En Auvergne et Rhône-Alpes, le développement des colzas a nettement accéléré ces derniers jours. Après les pluies répétées des dernières semaines, le retour du soleil et des températures élevées a entraîné une avance rapide des stades. A l'exception de quelques secteurs, le stade de sensibilité vis-à-vis des méligèthes est désormais atteint sur la majorité des colzas de la région. Les conditions actuelles — temps sec, lumineux et chaud — sont favorables à la dynamique de croissance du colza… mais aussi à l’activité des ravageurs.
Une surveillance régulière et attentive des parcelles, en lien avec les stades et les seuils d’intervention, sera déterminante dans cette phase précédant la floraison.
Les charançons de la tige du colza peuvent occasionner des éclatements de tige qui pénalisent les composantes de rendement, particulièrement lors des années sèches. Les pontes, en perturbant le flux de sève, sensibilisent les plantes aux stress ultérieurs et limitent leurs capacités de compensation. Un stress hydrique ou une attaque d’un autre ravageur au printemps sur un colza préalablement affaibli par le charançon de la tige sont ainsi plus dommageables. Les moyens de lutte sont toujours efficaces, mais le positionnement de l’intervention est déterminant pour garantir l’efficacité de la protection.
Un pic de vols atteint entre fin-février et début mars
Si les premiers charançons de la tige du chou et du colza ont pu être observés dans certaines parcelles dès début février, les pluies et le vent rencontré dans les jours et semaines qui ont suivi n’ont pas été favorable à la généralisation du vol. Depuis une dizaine de jours en revanche, le retour de journées ensoleillées, couplées à des températures exceptionnellement douces, ont été favorable à l’activité des charançons. D’après les réseaux de suivi BSV, le pic de vol du charançon de la tige du colza semble avoir été atteint fin février en Rhône-Alpes, tandis que le pic de vol est encore en cours sur Auvergne cette semaine. Ces pics de vols sont observés alors que les colzas sont majoritairement au stade D1-D2, période de sensibilité au ravageur.
En règle générale, il convient d’intervenir 8 – 10 jours après les premières captures « significatives » ou idéalement au pic de vol régional (consulter le BSV pour connaitre la date du pic de vol à l’échelle du territoire). En effet, la seule présence du ravageur dans la culture constitue un seuil de nuisibilité. L’objectif est d’intervenir lorsqu’un maximum d’insectes est dans la parcelle et avant le début des pontes.
Le pic de vol étant probablement en cours, une intervention pourra être déclenchée la semaine du 02 au 09 mars pour maîtriser efficacement les populations de charançons de la tige, sous réserve d’une baisse des captures au sein du réseau BSV la semaine prochaine.
Des solutions insecticides toujours efficaces
Le succès de la lutte chimique dépend du positionnement de l’intervention et de la persistance d’action. À ce jour, Terres Inovia n’observe pas de baisse d’efficacité au champ. Les résultats du monitoring ne montrent pas l’émergence de résistances inquiétantes.
- DECIS PROTECH 0.33 L/ha et KARATE ZEON 0.075 L/ha sont efficaces pour réduire les dégâts du charançon de la tige du colza (réduction du nombre de tiges déformées et/ou éclatées).
- TREBON 30 EC est comparable à ces références. En cas d’infestation tardive et de présence de méligèthes, il présente l’intérêt d’être également efficace sur ces derniers.
- SHERPA 100 EW et CYTHRINE MAX sont un peu en retrait. MAVRIK SMART est quant à lui inférieur aux références sur charançon de la tige et est à réserver pour la lutte éventuelle contre méligèthes entre les stades D1 et E-F1.
Attention : Veiller à réserver les produits TREBON 30 EC ou MAVRIK SMART pour la lutte éventuelle contre méligèthes entre les stades D1 et E-F1.
Méligèthes : Une vigilance de rigueur
Une arrivée soudaine et massive
Les éclaircies et températures exceptionnellement chaudes des derniers jours sont très favorables aux vols d’insecte, dont le méligèthe, qu’il est aisé de capturer en cuvettes ou d’observer en parcelle, notamment sur les pieds de colza les plus avancés en stade. Le méligèthe est avant tout un pollinisateur. Son alimentation est basée sur le pollen. Cependant, lorsque les fleurs sont encore au stade boutons, ils les perforent pour atteindre les étamines, ce qui peut endommager le pistil et conduire à leur avortement. Le risque de pertes est d’autant plus important que les boutons sont petits ; mais dès que les fleurs sont ouvertes, le pollen est libre d’accès et la nuisibilité devient généralement nulle et le traitement inutile. Les femelles pondent pendant la floraison dans les boutons mais cela n’endommage pas la plante.
