Publié le 13 mars 2026 | Mis à jour le 13 mars 2026

Tournesol : gérer les graminées et les dicotylédones

La gestion des adventices devient un enjeu croissant dans la culture du tournesol. Comme dans les céréales, certaines graminées gagnent du terrain, tandis que plusieurs dicotylédones difficiles – comme l’ambroisie, le datura ou le chardon – imposent des stratégies adaptées. Pour maintenir l’efficacité du désherbage, les programmes doivent combiner judicieusement solutions chimiques et interventions mécaniques.

Des flores adventices en évolution

Dans les tournesols, les graminées les plus souvent citées comme problématiques par les producteurs sont aujourd’hui les ray-grass et les vulpins. La culture étant majoritairement conduite en système pluvial et souvent intégrée dans des rotations avec cultures d’hiver, le tournesol revient généralement tous les trois à quatre ans sur une même parcelle. Dans ces conditions, les graminées estivales de type PSD (panics, sétaires, digitaires) restent présentes mais sont le plus souvent peu problématiques, car ces rotations ne leur sont pas particulièrement favorables.

Du côté des dicotylédones, une grande partie des situations reste dominée par une flore dite classique, généralement contrôlée par les programmes de pré-levée. Néanmoins, plusieurs évolutions sont observées ces dernières années. Les situations avec chardon des champs tendent à progresser, tandis que certaines espèces comme l’ambroisie ou le xanthium nécessitent toujours une vigilance particulière.
En matière de solutions herbicides, aucune évolution majeure n’est attendue pour la prochaine campagne. L’extension d’usage de l’Isard sur tournesol est toujours en attente et ne sera pas disponible pour cette campagne. Par ailleurs, Codix, association de DFF et de pendiméthaline, n’a pas obtenu d’extension d’usage sur tournesol.

La pré-levée reste la base du contrôle des graminées

Jusqu’en 2024, les solutions à base de S-métolachlore constituaient un pilier des programmes de désherbage antigraminée dans de nombreuses situations. Depuis le retrait de cette molécule, les alternatives reposent principalement sur les spécialités à base de pendiméthaline seule (Prowl 400 ou Atic Aqua, ou associé au Dmta-p, comme Dakota-p.).

Employée seule, la pendiméthaline se montre inefficace sur les ray-grass. En revanche, elle prouve son efficacité sur les PSD et semble suffisante dans la plupart des cas sauf en cas de fortes infestations de panics, situation que l’on rencontre plutôt dans des rotations dominées par les cultures d’été, notamment le maïs. La molécule présente également un spectre d’action assez large sur certaines dicotylédones, en particulier les chénopodes et les renouées.
Dans les parcelles où le ray-grass est présent et le contrôle nécessaire dans certaines situtations, la pendiméthaline par le Dmta-p devient indispensable.

Dans ce contexte, Dakota-P 3 l/ha constitue aujourd’hui une référence. Pour élargir le spectre d’efficacité à l’ensemble de la flore dicotylédone et graminée, ce type de base peut être complété par des solutions comme Challenge ou Chanon de 2 à 2,5 l/ha, ou encore Proman ou Inigo à 2 l/ha.

Aclonifène ou métobromuron pour compléter la pré-levée

Dans la plupart des situations, la base antigraminée doit être associée à un herbicide à large spectre sur dicotylédones afin de sécuriser l’efficacité du programme de pré-levée. Les solutions à base de métobromuron, comme Proman, Inigo ou Soleto, ainsi que celles contenant de l’aclonifène, comme Challenge 600 ou Colt, sont aujourd’hui les principales partenaires. A noter, l’exception faite aux sols argileux où l’emploi de Dakota-p à 3l/ha seul peut permettre de contrôler une pression dicotylédone modérée, dans la plupart des situations.

Une troisième solution reste disponible pour la campagne 2026 : Racer ME, à base de flurochloridone. Non mélangeable, cette spécialité devrait cependant vivre sa dernière campagne d’utilisation.

L’aclonifène présente un bon niveau d’efficacité sur de nombreuses dicotylédones, notamment les renouées, l’amarante, le chénopode, le gaillet, le laiteron ou encore certaines crucifères. Son efficacité apparaît toutefois plus moyenne sur mercuriale et plus limitée sur morelle, faiblesse qui peut être compensée par l’association avec Dakota-P.

