Publié le 1 mars 2019 | Mis à jour le 26 mars 2026

Surveillance et lutte contre le puceron cendré

Un nouveau contexte : moins de moyens de lutte

Comment faire face à l’arrêt de production des solutions associant pirimicarbe et pyréthrinoïde (Karaté K, Mavrik Jet) ?  Efficaces en cas de forte infestation et de populations bien installées sous forme de manchons, ces solutions permettaient de retarder les interventions le temps d’évaluer l’action des auxiliaires ou en cas de temps pluvieux défavorable aux pucerons. La seule disponibilité de pyréthrinoïdes nécessite de revoir la stratégie. ​​

pucerons cendrés sur feuille de colza
Une colonie de pucerons cendrés du chou

Description et biologie

Les pucerons cendrés forment des colonies constituées d’individus aptères (sans ailes) et ailés. Les individus aptères qui sont les plus fréquents, sont jaunâtres mais produisent une sécrétion cireuse qui leur donne un aspect gris cendré. Ils sont pourvus d’antennes, de pattes et de cornicules plutôt courts et restent toujours regroupés en colonies serrées. 

En hiver, les pucerons subsistent dans les cultures sous forme d’œufs ou d’adultes aptères. Si l’hiver est doux, les aptères qui ont hiverné peuvent se multiplier de bonne heure et former rapidement des colonies. Lorsque les pucerons d’une colonie sont trop nombreux et que les conditions d’alimentation sont défavorables, il apparaît des individus ailés qui vont infester d’autres plantes.

Leur croissance est ensuite d’autant plus rapide que les températures sont élevées et la pluviométrie limitée. Les colonies peuvent alors se développer et former des manchons qui sont une grosse colonie avec plusieurs générations et couches de pucerons. Devenus trop nombreux, des pucerons ailés apparaissent et vont coloniser de nouvelles plantes. 

Dégâts

Les prélèvements de nourriture et la salive toxique des pucerons cendrés sont d’autant plus pénalisants que les attaques sont précoces (hiver doux) et que les colonies de pucerons cendrés se densifient précocement. Ces attaques précoces peuvent provoquer l’avortement d’inflorescences et les pertes atteindre dans les cas les plus graves 5 à 10 q/ha (généralement dans le Sud et l’Ouest de la France où les températures sont élevées et la pluviométrie limitée).

Lorsque les attaques sont tardives, souvent démarrant des bordures (après la floraison) les avortements de siliques sont plus limités et les capacités de compensation entre plantes plus importantes ; le PMG est impacté mais les pertes sont moins pénalisantes. 

 

pucerons cendrés sur siliques colza
Colonie qui s'est développée en manchon

 

Plus l’attaque est précoce au printemps, plus elle est pénalisante.  

Intervention

Période de surveillance et de sensibilitéMéthodes d’observation Vol Seuil 
De la reprise au printemps jusqu’à l’apparition des premiers grains colorés Observation sur plante. Temps chaud et sec De la reprise à mi-floraison : quelques colonies observées en différents points de la parcelle 
Être particulièrement vigilant dans le Sud-Ouest et l’Ouest dès la reprise Mi-floraison à apparition des premiers grains colorés 
2 colonies* par m2 

Ne pas confondre colonie et manchon

Un manchon est une très grande colonie, bien développée (avec plusieurs générations de pucerons en couche) sur une inflorescence. Une fois formé, ce manchon (photo) ne pourra pas être détruit avec un pyréthrinoïde.  

 Aucune résistance du puceron cendré aux insecticides n’est connue à ce jour. 

Les pyréthrinoïdes sont inefficaces sur manchons. Ne pas laisser les manchons se former !  

  • Entre début mars et mi-floraison, il faut être particulièrement vigilant si les pucerons sont présents dès l’automne, le tout combiné avec un hiver doux et un printemps chaud et sec. Autres éléments à prendre en compte : l’absence de protection insecticide contre le charançon de la tige du colza et les méligèthes. Le risque est dans ce cas élevé.

Seuil avant mi-floraison : quelques colonies en différents points de la parcelle.  

  • A partir de la mi-floraison, ne pas laisser les manchons se former.  

Seuil à partir de mi floraison :  2 colonies/m²​​​

Si les pucerons n’étaient pas présents dès l’automne, ils ont pu coloniser les colzas à partir d’autres crucifères : dans ce cas les colonies se développent d’abord dans les bordures de parcelles et sont visibles généralement au moment de la formation des siliques. Des protections insecticides réalisées contre le charançon de la tige ou les méligèthes retarderont leur développement. Un traitement de bordure peut suffire si les pucerons ne sont présents que dans les premiers mètres en bordure de parcelle.  

​​​Avant toute intervention spécifique, vérifier la présence des auxiliaires. En effet, les pucerons sont régulés par de nombreux auxiliaires (syrphes, coccinelles, névroptères, parasitoïdes…). Leur présence peut limiter le développement des colonies. De même, les conditions humides et pluvieuses freinent la dissémination des pucerons et le grossissement des colonies.  

  • Après la floraison, lorsque les premiers grains colorés apparaissent (généralement entre le 15 mai au sud et le 5 juin au nord), c’est trop tard.

Toute intervention à base de pyréthrinoïde devient inutile voire contre-productive liée à l’absence d’efficacité sur manchons et à l’écrasement de la culture (pertes de 0.5 à 2 q/ha). 

En absence de solution à base de pirimicarbe (Karaté K et Mavrik Jet) seules des solutions à base de lambda-cyhalothrine et tau-fluvalinate sont disponibles.  

Protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs durant la floraison

La phrase SPe 8 définit les conditions suivantes : Dangereux pour les abeilles, Pour protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs, ne pas appliquer durant la floraison ou selon les AMM (autorisation de mise en marché) plus anciennes, ne pas appliquer durant la floraison ou en période de production d'exsudats. L’application est possible pour les usages bénéficiant des mentions « emploi possible », « Emploi autorisé durant la floraison en dehors de la présence d'abeilles » ou pour les anciennes AMM, les mentions F, PE et FPE.

L'arrêté du 20 novembre 2021 encadre les horaires d’application durant la floraison : dans les 2 heures qui précèdent le coucher du soleil et dans les 3 heures qui suivent le coucher du soleil.

Mélanges 

Les mélanges impliquant pyréthrinoïdes et triazoles en période de floraison ou de production d’exsudats sont formellement interdits. Si les deux traitements doivent être effectués sur la même parcelle, un délai de 24 h minimum doit être respecté entre les applications et l’insecticide doit être appliqué en premier (arrêté dit « mélange » du 12 juin 2015). 

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