La lentille est sensible à l’Aphanomyces euteiches, ainsi qu’à des complexes de Fusarium spp. et Pythium spp. La gestion est essentiellement préventive. Il est indispensable d’éviter les retours trop fréquents de la lentille ou d’autres cultures hôtes (pois, luzerne…) sur une même parcelle. L’allongement des rotations constitue le principal levier de maîtrise.
Miser sur des parcelles propres
Au début de son cycle, la lentille supporte mal la concurrence avec les adventices. Les parcelles à faible salissement sont à privilégier, notamment celles exemptes d’adventices problématiques comme le datura, l’ambroisie, le bleuet ou l’ortie royale. Certaines espèces, telles que les morelles, le xanthium ou l’ambroisie, peuvent entraîner un déclassement de la récolte vers l’alimentation animale, avec des conséquences économiques directes.
Soigner le lit de semences et le semis
Dans l’Ouest et le Sud de la France, les semis peuvent débuter dès la mi-février. Dans les régions plus froides, il est préférable d’attendre le mois de mars et un réchauffement suffisant des sols.
Un travail du sol soigné sur les 15 premiers centimètres et un sol bien ressuyé sont indispensables. Une température supérieure à 6 °C au moment du semis favorisera une levée rapide et homogène.
La profondeur optimale de semis se situe entre 2 et 3 cm avec un semoir à céréales. En sols caillouteux, un roulage post-semis peut être envisagé pour niveler la surface, en veillant à intervenir avant le stade 7–8 feuilles.
L’objectif de peuplement est de 220 à 250 plantes levées/m². En agriculture biologique, une majoration de densité de 10 à 30 % est souvent pratiquée pour renforcer la compétitivité vis-à-vis des adventices. Attention cependant, une densité trop élevée favorise l’auto-compétition, réduit les ramifications et accroît les risques de verse et de maladies fongiques.
Une fertilisation raisonnée
Grâce à sa symbiose avec Rhizobium leguminosarum, bactérie naturellement présente dans les sols, la lentille fixe l’azote atmosphérique et ne nécessite pas d’apport azoté. Pour les autres éléments fertilisants, ses besoins restent modérés. Les apports conseillés se situent autour de 30 à 50 unités de phosphore, 60 à 80 unités de potasse et 20 à 25 unités de magnésium.
Autres documents
Réussir la destruction des couverts végétaux hivernaux
La période de destruction des couverts végétaux hivernaux approche. Cette intervention, qui doit permettre la dévitalisation totale des couverts et l’obtention d’une structure de sol favorable à l’implantation de la culture suivante, doit être réalisé dans des conditions optimales d’humidité du sol, mais en cas d’hiver pluvieux, comme c'est le cas cette année, le suivi de l'état d'humidité du sol est crucial pour identifier les rares créneaux favorables à la destruction qui vont se présenter.
La période de destruction des couverts végétaux hivernaux approche. Cette intervention, qui doit permettre la dévitalisation totale des couverts et l’obtention d’une structure de sol favorable à l’implantation de la culture suivante, doit être réalisé dans des conditions optimales d’humidité du sol, mais en cas d’hiver pluvieux, comme c'est le cas cette année, le suivi de l'état d'humidité du sol est crucial pour identifier les rares créneaux favorables à la destruction qui vont se présenter.
Comment choisir la période de destruction des couvert hivernaux ?
Le déclenchement de la destruction doit faire l’objet du meilleur compromis entre l’atteinte des bénéfices du couvert (protection contre l’érosion, piège à nitrates, …), et le fait d’éviter de porter préjudice à la culture suivante par épuisement des ressources du sol, dégradation de la structure, ou augmentation de la pression ravageurs (limaces). Elle doit en outre être raisonnée en fonction du stade du couvert, sa composition, la présence d’adventices et la date prévisionnelle du semis de la culture suivante.
- Pour un couvert à dominante crucifères ou graminées, la destruction doit survenir au moins deux mois avant la date prévisionnelle de semis de la culture suivante, afin d’éviter une faim d’azote sur les premiers stades de développement de la culture.
- Pour un couvert à dominante légumineuses, la destruction peut être plus tardive, jusqu’à trois semaines avant la date prévisionnelle de semis. Dans ce cas de figure, le principal point de vigilance concerne la présence de résidus non dégradés au moment du semis.
Les conditions d’intervention sont cruciales pour les destructions mécaniques, tout particulièrement sur sols argileux. Les couverts contribuent au ressuyage du sol durant l’hiver, ils participent également au maintien d’une humidité au sol, d’autant plus importante avec des fortes biomasses ou s’ils contiennent des graminées. Il est ainsi primordial de détruire le couvert dès qu’une fenêtre favorable se présente, en d’autres termes, dès que le sol est suffisamment ressuyé sur tout le profil travaillé (consistance friable, ou au pire semi-plastique) pour limiter les risques de tassement ou de lissage. Pour cela, un suivi régulier des conditions d’humidité du sol s’impose à partir de février.
La destruction tardive d’un couvert hivernal à forte biomasse peut conduire à l’assèchement de sols à faible réserve utile, surtout si la fin d’hiver et le début du printemps sont marqués par un déficit de pluviométrie. L’alimentation hydrique de la culture suivante risque alors d’être pénalisée, en particulier en conduite pluviale.
Aussi, il faut savoir arrêter la progression d’un couvert quand il atteint 2 à 4 tonnes de biomasse par hectare (1 à 2 kg de matière verte par m²).
Vouloir trop « pousser » un couvert tardivement, peut conduire, en cas de scénario climatique défavorable, a des destructions trop tardives.
Quel mode de destruction pour mes couverts ?
Les techniques de destruction sont multiples et doivent être choisies en bonne cohérence avec les caractéristiques des espèces implantées et les propriétés du sol. En fin d’hiver, le labour ou des travaux profonds ne pourront être envisagés que sur les sols limoneux ou sableux. Sur sols argileux, le ressuyage suffisant du sol et des interventions qui restent superficielles, sont 2 conditions indispensables. Dans des situations avec des couverts bien développés, un broyage préalable peut être nécessaire.
