Le contexte climatique de la campagne 2026 se distingue par un hiver particulièrement humide, suivi d’un printemps sec dont la tendance semble se prolonger dans les semaines à venir. Cette succession de conditions a fortement influencé la dynamique de développement des protéagineux ainsi que les pressions sanitaires observées. Après une phase hivernale favorable à l’installation de certains pathogènes fongiques, le déficit hydrique printanier contribue désormais à freiner leur progression. Mais à contrario, les conditions du moment semblent favoriser les populations de ravageurs, appelant à être vigilant.
A retenir
| Stade | Observations | A surveiller | |
| Pois d’hiver | 7-12 f | Complexe ascochytose, bactériose, colletotrichum développé en sortie d’hiver, mais maitrisé au printemps (condition sèches + gestion fongicide précoce) | Attention en cas de retour de conditions humides, relais fongicide avant floraison |
| Féverole d’hiver | Floraison | Forte pression botrytis sortie hiver | Protection fongicide recommandée Conditions favorables à la rouille et inoculum de botrytis bien présent |
| Féverole de printemps | 4-6 f | Forte activité sitones Pas de maladies aériennes pour l’instant | Gestion des sitones en cas d’impact sur les nodosités |
| Pois de printemps | 4-7 f | Forte activité sitones Pas de maladies aériennes pour l’instant | Vigilance pucerons verts |
| Lentille | 5-6 f | Forte activité sitones | Vigilance pucerons verts |
Pois d’hiver
Les pois d’hiver présentent actuellement des stades compris entre 7 et 12 feuilles. Dans les secteurs les plus précoces, notamment au sud de la zone nord-est, les cultures se rapprochent de la floraison, attendue dans le reste du secteur d’ici une à deux semaines selon les conditions météorologiques. L’implantation est globalement satisfaisante, avec des systèmes racinaires bien développés et une nodulation fonctionnelle observée, assurant une bonne autonomie azotée.
Sur le plan sanitaire, le complexe de maladies (ascochytose, bactériose, colletotrichum) s’est significativement développé au cours de l’hiver, favorisé par des températures douces (février, mars) et une humidité persistante. Toutefois, la mise en place d’une protection fongicide précoce, combinée au retour de conditions sèches au printemps, a permis de ralentir nettement sa progression dans la majorité des situations.
La gestion du risque maladie reste néanmoins d’actualité. Dans les parcelles non protégées précocement ou présentant des symptômes, une intervention relais reste recommandée en attendant le traitement de début floraison si la floraison tarde à venir.
Féveroles d’hiver
Les féveroles d’hiver, semées également sur une large fenêtre hivernale, sont actuellement en pleine floraison.
La sortie d’hiver a été marquée par une forte pression de botrytis, conséquence directe des conditions humides prolongées. Cependant, le basculement vers un printemps sec a permis de contenir le développement de la maladie. Ces mêmes conditions peuvent être favorables à la rouille, qu’il conviendra de surveiller dans les semaines à venir.
Le début floraison constitue le stade clé pour la mise en place de la protection fongicide. Dans le contexte actuel de pression importante en sortie d’hiver, un programme à base de d’azoxystrobine seul ou associé à de la pyriméthanil (SCALA), peut être envisagé. Un relais peut être considéré entre 15 et 30 jours plus tard en fonction de l’évolution climatique et de l’état sanitaire.
La vigilance reste de mise en cas de retour de conditions humides, particulièrement favorables au botrytis en phase de floraison.
En cas d’intervention pendant la floraison, en raison de l’arrêté abeilles actuellement en vigueur, veillez à vérifier que le nom commercial du produit (et non la molécule) bénéficie bien d’une autorisation d’usage en période de floraison, et à respecter les créneaux horaires définis par cet arrêté.
Féverole de printemps
Les féveroles de printemps présentent des stades globalement compris entre 4 et 6 feuilles, avec des levées généralement homogènes malgré des conditions d’implantation contrastées. Le printemps sec a favorisé une bonne installation des cultures. La pression ravageuse est dominée par les sitones, dont l’activité a été soutenue par les conditions ensoleillées. Des morsures foliaires sont régulièrement observées, avec un risque d’impact sur les nodosités, pouvant altérer la fixation azotée. La vigilance est donc de mise, en particulier dans les situations les plus exposées.
