Interview : Serge Zaka, agroclimatologue, président d’AgroClimat2050
Ce scientifique est intervenu lors de la journée technique de Concerto le 24 novembre dernier. En quoi ce projet piloté par Terres Inovia a valeur d’exemple ? Interview.
Serge Zaka, on vous définit comme un lanceur d’alerte, comment l’expliquer ?
Je suis un scientifique. Comme je travaille sur l’avenir, toujours de façon sourcée et chiffrée, je suis qualifié de lanceur d’alerte. Mais cette dénomination pourrait aussi être appliquée à un agriculteur qui innove et qui essaie d’avertir les autres producteurs sur la nécessité de développer la fertilité du sol, d’avoir une approche paysagère, de bien choisir ses variétés, de mettre en place une agriculture de conservation des sols pour adapter l’agriculture au changement climatique.
Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux travaux de Concerto ?
Je suis un scientifique de terrain et j’aime aller voir les terres agricoles. C’est bien plus impactant d’intervenir au cœur des campagnes au plus proche des problématiques des producteurs, que dans une salle parisienne de 1000 personnes. Derrière les territoires, il y a des projets tellement intéressants.
En quoi les leviers mis en place par le projet Concerto vont dans le bon sens pour s’adapter au changement climatique ?
En amont de cette conférence, j’ai beaucoup discuté avec les pilotes du projet de Terres Inovia sur les problématiques qu’ils travaillent: les ravageurs, les insectes auxiliaires, les paysages, les haies, les oiseaux… Ce qui est intéressant, c’est que ce projet travaille sur un écosystème. En mettant en place des solutions liées aux insectes auxiliaires et aux paysages, Concerto travaille aussi sur l’eau, l’évapotranspiration, le microclimat de la parcelle. Les solutions proposées par Concerto peuvent résoudre beaucoup de problèmes environnementaux, écosystémiques et climatiques. Ce sont des leviers qui permettent une vraie adaptation au changement climatique.

Comment généraliser ces pratiques au-delà du groupe d’agriculteurs impliqué dans le projet ?
Certains agriculteurs seront davantage sensibilisés par le climat, d’autres sur l’écosystème ou le stockage du carbone… Or, les problèmes à résoudre, qu’ont les agriculteurs, chacun de leur côté, peuvent être résolus par un seul levier, qui peut solutionner plusieurs problèmes à la fois. Par exemple, investir dans une haie joue à la fois sur l’eau, la biodiversité, la qualité du sol, les nappes phréatiques, les ravageurs.
Ils peuvent alors servir d’exemple ?
Oui, Concerto est un exemple de terrain sur un territoire complet. Souvent, les agriculteurs ne savent pas par où commencer. Ce qui est intéressant dans ce projet, c’est de savoir qu’il est possible d’actionner ces leviers à l’échelle d’un paysage, collectivement. Il peut alors être un exemple qui peut être transposé à d’autres territoires dans lesquels il est possible de concilier la rentabilité économique et la gestion vertueuse des paysages.
Est-ce qu’il existe une agriculture idéale ?
Non, aucune forme d’agriculture ne peut répondre à la fois à des exigences liées à l’environnement, au climat, à la main d’œuvre, aux coûts, au rendement… Il y a tellement d’éléments à prendre en compte que l’objectif est juste de trouver le meilleur compromis.

Qui est Serge Zaka ?Serge Zaka est un ingénieur agronome, docteur en agroclimatologie et chasseur d'orages franco-libanais. Après ses études, il se fait connaître en tant que lanceur d'alerte sur les impacts du changement climatique sur la production agricole. Il tente de sensibiliser aux effets du changement climatique et de lutter contre les discours climatosceptiques. Il est l’auteur d’une thèse sur l’impact de la température sur les espèces fourragères à partir d’expérimentations en chambres de culture et de modélisations et se spécialise dans l’impact des paramètres climatiques, notamment le stress thermique et hydrique. Très suivi sur les réseaux sociaux (son compte X totalise plus de 100 000 abonnés), il s’est fait connaître dans les milieux agricoles et politiques en alertant de l’impact du gel sur la production agricole.