Le métobromuron (Proman) apporte pour sa part de bons résultats sur amarante, chénopode, laiteron, linaire, matricaire ou morelle, ainsi que sur les renouées selon la dose utilisée. Proman est également recommandée dans les stratégies de gestion de l’ambroisie à feuilles d’armoise.

Les essais conduits durant 3 années montrent que Challenge 600 et Proman, appliqués à 2 l/ha sur une base Dakota-P à 2 l/ha, présentent des spectres d’efficacité globalement très proches. Challenge 600 se distingue toutefois par une meilleure efficacité sur mercuriale et sur renouée persicaire, tandis que Proman présente un avantage sur matricaire, lampsane ou encore, dans certaines observations, sur renouée des oiseaux et helminthie (tout en restant à un niveau insuffisant sur cette dernière).

Sur le plan économique, l’association Dakota-P 2 l/ha + Challenge 2 l/ha se situe autour de 98 €/ha, soit environ 18 €/ha d’économie en comparaison de l’association Dakota-P 2 l/ha + Proman 2 l/ha. Il convient toutefois de rappeler que l’utilisation de solutions à base d’aclonifène impose la présence d’un dispositif végétalisé permanent (DVP) de 20 mètres.

Le désherbage mécanique, un levier complémentaire efficace

Le tournesol supporte bien le désherbage mécanique et sa période de végétation offre plusieurs créneaux climatiques favorables pour intervenir. L’écartement inter-rang, généralement de 60 cm mais pouvant varier de 40 à 80 cm selon le matériel, permet d’envisager un ou plusieurs passages de bineuse.
Pour garantir l’efficacité de cette action, il est important d’intervenir sur un sol bien ressuyé, voire sec, et sans pluie annoncée dans les jours suivants. L’objectif étant d’éviter de provoquer de nouvelles levées d’adventices ou le repiquage de celles-ci. L’efficacité dépend aussi de l’enracinement des adventices, c’est-à-dire principalement de leur stade et de leur espèce : plus elles sont jeunes, plus l’arrachage sera efficace.

Dans les flores simples, les dicotylédones composées par exemple de mercuriale annuelle, mouron des champs, morelle noire, chénopodes ou renouées, les binages peuvent suffire à assurer le désherbage de post-levée lorsque les infestations restent modérées.

En revanche, lorsque la parcelle est confrontée à des espèces plus difficiles comme ambroisie, datura, xanthium, panics, sétaires, digitaires, ray-grass et même chardon, et dont la densité est considérée comme forte, il est préférable de maintenir un programme herbicide complet (prélevée + postlevée). Dans ces situations, le binage constitue un complément intéressant qui peut apporter environ 20 % d’efficacité supplémentaire sur des densités non négligeables (exemple d’un essai à 50 pieds d’ambroisie/m²). Les stades optimaux de la bineuse pour intervenir se situent généralement entre les stades « 2 et 6 paires de feuilles » du tournesol. 

En l’absence de solutions herbicides efficaces en post-levée sur ray-grass, un passage de bineuse réalisé dans des conditions bien sèches peut également s’avérer efficace face à une situation insuffisamment contrôlée par les herbicides de pré-levée.

Dans les parcelles infestées par le chardon des champs et lorsque le recours à Express SX n’est pas possible, le binage peut aussi contribuer à détruire les plantes mères. L’intervention favorise alors le démarrage de nouvelles pousses sur les drageons en levant la dormance apicale. Pour éviter une intervention contre-productive, plusieurs passages sont généralement nécessaires, ce qui implique d’anticiper le premier passage suffisamment tôt dans le cycle de la culture.

Avant/après un passage de bineuse

Parcelle de tournesol avec levée de Ray-Grass avant un passage de bineuse

Parcelle de tournesol avec levée de Ray-Grass après un passage de bineuse

Les solutions de post-levée, la meilleure réponse aux flores difficiles

Lorsque la parcelle est dominée par des flores difficiles à contrôler, le recours à des variétés tolérantes aux herbicides est indispensable. Les technologies Clearfield, Clearfield Plus et ExpressSun permettent ainsi d’utiliser des herbicides à base d’imazamox ou de tribénuron.

Infestation de chardons des champs dans une parcelle de tournesol au stade « 2 feuilles ».

