Publié le 19 février 2026 | Modifié le 19 février 2026

Des excès d'eau hivernaux qui pénalisent la bonne reprise de la culture

En Auvergne–Rhône-Alpes, la sortie d’hiver est marquée par des précipitations supérieures aux normales saisonnières, en particulier au cours des dix derniers jours. Ces conditions ont rendu l’entrée dans les parcelles difficile et retardé, dans de nombreuses situations, les apports d’azote et de soufre.
L’impact reste toutefois contrasté selon les secteurs et les situations. Les colzas présentent des états très hétérogènes : certaines parcelles affichent des biomasses faibles à la reprise de végétation, traduisant un développement automnal limité. Par ailleurs, les dégâts de larves d’altises ont pu être localement importants, fragilisant les plantes et pénalisant leur dynamique de redémarrage.
Dans ce contexte, la gestion des parcelles les plus affectées doit être appréciée au cas par cas, tout comme la stratégie de fertilisation à adopter lors de retours au champ retardés par les conditions d'humidité des sols, alors même que les cultures poursuivent leur progression physiologique.

Adapter les pratiques de fertilisation à l'état des colzas à la reprise

Revoir à la baisse la dose d'azote totale à apporter uniquement sur les parcelles très impactées par les excès d'eau

Dans la majorité des situations, les colzas étaient bien implantés et développés en entrée d’hiver. Si les excès d’eau des dernières semaines ont empêché les apports à reprise de végétation, l’état des colzas (enracinement profond, forte biomasse automnale) ne se montre pas limitant pour une reprise sans encombre. Dans ce contexte, les doses prévisionnelles d’azote à apporter au printemps pourront être maintenues. Seule la question du fractionnement des apports importe. 

En revanche, pour les parcelles où de l’eau excédentaire stagne en surface (bas de côteaux, plaines non-drainées inondées ou saturées, sols hydromorphes), pénalisant la reprise de colzas, il est important d’adapter au cas par cas la stratégie de fertilisation :

  • Sur les parcelles initialement peu développées à l’automne (mauvaise implantation, dégâts précoces de ravageurs, etc.) et confrontées à d’importants excès d’eau, il peut être envisagé de revoir à la baisse leur potentiel de rendement, et par extension la dose totale à apporter au printemps. En effet, les colzas au système racinaire peu développé à l’automne et endommagé par les excès d’eau auront de moins bonnes capacités de compensation face aux stress biotiques (attaques de ravageurs, maladies, salissement) et abiotiques (stress hydrique) au printemps. Afin d’éviter des investissements qui, sans doute, ne seront pas rentabilisés à la récolte, il convient dès maintenant de maîtriser au mieux les charges opérationnelles, notamment sur le poste engrais, qui est généralement le plus lourd pour la culture.

  • Pour les parcelles où le colza présente une bonne qualité d’implantation (peuplement homogène, dense, salissement faible, biomasse importante à l’automne, faibles dégâts de ravageurs), il convient de surveiller leur évolution dans les prochains jours. Les probabilités de reprise sans encombre sont bien plus importantes, n’imposant pas, sauf exception, de revoir les doses prévisionnelles à la baisse. 

Fractionner les apports pour bien accompagner la reprise et garantir la nutrition azotée jusqu’à la floraison

Dès que les parcelles redeviendront praticables, et si les conditions météorologiques sont favorables, une adaptation de la stratégie en 3 apports d’azote est à envisager sur les colzas les plus chétifs, avec un premier apport modéré de 30 à 40 uN pour permettre à la plante de soutenir sa croissance. Un dernier apport de 40 uN est à réserver au stade E (boutons séparés). Le reste pourra être apporté aux stades D1-D2 (boutons accolés). Il est inutile d’accompagner la reprise avec un apport conséquent dès le départ dans ce cas de figure, la capacité d’absorption du colza étant limitée !

Pour les colzas les mieux portants (> 1 kg/m² en sortie d’hiver) et/ou bien implantés déjà au stade C2 (entre-nœuds visibles) voire D1, un premier apport d’environ 60-70 uN sera à effectuer lorsque les parcelles seront praticables. Il n’y a pas lieu de se précipiter pour ces colzas, dont la qualité d’enracinement garantit une bonne capacité d’absorption de l’azote du sol. Le solde pourra être apporté entre les stades D2 et E. 

Ne pas oublier le soufre

Le colza est une culture très exigeante en soufre. Le risque de carence est bien plus important les années difficiles marquées par des excès d’eau important à l’automne et en sortie d’hiver. En conséquence, il ne faut pas négliger la fertilisation soufrée de la culture, préférentiellement avec des engrais de forme sulfate (Sulfate d’ammoniaque, Ammonitrate soufrée, etc.) pour un total de 75 unités à apporter en début de montaison (Stades C2-D1). 

Petits rappels sur les effets des excès d'eau sur le métabolisme du colza

Dans certaines situations (sols hydromorphes, parcelles inondées, sols saturés peu filtrants, colzas mal implantés et/ou peu développés à l’automne) où les colzas sont « complètement à l’arrêt », peut se poser la question du retournement et du remplacement de la culture. Voici quelques rappels concernant l’effet des excès d’eau sur l’activité des colzas et sur l’importance de diagnostiquer finement les parcelles concernées avant de prendre une décision.