Sur le plan sanitaire, les conditions sèches actuelles limitent fortement le développement des maladies aériennes, et aucun symptôme notable n’est observé à ce stade.
Rappel sur les sitones
- Le sitone est un charançon actif dès 12°C ; les adultes provoquent des encoches sur feuilles (peu nuisibles), mais les larves détruisent les nodosités, impactant la nutrition azotée.
- La lutte cible uniquement les adultes, les larves étant inaccessibles.
- Pois de printemps : surveiller de la levée à 6 feuilles ; seuil d’intervention = 5 à 10 encoches/plante.
- Intervenir s'il y a de nombreuses encoches avant 6 feuilles.
- En cas de dépassement des seuils : traitement pyréthrinoïde homologué, à appliquer en conditions favorables (temps ensoleillé, sans vent).
Pois de printemps
La majorité des pois de printemps se situe entre les stades 4 et 7 feuilles. Le début de cycle, marqué par des conditions ensoleillées, a fortement favorisé l’activité des sitones. Les dégâts sont fréquents, avec la présence d’encoches sur folioles et quelques fois des nodosités perforées, susceptibles d’impacter la fixation symbiotique de l’azote. La vigilance reste également de mise vis-à-vis des pucerons verts. Bien que leur arrivée soit généralement observée à l’approche de la floraison, les conditions actuelles (temps sec et températures douces) pourraient favoriser une installation plus précoce.
À ce stade, les couverts restent globalement sains vis-à-vis des maladies aériennes, le contexte sec étant peu favorable à leur développement.
Lentilles
Semées début mars, les lentilles sont aujourd’hui levées de manière homogène. Les parcelles les plus précoces atteignent des stades proches de 5 à 6 feuilles.
La mise en place de la nodulation débute, traduisant une installation correcte de la symbiose.
Cependant, comme sur pois et féverole de printemps, la pression de sitones est élevée cette année, avec des dégâts parfois significatifs observés sur jeunes plantes. L’impact sur le potentiel reste à surveiller dans les semaines à venir, notamment en lien avec la capacité des cultures à maintenir leur croissance dans un contexte sec. Il conviendra également d’avoir une vigilance précoce autour des pucerons verts sur la culture.
Seuils et solutions selon les stades et la culture contre les pucerons
| Stades | Pois | Féverole | Lentille |
| Levée - 6 feuilles | ≥ 10% plantes avec pucerons Pyréthrinoïde | ||
| 6 feuilles - avant début floraison | Si au moins 5-10 pucerons/plante Pyréthrinoïde | Si au moins 10% de plantes avec pucerons Pyréthrinoïde | |
| Conserver le flonicamide (TEPPEKI ou AFINTO) pour réintervenir en floraison si efficacité des pyréthrinoïdes insuffisante ou si arrivée durant la floraison | |||
| Début floraison à fin floraison +10-15 jours (2) | Si au moins 20 pucerons/plante TEPPEKI ou AFINTO (3) | Si au moins 20% de plantes avec manchons (1) TEPPEKI ou AFINTO (3) | Si au moins 2 pucerons/plante TEPPEKI ou AFINTO (3) |
(1) On parle de colonie de pucerons à partir d’une dizaine d’individus. Mais lorsque cette colonie grossit et compte plusieurs dizaines ou centaines d’individus accolés sur les tiges et forme une tache noire d’au moins 0,5 cm², on parle de manchon.
(2) Respecter la réglementation sur la protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs durant la floraison
(3) Ne pas utiliser d'adjuvant ou d'huile en pois, féverole, lupin et lentille avec TEPPEKI ou AFINTO.
Bilan
La campagne 2026 illustre bien l’effet combiné des conditions climatiques sur les protéagineux : une forte pression sanitaire initiale en sortie d’hiver, suivie d’un net ralentissement grâce au printemps sec.
La suite de la campagne dépendra largement de l’évolution météorologique. Un maintien des conditions sèches limiterait les maladies mais pourrait accentuer certains stress (hydriques, thermiques et ravageurs). À l’inverse, un retour des pluies relancerait rapidement les dynamiques pathogènes, en particulier sur les cultures entrant en floraison.
Dans ce contexte, la surveillance des parcelles et l’adaptation des stratégies de protection restent essentielles pour sécuriser le potentiel de rendement.