Publié le 19 mars 2024 | Modifié le 19 mars 2026

Semis de tournesol : Rechercher les conditions optimales

Le semis joue un rôle capital dans l’obtention d’un tournesol robuste et la réussite de la culture. Cette opération doit favoriser un démarrage rapide, réduire la durée d’exposition des jeunes plantules aux ravageurs de début de cycle, préserver un peuplement régulier et homogène, tout en limitant  le risque mildiou.

Quelques points de vigilance sont à bien considérer pour atteindre ces objectifs de levée rapide et homogène, et de peuplement régulier.

Réaliser les dernières préparations sur sols ressuyés...

Après un hiver particulièrement humide, un certain retard a été pris dans les opérations de préparation au semis et de destruction des couverts végétaux . Pour autant, il est important de garder en tête qu’un passage d’outil dans des conditions d’humidité du sol inadaptées aura des conséquences négatives sur l’enracinement du tournesol. En effet, le pivot du tournesol est très sensible aux ruptures de structure, tel que les zones de tassement ou le lissage à la profondeur de travail du sol.  Il convient par conséquent d’attendre, avant de réaliser toute intervention, un ressuyage correct.

L’idéal étant d’intervenir sur des sols friables sur toute la profondeur de travail : sous les doigts, les mottes s’émiettent sans coller et donnent de la terre fine. L’état d’humidité du sol doit donc être observé régulièrement. En présence d’un couvert en phase de croissance rapide (cas d’une féverole en préfloraison), de surcroit avec des températures douces, la surveillance doit être quotidienne.

...et viser un semis au plus tôt et idéalement avant le 15 avril

Un semis avant le 15 avril réalisé dans de bonnes conditions montre un avantage pour esquiver la contrainte hydrique estivale. Ce constat basé sur des éléments statistiques est corroboré par une analyse multivariée des enquêtes sur les pratiques culturales du tournesol réalisées par Terres Inovia entre 1996 et 2019 (sur treize campagnes). Celle-ci met en évidence un intérêt  significatif du semis précoce, sur la première quinzaine d’avril, par rapport au rendement. Cette tendance a en outre été observée sur les trois dernières campagnes de production.


Si les conditions météo sont favorables, sans pluies abondantes au cours des prochains jours suivant le semis, tenir l’objectif d’un semis avant la mi-avril sera possible dans un grand nombre de situations (avec toutefois un gradient Est/Ouest en lien avec les cumuls de pluies). Précisons enfin que les dates de semis doivent être adaptées à la précocité de la variété choisie.

Ne décaler la date de semis que pour des raisons sanitaires

  • En situation de risque mildiou (symptômes observés par le passé), il est recommandé de retarder le semis, si de fortes pluies sont annoncées dans les 5 jours. La contamination des plantules ayant lieu au moment de leur émergence, la présence d’eau libre durant cette phase favorise la germination des spores de mildiou qui vont alors infecter le tournesol. 
  • En situation fortement infestée par des adventices estivales difficiles (ambroisie, datura, xanthium), la réalisation de faux-semis printaniers peut s’avérer un levier efficace. Cette pratique nécessite de décaler la date de semis pour laisser le temps aux adventices de lever, puis d’avoir une fenêtre climatique favorable pour les détruire. Ce décalage de la date de semis est à réserver pour les situations où la priorité est mise sur la gestion des flores problématiques. En effet, en l’absence de ces adventices il n’est pas spécialement conseillé de décaler le semis du tournesol, pour ne pas risquer d’entamer le potentiel de rendement.

Attendre que le sol soit suffisamment réchauffé 

Il est impératif de semer sur un sol ressuyé et suffisamment réchauffé à 5 cm de profondeur, avec une température supérieure à 8°C durant plusieurs matinées consécutives.

  • Une mesure de la température, avec un simple thermomètre de sol, au niveau du lit de semence est un indicateur utile pour décider de la date de semis.
  • Les prévisions sur un éventuel refroidissement des températures dans les jours suivants le semis sont également à prendre en considération.
  • A l’inverse, si le sol est bien ressuyé, un semis en conditions fraiches peut être envisagé si un réchauffement des températures est annoncé pour les prochains jours.
  • Le lit de semence doit être assez fin pour permettre un bon contact sol/graine et une parfaite fermeture du sillon, en évitant toutefois l’excès de terre fine, en particulier en sol battant. En argilo-calcaire l’idéal est de rechercher une proportion équivalente de mottes et de terre fine.

Prendre le temps de semer

Parce que la régularité de peuplement compte autant que la densité, le semis doit être réalisé à vitesse modérée, 4km/h, avec un maximum de 6km/ha. Les semoirs monograines de nouvelle génération, dit « rapides » à distribution électrique, permettent d’augmenter le débit de chantier.

Des essais menés en 2021 et 2022 ont montré que des semis réalisés à 10-12 km/h avec ce type de semoir « rapide » donnaient lieu à une levée, un peuplement et un rendement similaires à ceux obtenus avec un semoir classique à vitesse modérée. Pour des vitesses de semis au-delà de 12 km/h, une perte de rendement est observée.

