Chanvre : pratiques culturales
Depuis 2011, Terres Inovia réalise une enquête annuelle sur les conduites du chanvre, culture contractualisée. Le dispositif tient compte de l'évolution des zones de production et couvre les bassins majeurs de production de chanvre en France.
La synthèse de ces enquêtes fournit un état des lieux sur l'ensemble des étapes de la conduite du chanvre :
- Surfaces en chanvre dans les exploitations agricoles
- Types de sols
- Variétés
- Dates et densité de semis
- Techniques culturales
- Fertilisation azotée
- Enherbement des parcelles
- Rendements paille et chènevis
Ces enquêtes réalisées régulièrement permettent de suivre l’évolution des pratiques au niveau national mais également pour chaque bassins concernés.
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Les variétés du chanvre
Des semences obligatoirement certifiées
La culture du chanvre est régie par les réglementations françaises et européennes, harmonisées depuis 2004.
Seules les variétés ayant un taux de THC inférieur à 0,3 % (delta 9 TétraHydroCannabinol) sont autorisés à la culture au sein de l'union européenne. Les semences certifiées sont obligatoires.
L'utilisation de semences de ferme est rigoureusement interdite. En effet, cela risquerait d'entraîner une augmentation du taux de THC, et ainsi de dépasser les normes en vigueur, mais également d’augmenter le taux de fleurs mâles (faiblement productrices) de cette plante naturellement dioïque. Chaque année, des contrôles sont effectués en culture (30 % des surfaces cultivées).
Aujourd'hui, 9 variétés françaises (inscrites au Code de la Santé Publique) peuvent être multipliées en France. Il est possible de cultiver toutes les variétés françaises et certaines variétés étrangères inscrites au catalogue communautaire.
Pour une grande majorité, les mêmes variétés sont utilisées pour la production de paille et pour la production de chènevis. Mais avec l’inscription en 2016 de Fibror 79 et en 2019 d’Earlinéa on observe une nouvelle caractérisation des variétés, avec notamment des variétés qui ont une meilleure facilité de défibrage ou bien qui sont plus productives en chènevis.
Le choix variétal fonction du mode de culture
Le chanvre est cultivé selon 2 modes, le mode battu et le mode non battu.
- Dans le mode non battu, la plante entière est récoltée (fauchage, andainage, pressage). Choisir plutôt des variétés tardives, pour maximiser le rendement paille.
- Dans le mode battu, le chènevis (battage) puis la paille (fauchage, andainage, pressage) sont récoltés. Choisir plutôt des variétés précoces ou mi-précoces permettant à la fois d’obtenir un optimum de productivité pour la graine et la paille.
Les variétés de chanvre se distinguent essentiellement par leur précocité. Une large gamme de précocité est offerte dans les variétés françaises (de très précoce à tardive). La précocité est mesurée par rapport à la date du stade pleine floraison. Le stade pleine floraison est atteint lorsque 85 % des plantes ont leurs dernières fleurs femelles ouvertes. La floraison du chanvre est très dépendante de la photopériode. Cela signifie que la pleine floraison est toujours atteinte à date fixe pour une variété donnée, à une latitude donnée, indépendamment de la date de semis.
La sélection de variétés monoïques, plus productives
A l’état naturel, le chanvre est dioïque : fleurs mâles et fleurs femelles fleurissent sur des pieds distincts. Or, les pieds mâles sont moins productifs en fibre, ne produisent pas de graines et meurent dans la culture avant les pieds femelles. Par ailleurs, leurs pieds, secs avant récolte, posent des problèmes de fauche.
La sélection s'est donc attachée à obtenir des variétés monoïques, plus productives.
Sexualité et précocité (date de pleine floraison) des principales variétés cultivées en France
| Variétés | Sexualité | Précocité |
| Uso 31 | Monoïque | 20 juillet |
| Férimon | Monoïque | 31 juillet |
| Fédora 17 | Monoïque | 1er août |
| Félina 32 | Monoïque | 4 août |
| Santhica 27 | Monoïque | 6 août |
| Epsilon 68 | Monoïque | 9 août |
| Santhica 70 | Monoïque | 11 août |
| Futura 75 | Monoïque | 15 août |
| Fibror 79 | Monoïque | 20 août |
| Dioïca 88 | Dioïque | 5 septembre |
Un traitement de semences contre la fonte des semis
En culture conventionnelle, un traitement de semences à base de thirame, à 160 g de matière active par quintal, peut être appliqué pour lutter contre la fonte des semis. Mais à la suite du non-renouvellement de l’approbation du thirame, 2019 sera la dernière campagne proposant ce traitement de semences.
