Published on 27 May 2024 | Updated on 15 December 2025

Un printemps humide et doux : vigilance sur les maladies foliaires des LAGs de printemps !

Les derniers mois ont été particulièrement pluvieux sur l’ensemble du territoire français. L’augmentation des températures moyennes avec l’avancée du printemps crée les conditions favorables pour le développement des maladies fongiques foliaires des cultures de printemps, dont la lentille, le pois et la féverole. La surveillance est à accroitre pour identifier si les parcelles sont impactées.

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Figure 1 : (gauche) Moyenne des températures sur le territoire français sur la période du 15 mars au 18 mai ; (droite) Cumul de pluies sur cette même période (Terres Inovia, donnée Météo France)

Lentille : Quelles maladies peuvent se développer sur la culture ?

Ascochytose

L’ascochytose (Ascochyta lentis) est une maladie aérienne qui se développe sur le feuillage, les tiges et les gousses sous forme de nécroses brunes, lesquelles présentent des ponctuations (formes de reproduction) au centre. Une forte attaque provoque des cassures de tiges, la chute prématurée des feuilles et l’avortement des fleurs et des gousses. Elle est favorisée par des printemps doux et pluvieux.

En cas de conditions climatiques favorables aux maladies (printemps doux et humides, couvert dense, verse) : assurez une protection préventive avec un traitement au début de la floraison.

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Symptômes d’ascochytose sur tiges et feuillage de lentille.

Botrytis

Couramment appelée « pourriture grise » sur les légumineuses potagères sèches, dont la lentille, le botrytis (Botrytis cinerea) se développe lorsque le printemps est très humide.

Sclérotinia

​​​​​​​Le sclérotinia (Sclerotinia sclerotiorum) peut être observé sur lentille sous forme d’un mycélium blanc à l’intérieur des tiges avec présence de sclérotes. La maladie entraîne un dessèchement des plantes.
La maladie se gère surtout en préventif à l’échelle de la rotation en limitant le nombre d’espèces hôtes.

Rouille

La rouille (Uromyces viciae) apparaît plutôt en fin de cycle lorsque les températures sont élevées, sous la forme de pustules sur les faces inférieures des feuilles et sur les tiges. Cette maladie est très peu fréquente sur la lentille depuis plus de 5 ans.

Quel programme peut être envisagé selon le niveau d’attaque ?

Stade d’intervention Début floraison   Début floraison + 15 j *
Cas 1 : Intervention préventive, quelques symptômes sont observés mais peu développés   AMISTAR 0.8 l/ha
Ou AMISTAR 0.4 + PROSARO 0.4 
 LUNA SENSATION 0,8 l/ha ou PICTOR ACTIVE 0,5 l/ha à 0.8l/ha dose à adapter en fonction de la progression de la maladie et des conditions climatiques
Cas 2 : Les symptômes sont très développés sur la parcelle     PROSARO 0.8 l/ha
Ou
PICTOR ACTIVE 0.8 l/ha
PROSARO 0.5 à 0.8 l/ha
OU
LUNA SENSATION 0.5 à 0.8 l/ha
Dose à adapter en fonction de la pression et des conditions climatiques

Respecter un délai minimum de 14 jours entre 2 applications. Respecter les délais avant récolte.​​​​AMISTAR : une seule application par an sur les sols drainés (>45% d’argile). PICTOR ACTIVE : fractionnement possible en 2 applications à la dose maximale de 0,5 l/ha avec 14 jours minimum entre deux applications.

Dans le cas de symptômes faiblement développés, une intervention fongique peut être réalisée dès l’apparition des premiers symptômes. L’application de AMISTAR 0.8l/ha va permettre de contenir la pression en particulier sur ascochytose. L’action de cette spécialité est plutôt préventive sur ascochytose, d’où la nécessité d’une intervention avant l’explosion des symptômes. Il est également possible d’appliquer un mélange AMISTAR 0.4 + PROSARO 0.4 pour une action préventive et légèrement curative en cas de foyers.

Si les symptômes sont déjà bien présents sur la plupart des plantes et des conditions climatiques favorables annoncées (pluie et douceur) une intervention avec PICTOR ACTIVE 0.8l/ha ou PROSARO 0.8l/ha est recommandée).

Si les conditions climatiques favorables persistent, que la maladie continue d’évoluer ou que la rouille apparaît, une seconde intervention sera peut-être nécessaire. Dans ce cas, des solutions sont disponibles, avec des DAR plus retreints, telles que Pictor Active (0,5 ou 0.8 l/ha) ou encore Luna Sensation (0,5 à 0,8 l/ha), dose à adapter en fonction du premier tr​​​​​aitement déjà réalisé, de la pression maladie observée et des conditions climatiques annoncées.
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Attention, dans le cas du sclérotinia la protection foliaire contre l’ascochytose aura une action uniquement préventive.