La profondeur de semis est un paramètre important

Viser 2 à 3 cm dans un sol frais, et 4 à 5 cm grand maximum si le sol est sec en surface. Cette profondeur est évaluée par rapport « à l’épaisseur de terre que le tournesol a au-dessus de la tête », on ne tient pas compte de la hauteur des billons formés par les chasse-mottes. Attention sur les sols légers car les billons peuvent s’affaisser; ainsi la graine peut alors se retrouver à une profondeur trop importante.

Décider d’une densité de semis adaptée à chaque situation

Outre les conditions de semis, le peuplement dépend particulièrement de la densité semée. Les densités de semis ont globalement progressé depuis une dizaine d’années, notamment dans les Sud-ouest pour atteindre 73 000 graines/ha en 2021 (Source : enquête pratiques agriculteurs 2021 – Terres Inovia).
L’optimum de densité est dépendant de la contrainte hydrique de la parcelle (type de sol et profondeur), de l’écartement entre rangs et du secteur géographique, en particulier si la parcelle est située dans une région qualifiée de « fraîche » ou à fin de cycle humide qui va impacter la capacité des capitules à sécher rapidement.

  • En moyenne la densité de semis optimale se situe entre 65 et 70 000 graines/ha pour atteindre les objectifs de rendement et de richesse en huile visés.
  • Dans les situations à large écartement (supérieur à 60 cm), attention aux surdensités sur la ligne qui peuvent induire une concurrence entre les pieds.
  • Préférer un écartement de 40 à 60 cm : selon les régions et le potentiel de la parcelle, 1 à 4 q/ha sont à gagner par rapport à un écartement large de type maïs (75 à 80 cm) à densité équivalente de semis.

Maitriser les dégâts des ravageurs de début de cycle

Les dégâts seront d’autant plus faibles que la levée sera rapide ; au-delà de la première paire de feuilles, les jeunes plantes seront hors risque oiseau, il faudra attendre le stade 2 paires de feuilles pour être hors risque limaces !

Oiseaux 

La protection par des dispositifs d’effarouchement (et/ou tirs au fusil dans les départements où cette pratique est autorisée) constituent à ce jour les leviers les plus efficaces.

  • Il est encore trop tôt pour installer les systèmes d’effarouchement, par contre tenez-vous prêts à les mettre en place dès le début de la germination. Il faudra par la suite les déplacer régulièrement pour éviter l’accoutumance des oiseaux.
  • La présence humaine, en particulier au levé et coucher du soleil, reste aujourd'hui un levier efficace.

La coordination des semis au sein d’un territoire est une solution a priori pertinente qui est actuellement évaluée par Terres Inovia et ses partenaires locaux. Terres Inovia poursuit son action face aux dégâts d’oiseaux en 2024   

Déclarer vos dégâts d’oiseaux 

Déclarer vos éventuels dégâts d’oiseaux est primordial pour argumenter auprès des pouvoirs publics sur l’impact de ces ravageurs sur la filière et ainsi faciliter les possibilités de lutte (autorisation annuelle). 
 

Lire l'article sur le sujet: Réduire les dégâts d’oiseaux sur tournesol en combinant les leviers

Limaces

Les plantules de tournesol sont vulnérables de la levée jusqu’au stade 2 feuilles

  • Si les conditions au semis sont humides et si une attaque est attendue (risque à évaluer avant le semis en fonction de l’historique et des pratiques), appliquer une protection anti-limaces à la surface du sol juste après le semis (une ou des applications relais peuvent être nécessaires en fonction de l’activité du ravageur et de la vitesse de délitement des granulés). 
  • Pour les parcelles jouxtant un cours d’eau, utilisez un appareil qui contrôle l’épandage en bordure (type SPANDO TDS), ou utilisez un anti-limace à base de phosphate ferrique (autorisé en culture BIO).

 

Taupins et noctuelles terricoles

Ils occasionnent dans certaines situations des pertes de pieds importantes. Outre une levée rapide, une légère augmentation de la densité de semis permettra d’anticiper et compenser les pertes éventuelles. Pour les situations à risque taupin – antécédents d’attaques ou précédents favorables (prairie, friches, culture fourragère ou légumineuse) – un insecticide pourra être appliqué au semis.

Plusieurs produits en micro-granulé sont autorisés en application au semis  (veillez à respecter les prescriptions réglementaires sur l’utilisation des diffuseurs).

  • Belem 0.8MG/Daxol à 12kg/ha,
  • Karate 0.4GR de 12 à 15 kg/ha,
  • Trika Expert+ à 15 kg/ha
  • Force 1.5G à 10 kg/ha) 

Vos contacts régionaux

  • Arnaud Micheneau (a.micheneau@terresinovia.fr) - Sud Nouvelle Aquitaine, Gers, Hautes-Pyrénées
  • Quentin Lambert (q.lambert@terresinovia.fr)- Occitanie
  • Laura Cipolla (l.cipolla@terresinovia.fr) - AURA & PACA