Le retour de conditions ensoleillées s’accompagne souvent de celui de deux insectes ravageurs du colza : les méligèthes et le charançon de la tige. Leur population a tendance à croître ces derniers jours en parcelle. Quels sont les bons réflexes pour concilier le maintien du potentiel de rendement et une lutte raisonnée ?
Le charançon de la tige du colza
Les femelles charançons de la tige du colza pondent leurs œufs dans les tiges. Cette ponte provoque des déformations, voire des éclatements de tige. Ces blessures rendent la plante plus sensible au stress hydrique et peuvent également favoriser l’installation de champignons pathogènes. La période à risque est relativement longue, du stade C2 au stade E. Plus les attaques sont précoces, plus les dégâts peuvent être importants.
Avant d’envisager une intervention, il est indispensable de s’assurer de sa présence en parcelle. Les cuvettes jaunes, les Bulletins de santé du végétal et l’OAD « Prédiction des vols de ravageurs » (Terres Inovia) sont des exemples d’outils permettant d’estimer au mieux le pic de vol et de capture de l’insecte.
En cas d’observations significatives, de colzas peu vigoureux à la reprise, en retard de développement ou déjà fragilisés par des stress biotique (ex : larves d’altise) ou abiotique (hydromorphie), le risque de dégâts existe. Il est toutefois recommandé d’attendre 8 à 10 jours après les captures avant d’envisager une intervention. En effet, intervenir dès le premier insecte piégé conduit le plus souvent à traiter trop tôt et donc à devoir réintervenir rapidement. À l’inverse, une seule intervention bien positionnée suffit généralement à maîtriser la majeure partie du risque. Les pyréthrinoïdes (type Karaté zéon, Lambdastar) peuvent être utilisées si le risque est avéré.
* Attention à ne pas confondre le charançon de la tige du colza avec celui de la tige du chou, peu ou pas nuisible pour le colza. Le charançon du colza a le bout des pattes noir, tandis que celui du chou est plus petit, avec les pattes rousses et une tache blanchâtre dorsale entre thorax et abdomen.
Méligèthes
Le méligèthe adulte est un coléoptère qui se nourrit exclusivement de pollen. Mais, poussé par la faim, lorsque les fleurs sont encore au stade bouton, il les perfore pour atteindre les étamines. Cette action peut endommager le pistil et entraîner l’avortement des fleurs. En revanche, dès que les fleurs sont ouvertes, le pollen devient facilement accessible, l’insecte ne cherche alors plus à percer les boutons encore fermés et se dirige instinctivement vers les premières fleurs. La nuisibilité devient alors généralement nulle et un traitement n’est plus nécessaire.
La nécessité d’intervenir avec un insecticide va donc dépendre du niveau de populations et de l’état général du colza. Les conditions climatiques actuelles sont poussantes, et les stades s’enchaînent très rapidement. Un colza vigoureux, avec un bon potentiel de départ, est doté d’importantes capacités de compensation, pouvant ainsi supporter les attaques, parfois même relativement fortes.
Seuils d'intervention en fonction de l'état du colza et de son stade | ||
| Colza au stade D1 | Colza au stade E | |
| Colza vigoureux | Pas d'intervention | 6 à 9 méligèthes par plante** Région sud : 4 à 6 méligèthes par plante |
| Colza peu vigoureux* | 50% de plantes infestées ou 1 méligèthe par plante** | 65 à 75% de plantes infestées ou 2 à 3 méligèthes par plante** |
*ou conditions peu favorables aux compensations (températures faibles, plantes stressées en eau à floraison, dégâts parasitaires antérieurs…)
**Les comptages en bordure ou sur les plantes les plus hautes ne sont pas représentatifs de la situation. Il est conseillé de compter sur 5 x 5 plantes consécutives ; puis de calculer une moyenne ou un % par plante à rapprocher des seuils mentionnés dans le tableau. De plus il faut tenir compte des capacités de compensation des cultures.
Lorsque le seuil d’intervention est dépassé, et que la floraison a du mal à démarrer, sur des colzas déjà fragilisés, la question du traitement insecticide peut se poser. Il convient néanmoins de ne pas se précipiter pour intervenir et d'attendre que le maximum de méligèthes soient présents dans la parcelle. En effet, un traitement réalisé trop précocement risque d’être peu efficace et peut nécessiter une nouvelle intervention par la suite. Toute intervention est à éviter à partir de l’apparition des premières fleurs sauf si la pleine floraison ne se produit pas une semaine après ces premières fleurs. La ponte des adultes et les larves n’engendrent pas de dégâts à la culture. Dans les situations avec l’association d’une variété piège, très précoce, type ES Alicia à hauteur de 5 à 10%, les interventions méligèthes sont rarement nécessaires.
En cas d’intervention :
Si un insecticide est nécessaire, n’utilisez que des produits homologués sur méligèthes et/ou charançons de la tige (pyréthrinoïdes). Le méligèthe est résistant à la plupart des pyréthrinoïdes depuis la fin des années 1990. Quelques substances (tau-fluvalinate, étofenprox) conservent leur potentiel d’efficacité. Les produits associant carbamates et pyréthrinoïdes, tel que MAVRIK JET, ne sont pas autorisés à cet usage !
En cas de présence simultanée de charançons de la tige du colza et de méligèthes, Trebon 30 EC est à privilégier. Attention, son application est autorisée jusqu’à début floraison (BBCH-61).
A noter que dès la présence de fleurs en parcelle (même lorsqu'il s'agit uniquement des variétés pièges), les interventions phytosanitaires sont soumises à l’arrêté abeilles !
Enfin, le colza est une culture refuge pour de nombreux auxiliaires (carabes, cantharides, araignées, coccinelles, hyménoptères parasitoïdes…), pour qui les insecticides ne sont pas sans conséquence. Toute intervention doit donc être raisonnée pour préserver ces insectes utiles au champ.