Visiter ses parcelles pour évaluer l’état des colzas et le niveau de présence du méligèthe
Plus la culture est vigoureuse et saine, plus elle peut supporter la présence de méligèthes, même abondante. Au contraire, plus la culture est chétive, stressée ou en situation contrainte, plus elle sera sensible aux attaques. L'observation de l'état du colza est donc aussi primordiale que l'observation du ravageur.
Voici quelques règles à connaître dans la caractérisation du risque méligèthes sur colza :
- Fertilisation du colza : que faire en cas de sols trop humides ?Observer les parcelles du stade D1 (BBCH50) correspondant à l’apparition des boutons accolés toujours cachés sous les feuilles jusqu’au stade F1 (BBCH60) correspondant aux premières fleurs ouvertes sur la moitié des plantes. Au stade D1 lorsque les boutons floraux sont présents et encore dissimulés sous les feuilles terminales, les méligèthes sont plus difficiles à observer. Il faut prendre le temps de bien analyser la zone de feuilles entourant les boutons. Au stade D2 (BBCH53) et E (BBCH57), les boutons sont complètement visibles et les méligèthes sont plus facilement repérables.
- Les comptages en bordure ou sur les plantes les plus hautes ne sont pas représentatifs de la situation. Il est conseillé de compter sur 4 x 5 ou 2 x 10 plantes consécutives ; puis de calculer une moyenne ou un % par plante à rapprocher des seuils mentionnés dans le tableau ci-dessous, en tenant compte des capacités de compensation de la culture.
- Évitez les plantes pièges si elles sont présentes.
- La vigilance doit à présent être maintenue par un dénombrement régulier sur les plantes pour se situer par rapport aux seuils.
- Surveillance de rigueur également dans les situations avec une variété haute et très précoce (ex : ES Alicia ou DK Exavance) en mélange. Cette pratique permet de maîtriser certaines attaques faibles à moyennes mais n’exclue pas la surveillance ! En cas de fortes attaques, au-delà des seuils indiqués ci-dessous sur les plantes d'intérêt, un contrôle des populations de méligèthes peut se justifier.
Stratégie de lutte : maintenir la population à un niveau tolérable en employant les spécialités adaptées
La stratégie de lutte vis-à-vis des méligèthes a pour objectif de maintenir la population à un niveau tolérable (et non à l'éradiquer) pour que la floraison puisse s’engager sans retard important et que les compensations puissent s'exprimer au maximum. Le colza dispose d’importantes capacités de compensation. Lorsque la culture est vigoureuse, elle peut faire face à des attaques de méligèthes même fortes.
Les méligèthes sont résistants aux pyréthrinoïdes en « -ine » (lambda-cyhalothrine, deltaméthrine, cyperméthrine, etc.). Le tau-fluvalinate et l'étofenprox sont 2 pyréthrinoïdes qui échappent à la rapide métabolisation par les méligèthes et conservent leur potentiel d’efficacité.
Les substances actives efficaces sur méligèthes :
- L’étofenprox (TREBON,30EC, UPPERCUT 0.2 l/ha)
- Le tau-fluvalinate (MAVRIK SMART, TALITA 0.2 l/ha)
En cas de présence concomitante de méligèthes et de charançons de la tige du colza au seuil d’intervention, privilégier l’utilisation de solutions à base d’Étofenprox, en veillant à bien respecter les conditions d’emploi des spécialités insecticides correspondantes.
Recommandations d’utilisation
Volume de bouillie, un optimum autour de 200 l/ha : pour optimiser l'efficacité d'une pulvérisation insecticide, il est conseillé de travailler à volume « normal », en évitant les trop bas-volumes, inférieurs à 100 l/ha.
Le contexte de réalisation est important : réglage du pulvérisateur, conditions climatiques, caractéristiques du produit appliqué.
Protection des abeilles : Dangereux pour les abeilles (phrase SPE8) : pour protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs, ne pas appliquer durant la floraison et/ou en période de production d'exsudat, à l'exception des usages bénéficiant de la mention abeille F, PE, ou FPE. En cas d’intervention tardive (par exemple, stade E avec apparition des premières fleurs), utiliser impérativement les solutions efficaces et bénéficiant d’une dérogation abeille : MAVRIK SMART, TREBON 30EC (stade limite d’utilisation BBCH61) Attention : ces applications font l’objet d’un arrêté encadrant les horaires d’application : dans les 2 heures qui précèdent le coucher du soleil et dans les 3 heures qui suivent le coucher du soleil.
Une utilisation raisonnée de ces solutions est indispensable. Lire attentivement les étiquettes et la documentation disponible et respecter les recommandations d'emploi.
Vos contacts régionaux
- Quentin LAMBERT (q.lambert@terresinovia.fr) – Ingénieur régional de développement – Occitanie
- Quentin LEVEL (q.level@terresinovia.fr) – Ingénieur régional de développement – Ex-Aquitaine, Gers, Hautes-Pyrénées