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Le retrait de certaines matières actives réduit les marges de manœuvre pour maîtriser les graminées en soja. Tour d’horizon des solutions disponibles et des programmes testés en essais.
Une forte nuisibilité des graminées sur le rendement du soja
Le potentiel de rendement du soja dépend étroitement de la disponibilité en eau, en particulier à partir de la floraison. Dans ce contexte, la concurrence exercée par les adventices, et notamment par les graminées estivales, peut entraîner des pertes de rendement particulièrement importantes.
Un essai conduit en 2025 dans le Tarn-et-Garonne illustre clairement cette nuisibilité. Sur une parcelle fortement infestée, avec environ 700 pieds de panic pied-de-coq/m2, la modalité permettant un contrôle quasi total des adventices atteint 48 q/ha. À l’inverse, le témoin non traité enregistre une perte de rendement de 76 %. Même avec un niveau de contrôle limité à 70 %, la perte reste de 23 % par rapport à la référence.
Ces travaux seront poursuivis en 2026 dans le cadre des projets GRAMICIBLE et PARAD afin de mieux caractériser l’impact des graminées sur le rendement du soja.
Désherbage de prélevée : des solutions en recul
Le retrait du S-métolachlore, dont les derniers usages ont pris fin en juillet 2024, a fortement réduit les possibilités de désherbage de prélevée contre les graminées.
Aujourd’hui, les principales matières actives disponibles reposent sur la pendiméthaline (ex. Prowl 400) et la péthoxamide (ex. Successor 600). D’autres substances comme le métobromuron ou la clomazone peuvent compléter les programmes, mais leur contribution reste limitée aux doses utilisables en soja.
Par ailleurs, certaines contraintes techniques doivent être prises en compte. La pendiméthaline et le métobromuron peuvent présenter un risque de manque de sélectivité sur sols filtrants lorsque les doses dépassent 1,5 l/ha. De son côté, la péthoxamide connaîtra en 2026 sa dernière campagne d’utilisation avec Successor 600, non réhomologué en France, ce qui laisse présager des difficultés d’accès dès cette campagne.
Le dmta-p : une solution sous dérogation
Dans ce contexte, la spécialité Isard / Spectrum, à base de dmta-p, a bénéficié en 2025 d’une autorisation de mise sur le marché dérogatoire de 120 jours accordée par la DGAL. Une nouvelle demande a été déposée pour 2026, mais au 10 mars (date de rédaction de cet article), aucune décision n’était encore connue.
Les essais réalisés montrent que l’application d’Isard à 0,7 l/ha, relayée en post-levée par Pulsar 40 à 0,8 l/ha, offre une bonne efficacité sur les principales graminées estivales (voir figure 2). Toutefois, des irrégularités peuvent apparaître en situation de forte pression, notamment sur digitaire, démontre une performance moindre de Pulsar 40.
Une dose de 0,9 l/ha permet d’améliorer la régularité du contrôle. Néanmoins, la dose de 0,7 l/ha constitue déjà une base intéressante, apportant également une efficacité partielle sur certaines dicotylédones comme la morelle ou le séneçon.
Des associations possibles en prélevée pour renforcer l’efficacité
Pour améliorer les performances des programmes de prélevée, Isard peut être associé à Atic-Aqua ou Proman, à des doses proches de 1 l/ha. Ces associations renforcent le contrôle des graminées tout en apportant un premier niveau d’efficacité sur certaines dicotylédones comme le chénopode ou les renouées, en attendant l’intervention de post-levée.
Dans les situations de flores plus complexes, notamment en présence de renouée liseron, la dose du partenaire de prélevée peut être augmentée jusqu’à 1,5 l/ha. Cette stratégie doit cependant être évitée sur des sols très filtrants ou très battants.
Successor 600 : une efficacité légèrement inférieure
Dans les programmes testés, Successor 600 appliqué à 1,5 l/ha apparaît légèrement moins performant qu’Isard à 0,7 l/ha, en particulier sur sétaire et panic pied-de-coq, lorsqu’il est associé à un relais de Pulsar 40 à 0,8 l/ha avec huile en post-levée.
L’ajout de Centium SC à 0,3 l/ha permet toutefois d’améliorer la régularité du contrôle. De même, l’association avec Atic-Aqua ou Proman (1 à 1,5 l/ha) permet d’obtenir des résultats proches de ceux observés avec Isard et les mêmes partenaires.
Sur sols argileux, une stratégie reposant uniquement sur Atic-Aqua à 1,8 l/ha en prélevée peut être envisagée, même si elle reste moins performante en cas de forte infestation de panics pied-de-coq.
L’importance du relais de post-levée
Même lorsque les programmes de prélevée sont efficaces en début de cycle, le salissement en graminées tend à augmenter par la suite. Une intervention de post-levée est donc souvent nécessaire.
L’imazamox (Pulsar 40 ou Davaï) présente un large spectre d’action sur dicotylédones et permet également de contrôler certaines graminées estivales, notamment panic pied-de-coq et sétaire. En revanche, son efficacité reste plus limitée sur digitaire. La bentazone, quant à elle, n’apporte pas d’efficacité complémentaire sur les graminées.
