Publié le 5 mars 2026 | Modifié le 5 mars 2026

Reconnaissance et gestion du botrytis de la féverole d’hiver

À la suite d'une période hivernale humide, ayant connu des alternances de douceur et de gel, le retour d’une météo plus chaude en ce début de mars 2026 complète des conditions propices à l’installation et au développement du botrytis, principale maladie de début de cycle de la féverole d’hiver.

Si l’implantation s’est réalisée dans de bonnes conditions et combine certains des leviers agronomiques limitant l’exposition aux maladies (date de semis tardive, semis profond, absence d’hydromorphie, etc.), il ne reste alors plus qu’à surveiller dès maintenant ses parcelles et réaliser une protection si les symptômes s’approchent du seuil de nuisibilité, pour préserver le potentiel de la culture.

Reconnaître le botrytis sur féverole

Le botrytis provoque des petites taches rondes à ovales de 2-3 mm, de couleur brun-chocolat, entourées d’un halo plus foncé. Avec le temps, les tâches deviennent coalescentes et entraînent la nécrose de la feuille et sa chute prématurée. La maladie provoque également des taches similaires, plus allongées, sur les tiges.

Seuil de nuisibilité : Les récentes études permettent de fixer un seuil d’atteinte au potentiel de la plante à 10 % de surface foliaire touchée. Ne pas hésiter à déclencher une protection à l’approche de ce seuil, le botrytis se gérant très mal dans des situations où la maladie est déjà très installée. 

Symptômes de botrytis sur féverole d'hiver - Crédit photo : Terres Inovia

Attention aux confusions

Le botrytis est souvent confondu avec d’autres maladies ou des symptômes physiologiques.

  • L’ascochytose : Les confusions entre ascochytose et botrytis sont fréquentes. La maladie, assez peu fréquente, présente des taches de grande taille, souvent peu nombreuses par feuille. Le centre devient rapidement clair et présente des ponctuations noires (pycnides). La tache est entourée d’un halo noir. Les symptômes peuvent évoluer en coulures avec le temps. La plupart des variétés actuelles présentent une bonne tolérance à l’ascochytose, expliquant la faible présence de la maladie. 

    Symptômes ascochytose sur féverole d'hiver - Crédit photo : Terres Inovia

  • Les dégâts de gel : Peu fréquent cette année, les dégâts de gel se traduisent par un noircissement et un flétrissement des tissus, souvent à partir des bordures des feuilles. Les dégâts sont souvent localisés sur la tige principale. Sauf cas d’importants dégâts de gel, les tiges secondaires compensent rapidement.  
Gel sur féverole d'hiver

Symptômes de gel sur féverole d'hiver - Crédit photo : Terres Inovia

  • Les réactions physiologiques : On constate cette année de nombreux cas d’apparition de plages nécrotiques, avec des aspects anguleux, soit en bordure de feuille, soit isolées au centre des feuilles. Ces plages sont souvent localisées à des étages foliaires précis et n’évoluent pas. Il s’agit d’une réaction physiologique des plantes à la suite de fortes variations climatiques durant l’hiver, souvent entre gel et fort ensoleillement. Leur impact est négligeable sur la plante. Attention à bien distinguer ces symptômes physiologiques du botrytis lors des diagnostics visuels : à ne pas confondre avec les taches coalescentes et nécrosées de botrytis sur lesquelles les premières petites tâches provoquées par la maladie sont toujours visibles.
Symptômes physiologique féverole d'hiver

Symptômes physiologiques sur féverole d'hiver - Crédit photo : Terres Inovia

Une protection fongicide précoce et maitrisée si présence de botrytis en sortie hiver

Le changement du climat permet des conditions de démarrage plus précoces du botrytis (douceur et humidité propices plus fréquentes en sortie d’hiver). Toutefois, les conditions de fin de cycle tendent à être moins favorables à la maladie. Ainsi, la période de risque se décale dans le temps et nécessite, en réaction, de positionner sa protection fongicide plus tôt, dès début mars si la présence de botrytis est avérée.
 

L’intérêt d’un traitement précoce permet :

  • De gagner en efficacité via un positionnement curatif précoce, sachant que le botrytis se gère difficilement en curatif sur des attaques fortes.
  • De freiner très vite l’avancée de l’inoculum, avant que sa multiplication exponentielle ne soit plus maîtrisable.
  • De sécuriser rapidement les féveroles lors d’une phase de reprise de croissance cruciale à leur dynamique de développement. Tout retard freine la capacité des féveroles à emmagasiner de la biomasse, gage de réserves et de surfaces photosynthétiques.
  • De ne pas stresser la plante dont la dynamique de nodulation est encore en cours. Une plante stressée freinera en premier lieu ses capacités de symbiose pouvant entraver son potentiel.

