Publié le 12 mai 2026 | Modifié le 12 mai 2026

Gestion des ravageurs lors de la floraison des pois, féveroles et lentilles

La floraison débute ou ne devrait pas tarder au sein des parcelles de pois de printemps, féveroles de printemps et lentilles selon les secteurs de productions. Si la présence de pucerons verts est avérée dans la plupart des parcelles de pois, un diagnostic de la pression doit se faire à l’approche de la floraison. Également, c’est à partir de ce stade que débute le suivi des tordeuses en pois via les pièges à phéromones. 

Pucerons verts du pois et pucerons noirs de la fève

Le puceron vert du pois (Acyrthosiphon pisum) colonise fréquemment le pois et la lentille. Il est beaucoup plus rare sur féverole.   Il se reconnait par sa couleur verte, parfois rose, et sa taille conséquente ; il se cache souvent dans les boutons floraux et sous les feuilles. Ce puceron tombe facilement des plantes lorsqu’on les secoue. N’hésitez pas à placer une feuille blanche en dessous des pois et lentilles afin de mieux les observer et les dénombrer. 

Le puceron noir de la fève (Aphis fabae) impacte principalement la féverole. Ce puceron colonise les plantes en formant de longs manchons (agglomérat de plusieurs pucerons sur au moins 1cm).

Les pucerons, en plus de ponctionner la sève, peuvent transmettre des virus.  Ces viroses sont d’autant plus nuisibles qu’elles infectent les plantes à des stades jeunes sur des plantes stressées. A partir de la floraison, le risque viroses diminue mais il faut prendre en compte les dégâts directs liés aux piqures : avortements de boutons floraux et de jeunes gousses.  

Les seuils d’intervention varient selon la culture, le stade et le type de puceron. Les produits à appliquer varient selon le stade et la culture mais avant toute intervention, rester attentif à la présence d’auxiliaires (coccinelles, syrphes…) qui peuvent participer à la régulation dans le cas de faibles infestations de pucerons, ainsi qu’à la météo : en effet, un temps humide n’est pas favorable au développement des pucerons. Dans tous les cas, ne pas se précipiter et essayer d’apprécier le risque d’évolution des populations de pucerons. Lorsqu’elle débute l’infestation des pucerons n’est pas homogène. Il est donc pertinent de réaliser des observations en différents points, notamment en bordure et au centre, pour juger de la pression et de son évolution.  

La disponibilité de KARATE K et MAVRIK JET (association pirimicarbe et pyréthrinoïde) sera réduite suite à l’arrêt de production et la fin de leur commercialisation. Le pirimicarbe de ces associations était translaminaire et pouvait agir par vapeur ce qui lui conférait une efficacité sur les pucerons « cachés » même lorsque la végétation était importante. Les pyréthrinoïdes ne sont pas translaminaires et ne seront pas efficaces sur les pucerons « cachés ». La substance active de TEPPEKI/AFINTO est le flonicamide qui est translaminaire et à migration ascendante peut agir sur les pucerons « cachés » mais sera moins efficace que les solutions à base de pirimicarbe en cas de forte végétation en raison de l’absence d’effet vapeur.  

Attention. KARATE K et MAVRIK JET n’étaient pas autorisés sur lentille sèche. L’utilisation de TEPPEKI est limitée à une seule application sur pois, féverole ou lentille.  

 

Seuils et solutions selon les stades et la culture contre les pucerons 

Stades

Pois

Féverole

Lentille

6 feuilles - avant début floraison

Si au moins 5-10 pucerons/plante 
Pyréthrinoïde

Si au moins 10% de plantes avec pucerons 
Pyréthrinoïde

Conserver le flonicamide (TEPPEKI ou AFINTO) pour réintervenir en floraison si efficacité des pyréthrinoïdes insuffisante ou si arrivée durant la floraison

Début floraison à fin floraison +10-15 jours (2)

Si au moins 20 pucerons/plante  
TEPPEKI ou AFINTO (3) 

Si au moins 20% de plantes avec manchons (1) 
TEPPEKI ou AFINTO (3)

Si au moins 2 pucerons/plante 
TEPPEKI ou AFINTO (3) 

(1) On parle de colonie de pucerons à partir d’une dizaine d’individus. Mais lorsque cette colonie grossit et compte plusieurs dizaines ou centaines d’individus accolés sur les tiges et forme une tache noire d’au moins 0,5 cm², on parle de manchon. 
(2) respecter la réglementation sur la protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs durant la floraison 
(3) Ne pas utiliser d'adjuvant ou d'huile en pois, féverole, lupin et lentille avec TEPPEKI ou AFINTO. 

