Publié le 12 janvier 2026 | Modifié le 12 janvier 2026

Implantation du tournesol : viser une levée avant le 1er mai

Dans un contexte de changement climatique, saisir les premiers créneaux de semis et positionner la graine dans un sol parfaitement structuré sont devenus des conditions incontournables de réussite de la culture.

implantation tournesol Terres Inovia

Un tournesol robuste doit valoriser au mieux les ressources hydriques estivales, et n’être limité ni par son peuplement, ni par sa surface foliaire. Or, les dernières campagnes ont été discriminantes selon la période à laquelle a été semée la culture. Ce fut particulièrement vrai en 2025 ; les tournesols semés en mai ont été exposés dès mi-juin à des fortes températures et à des déficits hydriques alors qu’ils étaient encore en début de phase végétative. Ces stress, s’ils sont marqués, limitent la surface foliaire déployée par la plante ; les tournesols restent chétifs et la perdent une part du potentiel de production.

Eviter cet écueil nécessite de saisir les premiers créneaux favorables au semis, dès que la température du sol dépasse 8°C à 5 cm de profondeur. L’enjeu est de positionner au mieux le cycle de la culture par rapport à l’offre climatique. Un tournesol semé début avril atteindra la floraison au tout début de l’été, statistiquement plus arrosé que le reste de cette saison. En outre, la probabilité de recevoir des cumuls importants de pluie augmente à partir de mi-avril et jusqu’à fin mai (figure 1). Ainsi, laisser passer un créneau favorable peut décaler le semis de plusieurs semaines.

Détruire les couverts à temps

Être prêt à semer début avril nécessite d’avoir bien géré la destruction des couverts végétaux, dont la réussite repose sur un compromis entre l’humidité du sol et l’état du couvert. Une destruction précoce est indispensable si le couvert est envahi d’adventices (notamment de graminées), s’il présente un risque de grenaison, s’il ne comporte pas de légumineuses (destruction au moins deux mois avant le semis du tournesol) ou s’il a atteint 3 à 4 tonnes de matière sèche. Au-delà de cette biomasse, il pourrait impacter la réserve hydrique des sols.

Lors de cette période clé, un suivi rigoureux de l’humidité des sols contribuera à déclencher la destruction au bon moment. Ne pas s’interdire de faire plusieurs tentatives en reportant l’intervention si le résultat n’est pas satisfaisant, et rester vigilant à la présence de résidus trop grossiers qui risquent de nuire au contact sol-graine, et de générer une activité plus importante des limaces au printemps.
 

Ne pas intervenir sur sols trop humides

Les interventions d’automne ont vocation à obtenir une structure ouverte sur les 20-30 premiers centimètres de sol, afin que les pivots du tournesol soient le moins possible coudés ou fourchus. Cet état structural doit absolument être préservé durant la préparation au semis. Autre enjeu de cette séquence, produire un lit de semences comportant au moins autant de terre fine que de mottes pour assurer un bon contact terre-graine.

ttention toutefois à un trop grand nombre de passages qui entrainerait un excès de terre fine, préjudiciable dans les sols sensibles à la battance ou à l’érosion. Intervenir sur sols à consistance friable sur tout le profil travaillé est essentiel. En fin d’hiver, le travail profond des sols argileux est donc à éviter. Pour les sols limoneux, un travail profond de fissuration ou un labour peuvent, s’ils sont nécessaires, être envisagés même tardivement. Enfin, les outils à dents non animés seront privilégiés pour préparer le lit de semences. Si deux passages sont envisagés, le 1er sera réalisé à 10-15 cm de profondeur, sans rouleau, pour favoriser le réchauffement du sol. Le 2nd passage à 6-8 cm aura pour objectif principal de niveler et d’affiner.

Ne décaler le semis que pour des raisons sanitaires

Les semis tardifs peuvent pénaliser les résultats du tournesol. Toutefois, le décalage de la date de semis peut se justifier dans les parcelles où une priorité sanitaire existe. Sur ambroisie à feuille d’armoise et ray-grass par exemple, dont les populations progressent dans les parcelles agricoles, le faux-semis constitue un levier de lutte efficace.

Autre motif pouvant justifier un report du semis, l’annonce d’un fort abat d’eau, condition propice aux contaminations par le mildiou. Dans les autres situations, l’objectif est de faire lever la culture avant le 1er mai. Un semis à une profondeur régulière (2-3 cm) à vitesse modérée favorisera une levée rapide. Celle-ci est essentielle à la prévention des dégâts de ravageurs de début de cycle, tels que les limaces, dont l’activité est forte depuis trois campagnes à l’échelle nationale et dont la surveillance doit débuter en amont du semis.

Qu’en est-il des dégâts d’oiseaux ?

Les oiseaux sont souvent cités comme un frein aux semis précoces. En tendance, les attaques ne sont pourtant pas plus fréquentes sur les premiers semis ; ceux-ci sont même, certaines années, les moins impactés. Rappelons que pour l’heure, l’effarouchement couplé à une surveillance régulière à la levée restent les solutions les plus efficaces face aux dégâts d’oiseaux. Si peu d’avancées récentes ont été notées sur le terrain, le constat est différent pour la R&D. Le projet Lido a permis d’objectiver les facteurs de risque (forêts, tournesol isolé, dates de semis décalées…) et de mieux décrire la fréquentation des parcelles selon les espèces, avec à la clé des perspectives nouvelles d’alerte ou de déclenchement de l’effarouchement. En outre, les effaroucheurs progressent sur les signaux (laser), la réactivité (reconnaissance optique) et la technologie (utilisation de drones). Il faudra néanmoins lever les questions réglementaires et résoudre l’équation économique.
 

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