Published on 30 September 2024 | Updated on 15 December 2025

Récolte tournesol, quelles pistes pour sauver les parcelles les plus tardives ? Sud ouest

Les situations de récolte du tournesol sont contrastées selon les secteurs du Sud-Ouest (en particulier, Aquitaine, Gers et H-Pyrénées). Tandis qu’elle est engagée de façon franche depuis la semaine du 17 septembre sur les parcelles issues des semis d’avril, une part importante des parcelles issues des semis de mai voire début juin restent encore vertes. Dans ces situations de nombreuses questions entourent la faisabilité de la récolte.

Les risques de pluies pour les jours à venir ainsi que la baisse des températures, peu propices à une évolution rapide de la maturité renforcent ces inquiétudes. Signalons par ailleurs, au risque d’assombrir encore le tableau, le développement de maladies du capitule, et en particulier du botrytis. Alors que le mois d’octobre pourra encore offrir quelques fenêtres pour la moisson, la question des leviers disponibles pour permettre de récolter certaines parcelles se pose.

Pour un certain nombre de situations, même si les parcelles de tournesol arrivent à maturité courant octobre, il sera possible de rencontrer des difficultés pour atteindre la norme de 9% d’humidité, en fonction du scénario météorologique. Par conséquent, il peut être préférable d’accepter de récolter un peu humide et engager des frais de séchage, plutôt que de prendre le risque de manquer une fenêtre de récolte et reporter le chantier. Ce report pouvant entraîner des conséquences sur le rendement (verse, dégâts d’oiseux, botrytis, etc.) et les conditions de préparation pour les semis de céréales. 

Quels frais en cas de récolte à un taux d’humidité supérieur à la norme ?

Le tableau ci-dessous propose des hypothèses économiques pour un rendement de 25 q/ha à 450€/t, proche du contexte de cette récolte. 

Dans le cas d’une récolte à 12% d’humidité et une hypothèse de coût de séchage à 30€/t, la différence entre le produit et les frais de récolte incluant le séchage est de 885€/ha. Selon cette même hypothèse, si le report de la récolte devait conduire à la perte de la culture, le manque à gagner par rapport à une récolte dans les conditions précédemment décrites, serait de 938€/ha (tenant compte du coût du broyage pour détruire la plante). 

A noter également dans ce cas de figure, une potentielle problématique liée à la quantité de graines viables au sol. Il est à noter qu’en conditions de récolte humides, le taux d’impuretés peut être plus ou moins élevé, et dépasser la norme de 2%. Dans ce cas-là, d’éventuels frais de nettoyage* (non pris en compte dans le tableau), peuvent être appliqués. 

Par conséquent, et comme dit l’adage, « ne vaut-il pas mieux tenir que courir ? »

(*) Selon différentes sources issues d’opérateurs du sud-ouest, le coût du nettoyage est variable, soit absent, soit avec un barème progressif estimé à 3€/t pour passer de 5% à 2% d’impuretés 8€/t pour passer de 8% à 2% d’impuretés

Tableau 1 : Simulations des résultats économiques liées à la récolte du tournesol selon différents taux d'humidité de graine, dans un contexte de rendement à 25 q/ha et un prix de graine de 450€/t

(1)Source Coûts des Opérations Culturales, Chambres d'Agriculture de France, nov. 2023
(2)base indicative 2023
(3) Gain net à récolter le tournesol = Produit brut-coût de récolte-coût de séchage + coût de broyage [€/ha]

 

Comment rendre possible la récolte de tournesol encore verts ? – Retour d’expérience de l’ANAMSO

Depuis plusieurs années, l’Anamso (Association Nationale des Agriculteurs Multiplicateur de Semences Oléagineuses) œuvre à la recherche d’alternatives à la disparition du Réglone, produit dessiccant aujourd’hui interdit. Parmi les différentes pistes explorées, celle de l’utilisation de l’AngioSTOP (engrais CE), proposée par AgroNutrition, couplée à du matériel de récolte spécifique. 

La pratique consiste à appliquer sur le tournesol encore à 30-40% d’humidité (humidité de l’échantillon brut). L’AngioSTOP agit par contact pour assécher le tiers supérieur du pied de tournesol, et le rendre ainsi récoltable. Les organes inférieurs de la plante, tige et feuilles peuvent cependant rester verts, selon l’état d’avancement de maturité lors de l’application. Pour cette raison, la récolte doit consister à ne prélever que le capitule, à l’aide d’une coupe spécifique tournesol ou de cueilleurs (cueilleurs tournesol ou maïs avec adaptation tournesol). Avec un autre type d’équipement, comme une coupe à céréales à pailles adaptée avec des plateaux, il existe un risque de faire monter dans la moissonneuse trop d’organes verts. La conséquence en serait alors d’importantes difficultés de battage, notamment le bouchage des grilles et une augmentation du taux d’impuretés liée à l’humidité de la végétation. 