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Retrouvez Serge Zaka en vidéo
Terres Inovia se mobilise pour l’agriculture numérique
Suivi des cultures, gestion des intrants, prédictions climatiques… Le numérique dote les agriculteurs d’outils pour permettre aux cultures d’être plus compétitives.
Accélérer le développement de solutions innovantes
Pour faire émerger ces nouvelles technologies dans le monde agricole, Terres Inovia est partenaire, avec La ferme digitale et Sofiprotéol, du 3ème appel à projets proposant des solutions innovantes et concrètes pour les oléo-protéagineux. L’objectif : accélérer le développement de solutions innovantes pour répondre aux enjeux prioritaires de ces cultures, la recherche d’alternatives aux produits phytosanitaires pour la gestion des bioagresseurs et de solutions d’adaptation au changement climatique et à l’enjeu de décarbonation.
Ce nouvel appel à candidatures se clôturera le 15 décembre 2025. La date limite pour répondre à l’appel à manifestation d’intérêt est le 10 novembre. Comme l’an dernier, les lauréats de cet appel à projets seront divulgués en février à l’occasion du Salon international de l’agriculture. Une enveloppe globale de 250 000 euros issue du FASO, le fonds interprofessionnel géré par Sofiprotéol, sera consacrée à soutenir de 2 à 5 projets.
Trois thématiques centralesLes projets innovants devront porter sur les trois axes choisis par l’appel à projets : • L’adaptation aux effets du changement climatique à court et moyen terme : ajuster les rotations ou les assolements, prédire les risques, économiser des intrants, optimiser la fertilisation azotée, anticiper les besoins hydriques des cultures, suivre les itinéraires techniques et la qualité des récoltes… • L’optimisation de la gestion des bioagresseurs au travers des outils numériques : favoriser l’intégration des leviers agronomiques comme les biosolutions dans les programmes de traitement, évaluer de nouvelles substances actives grâce à l’intelligence artificielle… • Le développement de solutions pour la gestion et le suivi des dégâts d’oiseaux au moment des semis afin concevoir des stratégies de gestion efficaces. Elles interviennent alors à l’échelle des territoires plutôt qu’à celle de la parcelle.
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Le rôle de Terres Inovia : un expert scientifique et une remontée des besoins du terrain
Pour Terres Inovia, l’objectif de cet appel à projets est « de faire émerger les nouvelles technologies numériques appliquées à l’agricultures, mais surtout d’intéresser les entreprises numériques aux oléo-protéagineux, précise Jean-Eudes Hollebecq, ingénieur en nouvelles technologies en agriculture chez Terres Inovia. Des innovations sur la fertilisation ou les atouts d’insérer des légumineuses dans des systèmes de culture concernent notre filière, mais peuvent aussi s’adapter à d’autres car ils permettent de gérer les bioagresseurs ».
Terres Inovia est un partenaire actif de cet appel à projets. « Nous contribuons à définir les enjeux de recherche prioritaires de l’appel à projets et participons au comité de pilotage pour émettre un avis scientifique sur les projets déposés ».
L’institut technique apporte ainsi une expertise technique, mais aussi des remontées des besoins du terrain : « Terres Inovia aide à définir les besoins prioritaires comme l’adaptation au changement climatique, la gestion de la fertilisation, la valorisation de pratiques agricoles vertueuses et durables, la gestion des bioagresseurs ».
Le rôle de Terres Inovia ne s’arrête pas là. « Nous regardons, dans la sélection des dossiers, la faisabilité technique, s’il y a un apport nouveau et innovant et si cela répond aux besoins des agriculteurs ».
Une fois les lauréats sélectionnés, un référent technique de l’institut est même chargé de suivre le projet. Il peut ainsi apporter son expertise, proposer des évolutions et trouver éventuellement des synergies avec d’autres travaux de Terres Inovia.

