Les couverts d’interculture : facilitateurs pour gérer les adventices dans la rotation ou casse-tête ?
L’implantation de couverts en interculture longue est fréquente et dans certaines conditions elle peut s’avérer intéressante sur les adventices. En effet, des résultats d’essai ont montré qu’un couvert bien développé qui produit une forte biomasse a un effet répressif directement visible sur la biomasse et le développement (mais pas sur la densité) des adventices présentes en même temps que ce couvert, en comparaison avec un sol nu. Cependant, cet effet n’est plus visible ensuite dans les cultures suivantes.
Couvert couvrant de fénugrec
Il est à noter toutefois que cet effet n’existe que si le couvert présente une forte biomasse ; cela dépend donc de la qualité de son implantation (date de semis, qualité du lit de semences, météo), de sa densité et des espèces qui le composent. Toutefois, l’introduction des couverts d’interculture peut parfois rentrer en concurrence avec la mise en place de faux-semis, permettant de faire lever les adventices et de détruire ensuite les nouvelles levées dans le but de réduire le stock semencier des adventices dans le sol.
Adventices graminées dans un couvert de féverole et phacélie pas très étouffant
Par ailleurs, si le couvert est clairsemé, des adventices peuvent lever dans le couvert ; cela permettrait plutôt de les « déstocker », uniquement si celle-ci n’arrivent pas à grenaison, réenrichissant le stock semencier à leur tour. C’est pourquoi, une bonne gestion des adventices présentes dans le couvert est indispensable, et impacte également la date et le mode de destruction du couvert.
Pour plus d’informations sur les couverts vegétaux
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Combiner les leviers agronomiques pour gérer les adventices dans la rotation
De manière générale, les différentes pratiques associées à chaque culture (labour/non labour, préparation du lit de semences, dates et techniques de semis) agissent sur le stock semencier par des moyens différents, rendant ainsi plus efficace la gestion des mauvaises herbes.
Ainsi, plusieurs essais système montrent l’importance de gérer les adventices à l’échelle du système, en combinant les différents leviers agronomiques utilisables : succession culturale, utilisation des différentes intercultures possibles (labour, déstockages/faux-semis, couverts…), décalage de la date de semis, diversité de modes action herbicides, possibilités de désherbage mécanique, etc…
Les plateformes inter-instituts du projet SYPPRE mettent en œuvre des essais systèmes de longue durée combinant, entre autres, différents leviers de gestion des adventices.
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Gérer les adventices dans la rotation : l’importance du choix de la succession culturale
Pourquoi diversifier les cultures de la rotation ?
Les espèces d’adventices ayant pour la plupart une période préférentielle de levée (à l’exception des indifférentes comme l’ammi élevé, la moutarde des champs, la ravenelle…), elles seront présentes en même temps que les cultures semées au même moment (chénopodes, renouées, ambroisie dans le tournesol ; géranium, graminées hivernales dans le colza, …). Ainsi, il est bon d’alterner les cultures d’hiver et les cultures de printemps (dans l’idéal un roulement 2 - 2 en alternant cultures dicotylédones et cultures monocotylédones) pour varier les époques de semis afin de diversifier la flore présente sur la parcelle. En effet, une flore disparate et peu abondante sera plus facilement gérable qu’une flore spécialisée (peu d’espèces) qui prolifère.
Par exemple, l’introduction de cultures de printemps ou d’été dans une rotation de type colza-blé-orge limite les fortes infestations de graminées hivernales, qui lèveront moins dans le tournesol, le soja ou le maïs.
L’introduction de cultures de printemps comme le tournesol dans les rotations hivernales de type colza-blé-orge aide à réduire les infestations en graminées hivernales
Une autre raison de diversifier les cultures de la rotation est d’avoir accès à une palette d’herbicides utilisables plus large. En implantant plusieurs cultures différentes, il est possible de varier davantage les modes d’actions herbicides utilisés et donc de diminuer les risques de sélection de populations adventices résistantes à un ou des modes d’action donnés.
Par exemple, la stratégie antigraminées se raisonne à la rotation, en privilégiant un programme d'automne sur céréales et en s’appuyant sur la gamme d’anti-graminées foliaires (brome) et racinaires qu’offre le colza. Autre exemple, contrôler le chardon dans les céréales ou durant l’interculture limite le problème dans le tournesol ou le soja.
Enfin, la diversification des cultures donne également accès à différentes périodes d’interculture, permettant ainsi une gestion des adventices en interculture, complémentaire de la lutte en culture.
