Publié le 5 mars 2026 | Modifié le 5 mars 2026

Reconnaissance et gestion du complexe de maladies aériennes du pois d’hiver

À la suite d'une période hivernale humide, ayant connu des alternances de douceur et de gel, le retour d’une météo plus chaude à l’approche de ce début mars 2026 complète des conditions propices à l’installation et au développement du complexe de maladies du pois composé de trois pathogènes (Anthracnose, Ascochytose, Bactériose). 

Si l’implantation s’est réalisée dans de bonnes conditions et combine certains des leviers agronomiques limitant l’exposition aux maladies (date de semis tardive, semis profond, absence d’hydromorphie, etc.), il ne reste alors plus qu’à surveiller dès maintenant ses parcelles et réaliser si besoin une protection maitrisée et réactive pour préserver leur potentiel.

Reconnaître les principales maladies aériennes composant le complexe

Le complexe est une association de plusieurs maladies qui interagissent et qui peuvent occasionner des symptômes seules ou en complexe : 

  • Bactériose : cette maladie provoquée par une bactérie se manifeste sur les feuilles par de petites taches vert foncé à l’aspect huileux qui évoluent en plages plus ou moins larges, des formes irrégulières et anguleuses, de couleur marron foncé, parfois translucides. Cette maladie peut apparaitre à un stade jeune dès janvier-février.

    Bactériose - pois d'hiver
  • Anthracnose, provoqué par Colletotrichum sp. Depuis l’apparition de ce complexe de maladies en 2021, l’anthracnose semble être prédominante dans la majorité des situations, à l’exception du bassin sud de la France. Ainsi les symptômes provoqués par ce pathogène sont fréquemment observés. Des nécroses claires, rondes à ovales, avec une marge noire, apparaissent et évoluent le plus souvent en ‘coulures’, nécrosant toute ou partie des organes touchés. Les symptômes âgés présentent une couleur saumon très caractéristique, en particulier sur les gousses. Cette maladie apparait souvent précocement dès février-mars.

    Pois Hiver - Anthracnose
  • Ascochytose : l’ascochytose est provoqué par 3 pathogènes différents. Les 2 principaux (Ascochyta pinodes et pinodella) provoquent des ponctuations noires, avec un gradient plus prononcé sur la base de la plante, entraînant la sénescence précoce des organes fortement touchés. Les premiers symptômes peuvent être observés à partir de la sortie hiver.
    Également, un troisième pathogène mais moins fréquent, Ascochyta pisi, provoque des symptômes différents, se rapprochant de l’anthracnose : taches plus ou moins rondes à ovales cernées d’une marge brune avec ponctuations au centre. A la différence de l’anthracnose, ces marges brunes sont plus fines, les effets de coulures moins prononcés et elle ne présente pas de coloration orange avec le temps.

    Pois Hiver - Ascochytose


     

Le complexe maladies aériennes

Lorsque ces maladies sont présentes au même moment sur la culture, on parle alors de complexe. Le plus souvent ce sont la bactériose et l‘anthracnose qui se développent plus ou moins simultanément puis peu après apparait l‘ascochytose. Ce complexe se développe généralement en foyer et peut se généraliser à la parcelle lors d’années aux conditions propices, les maladies agissant probablement en synergie (pluies régulières, températures douces). Les maladies peuvent présenter un gradient de symptômes plus marqués en bas des plantes et évoluant avec le temps vers les étages supérieurs. Les symptômes des différents pathogènes peuvent alors être difficiles à différencier lorsque les zones nécrotiques s’étendent et fusionnent. Il est recommandé d’observer les étages intermédiaires touchés, plus propices à présenter des symptômes encore identifiables. A noter qu’un tel développement illustre une pression déjà bien avancée des maladies. 
 

Pois Hiver - Complexe maladies

Une protection fongicide précoce et maitrisée

Le changement climatique semble favorable à un démarrage plus précoce des maladies (notamment les alternances de températures contrastées, avec des périodes très douces pendant l’hiver, des gelées plus ou moins tardives, et une humidité élevée). Toutefois, les conditions de fin de cycle tendent à être moins favorables aux maladies. Ainsi, la période de risque se décale dans le temps et il peut être nécessaire certaines années de positionner sa protection fongicide plus tôt dès fin février.
 