Les travaux menés par Terres Inovia dans le cadre du réseau Syppre Lauragais ont montré que sur des couverts à tige creuse (féverole, phacélie), de nombreux matériels présentent des résultats satisfaisants de destruction (herse rotative, scalpeurs, déchaumeurs à disques indépendants, rouleaux hacheurs). La herse rotative sans rouleau, utilisée à faible profondeur (5-7cm) sur des couverts moyennement développés, assure la dévitalisation des plantes et la création d’un lit de semence favorable à la culture suivante. Le débit de chantier reste toutefois faible, tout comme l’efficacité sur les plantes à pivots et les graminées.
La difficulté principale consiste bien souvent à détruire les graminées adventices qui peuvent se développer dans le couvert pendant l’hiver, auquel cas, les outils à bon recouvrement ou équipés d’ailettes se détachent en termes d’efficacité, même si celle-ci est rarement totale. Aussi, la présence d’adventices et notamment de graminées justifie une destruction précoce, afin d’intervenir sur des stades jeunes, et viser une implantation de la culture suivante sur un sol propre.
Si le choix se porte sur la destruction chimique, des couverts développés vont demander des doses élevées de glyphosate. L’ajout de 2-4D peut améliorer l’efficacité de destruction des dicotylédones, mais s’il est utilisé, veiller rigoureusement au délai d’application avant semis du tournesol (30 jours). Précisions également que le levier de destruction chimique peut être mobilisé après une 1ère étape de destruction mécanique, si des graminées adventives n’ont pas été détruites et si les conditions d’humidité ne sont pas favorables. Dans ce cas de figure, il conviendra de moduler les doses utilisées.
Quel que soit le mode de destruction, il faudra être vigilant à la présence de résidus non dégradés ou trop grossiers qui risquent de perturber le passage de l’élément semeur de la culture suivante, ou nuire au contact sol-graine. Les résidus peuvent également générer une activité plus importante des mollusques au printemps. Une surveillance particulière doit être mise en place pour éviter des potentiels dégâts sur la culture suivante.
Pour aller plus loin
Clémence DE SAINTIGNON - Terres Inovia - c.desaintignon@terresinovia.fr
Bilan de Campagne Soja 2025 - Sud Ouest
Terres Inovia, l’institut technique des professionnels de la filière des huiles et protéines végétales et de la filière chanvre, présente son bilan de campagne 2025 pour la culture de soja. Dans le Sud-Ouest (Départements d’ancienne Aquitaine et Midi-Pyrénées), le rendement régional est estimé à 29 q/ha, en baisse de 6% par rapports aux rendements estimés pour la campagne 2024 (source : Terres Inovia), pour des surfaces annoncées à 63 000 ha, soit une baisse de près de 30% par rapport à la moyenne quinquennale (source : Agreste – SAA 2020 à 2024).
Terres Inovia, l’institut technique des professionnels de la filière des huiles et protéines végétales et de la filière chanvre, présente son bilan de campagne 2025 pour la culture de soja. Dans le Sud-Ouest (Départements d’ancienne Aquitaine et Midi-Pyrénées), le rendement régional est estimé à 29 q/ha, en baisse de 6% par rapports aux rendements estimés pour la campagne 2024 (source : Terres Inovia), pour des surfaces annoncées à 63 000 ha, soit une baisse de près de 30% par rapport à la moyenne quinquennale (source : Agreste – SAA 2020 à 2024).
Focus : les rendements par région
La campagne 2025 a été marquée par de fortes disparités de rendements entre les parcelles cultivées en sec et celles qui ont été irriguées au cours de l’été, principalement en raison des conditions météorologiques estivales, chaudes et surtout sèches entre juillet et la mi-août. Les dates de semis ont également contribué à la variabilité des rendements, avec une plage de semis étalée de la mi-avril au début du mois de juin, conséquence d’un printemps pluvieux.
En ex-Aquitaine, les rendements moyens fluctuent de 26 à 34 q/ha selon les départements, pour une moyenne globale de 30 q/ha, avec de forts écarts entre conduites en sec (8 à 30 q/ha exceptionnellement dans les sols à forte réserve utile et implantation précoce, pour une moyenne estimée à 16 q/ha) et irriguées (25 à 48 q/ha, pour une moyenne estimée à 39 q/ha).
En ex-Midi-Pyrénées, les rendements moyens sont légèrement inférieurs, estimés à 27 q/ha de moyenne, avec là aussi de grands écarts entre départements (20 à 33 q/ha) et conduites (7 à 15 q/ha en sec, contre 20 à 45 q/ha en irrigué, avec quelques rendements exceptionnels à 55 q/ha très localement).
Des semis perturbés par la pluie
Les semis 2025 se sont décalés à cause des cumuls de pluies et des retards engendrés pour la préparation des sols. Dans le Sud-Ouest, l’essentiel des semis ont été effectués entre la mi-avril et la fin du mois de mai. Une fois les graines en terre, hormis quelques situations de pertes de pieds liés à des dégâts de taupins ou de mouches du semis, la levée s’est déroulée sans encombre.
Un début d'été caniculaire & une floraison sous la chaleur et la sécheresse
La seconde moitié du mois de juin est marquée par une séquence météorologique anormalement chaude et sèche qui a fortement impacté le développement des sojas, arrivant alors à début floraison pour les parcelles les plus précoces. Cette séquence s’est achevée par des pluies d’orages inégalement réparties sur l’ensemble du territoire.
Tout au long du mois de juillet, jusqu’à la mi-août, l’absence de pluies significatives et les remontées de températures ont été défavorables à la ramification et à la bonne fertilité des sojas conduits en sec et/ou insuffisamment irrigués, limitant de fait leur potentiel, notamment dans les terres les plus superficielles. Les parcelles régulièrement irriguées ont été moins impactées, expliquant ainsi les forts écarts de rendements obtenus à la récolte.
Une pression ravageurs moindre que les campagnes précédentes
Les attaques d'héliothis (Helicoverpa armigera) et de pyrale du haricot (Etiella zinckenella) sont rares, à des niveaux bien en-deçà des campagnes précédentes, tandis que les attaques de punaises (Nezara viridula et Halyomorpha halys) sont hétérogènes, avec des dégâts importants à la marge, selon le stade du soja (R5-R6) au moment de l'arrivée de l'insecte, l'absence de protection insecticide et/ou d'irrigation.
Pour plus d’informations, consultez le BSV Bilan régional 2025 ici.