Des capteurs pour observer les insectes sur la plateforme de phénotypage de Toulouse, un exemple des travaux de Terres Inovia sur l'agriculture numérique
Pourquoi ce partenariat ?Jean-Eudes Hollebecq, ingénieur pour les nouvelles technologies en agriculture de Terres Inovia « Ce partenariat apporte à notre institut une vraie veille technologique sur les outils innovants dans le domaine de l’agriculture numérique. Il permet aussi d’orienter les travaux des entreprises numériques sur les problématiques rencontrées sur les oléo-protéagineux » |
- Consulter le dossier de candidature
- Candidatures à envoyer à camille.jouan@sofiproteol.com
- Le retour auprès des porteurs de projets s’effectuera en janvier 2026 et l’annonce officielle des lauréats se déroulera lors du Salon international de l’agriculture 2026.
Zoom sur Séléopro : accompagner la recherche semencière
Ce dispositif de soutien à la recherche semencière est un levier stratégique pour développer des variétés plus performantes pour le colza et le tournesol. Au moment où Séléopro publie son rapport d’activité, coup de projecteur sur le rôle central de Terres Inovia, avec Martine Leflon, responsable du département génétique et protection des cultures de Terres Inovia.
Lors du Carrefour tournesol de Séléopro, organisé à Auzeville (31), les 10 et 11 février 2025
Séléopro vient de publier son rapport d’activité. Pouvez-vous nous dire quel est l’objectif de ce dispositif ?
Sa vocation est d’orienter et de soutenir les travaux des équipes de recherche sur des thématiques d’importance pour le colza et le tournesol pour favoriser l’innovation variétale et permettre à ces deux cultures d’être plus compétitives.
Comment, concrètement, ce dispositif est un levier stratégique pour soutenir la recherche semencière ?
Le dispositif finance et oriente les actions de recherche, par le biais de ses appels à projets et de son comité scientifique. L’objectif est d’apporter des connaissances et des outils pour améliorer les variétés ou les méthodes de sélection. Financé par Sofiproteol pour le compte du Fonds d’Actions Stratégiques des Oléagineux et Protéagineux (FASO), Terres Univia, Terres Inovia et l’Union Française des Semenciers, c’est un lieu d’échanges entre les acteurs de la filière, la recherche publique et les entreprises privées comme les semenciers. Ce dispositif permet de créer ce lien précieux pour faire avancer la recherche sur les variétés. Cette synergie, c’est la force de Séléopro, et c’est ça qui permet de rendre nos cultures plus compétitives grâce à la recherche.
Quel est le rôle de Terres Inovia ?
En plus d’être co-financeur du dispositif, Terres Inovia participe au comité scientifique, qui sélectionne les projets dans le cadre de ses appels à projets. Mais surtout, notre rôle est d’encourager les échanges entre les équipes de recherche publique et les sélectionneurs pour créer des communautés de recherche sur ces deux cultures : nous animons au sein de Séléopro une commission colza et une commission tournesol, auxquelles ne participent que des volontaires, privés ou publics, pour partager des visions sur les travaux à mener ou des informations sur des actions en cours. Nous organisons chaque année les carrefours de la sélection (colza et tournesol) qui permettent via du partage d’informations et des échanges informels, de créer et de maintenir une réelle communauté de recherche sur ces cultures, avec à la clé de nouvelles idées et de nouvelles collaborations.
Quatre grands thèmes de recherche
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Pour en savoir plus sur Séléopro
Séléopro : la recherche semencière au coeur des enjeux de Terres Univia
Séléopro, moteur d'une recherche semencière oléagineuse ciblée et collaborative
La présentation synthétique de Séléopro
Revivez les Carrefours du colza et du tournesol 2025
AGLAE
l'Agence de l’eau Adour-Garonne
192 700€
Périodes de 24 mois reconductibles Oui NationalLes enjeux
Les enjeux de durabilité encouragent les agriculteurs à la mise en œuvre de pratiques innovantes. Mais, dans un environnement instable et complexe, il est difficile d’expérimenter de nouvelles pratiques sans se baser sur des références techniques fiables. L’enjeu du projet est de fournir un référentiel de pratiques agroécologiques innovantes en Grandes Cultures Polycultures Elevage, éprouvées dans divers contextes de production en Occitanie. La plus-value du projet AGLAE consiste en la qualification de ces pratiques par un comité d’experts réunissant enseignement, instituts techniques et de recherche, coopératives, négoces, chambres d’agriculture, auquel Terres Inovia participe. Le comité évalue les performances des pratiques identifiées, ainsi que la prise de risque liée à leur mise en œuvre dans les exploitations de la région.
