Published on 9 April 2026 | Updated on 9 April 2026

Colloque Plan de sortie du phosmet : luttes alternatives et régulation biologique

Quatre projets ont permis de creuser les pistes de la régulation biologique dans le Plan de sortie du phosmet. Ils ont été détaillés dans le colloque final de restitution du programme, le 24 mars dernier. 

La grosse altise du colza, ennemi n°1 du colza à l’automne

Laurent Ruck, chargé d’études de Terres Inovia, a présenté l’état des lieux de la présence des grosses altises sur les parcelles de colza. « Ce ravageur est présent sur l’ensemble du territoire. Après un automne 2024 plus calme, l’altise adulte a pénalisé les colzas à l’automne 2025 dans certaines régions », explique-t-il. D’autant plus que la pression larves d’altise à l’automne et en entrée hiver de la campagne en cours (2026) est plus forte que les années précédentes. 
 

Or, les altises ont développé des résistances fortes (mutation SKDR), et les pyréthrinoïdes, qui sont les seuls insecticides autorisés, ne sont plus efficaces. Cette mutation progresse. « En cas de résistance forte, contre les dégâts foliaires des adultes, la seule solution passe par un semis et une levée précoce pour atteindre le stade 3-4 feuilles vers le 15-20 septembre, date à laquelle les altises colonisent généralement les parcelles de colza.» Contre les larves, la seule alternative repose sur Minecto Gold autorisé uniquement par dérogation annuelle.
 

Après un automne 2024 plus calme, l’altise adulte a pénalisé les colzas à l’automne 2025 dans certaines régions. 

Laurent Ruck

Ingénieur de développement de Terres Inovia

Adaptacol2 : le biocontrôle pour réduire les dégâts foliaires des grosses altises adultes

Des stratégies de biocontrôle ont été étudiées dans le cadre du Plan de sortie du phosmet : 
•    Les sels d’acides gras : ils agissent par déshydratation et suffocation et nécessitent de toucher l’altise.
•    Le souffre : il aurait un effet plutôt répulsif.
•    Plusieurs produits aux propriétés de barrières physiques ont été évalués comme le talc, le kaolin ou la chabazite. Parmi ces trois solutions, le kaolin appliqué avec un mouillant s’est avéré le plus efficace, mais l’efficacité n’était pas supérieure aux solutions précédentes et pouvait présenter certaines contraintes d’application. D’autres barrières physiques doivent être évaluées et l’impact de l’ajout d’un mouillant évalué.
 

Il faut maintenant identifier de nouveaux modes d’action à tester dans des conditions de pression variée et mieux comprendre les conditions d’application favorables à leur efficacité. Les travaux se poursuivent avec de nouvelles solutions évaluées dans le projet PARSADA Altifast. Néanmoins, les biocontrôles évalués ne se sont pas avérés efficaces pour gérer les larves. 
 

Avec les produits actuellement disponibles, ce levier est jugé peu réaliste, les essais de lutte directe contre les larves ne sont donc pas poursuivis. Mais des pistes développées par les projets de recherche du Plan ouvre la voie à de nouveaux modes d’action sur cette cible, tels que les acariens prédateurs (projet MOPLAH).
 

Colzactise : un produit dissuasif de contact

Ce projet a cherché des plantes dissuasives et étudié des métabolites sous-jacents. Un sourcing industriel de molécules dissuasives a été effectué à partir d’une matrice de Sinapis alba en criblant les extraits pour leur dissuasion, puis la plante entière. A l’issue de ces travaux, une molécule dissuasive candidate issue d’une brassicacée sauvage a été sélectionnée, puis validée sur le terrain avec six essais. 
 

Pour l’extrait de moutarde blanche, « l’activité d’un glucosinolate candidat sur plante entière, à hauteur de 1kg/ha, a été validée avec l’obtention d’un extrait renfermant le glucosinolate dissuasif à hauteur de 10 % max. Le prix de revient industriel de cet extrait est supérieur à 300 €/kg », conclut Thomas Rey, de l’Inrae. 
 