Des pluies non-limitantes en fin de cycle, favorables au remplissage des graines
Les pluies sont revenues au cours de la dernière décade d’août et ce sont poursuives jusqu’à la mi-septembre. Ces précipitations, associées aux baisses de températures de fin d’été, ont permis d’allonger la fin de cycle des sojas et d’accompagner le bon remplissage des gousses des parcelles tardives (semis tardifs, variétés du groupe I).
Cet allongement de cycle a néanmoins ralenti l’entrée en maturité des parcelles les plus tardives, retardant les récoltes et dégradant parfois la qualité des lots moissonnés (humidité trop élevée, reprise de végétation, impuretés, etc.).
Une récolte qui s'étale entre les gouttes
La récolte s’est déroulée entre la mi-septembre et début-novembre, en fonction de la vitesse d’arrivée à maturité et des fenêtres de récoltes disponibles. Hormis pour les récoltes les plus tardives, la qualité est au rendez-vous, avec des niveaux d’humidité inférieur à 14% et des taux de protéines dans la moyenne.
Des surfaces en diminution constante depuis 2022
Les difficultés de production de ces dernières années, cumulées avec une conjoncture défavorable pour les productions biologiques, impactent directement les surfaces cultivées, avec une baisse de -5% en ex-Midi-Pyrénées et -8% en ex Aquitaine par rapport à 2024 (source : Agreste – SAA 2020 à 2024). Elle s’inscrit dans une dynamique de réduction constante des surfaces implantées en soja depuis 2022, avec une diminution des surfaces de -31% en Aquitaine et de -43% en Midi-Pyrénées en 3 ans (source : Agreste – SAA 2020 à 2024), principalement dans les territoires où la culture était conduite en pluvial et/ou en agriculture biologique.
Au niveau économique, si la rentabilité des parcelles conduites en pluvial est en moyenne très mauvaise, avec des marges nettes négatives, les parcelles irriguées affichent un niveau de marge nette (aides couplées et découplées comprises) positif (simulations de Terres Inovia à partir des données du CER France), ce qui est à souligner au vu des performances économiques récentes des exploitations en grandes cultures, hors cultures à forte valeur-ajoutée (source : données Agreste/RICA 2025, OTEX 15), dans un contexte de forte baisse des prix des céréales.
Vos Contacts Régionaux :
- Quentin Level (q.level@terresinovia.fr) - Sud Nouvelle Aquitaine, Gers, Hautes-Pyrénées
- Quentin Lambert (q.lambert@terresinovia.fr)- Occitanie
Eléments Complémentaires
Réussir l’implantation des pois et féveroles de printemps
Les semis des protéagineux de printemps débutent dès fin janvier en Poitou-Charentes/Vendée et s’étaleront jusqu’à mi-mars sur l’ensemble des bassins de production de la moitié nord. L’implantation est une étape clé pour assurer le bon développement de la culture et son futur potentiel de rendement.
Choisir sa parcelle
Les protéagineux de printemps sont sensibles au stress hydrique de fin de cycle (floraison à remplissage), il faut éviter de les implanter en sols séchants et superficiels. En conduite pluviale, les sols profonds sont donc à privilégier avec une réserve utile idéalement de 150 mm et plus (>100 mm à minima). Attention également aux argiles lourdes et limons hydromorphes, pouvant compliquer leur implantation.
Les parcelles saines d’aphanomyces sont à privilégier pour implanter un pois de printemps. L’Aphanomyces étant la maladie tellurique la plus préjudiciable sur le pois (pertes de rendement importantes), le risque doit être évalué avant l’implantation (évaluer le risque avec l’outil EVA de Terres Inovia). La féverole n’est pas concernée par la maladie.
Préparer une structure favorable aux nodosités
L’objectif est d’obtenir une bonne structure de sol pour assurer l’enracinement du pois et développer les nodosités. Le lit de semences doit être meuble sur les 8-10 premiers centimètres du sol pour favoriser un bon contact sol/graine et une levée rapide. Une structure poreuse sur les 15-20 premiers centimètres permettra aux nodosités et radicelles de se développer correctement. Le pois est très sensible aux asphyxies racinaires, les zones compactes doivent être évitées afin de favoriser le ressuyage.
En cas de mauvais nivellement ou de sol refermé durant l’hiver, une reprise sur 5-10 cm est conseillée avant toute implantation. Pour les sols à risque de battance, ne pas hésiter à laisser quelques mottes en surface (2-3 cm). Un roulage est conseillé (hors sol battant) pour assurer le contact sol-graine et protéger de la phytotoxicité des herbicides.
Date de semis, profondeur et densité
Les dates de semis des protéagineux de printemps sont à adapter à la zone géographique. En Poitou-Charentes et en Vendée, les semis peuvent démarrer dès fin janvier si le sol est bien ressuyé et si des températures gélives fortes ne sont pas attendues dans les 2 à 3 jours qui suivent le semis (gel possible des graines lors de l’imbibition). À noter qu’il est possible de semer sur sol gelé, la graine s’imbibera une fois la phase de gel passée. Si les conditions de portance le permettent, favoriser les semis précoces, qui permettent de diminuer l’exposition de fin de cycle des protéagineux aux stress climatiques (hydrique, thermique).
En termes de réglementation et d’usage des herbicides, les protéagineux semés avant le 01/02 sont considérés comme des protéagineux d’hiver, et à partir du 01/02 comme des protéagineux de printemps (peu importe le type variétal, « hiver » ou « printemps »). Certaines solutions disponibles en pois d’hiver ne le sont pas en pois de printemps et inversement. La date de semis est donc à prendre en compte dans la stratégie de désherbage.
Semer à 4-5 cm de profondeur les pois et 6-7cm pour les féveroles. Attention à ne pas semer trop dense, au risque de surinvestir le poste de semences et de favoriser les maladies foliaires et la verse en fin de cycle. Dans le cadre d’utilisation de graines de ferme, un test de germination est fortement recommandé pour bien maîtriser son peuplement.