Les objectifs
- Structurer un dispositif de repérage de l’innovation dans les exploitations agricoles organisées au sein de collectifs d’agriculteurs.
- Mettre en place un processus pour identifier et qualifier (avec une série d’indicateurs) des pratiques.
- Alimenter la réflexion des agriculteurs et favoriser l’appropriation de leviers agroécologiques éprouvés
- Sécuriser le conseil en proposant un outil aux conseillers pour accompagner la transition agroécologique.
Les résultats attendus
- Faire connaître les leviers permettant de s’engager vers des pratiques agroécologiques.
- Sécuriser le changement des pratiques et favoriser les transitions.
- Fournir une palette de retours d’expérience contextualisés et de leviers utilisés localement comme support à l’enseignement agricole.
- Outiller les conseillers sur la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires et la fertilité des sols au travers d’exemples concrets.
- Sécuriser le conseil par la diffusion de supports techniques fiables et partagés à l’échelle régionale.
- Constituer une ressource technique pour de nouveaux groupes d’agriculteurs.
- Mettre en réseau des acteurs de la chaîne d’innovation à l’échelle régionale.
- Mettre en place des expérimentations à partir des leviers identifiés.
Le rôle de Terres Inovia
Partenaire
- Membre du comité d’experts qui assure la qualification des pratiques
- Rédacteur de fiches témoignages
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Stratégies alternatives opérationnelles au retrait du phosmet pour réduire les attaques et la nuisibilité des ravageurs d’automne du colza.
Ouverture Occitanie
Accompagner la transition agroécologique de 30 exploitations agricoles en Occitanie
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Colza
Pois d'hiver
Tournesol
Pois de printemps
Soja
Féverole d'hiver
Féverole de printemps
Lentille
Pois chiche
Lin d'hiver
Lin de printemps
Lupin d'hiver
Lupin de printemps
Cameline
Chanvre
Ravageurs
Fertilité et gestion durable des sols
CONCERTO
Gestion agroécologique concertée des insectes ravageurs en grandes cultures
Myco-Risk
Création d’une grille de risque pour le Mycosphaerella du colza
Matthieu Abella m.abella@terresinovia.fr
01 septembre 2019 Agir pour la transition agroécologique CRA Occitanie En cours CompatibleAdaptation au changement climatique : le point avec l’Académie de l’Agriculture
Comment rester compétitif dans le secteur des grandes cultures malgré le changement climatique ? Une conférence au Salon International de l’Agriculture a été organisée sur le stand de l’Acta par l’Académie de l’Agriculture. Xavier Pinochet, expert stratégique scientifique de Terres Inovia, et Philippe Gate, ex-directeur scientifique d’Arvalis, ont fait le point sur les connaissances actuelles.
Les aléas et les excès climatiques peuvent affecter la compétitivité des cultures. « La variabilité des rendements est principalement une affaire de climat, avec de grandes proportions, par exemple pour le blé, selon le niveau de stress hydrique », confirme Xavier Pinochet. De même, le rendement peut varier selon les réserves utiles d’eau et la capacité d’irrigation des bassins de production.
Xavier Pinochet et Philippe Gate lors de la conférence sur l'adaptation au changement climatique, sur le stand de l'Acta, au Salon international de l'Agriculture.