La stratégie fongicide doit se composer de 1 traitement dit « pilier » fortement recommandé début floraison, stade permettant encore d’accéder facilement à l’ensemble de la plante avant que le couvert ne se referme. Également, il est fréquent d’observer de faibles débuts de symptômes sur les étages inférieurs à cette période. L’objectif est d’éviter que ces symptômes ne montent et n’impactent les organes fructifères et les étages foliaires participant activement à la photosynthèse.
 

Des traitements complémentaires pourront être effectués selon le contexte de l’année :

  • Entre début mars et début floraison : en cas d’arrivée précoce du botrytis, un traitement curatif précoce permettra de maîtriser la maladie.
  • Après floraison, en lien avec une montée tardive du botrytis et/ou de l’installation de la rouille, maladie de fin de cycle rapide et préjudiciable.

 

En résumé, une stratégie entre 1 et 3 traitements contre le botrytis selon les conditions :

En situation de pression faible à modérée : Cela concerne les printemps secs, l’absence de botrytis précoce ou en fin de cycle. 1 traitement sera à réaliser début floraison pour nettoyer et contenir l’inoculum présent en bas du couvert.

En situation de pression modérée à forte : Cela concerne les printemps humides, avec soit une présence précoce du botrytis, soit une résurgence en fin floraison. 2 traitements seront à réaliser : le traitement dit « pilier » début floraison accompagné d’un relai : soit en mars-avril si la pression de botrytis est précoce, soit un traitement fin floraison si la gestion de début floraison est insuffisante.

En année exceptionnelle : Cela comprend une pression de botrytis tout au long du cycle en lien avec une météo humide. 3 traitements seront à réaliser : le traitement « pilier » début floraison, avec un relai avant, pour gérer la pression précoce du botrytis, et un relai après pour gérer des remontées de la maladie. A noter que cette situation rare est la conséquence d’une combinaison climatique très défavorable et des leviers agronomiques souvent absents.
 

Le traitement fin floraison pourra être à raisonner selon la présence de rouille avec ou sans botrytis.
 

Actuellement, le contexte de présence de botrytis dans la plupart des parcelles oriente sur une stratégie à 2 traitements minimum, à confirmer au cas par cas.
 

Les substances actives et produits conseillés

Le botrytis étant difficile à gérer sur des situations curatives avancées, ne pas retarder les interventions et ne pas diminuer les doses au risque de surinvestir dans des rattrapages peu efficaces.
 

La gestion du botrytis se fait via l’azoxystrobine et le pyriméthanil. En cas de pression forte, privilégier une base pyriméthanil associée à l’azoxystrobine, permettant une meilleure gestion de la maladie. En l’absence de pyriméthanil, utilisez une pleine dose d’azoxystrobine.

Les triazoles n’ont pas d’homologation botrytis (catégorie pourriture grise). Ils permettent la gestion des autres maladies à floraison et en fin de cycle (ascochytose, rouille, oïdium). L’utilisation des triazole est à raisonner selon la maladie dominante ciblée si cohabitation de celles-ci en fin de cycle. 

Attention, en raison des évolutions réglementaires dans le cadre de la protection des insectes pollinisateurs (Arrêté du 20 novembre 2021), le PROSARO n’est plus autorisé au cours de la floraison des féveroles. Privilégier son positionnement en dehors de cette phase. Toutefois, certains génériques du PROSARO conservent une autorisation d’utilisation à floraison, il s’agit de PROTENDO EXTRA, OSARO PRO et TILZOL. Avant toute intervention avec un autre générique et/ou une autre solution fongicide, vérifiez avec votre distributeur s’il est autorisé à floraison. (Plus d’informations dans l’article : Utilisation des spécialités fongicides à floraison : quelles évolutions au 1er janvier 2026)

Principales stratégies de gestion des maladies de la féverole d’hiver
Attention, ce schéma présente l’ensemble des possibilités, mais il n’affiche pas les contraintes de passages et de doses par produit. Veillez à bien les respecter.

Principales stratégies de gestion des maladies de la féverole d’hiver