Par exemple, pour gérer des adventices estivales envahissantes (ambroisie, datura, xanthium ou même chardon (vivace)), une culture d’hiver récoltée en juillet offrira la possibilité d’intervenir sur sol nu pendant l’été pour faire lever les espèces annuelles (effet de faux-semis) et les détruire (dans un but de déstockage pour les adventices annuelles et d’épuisement pour les vivaces comme le chardon).
Des essais concluants
Plusieurs essais montrent l’intérêt de la rotation. Par exemple, l’introduction d’un tournesol est intéressant pour gérer les graminées hivernales.
Ci-dessous les résultats d’un essai de Syngenta sur ray-grass dans l’Hérault. Dans cet essai, le cycle du ray-grass a été perturbé par l’introduction de cultures de printemps.
Un essai réalisé par Bayer à Mer en Beauce dans le Loiret, montre l’effet de l’introduction d’une culture de printemps pour limiter la pression du ray-grass et du vulpin (voir graphique ci-dessous). Dans cet essai, l’introduction du maïs en 2011 dans la rotation a permis de réduire de plus de 50% les levées de vulpin et de ray-grass dans le blé qui suit, en 2011-2012, par rapport au blé ayant un précédent culture d’hiver (ici le colza).
Comptage des graminées campagne blé 2011-2012 (Essai Bayer)
Un autre essai réalisé par Bayer à Varaize en Charente-Maritime montre que l’introduction d’un tournesol en 2020 entre deux blés a permis de passer de 450 ray-grass/m² dans le blé 2019 à 112 ray-grass/m² dans le blé 2021. Le tournesol avait permis de faire des opérations dans l’interculture longue bénéfiques pour la gestion du ray-grass comme les déchaumages, le labour et l’utilisation d’herbicides aux modes d’actions diversifiés (HRAC F3, K1 et K3) et d’introduire une culture au cycle décalé par rapport à celui du ray-grass. Ainsi, l’insertion du tournesol avec son itinéraire technique a permis une réduction de la pression du ray-grass de 71% dans cet essai.
Aussi, sur la plateforme SYPPRE du Berry, un constat a été fait : le blé qui suit une succession de deux cultures de printemps (maïs puis tournesol) est très propre. En effet, il n’y a pas de vulpins sur les parcelles de cette rotation, tandis que dans le système témoin (colza/blé/orge d’hiver), 200 à 300 vulpins /m² sont présents dans les parcelles d’orge d’hiver. Ainsi l’introduction de deux cultures de printemps qui se suivent est particulièrement bénéfique pour la gestion du désherbage de la culture d’hiver suivante et de la rotation. En effet, ces deux cultures sont en décalage avec le cycle des graminées hivernales, les deux intercultures longues permettent de faire un déstockage des graines de vulpin et le précédent tournesol offre la possibilité de semer le blé qui suit en semis direct, sans travail préalable du sol, évitant ainsi la mise en germination du peu de graines de vulpins qui peuvent rester. A l’inverse, la succession de quatre cultures d’hiver Blé-Pois-Blé-Orge sans alternance avec des cultures de printemps, a favorisé le salissement du blé de pois et de l’orge, comme sur le SdC témoin.
L’analyse de données d’enquêtes du SSP (Agreste : Enquêtes du Service de la Statistique et de la Prospective (SSP) du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation sur les pratiques culturales en grandes cultures en 2017. Traitement : Arvalis) par Terres Inovia et Arvalis confirme que le nombre de cultures de printemps dans la rotation -ainsi que la fréquence du labour- sont des leviers très efficaces pour réduire la pression des graminées adventices dans le colza et les céréales d’hiver et, ainsi, diminuer les besoins en traitements herbicides.
Effet du nombre de cultures de printemps dans la rotation sur l’IFT herbicide de la culture d’hiver
L’introduction d’une seule culture de printemps dans la rotation ne modifie pas significativement l’IFT-Herbicide sur la culture d’hiver. En revanche, celui-ci baisse significativement dès lors qu’on dénombre au moins 2 cultures de printemps
- de -15 % lorsqu’il y a deux cultures de printemps dans la rotation,
- de -25 % pour trois cultures
- de -39 % pour quatre cultures de printemps.
Effet du nombre de cultures de printemps dans la rotation sur l’IFT herbicide du colza et sur l’IFT propyzamide sur colza
Avec 2 cultures de printemps, l’IFT Herbicide sur colza est réduit de 21% et l’IFT Propyzamide de plus de 50%.
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