Une combinaison de leviers à explorer
Lors de cette conférence, qui a détaillé les aspects variétaux et la physiologie des plantes, Xavier Pinochet et Philippe Gate ont mis en avant les différents leviers agronomiques pour s’adapter au changement climatique, et donc rester compétitif :
• L’amélioration génétique des variétés
• Ajuster le choix des espèces d’hiver et de printemps selon les conditions pédoclimatiques
• Un semis précoce
• Une diversification des cultures
• Une mise en place de couverts
• Des associations d’espèces
Les nouvelles technologies, un support pour rester compétitif
Les outils de phénotypage modernes qui permettent des mesures plus fréquentes et précises, associés à des capacités de modélisation et aux outils moléculaires , offrent des gains d’efficacité dans la recherche de meilleures résistances à la sécheresse. « Par exemple, sur la plateforme Heliaphen, à l’INRAE de Toulouse, un robot permet, pour le tournesol et le soja, aussi bien des travaux de recherche que de l’évaluation variétale sur des critères nouveaux pour s’adapter au changement climatique ».
Variétés précoces et diversification des cultures parmi les solutions
Parmi les adaptions possibles, Xavier Pinochet mentionne également la précocité des variétés : « pour le soja, des variétés très précoces ont pu voir leur rendement et des teneurs en protéines s’améliorer, ce qui a permis de développer des surfaces dans l’Est de la France ».
La diversification des cultures est également un des leviers phares pour mieux s’adapter à ces aléas climatiques. « Certaines légumineuses ont des marchés qui permettent une belle valorisation économique et compenser un rendement inférieur, c’est intéressant pour l’agriculteur ». Pour continuer à rester compétitif, la solution passe par une combinaison de leviers, génétiques et agronomiques, pour limiter la variabilité des rendements. « Nous devons concilier toutes ces solutions dans un cadre agroécologique », conclut Xavier Pinochet.
Pour visionner la conférence (à partir de 13’03)
SIA 2025 : « Anticiper les impacts du changement climatique »
Lors du Salon international de l’agriculture, qui vient d’ouvrir ses portes à Paris, Gilles Robillard, le président de l’institut technique, est intervenu lors d’une conférence organisée par SEMAE sur le changement climatique.
Face au changement climatique, quelles évolutions des pratiques sont nécessaires, pour répondre aux attentes et demandes des agriculteurs aujourd’hui et demain ? Lors d’une table-ronde organisée par SEMAE, au Village Semences, dimanche 23 février, le président de Terres Inovia a mis en avant la mobilisation de l’institut technique « pour anticiper ces impacts et travailler sur les opportunités induites par le dérèglement climatique ».
Une dynamique partenariale indispensable
Comment Terres Inovia accompagne les agriculteurs pour limiter les effets du changement climatique ? « Sur le colza, nous travaillons sur la rotation des cultures et les implantations mais aussi sur la façon de créer des colzas robustes. Nous insérons maintenant la cameline dans les rotations en intercultures ».
Pour donner aux agriculteurs des leviers pour s’adapter à ces dérèglements climatiques, « la recherche semencière est indispensable car nous avons besoin d'espèces plus résilientes face au climat et des variétés capables de réponses aux enjeux de la transition écologique. La dynamique partenariale est indispensable et le rôle de l’institut technique est justement de tester les nouvelles variétés avant qu’elles soient déployées ».
Climate Farm Demo : adaptation au changement climatique des fermes européennes
Fin octobre, Terres Inovia s'est rendu à la réunion annuelle du Climate Farm Demo à Ljubljana, en Slovénie. Ce projet européen promeut les pratiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre et l'adaptation au changement climatique dans les exploitations agricoles de l’Union européenne.
La réunion annuelle du projet européen Climate Farm Demo s'est tenue du 22 au 24 octobre 2024 à Ljubljana, en Slovénie. Ce projet vise à promouvoir les pratiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre et l'adaptation au changement climatique dans les exploitations agricoles de l’UE.
Terres Inovia est l’un des six instituts techniques agricoles français partenaires. La réunion a permis de faire le point sur l'avancée des travaux, de partager des connaissances et des méthodes pour accompagner les agriculteurs et organiser des visites de fermes.