Doses de semis selon le type de sol et le PMG des graines de pois de printemps :
Sol limoneux | Sol argileux ou caillouteux | Sol de craie | |
70 à 80 graines/m² | 90 graines/m² | 105 graines/m² | |
PMG 230 g | 160 à 180 kk/ha | 205 kg/ha | 240 kg/ha |
PMG 260 g | 180 à 210 kg/ha | 235 kg/ha | 275 kg/ha |
Conseils pour un taux de germination de 90%
Doses de semis selon le type de sol et le PMG des graines de féveroles de printemps :
Sol limoneux | Sol argileux ou caillouteux | |
40 à 45 graines/m² | 45 à 50 graines/m² | |
PMG 400 g | 160 à 180 kg/ha | 180 à 200 kg/ha |
PMG 450 g | 180 à 200 kg/ha | 200 à 225 kg/ha |
Conseils pour un taux de germination de 90%
Le pois s’adapte à des écartements de 12 à 35 cm. La féverole peut se semer de 17 à plus de 45 cm d’écartement. Les semis au monograine permettent de diminuer la densité de 5 grains/m² et d’envisager des stratégies de binage.
Fertilisation
Aucun apport d’engrais azoté n’est nécessaire : les protéagineux sont autonomes pour leur nutrition azotée grâce à la fixation symbiotique de l’azote atmosphérique.
Le pois et la féverole sont moyennement exigeants en phosphore et potasse. Cependant, ces éléments restent essentiels au bon développement de la plante et des nodosités. La dose est à raisonner en fonction des exportations, de la teneur du sol en P et K et du nombre d’années sans apport.
Doses moyennes conseillées | Pois | Féverole | |
| Phosphore | Pailles non exportées | 55 | 60 |
| Pailles exportées | 65 | 60 | |
| Potasse | Pailles non exportées | 85 | 70 |
| Pailles exportés | 145 | 100* | |
Doses conseillées en kg/ha pour un rendement de 55q/ha en pois et 40 q/ha en féverole
* seulement si sol pauvre, autrement pas de compensation supplémentaire
Choisir sa variété
Consultez la synthèse variétale Pois de printemps (graines jaunes) 2025 et la synthèse féverole de printemps sur le site myvar de Terres Inovia.
Solana Vera - s.vera@terresinovia.fr - Ingénieure de développement zone Centre & Ouest
Bastien Remurier - b.remurier@terresinovia.fr - Référent protéagineux zone Centre & Ouest
Implanter la lentille dans de bonnes conditions
Les semis de lentille pourront débuter dès la mi-février en Poitou-Charentes/Vendée. Voici quelques recommandations pour réussir une bonne implantation.
Choisir sa parcelle
La culture de la lentille est très adaptée pour valoriser les sols superficiels qui présentent une réserve utile faible à moyenne. Les sols à privilégier sont les sols argilo-calcaires superficiels, moyens ou des sols volcaniques et granitiques.
Afin de favoriser la bonne mise en place des nodosités, il est recommandé d’implanter les lentilles dans des sols drainants, aérés et appuyés, avec de faibles réserves azotées. La lentille étant sensible aux excès d’eau et au stress hydrique en fin de cycle, il faut éviter les sols hydromorphes, limons battants et les sols très séchants. De plus, une forte réserve utile favorisera une végétation exubérante, et augmentera le risque de verse en fin de cycle et les maladies foliaires.
Enfin, la lentille étant une culture avec des premières gousses proches du sol, les sols très caillouteux peuvent compliquer le chantier de récolte.
Limiter les risques liés aux maladies telluriques
Les maladies telluriques affectant la lentille sont provoquées par des champignons tels que l’Aphanomycès euteiches, ou des complexes de Fusarium spp et Pythium spp. La présence d’agents pathogènes du sol est à prendre en compte lors du choix de la parcelle car la lutte est préventive : il faut éviter le retour trop fréquent de la lentille ou d’autres cultures hôtes sur la même parcelle.
Pour évaluer le potentiel infectieux des parcelles, vous pouvez contacter le laboratoire de Terres Inovia pour obtenir un diagnostic : Le test aphanomyces
Privilégier les parcelles à faibles pressions adventices
La lentille est une culture peu concurrentielle durant le début de son cycle, qui peut être fortement pénalisée si la flore adventice est trop élevée. Les parcelles à faibles pressions adventices sont à privilégier, ainsi que les parcelles indemnes de flores difficiles telles que le datura, l’ambroisie, le bleuet ou l’ortie royale. Certaines adventices, comme les morelles, le xanthium, l’ambroisie ou le datura peuvent également entrainer le déclassement de la récolte vers l’alimentation animale.
Préparation du lit de semences et semis des lentilles
En pluriannuel sur le secteur Poitou-Charentes, les parcelles de lentilles sont généralement semées entre la mi-février et la mi-mars. Ces dates correspondent aux préconisations de Terres Inovia.
La lentille supporte très mal les sols compactés, qui sont défavorables à l’enracinement et à la formation des nodosités. Il est conseillé de la semer dans un sol bien travaillé et ressuyé sur les 15 premiers centimètres. Un sol bien réchauffé (supérieur à 6 °C) au moment du semis permettra un départ dynamique de la culture.
La profondeur optimale de semis se situe entre 2 et 3 cm de profondeur avec un semoir à céréales. L’écartement recommandé est entre 12 et 17 cm pour éviter un trop grand salissement de la parcelle. En cas de sols très caillouteux, un roulage des parcelles peut être réalisé post-semis afin de niveler le sol (ne pas dépasser le stade 7-8 feuilles de la culture).
Semer 270 grains/m² pour les semis précoces, et 300 grains/m² pour les semis tardifs. L’objectif de peuplement à la levée est d’obtenir entre 220 à 250 plantes/m² levées.
En agriculture biologique, les densités de semis sont majorées afin de mieux gérer le salissement de la parcelle. Cette majoration varie entre +10 et +30% par rapport aux densités préconisées en conventionnel. Attention cependant à ne pas semer trop dense : des surdensités trop importantes peuvent entraîner de l’auto-compétition, moins de ramifications, et favoriser la verse et les maladies fongiques.
La lentille peut également être semée en association, en gardant la même dose de semis qu’en pur. En Poitou-Charentes, la lentille est principalement associée à de la cameline ou à du lin.
Enfin, la lentille étant peu couvrante durant le début de son cycle, la mise en place d’un programme de désherbage est recommandée pour limiter la croissance des adventices.
Fertilisation
Dans ses nodosités, la lentille réalise une symbiose avec la bactérie Rhizobium leguminosarum, naturellement présente dans les sols, pour fixer l’azote atmosphérique. Elle n’a donc pas besoin de nutrition azotée.