Pour les vivaces telles que le chardon des champs ou le liseron des haies, la technologie Express Sun constitue l’unique solution. 

Une autre solution de post-levée est disponible avec Viballa, à base d’halauxifène-méthyl, utilisable sur tous les types de variétés de tournesol. Cette spécialité est principalement à réserver aux situations avec l’ambroisie à feuilles d’armoise ou à de faibles infestations de xanthium. 

Les spectres de l’imazamox et du tribénuron, quoique globalement très complets, peuvent nécessiter une application dès la prélevée. C’est le cas avec Pulsar 40, Passat Plus ou Davai (imazamox) pour gérer les fortes pressions de graminées et de renouée liseron. En utilisant Express SX (tribénuron), la prélevée permettra de gérer essentiellement des graminées adventices. Viballa aura également besoin d’une base anti-graminée mais aussi d’un renfort pour élargir son spectre sur dicotylédone, en particulier sur les renouées et astéracées (laiteron, seneçon).

L’intervention est recommandée au stade quatre feuilles du tournesol pour les spécialités à base d’imazamox et tribénuron, soit environ un mois après le semis. Un repère simple consiste à intervenir qu’à partir du moment où 80 % des plantes ont atteint ce stade.

Dans les situations de flores complexes, notamment avec ambroisie ou xanthium, une stratégie fractionnée peut être privilégiée. Elle consiste à réaliser une première application anticipée au stade 2 feuilles du tournesol, puis une seconde intervention environ une semaine plus tard.

Infestation d'ambroisie à feuilles d'armoise sur témoin non traité, comparée à la modalité Viballa 1 l/ha

Comparativement, l’imazamox offre un spectre un peu plus large sur les graminées estivales et présente un léger avantage face au tribénuron sur ambroisie et xanthium (écart moins visible en cas de fractionnement de ces solutions). Le tribénuron se distingue davantage sur les astéracées comme le laiteron, le séneçon ou l’helminthie, mais aussi sur la renouée liseron et surtout sur le chardon des champs.

Il existe plusieurs solutions à base d’imazamox. Selon la flore, il est possible d’ajouter une huile végétale et surtout de moduler la dose (tableau suivant). Le fractionnement en deux applications peut être privilégié pour les flores les plus complexes. L’efficacité du tribénuron à 45 g/ha sur chardon des champs reste d’un bon niveau, même en application tardive. Toutefois, au regard de la très forte concurrence exercée par cette espèce vivace sur le tournesol dès les premiers stades, un contrôle précoce, idéalement grâce au fractionnement, est à privilégier. Un contrôle tardif (au-delà de « 6 feuilles » du tournesol), même très efficace, peut conduire à une disparition partielle ou totale de la culture sous les ronds de chardons. 

Tableau : Recommandation de dose et adjuvantation pour les solutions à base d'imazamox selon la flore ciblée.
 ProgrammeCible
OUPulsar 40* 0.8l/ha à 1l/haAmarante, Datura, Linaire batarde, Morelle, Moutarde, Ravenelle
Davai* 0.4l/ha
Passat Plus 1.3l/ha
OUPulsar 40* 1l/ha    + Autres espèces (voir spectre)
Davai* 0.5l/ha    
Pulsar 40 1.25l/ha
Davai 0.65l/ha 
Passat Plus 1.6l/ha
Passat Plus 2l/haBénéfices sur : Ambroisie, Renouée liseron, Tournesol sauvage, Digitaire, Gaillet, Laiteron, Mercuriale, Seneçon
OU2x Pulsar 40* 0.6l/haBénéfices sur : Ambroisie, Renouée liseron, Tournesol sauvage, Xanthium, Ammi-majus, Anthémis, Helminthie, Laiteron, Matricaire, Mercuriale
2x Davai* 0.32l/ha
2x Passat Plus 1l/ha
* : Huile végétale type Actirob B    Stratégie en deux passages : 2-3F puis 8-10 jours plus tard.


 

 

Spectre d'efficacité des solutions de désherbage de post-levée, extraits du Guide de culture Tournesol 2025
Résultats d'efficacité des solutions Passat plus 2l/ha et Viballa 1 l/ha sur ambroisie à feuilles d'armoise dans 6 essais conduits de 2018 à 2020.