Publié le 5 avril 2024 | Modifié le 15 décembre 2025

Thrips, sitones et pucerons, le trio de ravageurs à surveiller sur légumineuses de printemps

Les semis des légumineuses à graines de printemps – pois, féverole, lupin et lentille – sont réalisés ou sont en cours selon les fenêtres météo de ce début de printemps humide. Dès leur levée, la surveillance des ravageurs de début de cycle est nécessaire pour éviter tout frein à la croissance de la plante. Voici un résumé des méthodes d’observations et de lutte de ces 3 ravageurs. 

Le sitone, le ravageur toujours ponctuel 

Les sitones sont des charançons de grande taille, de couleur brun-rouge. Cet insecte est actif à partir de 12°C. Les individus adultes sont souvent visibles en végétation. Leur présence est principalement décelée en début de cycle par leur activité d’alimentation, créant des encoches sur le pourtour des feuilles sans conséquence direct sur le rendement. Celles-ci présentent alors un aspect dentelé.

La nuisibilité des sitones est liée aux larves. Les sitones pondent au pied des plantes. Les larves se développent ensuite.  Celles-ci s’attaquent aux nodosités des racines, compromettant l’alimentation en azote des légumineuses et freinant ainsi leur potentiel. Les larves étant non atteignables, la gestion des adultes est donc nécessaire.
 

Larve de sitone dans nodosité - Encoches sur feuilles - Sitone adulte (photo L.jung - Terres Inovia)

Observation : Surveiller les plantes de la levée au stade 6 feuilles. Pour la féverole, la lentille et le lupin, intervenir si présence de nombreuses encoches sur l’ensemble des étages foliaires. Pour le pois, un seuil d’intervention existe et préconise une protection à partir de 5 à 10 encoches par plante sur les plus jeunes feuilles émises. Maintenir la surveillance et réintervenir si le seuil est de nouveau dépassé avant 6 feuilles.

La protection consistera par un traitement à base d’un pyréthrinoïde homologué.
Ne plus intervenir au-delà de 6 feuilles : si les adultes sont observables tout au long de la campagne, la nuisibilité des larves devient négligeable au-delà de ce stade. 
 

Le thrips, le ravageur discret 

Le thrips arrive généralement au même moment que le sitone, dès que la température atteint les 7-8°C. Le thrips est un insecte minuscule noir et blanc, difficilement observable directement sur les plantes. Les thrips peuvent impacter les cultures à cause de leur salive toxique, provoquant des réactions physiologiques des plantes tels que du nanisme, la crispation des feuilles et la création de ramifications exubérantes. A noter que la nuisibilité des thrips est accentuée si la plante est jeune et peu poussante.

Les pois, les lupins et les lentilles sont concernés par la surveillance de l’insecte, la nuisibilité étant faible sur les féveroles.

Méthode du sac transparent pour l’observation : les thrips étant très petits, il est recommandé de les dénombrer en prélevant des plantes et en les mettant dans un sac transparent laissé au soleil.
Au bout d’une dizaine de minutes, les thrips vont s’agglutiner sur la paroi du sac, permettant de relever leur nombre par rapport au nombre de plantes dans le sac.

- Pois : la surveillance se fait de la levée au stade 6 feuilles. Une intervention est recommandée si l’on dénombre 1 thrips par plante en moyenne.
- Lupin : Surveillance de la levée à 6 feuilles. Intervention recommandée si forte présence.
- Lentille : Surveillance de la levée à 4 feuilles. Intervention recommandée si forte présence.
La gestion s’opère par l’application d’un pyréthrinoïde homologué.
 

Le puceron, le ravageur parfois en avance

Le pois et la lentille sont généralement colonisés par des pucerons verts du pois (Acyrthosiphon pisum). Celui-ci présente une couleur verte à rose et se cache souvent sous les feuilles et dans les nouvelles feuilles émergentes.

La féverole est préférentiellement colonisée par le puceron noir de la fève (Aphis fabae) qui, s’agglutine en manchons de plusieurs centimètres de long bien visibles.
Le lupin est rarement impacté par les pucerons.

Les pucerons arrivent habituellement vers la floraison. Cependant, certaines années, lorsque l’hiver et doux, les populations peuvent arriver plus tôt en végétation comme en 2020. Les pucerons, en plus de ponctionner la sève, peuvent transmettre des virus.  Ces viroses sont d’autant plus nuisibles qu’elles infectent les plantes à des stades jeunes.

Le test de la feuille blanche pour observer le puceron vert : le puceron vert est souvent caché et peu visible par sa couleur. Pour mieux l’observer, il suffit de prélever des plantes et de les secouer au-dessus d’une feuille blanche. Les pucerons verts du pois ont une faible adhérence à la plante et tombent facilement.
 

 

 

Les seuils d’intervention varient selon la culture, le stade et le type de puceron. Les produits à appliquer varient selon le stade et la culture :

Stade Pois Féverole Lentille
Levée – 6 feuilles (1) ≥ 10% plantes avec pucerons
Préférentiellement Pyréthrinoïde autorisé ou KARATE K
≥ 10% plantes avec pucerons
Préférentiellement Pyréthrinoïde autorisé ou KARATE K
≥ 10% plantes avec pucerons
Pyréthrinoïde autorisé
6 feuilles – Boutons floraux (2) ≥ 10-20 pucerons/plante
KARATE K, MAVRIK JET, TEPPEKI 
≥ 10-20% plantes avec pucerons
KARATE K, MAVRIK JET, TEPPEKI 
≥ 10% plantes avec pucerons
TEPPEKI 
Floraison (3) ≥ 20-30 pucerons/plante
MAVRIK JET, TEPPEKI
≥ 20% plantes avec manchons (4)
MAVRIK JET, TEPPEKI 
≥ 2-3 pucerons/plante
TEPPEKI

 

Tenir compte du pourcentage de plantes avec pucerons aux stades précoces, avec un seuil d’intervention à 10%

(1)    Si présence simultanée sitones et seuil dépassé, choisir une solution également autorisée sitones. Il est préférable de conserver les aphicides spécifiques pour de plus fortes infestations et/ou pour leur autorisation durant la floraison. 
(2)     Si une nouvelle intervention est nécessaire en floraison, KARATE K ne sera pas utilisable en pois ou féverole (absence de mention abeille). Seuls MAVRIK JET et TEPPEKI seront utilisables selon la culture mais attention, leur utilisation est limitée à une application. 
(3)    KARATE K n’est pas utilisable en floraison du pois ou de la féverole car il ne bénéficie pas de mention “abeille”. L’utilisation de MAVRIK JET et TEPPEKI est limitée à une application.
(4)    Lorsque les pucerons se développent et forment une colonie de plusieurs dizaines ou centaines d’individus accolés sur les tiges et forment une tache noire d’au moins 1 cm de long, on parle de manchon.