La lentille est une culture peu exigeante : pour un rendement de 15 à 25 q/ha, apporter 30 à 50 unités de P2O5, 60 à 80 unités de K2O et 20 à 25 unités de Mg.
Choisir sa variété
Consultez les résultats complets des essais variétés 2025 sur le site Myvar de Terres Inovia.
Solana Vera - s.vera@terresinovia.fr - Ingénieure de développement zone Centre & Ouest
Lutter contre l’enherbement en pois chiche : agir tôt pour être efficace
Le pois chiche est une culture qui se développe lentement en première partie de cycle, jusqu’au début de la floraison, ce qui est propice à l’enherbement de l’entre-rang. A ce jour, une stratégie basée sur une application de prélevée est incontournable pour assurer une efficacité acceptable. Elle pourra être relayée par une application de post-levée en fonction de la flore.
Application de la prélevée
Selon les conditions climatiques, la levée du pois chiche peut être relativement longue. Toutefois, il est conseillé de ne plus appliquer d’herbicides dans les quelques jours qui précèdent la levée afin d’éviter tout risque de phytotoxicité. Le positionnement de la prélevée au plus près du semis est donc à privilégier. L’humidité dans les premiers centimètres du sol conditionnera l’efficacité de ces herbicides racinaires dans les semaines qui suivent l’application. Pour leurs larges spectres, deux stratégies sont privilégiées : Prowl 400 2l/ha + Challenge 600 2l/ha ou Nirvana S 1,8 à 2l/ha (voir tableau ci-dessous). Attention, dès cette camapagne, le Prowl 400 n’est plus utilisable sur les pois chiches semés avant le 01/02.
Antidicotylédones en post-levée : deux spécialités commerciales disponibles
Le Challenge 600 peut être utilisé en post levée (à 0,5 l/ha), sous conditions d’une impasse de cette spécialité commerciale en prélevée. Il doit être appliqué tôt, au stade 2-3 feuilles du pois chiche sur des adventices jeunes (2-3 feuilles maximum). ONYX (Pyridate 600 g/l) apporte un bénéfice net sur la postlevée avec une efficacité régulière sur datura, repousses de tournesol, morelle et renouées. Comme le Challenge, il doit être appliqué tôt, à partir de 2 feuilles (et jusqu’à 8 feuilles) sur des adventices entre 2 et 4 feuilles. Une application par an et fractionnable en 2x 0,75l/ha. Un effet dose est constaté sur datura, morelle, renouées et matricaire (1,5 l plutôt que 0,75 ou 1 l).
(1) Utilisation possible seulement si semis réalisé après le 01/02.
(2) En fonction du type de sol, moduler la dose de Nirvana entre 1,5 et 2 l/ha maximum. Déconseillé dans les sols sableux.
(3) Si Challenge 600 non utilisé en prélevée
(4) Renouées en relais d’une prélevée efficace uniquement
(5) Fractionnement à 7-10 jours d’intervalle
(6) Non couvert par les firmes
Voir le tableau complet des herbicides en fin d'article
Désherbage mécanique
En complément ou en substitution, des solutions de désherbage mécanique sont possibles et montrent chez certains producteurs des efficacités tout à fait acceptables.
- Un passage d’herse étrille « à l’aveugle » en post semis prélevée sera profitable, puis de nouveau en végétation, à partir du stade 3-4 feuilles (le pivot des plantes est alors assez développé pour ne pas être arraché par l’outil). En adaptant la vitesse et l’agressivité, le passage de herse étrille est possible dès 1 feuille.
- Un passage de bineuse dans l’inter-rang est possible, si l’implantation est réalisée au semoir monograine, à partir du stade 4-5 feuilles (en veillant à ne pas recouvrir les plantes).
Le déclenchement des passages mécaniques se fera selon la levée des adventices (privilégier des interventions sur adventices jeunes), le stade de la culture (voir tableau ci-dessous) et les conditions météorologiques (intervenir toujours par temps séchant : sol bien ressuyé et pas de pluie annoncée dans les jours suivants, afin d’éviter le repiquage des adventices ou la mise en germination de nouvelles graines).
Dans nos essais, en situation de printemps humide, écartement à 60 cm, nous avons pu constater qu’une stratégie basée uniquement sur l’utilisation de la herse étrille en début de cycle à 1-2 feuilles, n’a pas donné satisfaction. De même, une stratégie basée uniquement sur du binage à partir de 4 feuilles ne permet pas une efficacité comparable à une stratégie combinant les deux outils : Herse étrille à 1-2 feuilles puis binage à partir de 3-4 feuilles, stratégie qui pour le coup a présenté de bons résultats en expérimentation. La météo de l’année et la diversité de la flore dans la parcelle ont une grande influence sur les résultats.
Désherbage mécanique du pois chiche, réglages et possibilités de passage en fonction du stade de la culture et du choix de l'outil.
Désherbage mixte
Allier chimique et mécanique prend tout son sens, d’autant plus pour une culture mineure où les solutions disponibles sont peu nombreuses et ne permettent pas toujours de répondre à toutes les flores rencontrées. En situation sèche au semis ou pluvieuse au printemps par exemple, une stratégie tout en prélevée peut s’avérer insuffisante : inefficacité de la prélevée ou re-salissement au printemps. On peut alors adopter, en substitution ou complément de la prélevée, une stratégie avec herbicide de post-levée appliqué à 3-4 feuilles en combinaison avec un ou plusieurs passages de bineuse à partir de 4-5 feuilles. L’application de la post-levée sera considérée en fonction des levées d’adventices. Cette stratégie donne de bons résultats en flore simple à moyenne (dans notre essai 2023 : renouée liseron, mercuriale, véronique des champs et ray-grass).
Pour aller plus loin
Réussir ses semis de pois chiche : le point avant de démarrer
Pour le pois chiche comme pour les autres oléoprotéagineux, l’implantation est une étape cruciale. Terres Inovia, fait le point sur les éléments clés à respecter pour réussir son implantation.
Bien choisir sa parcelle et pas plus d’un pois chiche tous les 5 ans
Le pois chiche valorise très bien les terres non hydromorphes, avec une réserve utile moyenne à superficielle, et un bon pouvoir de réchauffement au printemps. Culture de niche à valeur ajoutée, on privilégiera si possible au sein de l’exploitation, les terres de type argilo-calcaires qui sont particulièrement adaptées à cette culture. Pour assurer la mise en place des nodosités, le pH doit être compris entre 7 et 9. Il convient également de privilégier des parcelles sans flores adventices difficiles (datura, xanthium, morelle, ambroisie, repousses de tournesol).