L’intérêt d’un traitement précoce permet :

  • De ralentir le développement de la maladie avant qu’elle ne soit plus maîtrisable.
  • De sécuriser rapidement les pois lors d’une phase de reprise de croissance cruciale à leur dynamique de développement. Tout retard freine la capacité des pois à emmagasiner de la biomasse, gage de réserves et de surfaces photosynthétiques.
  • De ne pas stresser la plante dont la dynamique de nodulation est encore en cours. Une plante stressée freinera en premier lieu ses capacités de symbiose pouvant entraver son potentiel.

La stratégie fongicide doit se composer de 2 traitements dits « piliers » fortement recommandés :

  • Fin février-début mars : Même si les symptômes peuvent être discrets, dans la majorité des situations, la simple détection du complexe maladies à cette période témoigne de la présence d’un inoculum prêt à se développer à la moindre opportunité climatique.
  • Début floraison : Stade permettant encore d’accéder facilement à l’ensemble de la plante avant que le couvert ne se referme. Également, il est fréquent d’observer de faibles débuts de symptômes en bas de tige à cette période. L’objectif est d’éviter que ces symptômes ne montent et n’impactent les organes fructifères et les étages foliaires participant activement à la photosynthèse. De plus, cela permet de prévenir du botrytis, maladie véhiculée par les pétales contaminés.


Des traitements relais pourront être effectués dans certains cas spécifiques :

  • Entre début mars et début floraison : en cas de très forte pression du complexe maladies et/ou d’une 1ère intervention peu efficace (dose faible, positionnement trop tardif).
  • Après floraison, liée à une montée tardive des maladies du bas des plantes vers les organes fructifères, lié à une météo de fin de cycle très humide et une pression maladie déjà bien présente début floraison.
     

En résumé, une stratégie entre 2 et 3 traitements selon les conditions :

En situation de pression faible à modérée (printemps sec), 2 traitements seront à réaliser : 1 traitement début mars pour maîtriser le complexe avant même l’apparition de symptômes. Puis un relai début floraison, nécessaire pour maîtriser les débuts de foyers en bas des plantes avant que le couvert ne se referme.

En situation de pression modérée à forte (printemps humide), 3 traitements seront à réaliser : les 2 piliers début mars et à début floraison. Un 3ème traitement viendra en relai avant le début de la floraison si forte pression courant mars-avril, ou après la floraison si retour d’humidité courant mai-juin.

En année exceptionnelle (comme 2024 avec une pluviométrie continue de la sortie d’hiver à l’été), jusqu’à 4 traitements pourront être envisagés, à réserver surtout aux parcelles à bon potentiel et présentant une valorisation avantageuse (contrat de production semence, alimentation humaine) permettant un retour sur investissement, les 2 traitements “piliers” (début mars et début floraison) relayés par 1 application supplémentaire avant et 1 application après floraison.
 

Les substances actives et produits conseillés

Pour le 1er traitement (et un traitement relai avant début floraison), privilégiez une base triazole. Il est possible de l’associer à l’azoxystrobine dans un souci de diversifier les modes d’actions. Attention toutefois à ne pas appliquer l’azoxystrobine seule, qui présente une efficacité plus limitée que la triazole.

Pour le traitement début floraison (et un traitement relai après début floraison), conservez une base triazole associée ou non à l’azoxystrobine. Dans les cas de forte pression maladie, le PICTOR ACTIVE présentera la meilleure efficacité mais pour un coût plus élevé. 
Attention, en raison des évolutions réglementaires dans le cadre de la protection des insectes pollinisateurs (Arrêté du 20 novembre 2021), le PROSARO n’est plus autorisé au cours de la floraison des pois. Privilégier son positionnement sur les 1ers traitements avant la floraison. Toutefois, certains génériques du PROSARO conservent une autorisation d’utilisation à floraison, il s’agit de PROTENDO EXTRA, OSARO PRO et TILZOL. Avant toute intervention avec un autre générique et/ou une autre solution fongicide, vérifiez avec votre distributeur s’il est autorisé à floraison. (Plus d’informations dans l’article : Utilisation des spécialités fongicides à floraison : quelles évolutions au 1er janvier 2026)

Il est recommandé d’éviter les demi-doses, le risque de mauvaise maîtrise de la maladie est élevé et peut justifier une perte d’investissement à travers des traitements relais non nécessaires si une protection efficace aurait été faite.

