Le 24 mars dernier, le Plan d’action de sortie du phosmet avait organisé un colloque, à Paris, pour présenter les résultats de cet ambitieux programme de R&D. L’un des axes du Plan a consisté à trouver des leviers pour favoriser la robustesse du colza, avec en particulier les résultats du projet Adaptacol2 et Resalt.
Face à l’urgence, la filière colza a su se mobiliser collectivement pour sécuriser les productions et construire des solutions concrètes, du terrain à la recherche.
L’implantation, la phase clé pour obtenir un colza robuste
« Un colza robuste grâce à une implantation réussie est moins sensible aux bioagresseurs, permet d’exprimer au mieux son potentiel de rendement et contribue une réduction de l’usage des intrants », a expliqué Matthieu Loos, ingénieur de développement chez Terres Inovia.
Dans le cadre du projet Adaptacol2, pour favoriser l’adoption des pratiques du colza robuste, Terres Inovia et ses partenaires ont effectué des suivis de parcelles entre 2023 et 2025 sur les leviers de robustesse du colza. Pour obtenir des plantes vigoureuses et réduire la nuisibilité des ravageurs d’automne, ce réseau de parcelles a permis de relever plusieurs enseignements :
• Les colzas dont le pivot est supérieur à 15 cm ont une biomasse/plante significativement plus importante (+ 50 g/plante), d’où l’importance de la qualité de la structure du sol.
• Les colzas levés après le 1er septembre ont une biomasse/plante en tendance plus faible que ceux levés avant (- 25 g/plante), la levée précoce est donc un levier de réussite.
• Les meilleures biomasses/plante sont obtenues pour les parcelles avec un peuplement <35 pieds/m² (+ 50g/plante) : la densité de semis doit donc être maitrisée.
• L’effet du type de sol reste central pour la croissance et la biomasse du colza
Soutenir la croissance du colza à l’automne par la fertilisation et biostimulation
Les observations menées en essais et en parcelle agriculteurs ont mis en évidence « le lien étroit entre la biomasse du colza et les dégâts infligés par les larves d’insectes d’automne : améliorer la nutrition pour améliorer la croissance est un levier pour limiter la nuisibilité des dégâts d’insectes », a précisé Cécile Le Gall, chargée d’études chez Terres Inovia.
Toujours dans le cadre d’Adaptacol2, deux pistes ont été identifiées pour favoriser la croissance du colza : l’apport d’azote au semis ou en végétation d’un côté et l’application de biostimulants.
• Apport d’azote : un effet observé et quantifié de l’apport d’azote en végétation ou au semis sur la croissance du colza contribue à limiter la nuisibilité des dégâts occasionnés par les insectes à l’automne. « Un réseau multipartenaire soutenu dans Adaptacol2 a contribué à l’appropriation du levier en région, et à poursuivre l’acquisition de référence dans des conditions contrastées en vue du PAN 8 », poursuit Cécile Le Gall.
• Biostimulant : il n’y a pas eu d’effet observé des biostimulants sur la croissance, les dégâts d’insectes ou le rendement du colza dans les conditions des essais. A ce titre, ces expérimentations n’ont pas été poursuivies.
Un colza robuste grâce à une implantation réussie est moins sensible aux bioagresseurs
Retour d’expérience sur la fertilisation à l’automne et l’usage de biostimulants
Dans le Berry, le colza étant une tête de rotation importante, les travaux d’Adaptacol2 sur le colza robuste ont permis de « fédérer les partenaires régionaux, expérimenter de nombreux sujets, faire monter en compétence les conseillers et porter des messages clés aux agriculteurs », a synthétisé Guillaume Houivet (FDGEDA du Cher).
Une plateforme de colza a été mise en place pendant deux ans. Quels en sont les enseignements ?
• Fertilisation azotée à l’automne : dans les situations limitantes, l’azote apporté permet d’accompagner la croissance du colza durant la période de risque (mi-octobre / fin-novembre). Dans ces cas-là, l’azote apporté en cours de végétation est plus efficace que l’azote au semis. Il permet d’atteindre la biomasse/plante nécessaire pour tolérer les attaques d’insectes (50 gr/plante), permettant de limiter les dégâts.
• Biostimulants : les expérimentations ont montré qu’ils n’avaient pas d’impact sur la croissance ni sur la présence de larves ou sur les dégâts observés (ports buissonnants).
Améliorer la nutrition pour améliorer la croissance est un levier pour limiter la nuisibilité des dégâts d’insectes
RESALT : le levier variétal face aux altises d’hiver
« Dans un objectif de lutte alternative et intégrée, Terres Inovia a démarré une nouvelle méthodologie d’évaluation variétale pour répondre à la question suivante : existe-t-il des différences significatives de tolérance aux ravageurs entres les variétés de colza commercialisées en France ? », a questionné Antoine Gravot, de l’Inrae.
Le projet RESALT a associé l’Inrae, Terres Inovia, Innolea et dix obtenteurs. Il visait à rechercher des résistances à l’altise :
• sur le colza au travers d’une évaluation des dégâts au champ pour trouver des solutions à échéance courte.
• chez les Brassica par une évaluation des dégâts en condition de laboratoire, en particulier les facteurs phytochimiques et génétiques impliqués dans la résistance, pour des solutions à moyen terme.
Quels enseignements ?
• Des protocoles partagés, compatibles avec des approches génétiques au champ et en conditions contrôlées.
• Une identification de génotypes élite à comportement contrastés. L’étude de ces génotypes en conditions contrôlées doit être poursuivie.
• Une identification d’accessions de choux à bon comportement : les analyses génétiques et métabolomiques sont encourageantes.
Un programme de R&D inédit et aux enjeux stratégiques pour la filière
Lors de la table-ronde inaugurale du colloque du Plan de sortie du phosmet, Terres Inovia, l’Inrae, Sofiprotéol et le Ministère de l'Agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire ont mis en avant les enjeux de ce programme de R&D.
- Laurent Rosso, directeur général de Terres Inovia
"Face à l’urgence, la filière colza a su se mobiliser collectivement pour sécuriser les productions et construire des solutions concrètes, du terrain à la recherche." - Christian Lannou, directeur scientifique adjoint agriculture de l’Inrae
"La recherche a été mobilisée pour produire rapidement des connaissances utiles, tout en ouvrant des perspectives durables grâce à une meilleure compréhension des ravageurs." - Benoît Bonaimé, directeur général de l'enseignement et et de la recherche au Ministère de l’Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire
"Ce plan montre qu’on peut concilier urgence et transition en co-construisant des solutions efficaces avec l’ensemble des acteurs." - Xavier Dorchies, directeur général délégué de Sofiprotéol
"L’innovation collaborative et les financements combinés sont essentiels pour préserver la compétitivité de la filière et préparer l’avenir."
Au total, 11 projets, 30 acteurs et des centaines d’essais ont été déployés. À court terme, il a permis de sécuriser les cultures et d’optimiser les pratiques existantes. À moyen terme, il a produit de nouvelles connaissances (biocontrôle, variétés, comportement des ravageurs). Il a aussi renforcé la collaboration et l’innovation dans la filière. Sa méthode, basée sur la co-construction et la résolution de problème, est aujourd’hui un modèle. L’enjeu est désormais de diffuser largement les solutions auprès des agriculteurs.