Publié le 27 février 2026 | Mis à jour le 27 février 2026

Tout savoir sur le phomopsis du tournesol

Agent pathogène et hôte

Le phomopsis du tournesol est une maladie causée par un champignon ascomycète nécrotrophe appartenant au genre Diaporthe. Cet agent pathogène se présente sous deux formes biologiques : une forme sexuée, appelée Diaporthe helianthi, et une forme asexuée, Phomopsis helianthi. Cette espèce est historiquement la plus couramment impliquée dans les attaques observées sur tournesol. Toutefois, des travaux plus récents ont mis en évidence l’existence d’autres espèces du genre Diaporthe capables d’infecter cette culture, notamment D. gulyae, D. kongii, D. masirevicii et D. novem.

Phomopsis helianthi a été décrit pour la première fois à la fin des années 1970 dans l’ex-Yougoslavie à la suite d’épidémies sévères sur tournesol. En France, la maladie est identifiée pour la première fois en 1984 dans une zone située entre Toulouse et Carcassonne. À partir du milieu des années 1990, le phomopsis s’est progressivement étendu à l’ensemble des régions de culture du tournesol. Aujourd’hui, cette maladie est responsable de pertes de rendement importantes dans plusieurs pays producteurs, notamment en Europe de l’Est, en Russie, aux États-Unis et en Australie.

L’hôte principal de la maladie est le tournesol cultivé (Helianthus annuus). D’autres espèces d’Astéracées telles que Arctium lappa, Xanthium italicum ou Xanthium strumarium ont été signalées comme hôtes potentiels, mais leur rôle dans pour la survie et la propagation du phomopsis n’a pas été clairement démontré. 

Symptômes

Les premiers symptômes du phomopsis apparaissent généralement après la floraison, bien que les contaminations puissent avoir lieu plus précocement. Ils se manifestent initialement sur les feuilles, sous la forme de taches triangulaires brunâtres, souvent bordées d’un halo chlorotique jaune, localisées en bordure du limbe. Ces taches s’étendent progressivement le long des nervures principales en direction du pétiole, ce qui constitue un élément caractéristique de la maladie.

Les symptômes sur la feuille

À un stade plus avancé, les feuilles atteintes se flétrissent puis se dessèchent. Le champignon progresse de manière systémique le long du pétiole pour atteindre la tige. Cette phase de colonisation est lente et souvent asymptomatique pendant plusieurs semaines, ce qui explique le décalage fréquent entre la date de contamination et la date d’apparition sur tige. 

Les lésions observées sur tige sont allongées, de couleur brun foncé à brun grisâtre, et sont le plus souvent localisées au niveau des nœuds, à l’insertion des pétioles. Elles peuvent atteindre une longueur de 15 à 20 cm et évoluer jusqu’à encercler complètement la tige. Dans ce cas, la circulation de la sève est interrompue, ce qui entraîne un dessèchement prématuré du capitule ainsi qu’une fragilisation importante de la tige, susceptible de casser sous l’effet du vent, de la pluie ou lors de la récolte.

Des symptômes peuvent également être observés sur le capitule. Ils se traduisent par l’apparition de petites taches brunes à l’insertion des bractées ou des folioles situées à l’arrière du capitule, puis par une extension progressive vers la tige. Dans les situations les plus sévères, l’ensemble du capitule peut se dessécher prématurément.

Les symptômes sur la tige

Attention aux confusions !

Les symptômes du phomopsis peuvent être confondus avec ceux d’autres maladies du tournesol. 

  • Sur feuilles, une confusion est possible avec le verticillium, mais la nécrose du phomopsis suit les nervures du limbe foliaire, contrairement à celle du verticillium, qui est inter-nervaire. 
  • Sur tige, le phomopsis peut être confondu avec le phoma ; toutefois il se caractérise par des taches plus foncées, souvent noires, sans provoquer de casse de tige.

Phoma et Verticillium

Traces de phoma sur tige de tournesol

Traces de verticillium sur une feuille de tournesol

Importance de la maladie

En France, le phomopsis du tournesol était très fréquent jusqu’à la fin des années 1990. Depuis le milieu des années 2010, sa fréquence a nettement diminué, jusqu’à devenir presque absente certaines années, à l’exception de quelques campagnes ponctuelles, comme en 2021, où des signalements ont été observés. 

Malgré cette évolution, la maladie reste à surveiller dans certaines régions, notamment dans Centre et Centre-Est, où elle est historiquement la plus fréquemment observée.

La nuisibilité du phomopsis peut être importante. En conditions favorables, les pertes de rendement peuvent atteindre jusqu’à 40 %, auxquelles s’ajoute une baisse de la teneur en huile des graines pouvant atteindre 25 %. Il est généralement admis qu’un taux de 10 % de tiges présentant des lésions encerclantes peut entraîner une perte de rendement comprise entre 1 et 3 quintaux par hectare, ainsi qu’une diminution d’environ un point de teneur en huile. La maladie est surtout nuisible dans le Nord-Est.