Il est possible de se procurer des semences non traitées, notamment en culture biologique.
Un outil opérationnelAvec myVar®, un outil d’aide à la décision accessible en ligne, toutes les données variétés sont disponibles en quelques clics. Vous pouvez consulter les fiches par variété et comparer plusieurs variétés entre elles. A découvrir sur www.myvar.fr |
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Le semis du chanvre
Semer dans de bonnes conditions
En année normale, et selon les régions de production, les semis se réalisent de fin mars à début mai. Il est nécessaire d’effectuer le semis dans un sol ressuyé et suffisamment réchauffé (aux alentours de 10 – 12°C à 2-3 cm de profondeur)
Parcelle de chanvre
En conditions difficiles, il est possible de retarder le semis jusqu’à début juin, mais principalement le rendement paille risque d’en être diminué. En effet, la production dépend directement de la durée de croissance qui se termine à date fixe au stade fin floraison. Si la date de semis est trop retardée, la durée du cycle végétatif sera raccourcie, et donc le potentiel de rendement sera diminué.
Sous réserve que les conditions de semis soient bonnes, avancer la date de semis permet d’augmenter le rendement paille. Les meilleurs rendements graines sont obtenus avec les semis d’avril.
A retenirL'essentiel est d'assurer le démarrage le plus rapide possible de la culture. Un blocage à la levée (sol froid, gelées etc.) peut porter préjudice au développement et donc au rendement du chanvre. Un bon semis se caractérise par une couverture complète du sol 20 jours après le semis. |
Semer à 2-3 cm, en rangs rapprochés
Le semis s’effectue en ligne avec un semoir à céréales classique à socs avec un écartement pouvant varier de 12 à 17 cm, l’optimum étant d’avoir des rangs les plus rapprochés.
La profondeur du semis est de 2-3 cm maximum. Si le semis est trop superficiel, les graines ne trouvent pas l’humidité nécessaire pour germer et lever et deviennent une proie facile pour les oiseaux, friands des graines. A l’inverse, un semis trop profond limite le pourcentage de plantes levées et a un impact négatif, particulièrement sur des sols limoneux sensibles à la battance.
Pour assurer une levée homogène, il est essentiel que la profondeur de semis soit la plus régulière possible.
L’impact de la dose de semis
La dose de semis en conditions normales est à moduler en fonction du type de peuplement voulu qui peut dépendre du cahier des charges signé avec l'industriel. L'impact de la densité de semis sur le rendement paille ou graine est très limité. Elle influera principalement sur la morphologie du peuplement : plus la densité de semis est importante plus les tiges de chanvre seront fines et courtes. Le peuplement recherché s'établit de 200 à 250 plantes levées/m2 (équivalent à 40-50 kg/ha semés).
Le poids de mille grains (PMG) est généralement compris entre 15 et 20 grammes selon les variétés.
Rouler si nécessaire
Une fois le semis effectué, un roulage peut être nécessaire. D’une part il favorise la germination des graines en favorisant la remontée capillaire de l’humidité au sol. D’autre part, il permet de niveler le sol et de limiter la présence de cailloux, pour assurer de bonnes conditions de récolte.
Cas particulier : après un retournement
Le chanvre, culture de printemps peut remplacer à certaines conditions une culture d'hiver qui aurait subi des dégâts (gel, mauvaise levée, attaque de parasites etc.)
Chanvre : attention aux limaces
Au même titre que dans toute autre culture, les deux espèces principales de limaces (grise et noire) peuvent être présentes dans les parcelles de chanvre, bien que des dégâts significatifs soient rares.
Les pieds de chanvre sont sensibles au stade plantule, avec une présence potentielle de limaces en avril/mai. Il faut surveiller prioritairement les bordures de parcelles entre le semis et le stade cotylédon-1ère paire de feuille, notamment en période humide et fraîche.
Du fait d’une croissance rapide, le chanvre ne nécessite cependant pas ou très peu de traitement anti-limaces (0 à 1 intervention maximum). Si une intervention localisée peut s’avérer parfois nécessaire, les anti-limaces sont homologués en traitements généraux, toutes cultures.