Figure 1: Evolution du tournesol en 4 jours après application d'AngioSTOP, comparée sur le même délai à un témoin non traité (Source Anamso) 

L’Anamso met en évidence l’intérêt de travailler à une dose de 15 l/ha d’AngisSTOP, avec environ 100 à 120l d’eau, soit un volume total de bouillie autour de 130l/ha. Le délai entre l’application de cette solution et la récolte est de l’ordre de 4 à 6 jours. Ce délai est peu dépendant d’éventuelles pluies, entre l’application et la récolte. Le coût indicatif de l’AngioSTOP est de 60€/ha pour une application à 15 l/ha. 

Il s’agit d’un « accélérateur de récolte » et non d’un défanant tel que l’était le Réglone. Par conséquent, il n’y a pas d’intérêt particulier à étendre le délai au-delà de 4 à 6 jours. Aucune perte d’humidité sur graine n’est à attendre de ce produit. En effet, l’humidité de la graine va rester sensiblement identique entre l’application du produit, et la récolte 4-6 jours plus tard. Cependant, cela va permettre de diminuer le taux d’humidité de l’échantillon brut, en réduisant la part d’humidité lié aux impuretés, en particulier les morceaux de capitules. Ainsi, un échantillon brut à 30% d’humidité peut être ramené à 18%, uniquement lié à la perte d’eau dans les impuretés. Le taux d’impuretés à la récolte sera variable, mais peut être estimé à 10%.

Les travaux conduits par l’Anamso montrent également l’intérêt d’une pulvérisation avec des grosses gouttes en utilisant des buses anti-dérives à injection d’air, type AIXR. Alors que des petites gouttes auraient pu sembler préférables pour une action de contact, en augmentant la surface touchée, il apparait des problèmes d’évaporation et donc de moindre efficacité.

D’intérêt en multiplication de semences, cette pratique peut-elle être une solution en tournesol conso ?

Le surcout lié à l’application du produit idéalement avec un enjambeur, l’écrasement associé au passage, le recours à un outil de récolte adapté et les frais de séchage, indiquent avant même de donner un chiffrage, que ce type de solution ne peut s’adresser qu’aux situations les plus tardives. 
Cette approche de la récolte peut s’envisager techniquement, sous réserve d’une part de disposer du matériel nécessaire (cueilleurs ou coupe adaptée). D’autre part, de la capacité de l’organisme stockeur à sécher la production en fonction des volumes attendus, au regard de la complexité et du risque d’inflammabilité lié au séchage du tournesol. 

Figure 2 : Récolte de tournesol après application d'AngioSTOP à droite, comparée au témoin non traité à gauche ( Source Anamso)

Sur le plan économique cette fois-ci, cette approche peut représenter une solution au regard du scénario actuel pour les parcelles tardives. Le tableau ci-dessous présente les hypothèses de gain net à récolter en tenant compte de ces surcoûts, par rapport à une destruction de la culture. Nous retenons un prix de vente actuellement de 450€/t et un rendement brut de 25 q/ha. Pour une humidité à la récolte de 18% et 10% d’impureté, le gain net à récolter est de 517€/ha, par rapport à une destruction de la culture. 
A noter que les hypothèses de prix formulées sont indicatives. Le chantier de récolte, s’il doit faire intervenir un prestataire extérieur, sera bien entendu à adapter. 
 

Tableau 2 : Simulation sur gain net à récolter le tournesol après application d’AngioSTOP

(1) par rapport à une absence de récolte (broyage) 
(2) avec taux d'impuretés compris de 6% à 9% (taux d’impuretés augmentant avec le taux d’humidité des graines)
(3) produit commercial AngioSTOP (Agronutrition), facilitant la récolte de tournesols très humides, prix indicatif 60€/ha (4€l à 15l/ha)

 

Votre contact régional:

  • Arnaud Micheneau (a.micheneau@terresinovia.fr) - Sud Nouvelle Aquitaine, Gers, Hautes-Pyrénées
  • Quentin Lambert (q.lambert@terresinovia.fr) – Centre et Est Occitanie
  • Alexandra Denoyelle (a.denoyelle@terresinovia.fr) - Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur