Published on 26 January 2026 | Updated on 26 January 2026

Soja : Quelques rappels sur l'inoculation pour la campagne 2026

L'inoculation : Une étape cruciale dans la réussite des Sojas

Le soja est une légumineuse dont la capacité à fixer l’azote présent dans l’atmosphère, nécessaire à sa croissance, repose sur sa capacité à s’associer avec diverses bactéries spécifiques, principalement du genre Bradyrhizobium. Ces partenaires symbiotiques ne sont pas naturellement présents dans les sols français. Il est donc nécessaire de les amener une première fois dans les sols par inoculation.

Les conditions d'une inoculation réussie

Afin de favoriser la nodulation, issue de l’association symbiotique entre plantes de Soja et bactéries fixatrices d’azote, et obtenir un nombre optimal de nodosités sur le système racinaire (au moins 10 par pied aux stades V3-R1) il convient de créer les conditions favorables à l’installation en nombre de bactéries viables et efficientes. Pour ce faire, plusieurs conditions doivent être satisfaites : 

  • Disposer d’un inoculum de qualité, sans contaminant, conservé dans les conditions mentionnées par le fabricant (températures fraîches et à l’abri de la lumière) avec une concentration adéquate d’une souche vivante et efficiente de Bradyrhizobium,
  • Réaliser l’inoculation avec précaution, sans eau javélisée, à l’abri de la lumière et en allant semer en respectant les délais impartis entre inoculation et semis, dans le but de conserver la viabilité et l’efficience des bactéries,
  • Réaliser le semis dans des conditions non-limitantes pour la nodulation (sol affiné en surface, nivelé et ressuyé sans être sec ; structure aérée, poreuse et exempte de tassements, semelles ou lissage ; éviter les sols à forte concentration en azote minéral).

Les diverses techniques d'inoculation

Pour inoculer une culture de soja, différents types d’inocula existent sur le marché français :

  • Certains sont sous licence INRAE, contrôlés en termes de concentration en bactéries, d’identité de la souche, d’absence de contaminants et de stabilité des propriétés
  • D’autres produits sont sans licence, offrant moins de garanties pour leurs utilisateurs 

    1.    Inocula commercialisés à base de Tourbe sur graine

La plus ancienne technique d’inoculation repose sur l’utilisation d’un inoculum sous forme de tourbe. Chaque sachet de tourbe doit contenir au moins 4*1011 bactéries pour garantir une concentration suffisante de bactéries par graine semée. Le contenu du sachet de tourbe est mélangé aux semences après ajout d’environ un litre d’eau non javélisée ou de lait. Il faut, une fois le mélange réalisé et conservé à l’abri de la lumière, semer dans un délai de 4 heures.  

Cette technique initiale a été complétée par des additifs, le plus souvent des liquides osmo-protecteurs, permettant de limiter les pertes entre inoculation et semis et donc d’allonger le délai entre ces deux tâches.

Voici ci-dessous quelques exemples de spécialités commercialisées, avec des commentaires issus de l’expertise Terres Inovia, bâtie à la suite de séries d’essais sur le terrain :

Fabricant

ProduitUtilisationSoucheContrôle qualité INRAEAvis Terres Inovia
AGRIFUTUR SARLNITROGENMax 4h av. semisG49OuiNon testé TI
BASFNPPL Force 48Max 48h av. semisG49OuiTrès bon

2.    Inocula commercialisés à base de Tourbe sur micro-granulés d’argile

Il s’agit de mélanger le contenu du sachet de tourbe avec 10 kg de micro-granulés d’argile, opération plus facile et moins destructrice par rapport au mélange de 100 kg de semence. Cela aboutit en général à des nodosités mieux réparties sur l’ensemble du système racinaire et moins exposées aux alternances humectation/dessication. On obtient ainsi souvent des nodosités plus régulièrement fonctionnelles avec à l’issue des gains de rendement et/ou de teneur en protéine. Cette technique requiert l’utilisation du micro-granulateur présent sur les semoirs de précision.