La fertilisation soufrée et en magnésium
Soufre : pas d'apport nécessaire
En général, l’apport de soufre n’est pas nécessaire dans les régions traditionnelles de production.
En général, les premiers symptômes se manifestent sur les jeunes feuilles par une décoloration jaunâtre. Cependant, ces manifestations peuvent aussi apparaître sur des feuilles plus âgées avec une possible décoloration violette de la tige. Ces symptômes sont assez rares actuellement sur les parcelles. Le chanvre, en effet, est une plante estivale dont la croissance et les besoins sont assez bien corrélés à la minéralisation soufrée de la matière organique.
Magnésium : la carence est rare
Cette carence se traduit par des taches de couleur rouille et/ou des taches jaunes entre les nervures. Ce phénomène reste très localisé en sols normalement pourvus.
La fertilisation azotée du chanvre
Eviter les excès d'azote par une dose bien ajustée
Les besoins de la culture sont estimés à 13-15 unités N/tonne de matière sèche lorsque les ressources en eau ne sont pas limitantes. Le besoin total d’azote se situe donc autour de 120 U/ha pour un objectif de rendement paille de 8 t/ha, duquel il faut soustraire les reliquats du sol et la minéralisation pour calculer la dose d'azote minéral à apporter.
La méthode du bilan peut être appliquée. En excès, l’azote favorise une végétation exubérante, induit précocement la verse et maintient une humidité excessive des graines (et des feuilles). Les pailles restent plus vertes. On observe également plus de pieds morts.
En conséquence, la récolte est retardée, le temps de séchage de la plante est plus important et le défibrage à l’usine devient plus difficile.
Bien enraciné, le chanvre mobilise l’azote minéral des couches les plus profondes. C’est pourquoi la réponse à l’azote apporté est variable selon l’année, le sol et les conditions climatiques. Elle est donc à adapter en fonction du type et de la profondeur du sol, ainsi que des reliquats effectués par analyses à différentes profondeurs (0 à 30 cm, 30 à 60 cm, 60 à 90 cm pour les sols les plus profonds).
Favoriser un apport fractionné
La fertilisation azotée vise à compléter les fournitures d’azote du sol. Le chanvre absorbe de l’azote principalement entre le stade 3 paires de feuilles (50 cm) et la fin de la floraison. Généralement la totalité des apports se fait au semis. Toutefois, il faut noter qu’un apport d’azote fractionné et tardif (2/3 au semis + 1/3 stade 50 cm c’est-à-dire au stade 5-6 paires de feuilles) a un impact positif sur le rendement en graines. Ce deuxième apport doit se faire impérativement sur une végétation sèche et sous forme solide uniquement.
Le bénéfice de la fertilisation localisée
Des expérimentations menées par Terres Inovia ont permis de mettre en évidence des gains de rendements en graines obtenus avec un premier apport réalisé en localisé (100 kg/ha de 18-46) le complément de la fertilisation ayant été apporté après le semis en plein. Pour ceux qui ne sont pas équipé pour faire cette application en localisée, des études sont en cours afin de d’évaluer le mélange semence et engrais.
A savoirDans les zones vulnérables, le raisonnement de la fertilisation azotée doit être conforme aux arrêtés préfectoraux de votre région. |
Les adventices du chanvre
Conditions de présence des adventices
Si la levée se réalise dans de bonnes conditions (à densité de semis usuelle), le chanvre couvre très rapidement le sol et étouffe les adventices.
Dans le cas contraire (semis trop précoce, terre mal préparée, mauvaises conditions de levée, densité très clairsemée), l’effet étouffement n’existe pas et les mauvaises herbes peuvent alors prendre le dessus.
Les sortes d’aventices
Les adventices qui posent parfois problème dans ce cas sont les sanves, chardons, liserons des champs, mercuriale, chénopodes et les graminées estivales.
Les interventions
Chanvre au moment de la récolte
Lorsque la parcelle est connue pour être fortement infestée par des mauvaises herbes, il est conseillé de procéder à la technique du faux-semis en intervenant toujours sur un sol parfaitement ressuyé et d'éviter un semis trop précoce.
Si des levées de mauvaises herbes sont observées juste après le semis du chanvre, il est possible d’intervenir mécaniquement avec une herse étrille. Même avec une agressivité assez forte, le chanvre résiste bien à cet outil à un stade de la culture d’environ 15 cm.
