Publié le 25 juin 2024 | Modifié le 15 décembre 2025

Colza en Normandie et Ouest Ile-de-France : la fin de cycle rend les prédictions de rendement difficiles

Plus les semaines défilent, plus les siliques tendent à se tacher. Dans certains secteurs, un assombrissement important du haut de la végétation du colza hypothèque les espoirs de bons rendements. Le mycosphaerella est souvent désigné coupable. Point de situation.

Premières interrogations fin mai

C’est dans le Sud de l’Ile-de-France que les premiers signalements sur siliques avaient été effectués (taches grisâtres ponctuées de très petits points noirs). Au même moment, d’autre régions étaient déjà très concernées (Centre, Pays-de-la Loire, Bretagne, Poitou-Charentes). Le mycosphaerella, entre autres, est mis au banc des accusés. Plusieurs analyses sont en cours pour le confirmer.

Progression plus ou moins forte selon les secteurs

Au 20 juin, ces symptômes étaient désormais très fréquents sur toute la région, et de façon homogène à l’échelle des parcelles, avec des fourrières, des zones non traitées ou zones versées souvent plus touchées. D’une façon générale (Normandie, Ouest et Nord du Bassin parisien), les siliques sont rarement saines à 100 %. La pression sur plante reste toutefois hétérogène et modérée…
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…A contrario, dans le sud de la région Ile-de-France, la maladie a fortement progressé, rendant la végétation anormalement brune. Les taches contigües se sont rejointes pour former des plages sombres sur tout ou partie des parois des siliques. Le remplissage est probablement affecté (la teneur en huile aussi ?) car les pédoncules, hampes et tiges sont encore vertes, signe que la maturation n’est pas finie. Difficile de savoir à quel niveau de rendement finiront ces parcelles.​​​​​​​

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Un impact sur le rendement très difficile à appréhender

Comme l’indiquait notre message du 03 juin, les impacts du mycosphaerella sont mal connus (2 à 8 q/ha). Le remplissage (PMG) est a priori d’autant plus altéré que les taches couvrent précocement la surface des siliques.

Selon les terroirs, pour finir la phase de remplissage, il faudrait encore « tenir » 10 à 25 jours en tendance.

Les inquiétudes reposent aussi sur les pertes par éclatement de siliques / égrenage avant la moisson. Les observations avant récolte attestent, ces dernières années, d’une bonne tenue des graines dans les siliques malades de mycosphaerella, mais ceci dans des circonstances où les attaques n’étaient pas aussi sévères en fin de cycle.

Vigilance quant à l’évolution de la situation

L’atmosphère s’est réchauffée, le ciel bleu est de retour, mais la météo pourrait nous réserver encore des surprises. Face à cette situation sanitaire assez inédite, surveillez l’évolution de l’état des siliques.

Le dessèchement prématuré des enveloppes des siliques pourrait conduire à des récoltes plus précoces. Dans ce cas, il faudra chercher à trouver le meilleur compromis possible « humidité des graines / maturité des tiges », sans tarder.
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A noter que, dans les conditions actuelles, un cortège de champignons saprophytes (cladosporium, botrytis..) s’installe sur des siliques sénescentes, malades ou blessées, en formant à leur surface des duvets gris ou poussières noirâtres.

Retour sur les autres éléments de la campagne colza 2023-24

  • Phase végétative globalement correcte de la fin d’été au début de l’hiver : installation vigoureuse, forte croissance du colza. Colza robuste dans de nombreuses situations.
  • Fin d’automne puis hiver humide et doux : le colza n’apprécie habituellement pas ce scenario. En dépit des excès d’eau, la reprise fut très précoce, de même que la montaison qui s’est déroulée assez bien. Les apports d’azote ont été bien valorisés, les ravageurs ont globalement été bien maîtrisés, à l’exception de certaines situations (Seine-Maritime notamment) n’ayant pas disposé de créneaux opportuns pour intervenir (larves d’altises). Jusque-là, les indicateurs agropédoclimatiques restaient positifs.
  • Floraison précoce du 22 mars au 05 mai approximativement, sous un ciel gris et un régime de pluies orageuses régulières et abondantes. Le quotient photothermique était déficitaire pendant la floraison (2ème rang après 2018, année la plus déficitaire).
  • Idem pour la phase de remp​​​​​​​lissage dont le rayonnement fait défaut jusqu’à aujourd’hui (2ème rang des années déficitaires, après 2016).

Les effets directs et indirects de la météo (pluies abondantes, faible rayonnement) et des maladies de fin de cycle seront variables selon les situations. Difficile de faire de la prévision de rendement dans ce contexte.


​​​​​​​​​​​​​​Jean Lieven - j.lieven@terresinovia.fr - Normandie / Ile-de-France Ouest