Bien que des attaques sévères de sclérotinia n’aient pas été observées sur notre région depuis plusieurs campagnes, cette maladie demeure la plus préjudiciable sur colza au printemps. Point sur les moyens de lutte et leurs conditions d’application.
La protection fongicide reste pivot dans la gestion de cette maladie
Variétés plus tolérantes (BRV703, BRV712, LG Armada, LG Atacama, LG Avenger, LG Adrenalin, LG Adamant, DK EXAGRIS, DK EXDEKA, etc.) et biocontrôle élargissent progressivement la palette de leviers de gestion disponibles. Si ces approches permettent de réduire la pression de la maladie et, dans certains cas, d’ajuster les doses de produits, la protection fongicide demeure néanmoins indispensable pour assurer la maîtrise du sclérotinia.
N.B : Les allégations de tolérance au sclérotinia des variétés citées relèvent uniquement de la responsabilité des semenciers, car elles n’ont pas été évaluées officiellement.
L’application préventive à G1 conditionne l’efficacité du traitement
Aucune solution curative n’existe pour la gestion du sclérotinia ; la protection repose donc sur une approche préventive, visant à protéger la végétation avant l’installation de la maladie. Un positionnement trop précoce ou trop tardif réduit significativement l’efficacité du fongicide. Le stade optimal correspond à G1 – chute des premiers pétales, atteint 6 à 12 jours après le début de la floraison du colza, selon les températures.
Dans la pratique, l’identification de ce stade demande toutefois une observation attentive des parcelles. Les entrées en floraison peuvent varier au sein même d’une exploitation. La date d’intervention doit donc être raisonnée à l’échelle de la parcelle. En présence de variétés précoces « pièges à méligèthes », l’intervention devra se caler sur la chute des pétales de la variété majoritaire.
Protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs durant la floraison
Tous les produits phytopharmaceutiques autorisés pendant la floraison du colza doivent être appliqués dans la plage de traitement de 5H soit 2H avant le coucher du soleil et 3H après le coucher du soleil (Arrêté du 20/11/2021 modifiant les conditions d’application des produits phytopharmaceutiques durant la floraison).
Les mélanges impliquant pyréthrinoïdes et triazoles en période de floraison ou de production d’exsudats sont formellement interdits. Si les 2 traitements doivent être effectués sur la même parcelle, un délai de 24 h minimum doit être respecté entre les applications et l’insecticide doit être appliqué en premier (arrêté dit « mélanges » du 12/06/2015).
Des solutions efficaces
La gamme fongicide disponible sur sclérotinia est globalement satisfaisante, avec des efficacités élevées (vérifier les efficacités dans notre tableau disponible en fin d’article).
La lutte fongicide contre le sclérotinia bénéficie depuis quelques années de nouvelles spécialités intégrant des substances actives récentes comme le méfentrifluconazole ou la mandestrobine. D’autres spécialités proposent des associations de substances actives connues, à des ratios nouveaux, en pack ou en associations toutes formulées. Le tout, dans un contexte de prix attractif pour les solutions à base de prothioconazole. Ces options offrent une efficacité comparable aux références du marché historiques.
Les triazoles classiques tels que le metconazole ou le difénoconazole restent une alternative efficace et éprouvée en fonction de la dose appliquée et de l’association de ces substances. En revanche, une majorité des produits à base de tébuconazole (dont Prosaro, Horizon EW, Custodia et Colnago) ne sont, depuis le 1er janvier 2026, plus autorisés à l’application en floraison. Veillez à vérifier si votre spécialité commerciale à base de tébuconazole bénéficie ou non d’une dérogation à cette interdiction auprès de votre fournisseur. Une liste – non exhaustive – des solutions impactées par les évolutions règlementaires à partir du 1er janvier est disponible dans notre guide culture téléchargeable en ligne et en fin d’article.
Pour garantir la durabilité de ces solutions et contenir l’évolution de la résistance du sclérotinia aux SDHI (boscalid, bixafen, fluopyram, isofétamide), l’emploi d’un fongicide reposant uniquement sur cette famille n’est pas recommandé. Une seule application par campagne de ce mode d’action est également préconisée.
La dose de produit sera à adapter selon le risque agronomique de la parcelle vis-à-vis du sclérotinia :
- En faible risque (pression historique modérée, retour du colza > 3 ans), toutes les solutions fongicides employées à demi-dose présentent un niveau d’efficacité satisfaisant, éventuellement associée à un biocontrôle.
En forte pression - rotation courte, attaque passée ou climat favorable - il est recommandé d’associer un SDHI à une autre matière active (le prothioconazole, le metconazole ou la dimoxystrobine).
Le fludioxonil, au mode d’action unisite, doit quant à lui être systématiquement associé à un autre fongicide, tel qu’un triazole ou une strobilurine.
A noter que les stratégies à double traitement (relais 10-15 jours après le stade G1) ne montrent pas de gain d’efficacité et sont rarement rentables, sauf situations à haut potentiel avec floraison longue ou apparition de maladies secondaires en fin de cycle.