Cycle de vie

Le champignon hiverne sous forme de mycélium et de périthèces sur les résidus de culture de tournesol présents à la surface du sol. À la fin de l’hiver, lorsque les températures atteignent environ 10 °C, les périthèces se forment. En conditions d’humidité suffisante, ils libèrent des ascospores, qui constituent l’inoculum primaire, qui pourront être émises de façon progressive avec des pics au moments des épisodes pluvieux. Ces spores sont disséminées par le vent ainsi que par les éclaboussures de pluie et contaminent les feuilles du tournesol.

Après l’infection des feuilles, le mycélium colonise les espaces intercellulaires, progresse le long des nervures et de la nervure centrale, puis migre vers le pétiole. Il atteint ensuite la tige de manière systémique, où se développe une lésion nécrotique allongée. Les pertes de rendement apparaissent lorsque les tissus conducteurs de la tige sont envahis et que le système vasculaire est obstrué. La plante se flétrit alors progressivement et la tige, fragilisée, peut casser sous le poids du capitule ou à la suite d’un choc.

Des infections secondaires peuvent être observées à partir de conidies produites dans les lésions de tige. Toutefois, ces conidies semblent avoir un rôle limité dans le développement de l’épidémie. L’agent pathogène est capable de survivre jusqu’à cinq ans sur les résidus de culture, en fonction des pratiques agronomiques et des conditions météorologiques.

Facteurs favorables

Le développement du phomopsis est étroitement dépendant des conditions climatiques. Des températures comprises entre 20 et 24 °C, associées à une humidité relative supérieure à 90 % pendant une durée prolongée, constituent des conditions particulièrement favorables à l’infection et à la progression du champignon.

Certaines pratiques agronomiques peuvent également favoriser l’apparition de la maladie. 

Un semis précoce augmente le risque d’attaque sévère, car il favorise la coïncidence entre la période de sensibilité maximale du tournesol, située autour du stade bouton floral, et les périodes climatiques favorables aux contaminations. 
Une densité de peuplement élevée entraîne une mauvaise circulation de l’air au sein du couvert végétal et favorise le maintien d’une forte humidité, condition indispensable au développement du phomopsis. Enfin, une fertilisation azotée excessive ainsi qu’une irrigation autour de la floraison peuvent accentuer la gravité des attaques.

Diversité de l’agent pathogène

La diversité des agents responsables du phomopsis varie selon les régions du monde. En France et plus largement en Europe, Diaporthe helianthi est l’espèce majoritairement retrouvée. En Australie, les épidémies sont principalement dues à Diaporthe gulyae, tandis qu’aux États-Unis, ces deux espèces coexistent.
La diversité intra-spécifique de Phomopsis helianthi reste encore peu documentée. À ce jour, il n’existe pas de dispositif de surveillance des populations en France. Toutefois, certaines études ont mis en évidence des différences d’agressivité entre isolats, suggérant une variabilité au sein des populations de cet agent pathogène.

Leviers de lutte

La gestion durable du phomopsis repose sur une approche intégrée, combinant plusieurs leviers complémentaires, à raisonner à l’échelle de la parcelle, de la rotation et du long terme.

Pratiques agronomiques

Les pratiques agronomiques jouent également un rôle majeur dans la réduction du risque :

  • allonger la rotation du tournesol, idéalement avec un retour tous les cinq ans

L’allongement de la rotation du tournesol permet de réduire la quantité de résidus infectés disponibles et de limiter la pression d’inoculum d’une campagne à l’autre. Un retour trop fréquent du tournesol favorise au contraire l’accumulation de l’inoculum et augmente le risque d’infections précoces.

  • broyer et enfouir les résidus de culture à plus de cinq centimètres de profondeur

Le broyage et l’enfouissement partiel des résidus contribuent à accélérer leur dégradation et à réduire la capacité du champignon à produire des périthèces viables.

  • adapter les dates de semis

Un semis plus tardif peut provoquer la formation d’un couvert moins dense au moment des périodes à risque (périodes pluvieuses)

  • éviter des densités de peuplement excessives

Une densité de peuplement élevée favorise la fermeture rapide du couvert, limite la circulation de l’air et augmente la durée pendant laquelle l’humidité relative reste élevée à l’intérieur de la végétation. Ces conditions sont particulièrement favorables aux infections foliaires, qui constituent la première étape du développement de la maladie

Résistances variétales

La tolérance variétale constitue un moyen de lutte efficace. Dans les zones à risque, opter pour des variétés très peu sensibles (TPS). Les variétés peu sensibles (PS) sont conseillées uniquement chez les producteurs prêts à traiter si nécessaire. Sur le reste du territoire, le choix variétal n’est pas contraint.

Lutte fongicide

La protection fongicide contre le phomopsis doit être considérée comme un levier d’appoint, dont l’efficacité dépend fortement du contexte. Les traitements visent essentiellement à limiter les infections foliaires précoces, afin de réduire la probabilité de progression du champignon vers la tige. Le recours à cette protection fongicide doit être raisonné en tenant compte du risque régional, de la sensibilité variétale, des caractéristiques de la parcelle et des informations issues des Bulletins de Santé du Végétal. Consultez le guide de culture tournesol Terres Inovia pour les recommandations de traitements.