Publié le 8 avril 2026 | Modifié le 8 avril 2026

Thrips, sitones et pucerons, les ravageurs à surveiller dès la levée sur légumineuses de printemps

Les légumineuses à graines de printemps (pois, féverole, lupin et lentille) sont en cours de levée, voire présentent les premières feuilles. La surveillance débute dès la levée pour certains ravageurs. Retour sur les méthodes d’observations, les seuils et les interventions possibles.

Le sitone, le ravageur toujours ponctuel

Les sitones sont des charançons de grande taille, de couleur gris verdâtre à brun-rouge. Actif à partir de 12°C, leur présence dans les parcelles se traduit par des encoches semi-circulaires sur le bord des feuilles qui présentent alors un aspect dentelé. Cette activité d’alimentation n’est pas nuisible. En revanche, les larves le sont en détruisant les nodosités compromettant l’alimentation en azote des légumineuses. Les larves étant non atteignables, la lutte vise les adultes. 

Larve de sitone dans nodosité - Encoches sur feuilles - Sitone adulte (Crédits photos : L. Jung - Terres Inovia) 

 

Une observation simple. Surveiller les encoches semi-circulaires sur les feuilles à partir de la levée.  

Pois protéagineux : surveillez les parcelles de la levée jusqu'au stade 6 feuilles du pois de printemps et jusqu’à 10 feuilles du pois d’hiver. Intervenir à partir de 5 à 10 encoches par plante sur les 1ères feuilles émises. Maintenir ensuite la surveillance et réintervenir si le seuil est à nouveau dépassé sur les jeunes feuilles émises avant 6 feuilles du pois de printemps et 10 feuilles du pois d’hiver.  

 

Féverole, lentille et lupin : la présence de nombreuses encoches sur l’ensemble des étages foliaires avant 6 feuilles peut justifier une intervention. Pour la lentille, les feuilles sont particulièrement petites et peuvent facilement tomber, n’hésitez pas à surveiller également les racines avec les attaques des larves sur les nodosités. La féverole d’hiver est peu sensible à ce ravageur, seule la féverole de printemps est à surveiller de près.

Si les seuils sont atteints, un traitement à base d’un pyréthrinoïde homologué est recommandé. L’intervention sera d’autant plus efficace que les sitones sont actifs (temps ensoleillé, sans vent). L’application de ce pyréthrinoïde sera également efficace sur les thrips ou pucerons éventuellement présents.

Ne plus intervenir au-delà de 6 feuilles (10 feuilles du pois d’hiver) : passer ce stade, l’essentiel des pontes a déjà eu lieu. Si les adultes sont observables tout au long de la campagne, la nuisibilité des larves devient négligeable au-delà de ce stade.  

Le thrips, le ravageur discret

Le thrips est un insecte minuscule de 1 mm brun foncé et de forme allongée, difficilement observable directement sur les plantes. Il est actif dès que la température atteint les 7-8°C. Il pique les plantes pour se nourrir et injecte alors une salive toxique, provoquant des réactions physiologiques tels que le nanisme des plantes, la crispation des feuilles avec des tâches jaunes et brunes et développant de nombreuses ramifications. La nuisibilité des thrips est accentuée si la plante est jeune et peu poussante.

Les pois de printemps, les lupins et les lentilles sont concernés par cet insecte, par contre la nuisibilité est faible sur les féveroles et le pois d’hiver.

Une astuce pour l’observation : les thrips étant très petits, il est recommandé pour les dénombrer de prélever des plantes et les mettant dans un sac transparent laissé au soleil. Au bout d’une dizaine de minutes, les thrips vont s’agglutiner sur la paroi du sac, permettant de relever leur nombre par rapport au nombre de plantes dans le sac.


Pois de printemps : la surveillance se fait de la levée au stade 6 feuilles. Une intervention est recommandée si l’on dénombre 1 thrips par plante en moyenne. Il n’a jamais été observé de dégâts de thrips en pois d’hiver.

Lupin : Surveillance de la levée à 6 feuilles. Intervention recommandée si forte présence. 

Lentille : Surveillance de la levée à 4 feuilles. Intervention recommandée si forte présence.

Comme pour les sitones si un traitement est nécessaire, utiliser un pyréthrinoïde homologué. L’application sera également efficace sur les sitones ou les pucerons éventuellement présents. 

Le puceron, attention en cas d’hiver doux

Le pois et la lentille peuvent être colonisés par le puceron vert du pois (Acyrthosiphon pisum) qui présente une couleur verte à rose et se cache souvent sous les feuilles et dans les nouvelles feuilles émergentes et plus tard dans les boutons floraux.