Les participants ont profité de l'événement pour visiter deux exploitations agricoles slovènes faisant partie du réseau des 1500 fermes pilotes engagées dans la démonstration de stratégies d’adaptation au changement climatique et d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. L’objectif de ce réseau est de toucher 150 000 personnes en organisant des visites et en présentant les résultats obtenus.
Deux fermes témoins
La première ferme, exploitée par Bojan Cajhen à Pšata, pratique l'agriculture conventionnelle sur 72 hectares de cultures et 19 hectares de prairies. Elle est spécialisée dans la production de lait de vache. La deuxième ferme, située à Verje, est exploitée par Štefan Čebašek en agriculture biologique. Elle comprend 30 vaches allaitantes, 16 hectares de cultures, 0,4 ha de vergers, 9 hectares de prairies permanentes, un moulin et une boulangerie.
Les projets de ces deux fermes ont permis d’illustrer les leviers d’atténuation des gaz à effet de serre et d’adaptation au changement climatique : inhibiteurs de nitrification, additifs pour réduire les émissions de méthane des ruminants, installation de panneaux solaires, stockage du carbone dans le sol, réduction du travail du sol et implantation de cultures d’hiver pour mieux tolérer la sécheresse.
Contact : F. Flénet, f.flenet@terresinovia.fr
Pois d’hiver : retours sur la campagne, les leviers de réussite et les perspectives d’avenir
La campagne pois d’hiver 2023-2024 a connu, comme toutes les grandes cultures, des conditions climatiques exceptionnelles. La pluviométrie hors normes et continue du semis à la récolte a induit des rendements très faibles pour le pois d’hiver à l’instar d’autres cultures. Cependant, le pois d’hiver, à l’image des protéagineux, reste une culture essentielle dans les rotations.
Les experts de l’institut technique Terres Inovia ont identifié quatre enseignements techniques permettant la réussite du pois d’hiver, leviers qui ont montré leur efficacité en 2024 et devant être déployés largement pour la réussite de la prochaine campagne. Des perspectives positives pour cette culture sont aussi attendues dans les prochaines années : des engagements financiers interprofessionnels conséquents soutiennent sur la durée des programmes de recherche et de structuration de filière pour le pois d’hiver. Le pois, types hiver et printemps confondus, connaît en effet une forte demande. Il constitue une culture essentielle pour répondre aux objectifs de souveraineté protéique que ce soit en France ou en Europe.
Retour sur le cas particulier de la campagne pois d’hiver 2023-2024
La campagne 2023-2024 s’est démarquée fortement des campagnes précédentes par sa pluviométrie exceptionnelle. Si le sud de la France a été épargné et a connu de bons rendements, la moitié nord a été particulièrement impactée par des pluies constantes du semis à la récolte. De ce fait, la pression des maladies, dominée par le champignon Colletotrichum sp., a été extrêmement forte sur le pois d’hiver induisant en sortie de campagne, le retournement et la non-récolte de près de 60 % des surfaces de pois d’hiver hormis dans le sud. A noter que sur les trois dernières années, le pois d’hiver représentait entre 30 et 35 % des surfaces de pois au niveau national.
Les clés de la réussite du pois d’hiver
Dans le contexte climatique évoqué, les experts de Terres Inovia ont pu identifier quatre clés techniques qui ont prouvé leur efficacité pour maîtriser le risque de gel et de maladies précoces du pois d’hiver :
1. Le choix d’une parcelle adaptée, certaines parcelles étant plus susceptibles d’entretenir les maladies,
2. Le choix variétal selon le contexte pédoclimatique de chaque parcelle*: préférer des variétés résilientes grâce au classement des variétés souvent moins impactées par les maladies, des variétés tolérantes au froid et vigoureuses en sortie d’hiver (pour limiter l’exposition à la maladie en bas de tiges), privilégier les semences certifiées, moins susceptibles de véhiculer des maladies,
3. La maîtrise de l’implantation : éviter les problèmes de lissage et de compaction lors de la préparation du sol pour permettre une meilleure infiltration de l’eau, bien choisir la date de semis (de mi-novembre à mi-décembre), réaliser un semis régulier à 5-6 cm de profondeur pour protéger le bas des plantes, respecter des densités de semis au regard du taux de germination, envisager les associations en bio avec des conduites innovantes…
4. L’efficacité de la protection précoce : préventive en début d’hiver si ce dernier est défavorable, et systématique au début de la floraison.