Pas plus d’un pois chiche tous les 5 ans ! Afin de limiter au maximum les risques de maladies (fusarioses et ascochytose) on n’implantera pas de pois chiche sur une même parcelle avant une période d’au moins cinq à six ans.
La carte ci-contre indique la présence de mésorhizobium spécifique du pois chiche au sein du territoire à dire d’expert. Ce mésorhizbium est nécessaire à la mise en place des nodosités, qui fournissent l’essentiel des besoins azotées. Dans les départements grisés, les bactéries spécifiques ne sont pas présentes et cela limitera fortement le potentiel de la culture. D’autres légumineuses à graines sont certainement plus adaptées à ces secteurs.
Depuis juin 2024, l’inoculum LegumeFix (Legume Technology, distribué par Catelin Logi Fert) est disponible (via autorisation UE) comme inoculum sur pois chiche en France. L’inoculum est disponible sous forme de tourbe.
Attention à la provenance des graines semées !
L’ascochytose (anciennement anthracnose), maladie la plus fréquente sur pois chiche, se conserve principalement sur les graines. Ainsi, la prise de risque est forte lorsqu’on réutilise des graines contaminées. En effet, on s’expose à une contamination primaire des plantes, dès la levée, avec des pertes associées estimées entre 25 et 75% du rendement. En plus des autres leviers agronomiques, l’utilisation de semences certifiées, est une première barrière à la maladie.
Un seul traitement de semence efficace contre l’ascochytose est disponible à ce jour : Prepper (Fludioxonil 25 g/l). Le Prepper permet de diminuer le pourcentage d’attaque de près de 80% de plantes atteintes 40 jours après la levée en situation de fortes attaques (essai 2023).
Consultez les résultats des variétés commercialisées sur notre site Myvar
Reprise des sols : tenez compte du niveau de ressuyage avant d’intervenir
Avant d'intervenir, il est recommandé de vérifier (avec une bêche) la profondeur réellement ressuyée. Il faudra alors adapter la profondeur de travail à cette observation, en particulier limiter le travail à la zone ressuyée, aller au-delà provoquerait la création de mottes, ou au contraire un lissage, défavorables à la levée et à l’exploration racinaire. Optez pour un outil à dents léger type vibroculteur ou herse plate et éviter les outils à disques. Comme toutes les légumineuses à graines, le pois chiche nécessite un sol bien structuré avant l’implantation, ce qui permettra une exploration racinaire optimale tout en garantissant le bon fonctionnement des nodosités.
Sol réchauffé et bien ressuyé indispensable pour un semis dans de bonnes conditions
Tenez compte de la plage de semis idéale pour votre région:
Pour une grande partie du territoire, la période de semis optimale se situe de mi-février à mi-mars (voir carte ci-contre). Lorsque les conditions climatiques ne sont pas réunies, il est fortement conseillé de reporter le semis, afin d’implanter la culture lorsque la parcelle est ressuyée et suffisamment réchauffée. La température du sol, à la profondeur de semis, doit être supérieure à 7°C pour favoriser la germination. Dans les secteurs concernés, attention aux dégâts de corvidés, pigeons ramier et/ou de sangliers au moment des semis.
Un semoir monograine de préférence
Aujourd’hui, Deux modes de semis sont possibles. Le semis à faible écartement (semoir à céréales), apprécié pour sa couverture rapide du sol, et le semis large écartement (semoir monograine), qui assurera une meilleure précision de la dose et de la profondeur de semis. Semer entre 4 et 5 cm de profondeur et viser 50 plantes/m² levées.
Pour plus d'informations, n'hésitez pas à consulter ces articles:
Désherbage graminées : bien utiliser la propyzamide
La baisse des températures associée à une certaine humidité des sols permettra dans les prochains jours d’envisager l’application de propyzamide (Kerb Flo) sur les parcelles de colza infestées de graminées. Dans ce contexte, un rappel sur les conditions d’utilisation et d’efficacité de cette molécule parait important.
Rappel : comment agit la propyzamide ?
La propyzamide (contenue dans KERB FLO et produits génériques) a une action antigraminée à 100 % racinaire et systémique, assez lente car le produit doit migrer par les racines. Ainsi, l’efficacité ne se mesure souvent qu’en sortie hiver.
Quelles sont les graminées ciblées ?
Ray-grass, vulpin, repousses de céréales (blé surtout), bromes, folle avoine (d’hiver surtout), pâturin, vulpie, agrostis.
Cette substance active joue un rôle-clé pour le contrôle des graminées en colza.
Rôle clé pour la gestion à long terme du désherbage
La propyzamide limite fortement la pression de sélection de graminées résistantes aux herbicides foliaires. La gestion responsable de cette molécule est un enjeu majeur pour assurer la durabilité du désherbage, notamment en colza. La protection de la ressource en eau et la durabilité des molécules herbicides sont étroitement liées aux pratiques de désherbage.
3 règles d’or :
1. Une seule application de propyzamide à 750 g/ha par campagne :
- à partir de début novembre jusqu'à fin décembre pour le colza
2. Pas d’application sur un sol saturé en eau pour éviter les ruissellements et les échecs (asphyxie racinaire)
3. Pour une bonne efficacité :
- Viser des applications sur sol frais et humide : l'efficacité est dépendante de l’humidité du sol. Le résultat peut être insuffisant en période sèche.
- En cas d’enracinement profond des adventices, l’efficacité peut être décevante.
Quels sont facteurs pouvant pénaliser l’efficacité de la propyzamide vis-à-vis des graminées ?
- Levées précoces de graminées (fin août / septembre) et/ou abondantes non maîtrisées par les herbicides avant l’entrée hiver (les racines peuvent alors être trop développées) ;
- Application trop tardive sur des adventices trop développées (tallage des graminées) ;
- Façons culturales simplifiées sans labour (présence de mulch) ;
- Sols à forte teneur en argile (> 35 %) et MO en surface (> 4 %) ;
- Sols hydromorphes avec asphyxie des graminées (induisant une faible absorption du produit)
Qu’en est-il de l’effet « parapluie » ?