Les excès d’eau peuvent affecter l’activité métabolique des colzas à deux niveaux :

  1. L'asphyxie racinaire

    Lorsque la teneur en oxygène du sol passe en dessous de 10%, l’absorption d’azote est bloquée, pénalisant de fait la nutrition azotée et par extension la croissance de la plante.

  2. La fermentation du système racinaire

En présence prolongée d’eau, la racine de colza fermente, ce qui entraîne une accumulation d’éthanol dans les feuilles. Avec l’accumulation, la photosynthèse, et par extension la croissance, sont impactées (la feuille prend une couleur brune à rouge). Si elle devient est trop importante, des pertes de pieds sont observées.

Des facteurs aggravants 

Ces phénomènes sont favorisés et amplifiés par les faibles niveaux de biomasse en sortie d’hiver, associés à des défauts d’implantation (profondeur d’enracinement < 15 cm, pivots « fourchus » ou « coudés »), dont l’origine provient de problèmes de structure de sol, et parfois de fertilisation de fond. Le salissement et les dégâts de ravageur d’automne (larves de grosses altises et/ou de charançons du bourgeon terminal) constituent également des facteurs limitant la capacité de compensation et de reprise des colzas, notamment lorsqu’ils sont peu développés à l’automne.

Ainsi, en fonction de la dynamique de croissance et de développement du colza à l’automne, de sa qualité d’enracinement, de l’état de salissement de la parcelle, des dégâts causés par les ravageurs d’automne et de la vitesse de ressuyage des sols, les effets d’un excès d’eau sur la capacité de reprise et par extension sur le potentiel de rendement peuvent être très différents d’une parcelle à l’autre.

Maintien ou retournement ? Une décision à ne pas prendre à la légère !

Dans certaines situations où les colzas ne semblent pas repartir, se pose la question du maintien ou du retournement de la parcelle. Si la décision est simple dans les cas extrêmes (parcelle intacte ou au contraire présentant de fortes nécroses racinaires), elle est beaucoup plus délicate dans les situations intermédiaires, en fonction du pourcentage de la parcelle concerné et surtout de l’évolution des symptômes.

Bien diagnostiquer chaque parcelle pour juger de la pertinence du maintien de celle-ci
Il est tout d’abord important d’évaluer l’incidence du retournement par rapport au maintien de la culture : l'investissement déjà engagé, les aspects réglementaires, le potentiel et la faisabilité de la culture de remplacement selon les herbicides utilisés.

Pour juger de la pertinence d’un retournement de parcelle, il faut estimer d'une part les capacités de compensation du colza, la biomasse fraîche (poids vert exprimé par m²) et la densité du peuplement, et d'autre part les facteurs aggravants, (hydromorphie, enherbement, défaut d’enracinement, dégâts de ravageurs, peuplement hétérogène, etc.). Il est inutile de laisser des colzas en mauvais état à l’intérieur de parcelles qui risquent de se salir rapidement au printemps et dont le potentiel de rendement est très limité.

Voici quelques repères permettant de décider ou non du maintien des parcelles pour lesquelles de suspicions persistent :

1. Le peuplement 

Selon les types de sols à partir de 5 à 10 pieds/m² sains bien répartis, avec un salissement maitrisé, le retournement de la parcelle est déconseillé. 
 

2. L’état sanitaire de la racine

Pour observer les nécroses racinaires, il faut prélever des racines et les couper longitudinalement pour bien identifier les zones touchées. Si les nécroses racinaires sont trop importantes, la survie de la plante est fortement compromise. En fonction des conditions climatiques (notamment le retour d’une période pluvieuse), les nécroses peuvent évoluer. Il est donc recommandé de vérifier régulièrement la progression ou la stagnation des nécroses dans les parcelles légèrement à moyennement impactées pour confirmer le diagnostic.

Coupe longitudinale d'une racine de colza saineCoupe longitudinale d'une racine de colza nécrosée

3. Le pourcentage de la parcelle concerné par les dégâts

Pour envisager un retournement, la surface concernée par de fortes nécroses doit être suffisante pour justifier de nouvelles dépenses (charges opérationnelles et coûts de passage). Si la surface touchée ne représente que quelques pourcents de la parcelle, le maintien de la culture dans la zone sera décidé, il conviendra alors d’être vigilant sur le salissement en fin de cycle, notamment en graminées. La gestion des adventices devra être envisagée en interculture et dans la culture suivante.

4. Le niveau d’infestation en larves de grosses altises ou de charançons du bourgeon terminal

Il intervient en facteur aggravant de la présence de nécroses racinaires.

Dans tous les cas, la tolérance aux stress et les capacités de compensation du colza au printemps risquent d’être limitées dans les situations où les systèmes racinaires sont endommagés par les excès d’eau. Il faudra en tenir compte dans le raisonnement de la fertilisation de printemps !

Cultures de remplacement

En cas de retournement de la parcelle et de remplacement de la culture, il est important de prendre en compte l’historique des spécialités herbicides employées à l’automne/hiver afin d’adapter le choix d’espèce. Retrouvez ici un tableau des cultures de remplacement possibles après retournement d’un colza, en fonction du programme de désherbage employé.


 

Vos contacts régionaux

  • Quentin LAMBERT (q.lambert@terresinovia.fr) – Ingénieur régional de développement – Occitanie
  • Quentin LEVEL (q.level@terresinovia.fr) – Ingénieur régional de développement – Ex-Aquitaine, Gers, Hautes-Pyrénées