Le projet SOLARIS a été lancé pour mettre au point de nouvelles stratégies de lutte vis-à-vis de quatre ravageurs afin de redynamiser les surfaces de soja dans le Sud-Ouest. Ce projet couvre la filière de production biologique, qui a subi les dégâts les plus importants, mais aussi l’agriculture conventionnelle. Intégré au PARSADA, ce projet, piloté par Terres Inovia, a présenté ses actions de R&D le 10 avril dernier, à Baziège.
Depuis 2024, les surfaces de soja en France ont subi un recul significatif, notamment dans le Sud-Ouest, son principal bassin de production face à l’augmentation de la pression de quatre ravageurs : la pyrale du haricot, la punaise verte (et potentiellement la punaise diabolique) et la noctuelle de la tomate (ou héliothis). Les dégâts observés, notamment en situations non irriguées (nombreuses en production biologique jusqu’à présent), sont sans précédent et mettent en péril la rentabilité des cultures et son maintien dans les rotations.
Face à ce constat, l’objectif du projet SOLARIS, qui fait partie des PARSADA, est de construire et d’évaluer de nouvelles stratégies de lutte (combinant leviers de lutte directe et indirecte) afin de sortir des impasses techniques et limiter le recours à des substances actives problématiques.
Ces travaux devraient durer cinq ans et mobiliser plus de 2 millions d’euros. L’institut technique, qui pilote ce projet, sera aux côtés de trois partenaires : Creabio, Lidea et RAGT Semences. SOLARIS mobilise aussi de nombreux partenaires régionaux et prestataires.
Quatre axes articuleront le projet :
• Mieux comprendre la dynamique des populations de ravageurs
• Elaborer et évaluer de nouveaux moyens de lutte directe et indirecte
• Co-construire des itinéraires techniques innovants intégrant les nouveaux moyens de lutte les plus pertinents
• Accompagner le transfert des références et des connaissances acquises vers les agriculteurs
PARSADA : un Plan ambitieux pour trouver des alternatives
Les filières agricoles font face à des difficultés croissantes en protection des cultures, dues à l’augmentation des bioagresseurs et au retrait de certaines substances actives, ce qui peut créer des impasses techniques. Pour anticiper ces problèmes et sécuriser la production, un Plan appelé PARSADA a été lancé en 2023.
Son objectif est de maintenir une protection efficace des cultures grâce à la recherche et au développement de solutions alternatives, en misant sur des stratégies combinant plusieurs leviers et à faible impact environnemental.
Le PARSADA se distingue par une approche inter-filières à grande échelle. Les principaux enjeux identifiés concernent la gestion des adventices et des ravageurs, fortement touchés par les restrictions de produits et les effets du changement climatique.
Terres Inovia joue un rôle majeur dans ce plan, en participant à 11 projets structurants couvrant l’ensemble de ses cultures.
Un observatoire pour mieux connaître les dynamiques des populations des quatre ravageurs
Pour avoir une meilleure connaissance des dynamiques de vol, le projet SOLARIS prévoit la réalisation d’un observatoire des ravageurs qui suivra la présence et les dégâts occasionnés en Aquitaine et en Midi-Pyrénées principalement. L’objectif est de couvrir un panel de situations de production (sol, climat, pratiques) suffisamment varié afin de pouvoir in fine étudier le lien entre la variation des dynamiques de vol et celle des facteurs de production. Quatre campagnes seront suivies de 2026 à 2029.
Observatoire du projet SOLARIS : le réseau en 2026
• 28 partenaires impliqués
• 114 parcelles suivies
Le démarrage d’un programme de sélection pour produire des variétés tolérantes aux lépidoptères
Le projet appuiera l’initialisation d’un programme de sélection de variétés, avec une précocité adaptée à la France, intégrant les gènes de résistances ciblés dont l’efficacité a été démontré sur certains lépidoptères Ces gènes de résistances existent dans différents matériels génétiques qui seront utilisés comme parents donneurs pour introgresser ces gènes dans des lignées élite de groupe de précocité.
Le travail d’introgression sera engagé dès 2026 afin d’aboutir à un premier set de matériel génétique élite dont l’efficacité vis-à-vis de l’héliothis et de la pyrale du haricot devrait pouvoir être évalué d’ici la fin du projet en 2030.
Les leviers agronomiques pour réduire les populations de ravageurs nuisibles
Différents leviers prophylactiques ont été identifiés comme pouvant avoir un impact sur un ou plusieurs des ravageurs ciblés :
• Décalage de la date de semis (punaise et pyrale) : outre son effet potentiel comme stratégie d’esquive vis-à-vis des ravageurs, le projet s’attachera à évaluer également son efficacité comme stratégie d’esquive vis-à-vis du stress hydrique.
• Piégeage de masse de la première génération en interculture (pyrale) : la pyrale est un insecte assez spécifique du soja qui émerge des anciennes parcelles de soja après sa nymphose dans le sol. A cette étape du cycle, les premières populations restent suffisamment limitées afin d’envisager qu’un piégeage de masse puisse être efficace. Le projet s’attachera à identifier comment piéger l’insecte et à déployer de premières preuves de concepts.
• Approfondissement des effets connus de certaines pratiques (irrigation pour la pyrale et le labour pour la pyrale et l’héliothis) pour mieux comprendre leur mode d’action.
Ces pratiques seront testés dans des essais entre 2026 et 2030.
De nouveaux leviers de lutte directe
• Evaluation de nouvelles solutions « kill » utilisant des produits de biocontrôle et des parasitoïdes
• Mise au point de dispositifs « attract » (punaises) utilisant des plantes pièges (notamment des bandes de soja au cycle décalé) et /ou des produits attractifs ou répulsifs.
Cette approche vise, lorsque cela est possible, à combiner les leviers pour aboutir à une stratégie d’ « attract and kill ».
Des itinéraires techniques innovants intégrant les leviers identifiés comme les plus performants
Les nouveaux leviers envisagés étant pour la plupart novateurs, il est important d’imaginer comment ils pourraient être intégrés dans l’itinéraire technique du soja demain, en combinaison avec l’ensemble des autres leviers potentiels qui auront fait leurs preuves dans les essais.
Une première étape visera à imaginer ces nouveaux itinéraires techniques, qui seront à décliner en fonction du contexte parcellaire : sol, climat, pratiques… ce qui permettra également de préciser le risque a priori pour chaque ravageur et ainsi identifier sur lequel (ou lesquels) il faudra se concentrer.
Ces itinéraires techniques innovants feront l’objet d’une évaluation technico-économique avant d’être testés au champ. Cette expérimentation permettra d’étudier la faisabilité et les performances dans les conditions réelles des agriculteurs.