Pois de printemps : des maladies déjà présentes

Ascochytose du pois

L’ascochytose, maladie aérienne la plus fréquente, est due à un complexe de 3 champignons nécrotrophes présents individuellement ou simultanément sur la culture (Didymella pinodes, Phoma medicagnis var pinodella et Ascochyta pisi)

Les symptômes progressent du bas vers le haut de la plante et affectent tous les organes. Des ponctuations de couleur brun foncé apparaissent sur les feuilles puis évoluent en nécroses irrégulières. Des nécroses violacées à brunes s’installent à la base des tiges. Si celles-ci sont ceinturées par la maladie, les plantes deviennent alors plus sensibles à la verse.

Complexe Ascochyta pisi / Colletotrichum sp

Ce complexe de deux champignons est observé sur pois d’hiver et de printemps depuis quelques années seulement.
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Sur feuilles, les symptômes apparaissent sous forme de taches plus ou moins rondes à ovales, de couleur claire, souvent cernées d’une marge brune, avec des points noirs au centre (fructifications). Ces symptômes évoluent de façon plus ou moins régulière, parfois sous forme de ‘coulures’. La maladie accélère la senescence des feuilles qui peuvent paraitre ‘grillées’. Sur tiges les mêmes types de symptômes peuvent conduire à des cassures. Sur gousses, on observe des nécroses plutôt arrondies assez caractéristiques, de couleur marron, puis orangé-saumon, voire noires lorsqu’elles vieillissent et sèchent. Les graines peuvent également être touchées et ne doivent pas être ressemées, la maladie pouvant être transmise par la semence.

Botrytis (Botrytis cinerea)

Le botrytis occasionne une pourriture grise sur les fleurs, et parfois à l’aisselle des feuilles suite à la chute des pétales contaminés. Le symptôme le plus caractéristique est une pourriture marron sur les gousses, suivie d’un dessèchement.

Mildiou (Peronospora pisi)

Sur la face supérieure des feuilles on observe des nécroses claires à bords nets. Sur la face inférieure, un feutrage blanc puis gris violet. La nuisibilité est alors très souvent faible à nulle, excepté si une surface importante est touchée.
Des températures inférieures à 18 °C, une humidité élevée et un temps peu ensoleillé favorisent le développement du mildiou. En revanche, un temps chaud (> 25 °C) et sec stoppe le développement de cette maladie.

Quel programme peut être envisagé ?

Les pois de printemps s’approchent de la floraison. Selon la pression maladies, une première intervention peut s’envisager à l’ouverture des premières fleurs, avant la fermeture du couvert. Si un temps humide persiste, une seconde intervention sera envisagée à mi-floraison. A noter qu’en cas de présence du complexe Ascochyta pisi/ colletotrichum sp., privilégiez le Pictor Active ou une base triazole, plus efficace dans la gestion curative de ces pathogènes.

Féverole : une campagne calme pour le moment

Botrytis (Botrytis fabae)

Le botrytis est une maladie aérienne, provoquée par un champignon, Botrytis fabae. Les plantes atteintes présentent de très nombreuses petites taches brun-chocolat de 2 à 3 mm de diamètre qui s’accroissent pour former des taches rondes ovales bien délimitées, entourées d’un halo foncé. Ces taches évoluent, deviennent coalescentes et peuvent nécroser entièrement les feuilles, entrainant leur chute prématurée. Sur tige, des symptômes du même type mais plus allongés apparaissent. La maladie est favorisée par une humidité élevée et des températures supérieures à 20°C.

Elle est très fréquente et est observée dans tous les bassins de production. La nuisibilité peut-être très élevée en cas de forte attaque.​​​​​​​

Rouille

La rouille (Uromyces fabae) se développe sur le feuillage sous la forme de pustules brun-rouge auréolées d’un anneau plus clair. Lorsque les conditions climatiques sont favorables (temps chaud >20°C et humide) la rouille peut recouvrir, parfois très rapidement, la totalité des feuilles et parfois des tiges, provoquant un dessèchement prématuré des plantes. C’est une maladie fréquente et très préjudiciable.

Mildiou (Peronospora viciae)

En végétation, des contaminations secondaires peuvent apparaître. On observe alors des zones décolorées sur la face supérieure des feuilles et un feutrage mycélien gris-blanc sur la face inférieure. Les zones touchées finissent par se dessécher. Le mildiou se déclare essentiellement lorsque les températures sont fraîches (<18°C) et le temps humide et couvert. Cette maladie est souvent peu nuisible.

Quel programme peut être envisagé ?

Les féveroles de printemps sont encore au stade feuilles, et la pression maladie est faible pour le moment.
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Une intervention à début floraison pourra être envisagée si un temps humide persiste et que des symptômes sont visibles sur le bas des tiges. En cas de forte présence du botrytis, une base SCALA apportera plus d’efficacité en curatif.

Zoé Le Bihan, Agathe Penant, Bastien Remurier, Anne Moussart, Gwénola Riquet