Consulter la synthèse technique complète et plus d’informations sur ces 4 recommandations clés sur le site de Terres Inovia**.
Des perspectives sur le pois d’hiver : recherche & structuration de filière
Des moyens financiers interprofessionnels conséquents, à travers des actions pilotées par Terres
Univia, l’Interprofession des huiles et protéines végétales, Terres Inovia et le Fonds d’Actions
Stratégiques pour les Oléoprotéagineux (FASO), géré par Sofiprotéol, sont engagés pour donner à la production de pois protéagineux en France des perspectives d’avenir positives. Cet engagement se traduit par des programmes ambitieux de structuration de filière, ainsi que de recherche et de développement, pour gagner en performance aujourd’hui et demain.
Les actions de structuration de la filière pois vont ainsi être renforcées, notamment avec le pilotage d’un observatoire interprofessionnel annuel des prix payés aux producteurs et la création de normes de qualité, tant pour s’adapter aux nouveaux débouchés protéiques que pour favoriser l’organisation et l’investissement des acteurs économiques, notamment à l’échelle régionale. Terres Univia va lancer une mission visant à mettre en place des projets de démonstrateurs territoriaux de production et de valorisation du pois, qui incluent le pois d’hiver.
Du côté des nombreux programmes de recherche fondamentale et appliquée soutenus par les
moyens interprofessionnels, une attention particulière est portée à l’amélioration variétale du pois
d’hiver, qui va bénéficier d’une mobilisation sans précédent pour gagner en performance face aux
impacts du changement climatique et des bioagresseurs dont les maladies. A plus court terme, Terres Inovia va poursuivre l’acquisition et le partage des références sur les itinéraires techniques et les modalités d’insertion du pois dans les systèmes de culture afin d’améliorer sa productivité et sa résilience face aux aléas climatiques. Ces travaux sont menés à travers un partenariat diversifié, qui implique la recherche publique et privée, mais également les chambres d’agriculture, les organismes de conseils indépendants (coopératives, associations), les lycées agricoles et les Organismes Nationaux à Vocation Agricole et Rurale (ONVAR).
* Pour la prochaine campagne, l’outil d’aide à la décision MyVar créé par Terres Inovia intègre des listes de variétés recommandées pour les semis 2024 de pois d’hiver en tenant compte des risques liés au sol et au climat dans les territoires.
** Création nécessaire en ligne d’un compte personnel gratuit.
Documents à télécharger
Le rapport d’activité 2023 est disponible
L’année 2023 a été riche en travaux et projets de R&D pour Terres Inovia.
L’institut technique des huiles et protéines végétales et de la filière chanvre a d’abord poursuivi la dynamique enclenchée par le programme Cap protéines, achevé en 2022, avec le lancement de plusieurs projets de recherche et de développement sur les légumineuses. « Ils accompagnent les initiatives de structuration des filières locales dans les territoires et permettront via une meilleure valorisation des graines de créer de la valeur ajoutée pour les agriculteurs », précise Gilles Robillard, le président de Terres Inovia.
Une mobilisation forte sur la protection intégrée des cultures
2023 a également été marqué par l’engagement de l’institut pour anticiper le retrait potentiel de certaines substances actives et développer des techniques alternatives innovantes de protection des cultures, en particulier par l’animation du Plan d'action de sortie du phosmet avec Inrae. « L’institut s’est également fortement engagé dans le Parsada aux côtés des autres instituts techniques, un plan initié par les pouvoirs publics, pour apporter aux agriculteurs des solutions opérationnelles en matière de protection intégrée des cultures dans les cinq prochaines années », ajoute Gilles Robillard.
