Publié le 26 février 2026 | Modifié le 26 février 2026

Sols trop humides et fertilisation du colza : que faire ?

Parcelles impraticables et non fertilisées à ce jour. Quelle conduite adopter pour la suite ? 

Fin d’automne et début d’hiver profitables…

Les faibles cumuls pluviométriques en novembre et décembre couplés à des températures douces avaient permis au colza d’installer une biomasse racinaire et foliaire tout à fait correcte avant l’hiver. C’est un atout pour la majorité des situations observées. Des petits colzas et des difficultés sont toutefois pointés en particulier après des levées tardives ou hétérogènes notamment en Bretagne, ou certains secteurs du Poitou-Charentes, Centre-Val de Loire et Normandie.

…Inversion de la tendance depuis mi-janvier

Après l’épisode de froid significatif et généralisé de fin décembre / début janvier, changement de scenario : les pluies très régulières et abondantes (Bretagne, Pays de la Loire, Poitou-Charentes en particulier, cf. cartes) dégradent la situation quand cela devient excessif. La culture accuse le coup et faiblit du fait des pertes brutales de biomasse.  

D’une façon générale, l’effet de l’excès d’eau cette année interagit négativement avec la combinaison Gel x Infestations élevées de larves d’altises. Abondantes, les larves, même à des stades jeunes, affaiblissent les plantes dans de telles circonstances. 

Cartes culmul de pluie - % moyenne 2006-2025

Situation actuelle

Les premiers signes de rougissements sont apparus il y a une dizaine de jours en région Centre-val de Loire. En Normandie et Ouest de l’Ile-de-France, les colzas semblent au contraire bien relancés, sauf cas particuliers de sols saturés. En Bretagne et Pays de la Loire, le contexte prend une tournure plus préoccupante, de même que dans les sols sensibles aux excès d’eau de Poitou-Charentes.

Malgré ce contexte humide, les premiers apports d’azote ont pu avoir lieu, c’est très hétérogène selon les régions. Nous rappelons que le coefficient d’utilisation de l’azote (CAU) est faible à ce moment. Dans le cas d’apport précoce, le doute s’installe sur la quantité d’engrais valorisée.

C’est dans les sols impraticables à ce jour et probablement jusqu’à fin février début mars que les parcelles non fertilisées posent question. Les stades de colzas s’échelonnent de C2 à D2. Rien d’insolite, cette situation s’apparente à des scenarios comme en 2021 ou 2018 pour retenir des années récentes. Que faire ? 

S’appuyer sur une hypothèse de rendement réaliste, ne pas surestimer les doses d’azote nécessaires

La dose d’azote à apporter est directement liée à l’hypothèse de rendement retenue. Examiner les colzas (pivots et parties aériennes) pour identifier d’éventuels facteurs limitants forts : asphyxies racinaires en lien avec l’hydromorphie et attaques de ravageurs : larves d’altises ou charançons à l’aisselle des feuilles ou dans les cœurs de plantes, ou hernie au niveau du système racinaire… Ne cherchez pas à sécuriser en vain les apports d’engrais. Ce n’est pas la dose qui compte le plus, mais la capacité de la plante à absorber. L’apport d’azote ne répare pas un système racinaire très dégradé. Évitez les gaspillages. Révisez l’hypothèse de rendement, il n’est pas trop tard 

Le colza peut absorber tout au long de la floraison, voire après

Nous avons pour habitude de recommander un fractionnement de la dose d’azote entre les stades C2 et E pour subvenir suffisamment tôt aux besoins du colza. Il faut savoir qu’un colza sain sans stress hydrique absorbe l’azote au moins jusque fin floraison tant qu’il en a à disposition et tant qu’il en a besoin. La courbe d’absorption est en pleine phase exponentielle entre D2 et G1 (chutes des premiers pétales). Un colza ayant assimilé au moins 100 U d’azote avant le stade E ne perd pas son potentiel de rendement. Dans les situations saines, pas de panique.

Parcelles non fertilisées jusqu’à début mars : que faire ?

Dans l’hypothèse où les parcelles humides ne redeviennent pas praticables avant début mars, il faudra sans doute apporter des doses conséquentes dans un intervalle de temps court. A l’extrême si cela se présente, les apports d’engrais à floraison sont encore envisageables pour atteindre le potentiel de rendement.  

Nous reprenons ici les messages diffusés en 2021, une campagne marquée par des excès d’eau tardifs, jusque début à mi-mars dans certaines régions de l’Ouest : 
Dans le respect de la réglementation

Éviter les engrais liquides une fois le stade E passé

Au stade E, les boutons séparés sur l’inflorescence principale et les boutons dégagés des inflorescences secondaires sont particulièrement exposés à des risques de brûlure (en conditions sèches notamment). La forme solide devient celle à privilégier dès ce stade atteint. 

Stade D1 : boutons accolés encore cachés par les feuilles terminales 
Stade D2 : Inflorescence principale dégagée, inflorescences secondaires visibles
Stade E : boutons séparés, les pédoncules s’allongent 
Stade F1 : premières fleurs ouvertes sur 50 % des plantes

         Stade D1                            Stade D2                       Stade E                         Stade F1

Le soufre reste stratégique, d’autant que des lessivages de cet élément majeur pour le colza sont probables dans le contexte de l’année. Si pas déjà réalisé, un apport de 75 U est à réaliser dès que possible. Les formes sulfates sont les seules à être valorisées  (sulfate d’ammoniaque, ammonitrate soufré, solution azotée soufrée, kiésérite, etc.).

Julien Charbonnaud - j.charbonnaud@terresinovia.fr - Centre-Val de Loire
Jean Lieven - j.lieven@terresinovia.fr - Normandie, Ile-de-France Ouest
Thomas Mear – t.mear@terresinovia.fr - Bretagne, Pays de la Loire
Elodie Tourton - e.tourton@terresinovia.fr - Poitou-Charentes, Vendée, Limousin