Publié le 16 mars 2026 | Mis à jour le 16 mars 2026

Désherbage du tournesol : comment maîtriser l’ambroisie à feuilles d’armoise ?

Du faux-semis aux programmes herbicides, plusieurs leviers agronomiques et chimiques permettent de réduire significativement l’infestation d’ambroisie à feuilles d’armoise en tournesol. Les essais menés par Terres Inovia apportent des repères et des recommandations pour adapter la stratégie de désherbage.

Avec une nuisibilité estimée à 3 q/ha par tranche de 10 individus/m², l’ambroisie à feuilles d’armoise peut entraîner jusqu’à deux tiers de perte de rendement en tournesol dans les situations les plus infestées. Considéré comme invasive et allergisante, cette adventice constitue aujourd’hui un enjeu majeur du désherbage des cultures de printemps.

Faux-semis et décalage du semis : un levier agronomique efficace

Parmi les leviers les plus efficaces figure le faux-semis associé à un décalage de la date de semis, idéalement vers début mai, réduit considérablement le nombre de levées de l’espèce invasive. Cette technique, couplée à une destruction chimique des individus levés, permet de limiter la germination de nouvelles graines juste avant le semis de la culture.

Un essai conduit en 2021 dans les Deux-Sèvres illustre l’intérêt de cette stratégie. Fin juin, l’infestation est passée de 112 à 31 ambroisies/m² entre un semis le 26 mars avec passage de herse rotative et un semis le 15 mai après un faux-semis suivi d’une destruction mécanique des adventices. Avec une destruction chimique, elle tombe à 13 ambroisies/m².

Des résultats similaires avaient déjà été observés en 2016 dans une culture de soja dans la même région, où le décalage du semis avait permis de diviser par trois le nombre d’ambroisies levées dans la culture.

Ce levier doit toutefois être réservé aux situations de forte pression où les programmes herbicides seuls ne suffisent pas, car un semis tardif peut réduire le potentiel du tournesol. En cas de pression plus modérée, un décalage jusqu’à fin avril permet de limiter l’impact sur le rendement.

La succession de cultures d’hiver pour limiter la prolifération

La rotation joue également un rôle important dans la gestion de l’ambroisie. L’enchaînement de deux cultures d’hiver limite sa prolifération, car la germination de cette adventice s’échelonne de mars à septembre.

Cette stratégie contribue à réduire progressivement le stock grainier de la parcelle, à condition de maîtriser les levées estivales dans les chaumes de céréales.

Pour cela, il est conseillé de réaliser des déstockages en interculture estivale, en réalisant des interventions superficielles et rappuyées, effectuées le plus tôt possible après les récoltes.
 

En prélevée, le métobromuron pour limiter la concurrence précoce

En lutte chimique, le métobromuron (Proman, Inigo, Soleto) appliqué en prélevée démontre une efficacité pour limiter la concurrence de l’ambroisie en début de cycle.
Cette intervention permet de réduire la pression précoce, mais elle ne suffit pas à elle seule pour assurer un contrôle satisfaisant. Elle doit donc être relayée par une intervention de postlevée.

Viballa : une solution efficace et flexible en postlevée

Parmi les solutions de postlevée, l’halauxifen-méthyle de Viballa (Arylex) appliqué à 1 l/ha à partir du stade 4 feuilles du tournesol dépassé (pétioles visibles sur les feuilles 3 et 4) présente une efficacité notable par rapport à l’imazamox de Passat Plus 2 l/ha. 
Les essais conduits par Terres Inovia entre 2018 et 2020 sur six sites montrent un gain d’efficacité moyenne élevé et régulière sur 6 sites par rapport à Passat Plus (imazamox).

Autre avantage : la flexibilité d’application. Un retard de traitement de 8 à 10 jours entraîne peu de perte d’efficacité, même sur des ambroisies légèrement développées. A titre comparatif, Passat Plus ou Express SX (tribénuron-méthyle) voient leur performance diminuer plus rapidement lorsque les adventices sont avancées.

Dans les situations de forte pression, l’association Proman en prélevée puis Passat Plus en postlevée améliore l’efficacité finale. Ce bénéfice n’est pas observé avec Viballa, très efficace seul, mais peut toutefois réduire la concurrence sur la culture en tout début de cycle.

Pour Passat Plus et Express SX, le fractionnement de la dose totale (60 g/ha pour Express SX) avec un premier passage précoce au stade 2 à 4 feuilles permet d’améliorer le contrôle des ambroisies jeunes. 

Efficacité des solutions Passat Plus et Viballa sur ambroisie à feuilles d'armoise (résultats issus de 6 essais conduits de 2018 à 2020).

Une gestion complémentaire selon la flore

Si Viballa est très performant sur l’ambroisie, son spectre reste limité sur certaines dicotylédones (notamment les renouées) et sur les graminées.

Il est donc nécessaire d’adapter la stratégie en fonction de la flore observée. Une prélevée à base de pendiméthaline doit être assurée (Dakota-P à 2,5 l/ha ou Atic Aqua à 1,8 l/ha), ou Proman en l’absence de forte pression de graminées. 

L’association de Viballa avec une solution à base d’imazamox ou de tribénuron, en mélange ou en 2 passages est envisageable mais nécessite toujours une prélevée pour le contrôle des graminées, en particulier si l’association inclut Express SX.

Comparé à la modalité traitée en postlevée du tournesol avec de l’halauxifen-méthyle (Viballa 2 l/ha), le témoin non traité est infesté par l'ambroisie à feuilles d'armoise, avec un retard de croissance manifeste de la culture.