FabricantProduitUtilisationSoucheContrôle qualité INRAEAvis Terres Inovia
AGIFUTUR SRLNITROGENMax 4h av. semisG49OuiBon

3.    Inocula commercialisés liquides avec adjuvants

Sous format de flacon ou de bidon selon les quantités, ils permettent d’utiliser directement une solution bactérienne sans recours à la tourbe. Ces inocula sont utilisés avec un adjuvant servant de colle et de source carbonée pour une meilleure survie sur la graine, permettant ainsi une augmentation du délai inoculation-semis. Ils offrent de très bons résultats d’inoculation.
 

*Les souches SEMIA 5079 et 5080 sont issues de processus de sélection ayant eu lieu au Brésil, dans un contexte agropédoclimatique particulier et avec des objectifs très différents du contexte français. Alors que la stratégie brésilienne visait le déploiement de souches efficientes, robustes et très compétitives vis-à-vis des autres rhizobiums présents dans le sol, la position française s’est concentrée sur la sélection d’une souche stable et peu compétitive (souche G49), dans le but de faciliter l’inoculation de nouvelles bactéries en cas d’éventuel progrès génétique ou de perte d’efficience des supports actuels, ce que ne permettraient pas les souches sud-américaines.  

FabricantProduitUtilisationSoucheContrôle qualité INRAEAvis Terres Inovia
De SangosseRhizoliq TopJusqu’à 10-12 joursG49OuiTrès bon, leader du marché
CerienceVitalianz R SojaJusqu’à 2-3 joursG49OuiTrès bien à 48h
Legume Technology Ltd.Liquifix 120Jusqu’à 120 jours d’après Catelin-Logi-FertSEMIA
5079
SEMIA
5080
 
NonDéconseillé*
Legume Technology Ltd.LiquifixJusqu’à 7 jours d’après Catelin-Logi-FertSEMIA
5079
SEMIA
5080
 
Non

4.    Semences pré-inoculées en usine

Produits innovants, [QL1.1]mais techniquement difficiles à produire, du fait de la nécessité de maintenir en vie plus d’un million de bactéries par graine pendant 2 à 3 mois, durée moyenne des opérations entre le traitement et l’ensachage des semences jusqu’au semis. De plus, la surface de la graine constitue à priori un environnement hostile à la survie des bactéries qui ne sporulent pas. Il faut donc y associer un produit osmo-protecteur qui puisse également fournir une source carbonée pour sa survie.

Sur le marché, c’est BASF qui domine ce segment, avec le procédé HICOAT, dont la concentration en bactéries est, à ce jour, considérée comme faible par rapport aux concentrations recommandées par l’INRAE (5.105 contre minimum de 1.106 bactéries/graine). Les conditions de survie imposées aux bactéries font que le résultat de nodulation n’est pas toujours à la hauteur des inocula classiques. BASF ne préconise donc pas l’utilisation de graines avec pré-enrobage HICOAT sur des parcelles n’ayant pas porté de soja depuis plus de 5 ans.

FabricantProduitUtilisationSoucheConcentration garantieAvis Terres Inovia
BASFHicoat Super + ExtenderAu semis 532C5.105
Bactéries/grain
 
Pratique, mais à réserver aux parcelles ayant connu du Soja récemment

Quand faut-il ré-inoculer ?

Une fois introduit par une première inoculation réussie, les rhizobiums survivent généralement très bien à des niveaux ne nécessitant pas une ré-inoculation ultérieure. Cependant, quelques exceptions existent, constituant des situations pour lesquelles une nouvelle inoculation est nécessaire : 

Les sols calcaires avec présence de calcaire actif, 
Les sols sableux (>35 % sables) pauvres en matière organique, 
Les parcelles n’ayant pas porté de soja depuis de nombreuses années (> 5 ans)
 

Pour en savoir plus : 

Soja : pourquoi et comment inoculer pour avoir un rendement optimal ?
Inoculation : les origines de cette pratique
Inoculation : tout savoir sur la réglementation
Bien préparer sa campagne soja – RTTI 2022
Exprimer le potentiel du soja – RTTI 2023 


Rédaction :

Quentin LEVEL (q.level@terresinovia.fr) – Ingénieur régional de développement Sud-Ouest (ex-Aquitaine, Gers, Hautes-Pyrénées)

Emile LEREBOUR (e.lerebour@terresinovia.fr) – Chargé d’étude, nutrition des cultures