Pour la molécule candidate dissuasive, les travaux de formulation seront à poursuivre pour optimiser l’efficacité au terrain. 
 

Nap-guard : un produit associé à des outils technologiques pour réduire les larves de grosse altise

Ce projet visait à « optimiser le positionnement d’un produit de biocontrôle pour réduire la pression larvaire des grosses altises et associer le produit à des outils technologiques », explique Théophile Kazmierczak, d’Alvie. Une solution combinatoire avec un produit de biocontrôle a été testée. 
 

Les bénéfices de la solution combinatoire proposée permettent de : 
 

  • Maintenir les populations larvaires du ravageur en dessous des seuils de nuisibilités économiques afin de protéger les rendements et de réduire les pertes financières des agriculteurs.
  • Permettre aux agriculteurs de prioriser les parcelles à haut risque, améliorant ainsi l’allocation des ressources, réduisant le stress et renforçant la qualité des décisions.
  • Améliorer la technicité des conseillers, la pertinence des recommandations et permettre de se concentrer sur les tâches prioritaires.
  • Enregistrer en continu des données de terrain pour permettre une amélioration progressive du positionnement et de l’efficacité de la solution. 
     

Avec Nap-Guard, il s'agissait d'optimiser le positionnement d’un produit de biocontrôle pour réduire la pression larvaire des grosses altises et associer le produit à des outils technologiques 

Théophile Kazmierczak

Co-fondateur d'Alvie

Adaptacol2 : luttes alternatives contre le charançon du bourgeon terminal

« Dans les secteurs historiques du Centre, de l’Est et du Sud-Ouest, le charançon du bourgeon terminal est observé dans plus de 8 parcelles sur 10. Il a développé des mécanismes de résistance aux pyréthrinoïdes seuls insecticides autorisés aujourd’hui », a constaté Laurent Ruck, ingénieur de développement de Terres Inovia. 
 

Deux axes ont été travaillés : 
•    Mieux connaitre la biologie et l’écologie du charançon du bourgeon terminal : l’objectif était de décrire les modalités de colonisation des insectes dans les parcelles et les délais avant les premières pontes pour améliorer le positionnement des solutions de lutte directe. Des essais ont permis de mieux connaître la typologie de l’évolution du système reproducteur au cours du temps pour mieux connaître le cycle du ravageur.
•    Améliorer l’évaluation du risque à la parcelle : malgré les essais mis en place dans le cadre du Plan de sortie du phosmet, les résultats disponibles à ce jour sont insuffisants pour faire évoluer les règles de décision pour une intervention ou non contre le charançon du bourgeon terminal dans les régions à risque fort. D’autres essais avec des taux d’attaques variés dans des situations agronomiques contrastées sont encore nécessaires. Ces travaux se poursuivent dans le projet PARSADA Coleofast. 
 

Dans les secteurs historiques du Centre, de l’Est et du Sud-Ouest, le charançon du bourgeon terminal est observé dans plus de 8 parcelles sur 10. 

Laurent Ruck

Ingénieur de développement de Terres Inovia

Les parasitoïdes des ravageurs du colza, des alliés à ne pas négliger

« Les parasitoïdes sont des ennemis naturels efficaces, qui participent à la régulation des ravageurs sur le long terme », indique Céline Robert, chargée d’études de Terres Inovia.
 

Pour les préserver, il est recommandé de « limiter le travail du sol après un colza et, en matière de traitements insecticides, respecter les règles de décision et ne pas traiter en pleine journée, lors des périodes d’activité des parasitoïdes ».
 

Il faut aussi préserver les zones refuges (bords de champs, haies…), raisonner la fauche des bords de champs (1 fauche par an avec si possible exportation des pailles à l’automne). 
 

Pour favoriser la connectivité entre les espaces semi-naturels, les parcelles de grande taille sont à éviter. 
 

Les parasitoïdes sont des ennemis naturels efficaces, qui participent à la régulation des ravageurs sur le long terme. 

Céline Robert

Chargée d'études de Terres Inovia