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Des infestations de punaises des céréales possibles localement en phase d’installation des colzas

Lorsque la campagne démarre dans des conditions chaudes et sèches, les risques d’attaques de punaises sur les jeunes colzas sont plus élevés. Vigilance si les mois de juillet, août et septembre s’inscrivent dans ce schéma climatique.

Certaines années, comme ce fut le cas récemment en 2016 et 2019, des parcelles de colza tout juste levées ont été envahies par de petits insectes de quelques millimètres appartenant au groupe des punaises. Les conditions précises de ce phénomène restent à étudier. Toutefois, ces pullulations s’observent particulièrement les années où les conditions climatiques en juillet, août et septembre sont chaudes et sèches.

Les punaises sont polyphages et cherchent alors des sources de nourriture et s’attaquent non seulement au colza (repousses ou colzas en cours de levée) mais également à d’autres espèces végétales comme des céréales, des légumineuses... En 2019, dans certains départements, les punaises affamées ont également envahi des habitations situées à proximité de parcelles agricoles.

Localisation des attaques de punaises sur colza en 2019 (situations non exhaustives)

Localisation des attaques de punaises sur colza en 2019 (situations non exhaustives)

Dégâts sur colza

Les attaques sur colza commencent par les bords de champs et progressent vers l’intérieur des parcelles si les conditions favorables persistent. Le phénomène est impressionnant : les plantules de colza flétrissent sans aucun autre symptôme apparent. Ces dernières, vulnérables à cause de la sécheresse, ne peuvent résister face à ces milliers d’individus ponctionnant la sève jusqu’à leur dessèchement complet.

L’observation de cet insecte, peu fréquent habituellement, reste toutefois très localisé.

colza attaqué à la levée par piqure de larves nsyiusparcelle de colza colonisée par les larves

A gauche : plantule de colza desséchée suite aux piqûres des larves de Nysius, à droite : parcelle de colza colonisée par les larves au cours de l’automne. Le végétal est détruit (sol nu) sur les premiers mètres (4 à 5 mètres sur le cliché et 25 à 30 mètres entre le jalon et le chemin, situé derrière la photographe)

Espèces impliquées

Les punaises colonisent les parcelles au stade larvaire. A ce stade, elles sont incapables de voler (absence d’ailes). Il n’est pas possible d’identifier précisément les larves, c’est pourquoi l’étude des adultes est incontournable pour connaître l’identité du ravageur. En 2019, plusieurs espèces ont été identifiées par le laboratoire d’Eco-Entomologie à partir d’échantillons fournis par Terres Inovia et ses partenaires (GDA45 et AGRIAL) :

Nysius cymoides communément appelé fausse punaise des céréales.

Cette espèce a également été identifiée en 2009, 2016 en France. Elle semble être impliquée dans la majorité des attaques. Elle est considérée comme nuisible au colza en Iran mais peut également s’attaquer à une très grande diversité d’espèces végétales cultivées (choux, chou-fleur, soja, tomate, olivier, luzerne, tournesol, vigne…) ou non (chénopode, trèfle, moutarde des champs, armoise…).

Illustration de différents stades de l’espèce Nysius cymoide

Illustration de différents stades de l’espèce Nysius cymoides - a) Larve stade III (1,0 mm) ; b) Larve stade IV (1,5 mm) ; c) Larve stade V (2,2 mm) ; d) Adulte mâle (2,5 mm). La taille correspond à la mesure entre l’extrémité de la tête et l’extrémité de l’abdomen (photos : laboratoire d’Eco-Entomologie – J.-D. Chapelin-Viscardi).

Emblethis sp.

Les espèces impliquées n’ont pas pu être identifiées (identification uniquement possible sur adultes). Cependant, les espèces appartenant à ce genre sont souvent des insectes granivores polyphages.

Il n’est pas exclu que d’autres espèces de punaises adoptent ce comportement. Par exemple, des pullulations de Nysius thymi ont été signalées en Italie.

Gestion des infestations

Aucune spécialité n'est homologuée contre cet insecte, qui n’est pas classé « officiellement » en France parmi les ravageurs du colza. Les traitements testés semblent peu efficaces quelle que soit la famille insecticide choisie. Seule l'irrigation ou le retour de pluies calment le phénomène en permettant la dispersion des larves.

Seule une meilleure connaissance de la biologie des espèces impliquées permettra de trouver des stratégies de gestion durable adaptée si le problème se développe dans les années à venir.

Afin de suivre l’évolution du phénomène au fil des années et mieux connaître les espèces impliquées, si vous observez des attaques sur colza dès l’automne 2020, il est important de la signaler dans l’enquête mise en ligne par Terres Inovia. 

Découvrez les premiers résultats de l'enquête.

Source :

Chapelin-Viscardi J.-D., Tourton E. & Matocq A., 2017. – Pullulations de Nysius cymoides (Spinola, 1837) dans des parcelles de Colza de l’Ouest de la France (Heteroptera Lygaeidae Orsillinae). L’Entomologiste, 73 (3) : 205-210.

Chapelin-Viscardi J.-D. – le point sur les pullulations de la punaise des céréales - RTR de Niort – 28/11/19