 

Principales stratégies de gestion des maladies du pois d’hiver
Attention, ce schéma présente l’ensemble des possibilités, mais il n’affiche pas les contraintes de passages et de doses par produit. Veillez à bien les respecter.
 

Principales stratégies de gestion des maladies du pois d’hiver

Les questions récurrentes du terrain

  • Quels leviers agronomiques peuvent limiter la sensibilité au complexe maladies ? On dénombre 5 principaux leviers agronomiques, qui cumulés, présentent une efficacité bien meilleure en freinant l’arrivée et la dynamique de propagation des maladies, permettant plus de souplesse dans la protection fongicide. L’année 2024, caractérisée par une pression forte historique, a mis en évidence quelques cas de réussite de producteurs qui ont dépassé/sécurisé les 40 q/ha grâce à l’application de la plupart de ces leviers agronomiques et grâce à une protection réactive et adaptée.
Leviers agronomiques limitant la sensibilité au complexe maladies du pois d'hiver

 

  • Quel intérêt de faire un fongicide en présence de bactériose ? Les fongicides n’ont pas d’efficacité directe sur la bactériose. Toutefois, la bactérie responsable semble agir en synergie avec les pathogènes fongiques. Ces derniers peuvent en effet favoriser sa pénétration en créant des portes d’entrée. Maîtriser le risque fongique permet donc de limiter le développement de la bactériose, mais permet aussi de réduire de façon générale les dégats liés au complexe.

     

  • Si le bas des tiges est nécrosé, mon pois va-t-il dépérir ? Dans la grande majorité des cas, non, cela aura peu d’effet sur sa capacité à s’alimenter. Seuls les cas de plantes fortement impactées peuvent dépérir. En cas de doute, sectionnez quelques bas de tige et observez l’intérieur. Vous devriez voir les canaux vasculaires verts encore présents. Également, le port turgescent des plantes et l’émission de nouvelles feuilles témoignent de la vitalité de la plante.

     

  • Existe-t-il des solutions contre la bactériose ? A ce jour non. La bactériose du pois ne semble pas répondre à des traitements alternatifs tels que le cuivre, des biostimulants ou encore des produits de recouvrement tels que des huiles et terpènes. Autrement, la piste de résistance génétique à plus long terme pourrait apporter des solutions.

 

  • Doit-on traiter en sortie d’hiver si la météo est peu humide ? 2025 a été une année historiquement saine au niveau des maladies. Si beaucoup ont tenté l’impasse avec succès sur la moitié nord de la France, sachez que des symptômes, discrets, étaient bien présents dans la plupart des parcelles suivies par l’Institut courant mars. Ceux-ci n’ont pas évolué grâce à la faible pluviométrie printanière. Dans la moitié sud de la France, la pluviométrie légèrement plus élevée, a permis le développement des maladies. Les impasses ont très vite marqué une différence de potentiel et les rattrapages fongicides sont souvent plus onéreux qu’un positionnement maitrisé.

     

  • Peut-on piloter les protections ? Actuellement, nous manquons encore de connaissance sur ce complexe (dont l’apparition est récente dans le paysage français) pour faciliter la prise de risque d’absence de protection en sortie d’hiver. Des études sont en cours pour mieux appréhender ces pathogènes et leurs conditions de développement, pour développer à terme des seuils d’intervention et faciliter le pilotage.

     

  • Existe-t-il des différences variétales ? Les variétés présentent des comportements différents mais plutôt lié à un profil agronomique qu’à une résistance. Les variétés qui ont une capacité à redémarrer t se redresser du sol rapidement en sortie d’hiver semblent moins exposées au complexe de maladies. D’autres facteurs tel que la tolérance au froid (limitant la bactériose) peuvent influencer ce comportement. Des études sur l’identification et la sélection de ces critères sont en cours. La plupart des variétés récentes présentent un comportement meilleur face à la maladie sur la base de ces profils améliorés.