Accompagner les agriculteurs vers des systèmes de culture plus robustes
L’année a aussi été marquée par le lancement, à grande échelle, de la démarche Cap Agronomie® qui permet d’accompagner les agriculteurs dans leur transition vers des systèmes agroécologiques, multiperformants et robustes.
Enfin, l'institut s’est mobilisé également sur le sujet du changement climatique : « des adaptations sont nécessaires à l'échelle des itinéraires techniques comme à celle des systèmes de culture pour maintenir et augmenter la compétitivité de nos cultures », confirme le président de Terres Inovia.
Au fil de son rapport d’activité, Terres Inovia passe en revue les événements marquants de l’année, en mettant en avant son important tissu de partenariats, ses implantations ou encore sa stratégie de communication à 360°. Le rapport d’activité dresse un panorama des différents projets et travaux autour de douze thématiques, par exemple « innover autour du colza de demain », « démontrer les bénéfices des légumineuses à graines » ou « rendre les cultures plus résilientes face aux aléas climatiques ».
Télécharger le rapport d'activité
Réglementation NBT : une étape décisive franchie par le Parlement européen
Le 24 avril 2024, le Parlement européen a examiné, en session plénière, la proposition de Règlement sur les techniques d’édition génomique (NGT). A l'approche de la fin de mandature, et en période de fortes revendications agricoles dans les différents Etats membres, les parlementaires européens ont fait le choix de l’innovation variétale en réaffirmant leur position favorable à ces nouvelles techniques de sélection.
Après plusieurs années de réflexions et de travaux, les membres du Collectif en faveur de l’innovation saluent une étape majeure pour la définition d’un cadre juridique européen adapté et clair sur les nouvelles techniques d’édition génomique (NGT). Le Parlement européen qui clôture cette semaine ses travaux de la mandature 2019-2024, a voté en réaffirmant sa volonté de mettre à disposition du monde agricole, un des outils nécessaires à sa transition. A l’heure où l’agriculture fait face à une crise sans précédent, il est primordial de donner un cap clair en faveur de l’innovation variétale, levier majeur de la transition agroécologique.
Alors que les attentes sont fortes et faute de consensus parmi les membres du Conseil de l’Union européenne, les trilogues, cycles de négociation entre les trois instances européennes, n’ont malheureusement pas pu débuter avant la fin de la mandature. Si le principe d’une réglementation adaptée est acquis, il reste quelques points de difficulté à corriger dans les prochains débats post élections.
Ainsi l’exigence de traçabilité et d’étiquetage des NGT1 jusqu’au produit final est inadaptée. En effet, le maintien d’une information claire auprès des agriculteurs au sein du catalogue officiel est pertinent afin de leur permettre de faire un choix éclairé. En revanche, prévoir un étiquetage jusqu’au consommateur final est disproportionné et entrainerait des coûts considérables pour les filières agricoles et agroalimentaires, ce qui n’est pas souhaitable dans un contexte inflationniste.
Par ailleurs, le Parlement européen a adopté l’interdiction de la brevetabilité pour les plantes NGT1. Le sujet de la propriété intellectuelle doit être traité au sein du corpus réglementaire dédié (droit de la propriété intellectuelle), pour mieux évaluer les améliorations potentielles du fonctionnement de la législation actuelle, garant de la coexistence brevets/COV (Certificat d’Obtention Végétale).
Pour relever les défis du changement climatique, de la diminution de l’usage des produits phytosanitaires et de la compétitivité, le monde agricole a plus que jamais besoin de l’innovation génétique. Le vote du Parlement est un engagement important pour l’avenir. Les membres du Collectif en faveur de l’innovation variétale soulignent cette avancée majeure. Cependant ils seront extrêmement attentifs à la décision du Conseil de l’Union européenne qui doit désormais trouver un accord afin que les négociations en trilogue puissent débuter et qu’une solution viable soit trouvée pour un développement des NGT.
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