Les ravageurs du chanvre
Actuellement, le chanvre ne connaît quasiment pas de ravageurs très nuisibles. Le recours à un traitement insecticide reste exceptionnel (quelques rares cas de fortes pressions de noctuelles) et l'impact sur le rendement est faible. Certains peuvent exister néanmoins sur cette culture. Tour d’horizon des ravageurs à surveiller.
La noctuelle défoliatrice
Une noctuelle, l’un des ravageurs du chanvre
La situation sur le chanvre
D’une façon générale, et sauf population très importante, les chenilles de noctuelles défoliatrices n’entraînent pas d’impact sur les rendements du chanvre.
Il existe dans la nature beaucoup d’espèces de noctuelles. Celles observées le plus couramment sur chanvre sont Heliothis armigera ou Helicoverpa armigera. Elles peuvent produire d’une à six générations par an (deux le plus souvent). Lorsqu’elles sont présentes, elles peuvent être généralement observées (selon le développement du chanvre et des conditions climatiques) en mai-juin et en août. La chenille est active surtout pendant la nuit.
Les symptômes
Ils se manifestent par des consommations de feuilles. La noctuelle dévore le limbe de part en part et peut sectionner les pétioles. Le jour, elle peut rester très active. Elle ne transmet pas de virose.
La mouche mineuse
Dégâts de mouche mineuse sur tige de chanvre
La situation sur le chanvre
Les mouches mineuses (Liriomyza spp.) sont des diptères, comme la mouche domestique. En Europe il y a trois espèces courantes : la mouche mineuse de la tomate (Liriomyza bryoniae), la mouche mineuse américaine (Liriomyza trifolii) et la mouche mineuse sud-américaine (Liriomyza huidobrensis).
Les femelles ont une taille de 2 à 3 mm et une couleur noire et jaune. Le point jaune sur le dos est typique. Les mâles sont un peu plus petits (1,5 mm).
Les symptômes
Les mouches mineuses perforent les feuilles afin de sucer la sève de la plante et/ou pondre un oeuf. Les larves creusent des galeries dans les feuilles, ce qui donne l’aspect de tunnel blanc en serpentin sur le dessus du limbe (de fin avril à juillet). Elles n’occasionnent aucun dommage préjudiciable à la culture.
La tipule
Une tipule, ici sur tournesol
Quelques attaques de larves de tipules (Tipula spp) sont parfois observées. Les larves, de couleur grise et sans pattes, peuvent mesurer jusqu’à 3 cm. Très polyphages, elles s’attaquent à diverses cultures, dont parfois le chanvre. Les larves détruisent les parties aériennes situées à la base des jeunes plants. Les dégâts significatifs restent assez rares.
L’altise
1. Altise, ici sur du colza - 2. Dégâts d’altise sur feuille de chanvre
Les altises (Psyllodes spp), sont rarement signalées et leur incidence économique semble très limitée, sauf en production de semences où l’impact peut être très important du fait du mode de culture (faible peuplement avec seulement 1,5 à 2 kg/ha de semences).
L’adulte, de couleur noire, mesure de 3 à 4,5 mm. Il vit sur les cotylédons et/ou les feuilles qu'il décape et perfore, notamment par temps chaud et sec. Par temps froid ou humide, il reste caché sous le feuillage ou dans le sol. L’adulte apparaît entre mai et juillet avec des écarts importants selon les régions, les années et les conditions climatiques, une période pluvieuse favorisant les sorties massives.
La punaise
Une punaise, ici sur tournesol
On les observe principalement au moment de la maturation des graines et de la récolte. Les punaises peuvent être présentes en grandes quantité sur l’inflorescence pouvant entraîner la chute précoce des graines. On peut également les trouver après la récolte dans des tas de chènevis. Leur présence est en progression.
L'orobanche rameuse sur chanvre
L'orobanche rameuse : un parasite majeur
L’orobanche rameuse Orobanche ramosa (Orobanchacées) est une plante parasite non chlorophyllienne mais pourvue de suçoirs qui se développent sur les racines de ses plantes hôtes. L’orobanche est donc totalement dépendante de son hôte pour sa nutrition en éléments carbonés (sucre…), en eau et en sels minéraux.