Pour des colzas dotés d’une forte biomasse (> 1.5 kg/m²), les volumes de végétation peuvent être élevés. Les biovolumes et les longs pétioles (plus de 50 cm) font alors obstacle aux herbicides racinaires.
Pour les produits contenant la propyzamide, mieux vaut dans ce cas positionner l’application au plus proche d’une pluie significative pour favoriser sa diffusion dans la végétation jusqu’à la surface du sol. Pour les produits IELO/YAGO/BIWIX/DITOP, pas d’application sous une pluie.
Mélange propyzamide avec un insecticide … à bien considérer
La tentation de mélanger avec un insecticide visant les larves d’altises est souvent grande car elle permet de viser les deux cibles – mauvaises herbes et insectes – en même temps.
Avant une telle décision, assurez-vous que l’infestation larvaire justifie l’insecticide. Les larves d’altises colonisent les parcelles de façon très variable.
De même, si une infestation larvaire justifie d’ores-et-déjà un insecticide, n’attendez pas que les conditions soient réunies pour la propyzamide pour intervenir.
Visez toujours les meilleures conditions possibles pour chacune des cibles (insecte ou mauvaises herbes) quitte à passer deux fois… plutôt que chercher à faire coûte que coûte « une pierre deux coups ».
Rappel : Le mélange de produit à base de propyzamide avec MINECTO Gold n'est pas recommandé. Plus d’info ici.
Pour aller plus loin
► Gestion des graminées hivernales
Julien Charbonnaud - j.charbonnaud@terresinovia.fr - Centre-Val de Loire
Jean Lieven - j.lieven@terresinovia.fr - Normandie, Ile-de-France Ouest
Thomas Mear – t.mear@terresinovia.fr – Bretagne, Pays-de-la-Loire
Elodie Tourton - e.tourton@terresinovia.fr - Poitou-Charentes, Vendée, Limousin
Hernie des crucifères : signaler les parcelles touchées, c'est important !
La hernie des crucifères est une maladie racinaire qui prend de l’ampleur ces dernières années, 2025-2026 ne fait pas exception. Les dégâts causés par la hernie sont très variables. Le plus souvent quelques zones ou foyers feront perdre 5 à 20 % du potentiel. Dans les pires cas, cela entraîne la nécessité de retourner la parcelle. Face à cette maladie, aucun levier seul ne suffit : la clé, c’est la combinaison.
Une maladie qui s’exprime davantage avec le changement climatique
Les températures douces durant l'automne combinées aux précipitations importantes en septembre, ont créent des conditions idéales au développement de cette maladie racinaire. La hernie des crucifères est causée par le parasite obligatoire Plasmodiophora brassicae. Les symptômes se manifestent par des boursouflures hypertrophiées (galles) sur les racines.
Des flétrissements et des rougissements sont généralement visibles sur les parties aériennes des plantes, souvent répartis en foyers ou en larges bandes dans les parcelles, pouvant aller jusqu’à la perte de pieds. La conséquence est la perte de rendement.
Une fois installée dans la parcelle, la maladie peut y rester plus de 10 ans et s’accrochera plus ou moins facilement aux crucifères cultivées dans la rotation, selon les conditions de milieu. Mieux vaut donc anticiper.
Galle de hernie sur colza - Crédit photo : L. Jung
Prévention, des réflexes à adopter
Pour les parcelles avec des symptômes de hernie, il n'y a pas de solution corrective efficace. Mais il est important de saisir l’enquête en ligne « hernie des crucifères » pour nous aider à lutter collectivement contre cette maladie : déclarer en ligne une parcelle avec de la hernie. En effet, la quantification des parcelles concernées ainsi que leur localisation permettent de cibler la communication et les programmes de recherche.
Après le diagnostic de présence de hernie, actuellement, il peut être judicieux de préparer la prochaine campagne, notamment pour les parcelles de l’exploitation en sol acide et hydromorphe, il est possible de réaliser un dépistage. Le test du chou chinois permet de vérifier si votre sol est contaminé par la hernie.
On veillera en particulier à éviter les contaminations entre parcelles (transport de terres collées aux pneumatiques et aux outils de travail du sol, épandeur d’apports organiques, etc.).
L’implantation des pois et féverole d’hiver 1er levier de maitrise de la maladie et du rendement
La phase de semis approche pour les pois et féveroles d’hiver. Afin de minimiser le risque de maladie et de maitriser au mieux le potentiel de rendement, la phase d’implantation est primordiale pour poser les bonnes bases de la réussite de ces cultures.
Parcelle de pois avec zone hydromorphe en 2024, fortement impactée par la maladie
Choix d’une parcelle non hydromorphe avant tout
Le choix d’une parcelle non hydromorphe est le premier critère à considérer. C’est un facteur important dans le risque de dégâts de gel et de développement des maladies. Par ailleurs, rappelons l’importance du développement des nodosités, nécessitant une bonne aération du 1er horizon. Si certaines parcelles se prêtent plus à l’hydromorphie que d’autres, l’absence de rupture de porosité du sol doit être assurée par la préparation du sol en amont, afin de favoriser au maximum les conditions de ressuyage. A noter que la féverole présente une meilleure tolérance à l’hydromorphie par rapport à un pois ou un blé.
Choisir une culture et une variété adaptées au type de sol :
- Le pois d’hiver s’adapte à de nombreux contextes de sols. Il faudra néanmoins faire attention à bien choisir des variétés avec une bonne tolérance à la chlorose ferrique pour les limons froids et les sols calcaires. Cette carence, même si elle est passagère, peut affaiblir les plantes les rendant plus sensibles à d’autres problématiques telles que les maladies.
- La féverole d’hiver s’adapte également à de nombreux types de sol mais se développera mal sur les sols acides (pH<5.5). Pour les sols basiques (pH<7.5) des carences en bores sont possibles, nécessitant de corriger la situation par un apport de 300g/ha avant début floraison.
Pour rappel, les caractéristiques et résultats des variétés sont référencées sur le site www.myvar.fr
Vous y retrouverez les synthèses variétales nationales et régionales parues récemment.