En cas de contrôle insuffisant, un rattrapage avec un antigraminée foliaire reste possible. Ces solutions conservent généralement une bonne efficacité sur graminées estivales, mais il est recommandé d’alterner les modes d’action dans la rotation afin de limiter les risques de résistance.
Des situations parfois difficiles à maîtriser
Certaines situations restent particulièrement complexes. Les graminées vivaces nécessitent systématiquement l’utilisation d’antigraminées foliaires, les solutions de prélevée et l’imazamox étant insuffisantes.
Les cas les plus délicats concernent les graminées hivernales, en particulier le ray-grass. Dans un contexte de développement de résistances aux herbicides des familles ALS et ACCase, l’efficacité des antigraminées foliaires et de l’imazamox devient incertaine.
Dans ces conditions, les programmes homologués de prélevée actuels, comme la pendiméthaline ou la péthoxamide, utilisés seuls sont nettement insuffisants. Si une nouvelle dérogation est accordée, le dmta-p pourrait constituer une base plus efficace, éventuellement renforcée par de la pendiméthaline ou du métobromuron.
Ambroisie à feuille d’armoise : combiner les leviers
L’ambroisie à feuille d’armoise se développe principalement dans les cultures de printemps, en raison d’un cycle biologique synchrone avec ces cultures. Si des solutions herbicides efficaces existent, elles doivent impérativement être complétées par des leviers agronomiques afin de limiter durablement son implantation.
Deux mesures agronomiques ressortent de par leur efficacité :
- L’introduction de cultures d’hiver permet de rompre le cycle de développement de l’ambroisie (car asynchrone). Il est néanmoins essentiel de détruire les levées, s’il y en a, en interculture estivale. Une succession de deux cultures d’hiver renforce encore l’efficacité de cette stratégie.
- Le décalage du semis de la culture de printemps (ex : soja), associé à la technique du faux semis, constitue également un levier efficace. Cette pratique consiste à stimuler la germination des graines avant leur destruction, soit chimiquement (en utilisant le glyphosate), soit mécaniquement, en limitant les perturbations du sol via les interventions afin d’éviter de remonter de nouvelles graines.
Des essais menés en 2016 en Deux-Sèvres ont montré qu’un décalage de semis du 2 au 20 mai, combiné à un faux semis suivi d’une destruction chimique, permet de réduire de 64 % les levées d’ambroisie dans le soja. Des résultats comparables ont été observés plus récemment en tournesol.
Quelles solutions herbicides contre l’ambroisie ?
Un désherbage précoce en prélevée est essentiel pour limiter la concurrence en début de cycle. Parmi les solutions disponibles, le Proman (Inigo/Soleto), à base de métobromuron, est celui qui apporte l’efficacité la plus notable.
Cette intervention doit être complétée en post-levée, soit par de l’imazamox seul, soit par une association imazamox + bentazone afin d’optimiser le contrôle des adventices, limiter la nuisibilité sur le soja ainsi que l’augmentation du stock semencier.
Les essais conduits par Terres Inovia entre 2016 et 2017 ont mis en évidence :
l’intérêt du fractionnement des applications de Pulsar 40 en post-levée, plutôt qu’une application unique à 1,25 l/ha au stade 3-4 feuilles ;
la complémentarité entre bentazone et imazamox en deux interventions.
L’utilisation du métobromuron en prélevée contribue par ailleurs à réduire la pression de sélection. Dans ce contexte, l’augmentation de la dose de Proman (de 1,5 à 2,5 l/ha) n’apporte pas de gain supplémentaire lorsque Pulsar 40 est fractionné et associé à un adjuvant.
L’alternance des molécules et de leurs modes d’action permet de limiter le risque de sélection de résistance de l’ambroisie à l’imazamox présentement. L’utilisation de métobromuron en prélevée contribue également à l’objectif de réduction de pression de sélection.
Programme recommandé en soja
Pour optimiser le rapport efficacité/prix tout en limitant les risques de manque de sélectivité sur sols filtrants, Terres Inovia recommande une stratégie combinée :
- En prélevée, Proman peut être appliqué à 1,5 l/ha, avec une modulation possible entre 1 et 2 l/ha selon le type de sol, conformément à l’étiquette. Ne pas hésiter à s’y référer.
- En post-levée, une première intervention peut être réalisée au stade 2-3 feuilles vraies avec Basagran à 1 kg/ha adjuvanté ou Corum à 1 l/ha. Huit à dix jours plus tard, un relais avec Pulsar 40 à 0,625 l/ha associé à une huile végétale (Actirob B 1 l/ha) permet de finaliser le contrôle.
Une stratégie reposant uniquement sur deux applications de Pulsar 40 à 0,625 l/ha avec adjuvant reste également envisageable. Les résultats montrent que Basagran et Corum offrent des performances équivalentes lorsqu’ils sont utilisés en première intervention.