Présente en Europe, l’orobanche rameuse occasionne des dégâts relativement importants sur colza, tabac et chanvre. En France, certaines régions de culture du chanvre sont touchées à des degrés divers sur certaines zones : Champagne-Ardenne, Haute Saône, Maine et Loire…
Méthodes de lutte
En cas de suspicion de présence d’orobanche dans la parcelle, déterrer quelques systèmes racinaires de chanvre pour confirmer la liaison hôte/parasite et avertir le technicien le cas échéant. Il n’existe pas à ce jour de méthode de lutte curative efficace contre l’orobanche. Seule une observation accrue des parcelles et quelques précautions agronomiques peuvent permettre de limiter son extension :
- nettoyer le matériel à la sortie de la parcelle infestée pour éviter toute contamination future,
- optimiser la lutte contre les adventices avant implantation du chanvre. Certaines espèces d’adventices sont considérées comme des hôtes secondaires potentiels permettant au parasite de se multiplier,
- abandonner la culture du chanvre sur les parcelles fortement contaminées,
- allonger les rotations,
- ne pas ensemencer du colza ou du tabac sur une parcelle en chanvre parasité précédemment,
- arracher manuellement les pieds de chanvre parasités avant la maturation des graines d’orobanche.
Utilisation du levier génétique
Dans les parcelles faiblement infestées, il est recommandé d’utiliser une variété tolérante à l’orobanche. Cette variété est principalement destinée pour les parcelles « à risque », c’est-à-dire en bordure de zone infestée, ou sur lesquelles quelques orobanches ont déjà pu être observées.
Il n’est pas conseillé de la cultiver dans des parcelles déjà totalement infestées par l’orobanche pour ne pas augmenter d’autant plus le stock de graines d’orobanches de la parcelle, et pour limiter le risque de dissémination du parasite.
Aucune variété totalement résistante n’existe pour lutter contre l’orobanche rameuse.
Ces variétés tolérantes sont le résultat d’un travail qui a débuté en 2008 par la FNPC (aujourd’hui Hemp-it). En parcelle infestée, ces variétés ne sont pas totalement indemnes d’orobanche, mais le niveau d’infestation est significativement diminué par rapport aux variétés dites sensibles : le nombre de plantes parasitées diminue de 10 à 20 fois suivant le génotype et la variété témoin considérée. A ce jour, une variétés ayant un bon comportement à l’orobanche et des caractéristiques d’un niveau acceptable par rapport aux variétés actuelles (précocité, hauteur, rendement...) est disponible auprès des agriculteurs.
Incidence économique de l’orobanche
L’orobanche est un problème majeur lorsqu’elle est présente dans les parcelles.
Le transformateur qui a établi un contrat avec le producteur reste très vigilant à ce sujet. Si sa présence est avérée, mais très faible, il peut être encore possible de détruire les pieds de chanvre parasités avant maturité des graines d’orobanche.
Cependant, il est courant que la parcelle soit déclassée. Si l’infestation est plus importante, le transformateur peut refuser de collecter la production et le producteur sera dans l’obligation de détruire sa récolte, de ne plus ensemencer sa parcelle en chanvre et, par mesure de précaution, d’éviter d’implanter du colza ou du tabac.
Les symptômes
Dans certaines zones géographiques, les foyers d’infestation sont nombreux et les dégâts observés peuvent couvrir une échelle allant de l’insignifiant au plus sévère. En effet, l’orobanche rameuse peut entraîner des pertes de rendements jusqu’à 100 %.
Les dégâts se traduisent par un retard de croissance dû au fait que le parasite puise les ressources de son hôte. Les plantes parasitées dépérissent et donnent au champ un aspect clairsemé. La plante présente une chlorose des feuilles puis de la tige. En cas d’attaque très sévère, les plantes sont totalement détruites.
Cycle biologique de la plante parasite
Une phase souterraine
La plante parasite est présente sous forme de graines dans le sol. La présence de molécules émises par les racines de son hôte est indispensable pour induire la germination des graines. Lorsque les graines entrent en germination, elles émettent un tube germinatif (procaulôme) qui va se fixer sur la racine du chanvre. L’orobanche va puiser tous les éléments nécessaires à son développement grâce à son appareil d’absorption (appelé suçoir ou haustorium) qui la relie en direct aux éléments conducteurs des racines du chanvre. Le bourgeon s’allonge en une tige souterraine (rhizome) qui progresse dans la terre vers la surface du sol (fin mai à fin juin).