Le délai de retour de 5-6 ans entre 2 légumineuses de rente reste une règle importante dans l’insertion des légumineuses dans une rotation afin d’éviter la prolifération de certains bioagresseurs communs tel que l’aphanomyces. A noter que si le pois d’hiver évite en grande partie l’expression de l’aphanomyces en raison de son cycle décalé, la culture peut entretenir l’inoculum. Les parcelles à risque sont à éviter.
(Plus d’informations sur les légumineuses sensibles ou résistantes à aphanomyces via ce lien)
L’exposition au froid (bassin Nord-Est, parcelle en altitude) n’est pas un facteur rédhibitoire mais des leviers agronomiques doivent s’opérer en conséquence, à commencer par le choix d’une variété à bonne tolérance au froid. Également, la date et la profondeur de semis devront bien s’adapter pour maitriser le risque (cf. partie semis).
Le travail du sol, garant du risque d’hydromorphie et de maladies
Également la préparation du lit de semence doit être soignée sur 8-10 cm afin de permettre d’enterrer à une bonne profondeur les graines et améliorer le contact sol-graine. Le pois d’hiver demande un lit de semence fin (agrégats <10 mm). A l’inverse la féverole peut s’accommoder d’une préparation plus grossière (agrégats de 2-3 cm). En cas de risque de battance, n’hésitez pas à laisser quelques mottes de 5-6 cm pour limiter le risque de croûte de battance.
Dans toutes les situations de parcelle, l’écoulement de l’eau doit s’opérer sans obstacle lié à une rupture de porosité. Au-delà du risque d’hydromorphie sur le long terme, c’est avant tout la limitation des fenêtres d’interventions faute d’un bon ressuyage des parcelles qui peut entraver la conduite technique. Également, la stagnation de l’humidité sur la surface favorise le développement des maladies. En 2024, les préparations en TCS telles que les semis directs, ont souvent été moins impactés par la maladie en lien avec un meilleur ressuyage de la surface. Pour rappel, la préparation du sol doit se décider avant tout par la nécessité de correction du sol.
Eviter la surdensité, pour limiter les maladies et le coût en semences
Le pois et la féverole d’hiver ramifiant plus que les types printemps, il est conseillé de ne pas dépasser les densités recommandées au risque de développer des couverts trop denses au printemps, favorisant les maladies telles que le colletotrichum et l’ascochytose pour le pois ou le botrytis pour la féverole. De plus, la surdensité augmente inutilement la charge en semences pour un risque de perte de rendement plus grand.
| POIS D’HIVER | Sol limoneux |
Sol argileux, argilo-calcaire |
Sol de craie |
| 60 à 70 graines/m² | 80 à 90 graines/m² | 115 graines/m² | |
| PMG 200g | 120 à 140 kg/ha | 160 à 180 kg/ha | 230 kg/ha |
| PMG 220g | 132 à 154 kg/ha | 176 à 198 kg/ha | 253 kg/ha |
| FEVEROLE D’HIVER | Sol limoneux | Sol argileux, argilo-calcaire ou caillouteux |
| 20 à 25 graines/m² | 30 graines/m² | |
| PMG 450g | 90 à 113 kg/ha | 135 kg/ha |
| PMG 500g | 100 à 125 kg/ha | 150 kg/ha |
Test de germination nécessaire si utilisation de graines de fermePour les producteurs utilisant leurs graines de ferme, il est important de réaliser un test de germination afin d’adapter la densité. En effet, le taux de germination des graines de ferme est souvent plus aléatoire, pouvant être bien inférieur au taux minimal de 80% de germination des lots certifiés. Également, il faut veiller à écarter les lots présentant des grains cassés, tachés ou déformés, souvent porteurs de maladies bien installées sur les graines. Pour rappel, la plupart des maladies se transmettent principalement via la semence. L’utilisation de semences certifiées reste une sécurité tant sur la maitrise du taux de germination que sur le risque sanitaire apporté par la graine. |
Date de semis et profondeur, leviers incontournables pour se prémunir du risque de gel et de maladies
Les dégâts de gel, favorisant l’installation de maladies telles que le colletotrichum ou la bactériose en pois et le botrytis en féverole, sont souvent les premiers facteurs de stress pouvant impacter le potentiel des protéagineux d’hiver. La pression sanitaire de ces dernières années trouve une origine dans l’évolution du climat, avec des hivers plus doux et des gels plus tardifs au début du printemps. Face à cette évolution du contexte, la date et la profondeur de semis doivent également évoluer pour permettre de limiter ce risque.
2 conditions sont nécessaires pour limiter le risque de gel et de maladies :
- Retarder les semis afin d’éviter d’avoir des plantes trop développées en sortie d’hiver. Pour rappel, la tolérance au froid est maximale à 2-3 feuilles et chute drastiquement vers 6-8 feuilles. Cette stratégie de semer tard est d’autant plus importante avec des mois d’octobre et début novembre très doux, propices à la croissance excessive des protéagineux. Privilégier les semis de mi-novembre à fin décembre.
- Protéger l’épicotyle, zone la plus sensible au gel. Cela évite que les bas de tiges souvent nécrosés en pois d’hiver permettent une remontée des maladies sur la tige par la suite. Semer à 5-6 cm de profondeur les pois d’hiver et 7-8 cm les féveroles d’hiver. Les graines étant vigoureuses, la levée peut s’opérer sur plus d’1 mois si nécessaire sans conséquence sur le potentiel. Favoriser les semoirs à dents afin d’enterrer convenablement les graines.
Un sol nivelé pour faciliter la récolte et améliorer la sélectivité de la prélevée
Si les nouvelles génétiques présentent une meilleure tenue de tige qu’auparavant, le nivellement du sol reste recommandé sauf dans les sols limoneux sensibles à la battance.
Un sol bien nivelé permet dans un premier temps de limiter les risques de phytotoxicité du désherbage en prélevée et surtout de faciliter la récolte, en particulier dans les sols caillouteux. Attention, il n’est pas recommandé de rouler en sortie d’hiver au risque de favoriser des blessures mécaniques et le risque de maladies.
Une fertilisation P et K modérée mais nécessaire
Le pois et la féverole nécessitent une fourniture moyenne en phosphore et potasse, éléments jouant un rôle important dans le métabolisme notamment dans l’enracinement et la nodulation. Comptez 50-60 u de phosphore et 70-80 u de potasse selon la fourniture du sol.
Bastien Remurier - b.remurier@terresinovia.fr - Référent protéagineux zone Centre & Ouest