La féverole est préférentiellement colonisée par le puceron noir de la fève (Aphis fabae) qui, s’agglutine en manchons de plusieurs centimètres sur les tiges et est bien visible. Le puceron vert du pois Acyrthosiphon pisum peut également être observé en fin de cycle.  


Le lupin peut être colonisé par Macrosiphon albifrons, gros puceron bleu-vert-gris spécifique des plantes du genre Lupinus mais dont la présence en parcelle est très rare.  

Les pucerons arrivent habituellement vers la floraison. Cependant, certaines années, les populations peuvent arriver plus tôt en végétation. Les pucerons, en plus de ponctionner la sève, peuvent transmettre des virus.  Ces viroses sont d’autant plus nuisibles qu’ils infectent les plantes à des stades jeunes sur des plantes stressées. A partir de la floraison, le risque viroses diminue mais il faut prendre en compte les dégâts directs liés aux piqures : avortements de boutons floraux et de jeunes gousses.  

Le test de la feuille blanche pour observer le puceron vert : le puceron vert est souvent caché et peu visible par sa couleur verte. Pour mieux l’observer, il suffit de prélever des plantes et de les secouer au-dessus d’une feuille blanche. Les pucerons verts du pois ont une faible adhérence à la plante et tombent facilement. 
 

Les seuils d’intervention varient selon la culture, le stade et le type de puceron. Les produits à appliquer varient selon le stade et la culture mais avant toute intervention, rester attentif à la présence d’auxiliaires (coccinelles, syrphes…) qui permettent de réguler les populations de pucerons, ainsi qu’à la météo : en effet, un temps humide n’est pas favorable au développement des pucerons. Dans tous les cas, ne pas se précipiter et essayer d’apprécier le risque d’évolution des populations de pucerons.  

La disponibilité de KARATE K et MAVRIK JET (association pirimicarbe et pyréthrinoïde) sera réduite suite à l’arrêt de production et la fin de leur commercialisation. Le primicarbe de ces associations était translaminaire et pouvait agir par vapeur ce qui lui conférait une efficacité sur les pucerons « cachés » même lorsque la végétation était importante. Les pyréthrinoïdes ne sont pas translaminaires et ne seront pas efficaces sur les pucerons « cachés ». La substance active de TEPPEKI/AFINTO est le flonicamide qui est translaminaire et à migration ascendante peut agir sur les pucerons « cachés » mais sera moins efficace que les solutions à base de pirimicarbe en cas de forte végétation en raison de l’absence d’effet vapeur.  

En cas d’arrivée précoce des pucerons avant la floraison et le risque de transmission de viroses, il est préférable de limiter le développement des populations avec des pyréthrinoïdes pour conserver TEPPEKI/AFINTO pour les applications plus tardives et sur des infestations fortes ou en cas d’efficacité insuffisante des pyréthrinoïdes. L’efficacité des pyréthrinoïdes est en effet insuffisante sur une végétation en pois ou lentille développée avec des pucerons cachés sous les feuilles ou dans les boutons floraux ou en féverole sur des manchons de pucerons.  

Attention 

  • KARATE K et MAVRIK JET n’étaient pas autorisés sur lentille sèche.  
  • L’utilisation de TEPPEKI est limitée à une seule application.  

 

Seuils et solutions selon les stades et la culture contre les pucerons

Stades

Pois

Féverole

Lentille

Levée -   
6 feuilles 

≥ 10% plantes avec pucerons 
Pyréthrinoïde

6 feuilles - avant début floraison 

Si au moins 5-10 pucerons/plante 
Pyréthrinoïde 

Si au moins 10% de plantes avec pucerons 
Pyréthrinoïde

Conserver le flonicamide (TEPPEKI ou AFINTO) pour réintervenir en floraison si efficacité des pyréthrinoïdes insuffisante ou si arrivée durant la floraison

Début floraison à fin floraison +10-15 jours (2) 

Si au moins 20 pucerons/plante  
TEPPEKI ou AFINTO (3) 

Si au moins 20% de plantes avec manchons (1) 
TEPPEKI ou AFINTO (3) 

Si au moins 2 pucerons/plante 
TEPPEKI ou AFINTO (3) 

(1) On parle de colonie de pucerons à partir d’une dizaine d’individus. Mais lorsque cette colonie grossit et compte plusieurs dizaines ou centaines d’individus accolés sur les tiges et forme une tache noire d’au moins 0,5 cm², on parle de manchon. 
(2) respecter la réglementation sur la protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs durant la floraison 
(3) Ne pas utiliser d'adjuvant ou d'huile en pois, féverole, lupin et lentille avec TEPPEKI ou AFINTO.