Une phase aérienne
L’émergence de la tige souterraine marque le début de la phase aérienne du cycle du parasite. Cette tige (jaune pâle à bleuâtre) se transforme rapidement en une hampe florale (juillet, voire août et même septembre). Les fleurs, groupées en épis, sont jaune pâle, ornées de bleu-violet, en épis. Après fécondation, les fleurs se transforment en fruits (capsules) qui vont libérer des dizaines de milliers de graines par pied d’orobanche (août-septembre). Les graines (0,2 à 0,3 mm) conservent leur pouvoir germinatif dans le sol pendant plus de 10 ans. Elles sont disséminées par le vent, l’eau, les animaux, dont les insectes, le matériel agricole ou l’homme. Les conditions permettant la germination des graines d’orobanche sont extrêmement variables, ce qui en fait un parasite très difficile à maîtriser.
Déclarez vos dégâts d’orobancheSaisissez en ligne les parcelles dans lesquelles vous avez identifié de l'orobanche rameuse. Un questionnaire simple et rapide vous permettra d’ajouter vos parcelles touchées à notre base de surveillance, dans le cadre du suivi réalisé par Terres Inovia. |
Les maladies du chanvre
Maladies : un impact limité
Le chanvre est réputé insensible à la plupart des maladies virales, bactériennes et fongiques. La culture ne connaît donc pas de perte de rendement liée aux maladies et ne nécessite aucun traitement fongicide entre le semis et la récolte. En effet, les variétés actuellement proposées aux agriculteurs sont des variétés dites « population » : elles présentent une certaine rusticité et sont hétérogènes quant à la résistance aux pathogènes. Ainsi, seule une faible proportion de plantes sont touchées en même temps par une maladie.
Botrytis
Botrytis cinerea est un champignon qui se développe surtout lorsque l’humidité de l’air est importante (> 60 %) et les températures modérées (20 à 24°C). Le mycélium se manifeste par une pourriture de la tige brune ou noire avec un feutrage gris. Les feuilles deviennent jaunes et flétrissent lorsque la tige est très atteinte. La pourriture peut remonter jusqu’aux bourgeons floraux. Les fleurs sont alors piquées de noir et meurent. Cette maladie n’a pas d’incidence sur la productivité de la culture.
Sclérotinia
Cette maladie peu nuisible est causée par Sclerotinia sclerotiorum (champignon identique à celui que l'on trouve sur colza, tournesol, pois...).
Les symptômes apparaissent généralement à la floraison, principalement sur des pieds isolés. Des lésions brun-jaune apparaissent sur les tiges. Les tissus corticaux en dessous de ces lésions s’effondrent. A partir de la tache encerclante, les parties supérieures de la plante dessèchent. En conditions humides, la surface de la tige s’enveloppe d’un mycélium blanc. Des sclérotes émergent de la surface, généralement en septembre.
Rhizoctone
Dans les parcelles sont parfois observés des pieds atteints de rhizoctone brun Rhizoctonia solani, ou de rhizoctone violet (Rhizoctonia violoacea ou Helicobasidium brebissonii). Les racines présentent un manchon de pourriture plus ou moins sèche, brune ou violacée parcourue par des filaments (mycélium) qui évoluent vers une pourriture plus molle en présence de bactéries à mesure que l'attaque se fait plus profonde dans les tissus de la plante. La pourriture remonte le long de la tige jusqu’à atteindre le bouquet floral. L’agent pathogène persiste dans le sol sous forme de sclérotes (< 5 mm de diamètre) pendant plusieurs années. La contamination des racines se fait par contact avec des sclérotes présents dans le sol. Le rhizoctone se développe en cercles concentriques par zones dans les parcelles. C’est la maladie qui occasionne actuellement le plus de dégâts, sans toutefois être très nuisible. Les plantes sèches ne facilitent pas la récolte.
La fonte de semis
La fonte des semis est causée par les pathogènes du sol, parfois impossibles à distinguer, entre autres Botrytis cinerea, Rhizoctonia solani, Fusarium (solani, oxysporum), et Pythium.
Le moyen de lutte le plus efficace est de recourir à un traitement de semences. 2019 sera la dernière année au cours de laquelle le seul traitement de semences autorisé (à base de thirame) pourra être utilisé. En présence de pathogènes, la perte de pieds à la levée peut atteindre plus de 30 % dans le cas d’utilisation de semences non traitées.