La tordeuse du pois

La tordeuse est un papillon gris, dont la chenille impacte la qualité des graines de pois. L’insecte est également présent en lentille mais avec un impact faible. Sa chenille, de couleur blanche à tête noire, a un court stade « baladeur ». Elle se déplace pour pénétrer dans une gousse de pois, où elle grignote les graines.

Le déclenchement d’une protection contre le papillon se raisonne en observant la dynamique de vol via la mise en place d’un piège à phéromones sexuelles capturant les mâles. Il s’agit d’un piège delta muni d’une plaque engluée et d’une capsule à phéromone à positionner dans la parcelle (minimum 10-15 m de la bordure) sous le vent dominant dès le début de la floraison. 1 seule capsule suffit pour la campagne. Il faut manipuler la capsule avec des gants pour ne pas altérer son attractivité.

Relevez le piège toutes les semaines et cumulez le nombre de captures dans le temps. Si celui-ci dépasse les 100 captures en pois, une protection est conseillée pour les débouchés en alimentation humaine et en semences. Passé les 400 captures, une protection est également préconisée pour le débouché alimentation animale. La protection est à renouveler au bout de 8-10 jours si les seuils sont réatteints. Surveiller jusqu’à fin floraison + 8 à 10 jours. 

La protection reposera sur un pyréthrinoïde avec une mention floraison. 

En photos

Piège d'observation de l'activité des tordeuses

Chenille dévorant les graines de pois

Les bruches

Le bruche est un coléoptère venant pondre sur les gousses. Les larves se développent dans les graines et sortent après la récolte, trouant les graines qui perdent en qualité et en pouvoir germinatif, pouvant déclasser certains lots selon les débouchés visés. Les bruches liées aux pois, féveroles et lentilles sont différentes : Bruchus rufimanus sur féverole, Bruchus pisorum sur pois et Bruchus signaticornis sur lentille.

Historiquement, les bruches de la féverole et de la lentille sont les plus présentes sur l’ensemble du territoire. La bruche du pois est plus localisée dans le Sud de la France. Cependant, avec les printemps chauds et secs, l’insecte est régulièrement observé dans la moitié Nord de la France. 

En pois et féverole, une protection insecticide, qui vise les adultes, n’est que rarement efficace et peu valorisée en raison de la longueur de la phase de risque, du stade jeunes gousses 2 cm sur le premier étage fructifère jusqu’à fin floraison + 10 jours (une seule application de lambdacyhalothrine est réglementairement possible en floraison). Cette application nécessite un fort volume d’eau (au moins 200 L/ha) pour pénétrer le couvert. Cette application permet de limiter le risque mais ne garantit pas toujours d’atteindre certains seuils qualité exigés en alimentation humaine par exemple. L’efficacité est d’autant plus réduite si les températures sont élevées à la floraison. En revanche, si les conditions de températures sont fraîches en début de formation des gousses pendant au moins 10-15 jours, un traitement peut limiter les populations.


En lentille, aucun traitement n’est autorisé à ce jour. La lutte contre les bruches se fait avant tout préventivement à l’échelle des silos et au stockage des exploitations.  

Une éventuelle intervention serait à positionner à partir du stade jeunes gousses 2 cm et lorsque les températures maximales journalières sont supérieures ou égales à 20°C pendant au moins deux jours consécutifs (les bruches sont alors actives). Dans ce cas, utiliser un volume d’au moins 200 à 300 l/ha pour assurer une bonne pénétration de la pulvérisation dans la végétation et atteindre les bruches qui se déplacent dans le couvert.​​​​​​​​ 

Bruche sur lentille et féverole

Bruche de la lentille

Œufs sur gousse de lentille

Bruche de la féverole

Œufs sur gousse de féverole

Protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs durant la floraison 

La phrase SPe 8 définit les conditions suivantes : dangereux pour les abeilles. Pour protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs, ne pas appliquer durant la floraison ou selon les AMM (autorisation de mise en marché) plus anciennes, ne pas appliquer durant la floraison ou en période de production d’exsudats. L’application est possible pour les usages bénéficiant des mentions "emploi possible ", "emploi autorisé durant la floraison en dehors de la présence d'abeilles" ou pour les anciennes AMM, les mentions F (floraison), PE (production exsudats) et FPE (floraison + production exsudats).  

L’arrêté du 20 novembre 2021 encadre les horaires d’application durant la floraison : dans les 2 heures qui précèdent le coucher du soleil et dans les 3 heures qui suivent le coucher du soleil.

Mélanges

Les mélanges impliquant pyréthrinoïdes et triazoles en période de floraison ou de production d’exsudats sont formellement interdits. Si les deux traitements doivent être effectués sur la même parcelle, un délai de 24 h minimum doit être respecté entre les applications et l’insecticide doit être appliqué en premier (arrêté dit « mélange » du 12 juin 2015).