Publié le 8 avril 2026 | Modifié le 10 avril 2026

Colloque Plan de sortie du phosmet : détourner les ravageurs d’automne du colza

Le colloque du Plan de sortie du phosmet, le 24 mars dernier, a partagé les résultats d’un des axes de ce programme inédit, créer des stratégies pour éloigner les ravageurs des colzas, avec trois projets : AltisOR, Adaptacol2 et Ctrl-Alt.

AltisOR : que nous apporte la connaissance des récepteurs olfactifs de l'altise ?

Pour éloigner les ravageurs des parcelles de colza, le projet AltisOR porté par Inrae a travaillé sur les récepteurs olfactifs de l’altise : « l’odorat est un sens clé des insectes pour localiser les plantes-hôtes, partenaires sexuels, lieu de ponte…Les odeurs sont détectées par des récepteurs olfactifs. Les connaitre permet de développer une approche d’écologie chimique inverse », a expliqué Emmanuelle Jacquin-Joly, de l’Inrae Versailles. 
 

Dans ce projet, un inventaire et une sélection des meilleurs OR – récepteurs olfactifs- ont été effectués à l’automne et au printemps en 2022 et 2023. Résultats ? La création d’un transcriptome antennaire a permis de créer une ressource pour la communauté, 74 OR d’altises ont été identifiés et un OR-clé identifié, ce qui permet d’ores-et-déjà de tester une large diversité d’actifs, et donc d’accélérer la recherche de solution pour influer le comportement de l’altise. 
 

L’odorat est un sens clé des insectes, les connaitre permet de développer une approche d’écologie chimique inverse.

Emmanuelle Jacquin-Joly

Chercheuse à l'Inrae

Variété « piège à altise » : que disent les résultats d’essais Adaptacol 2 ?

Pour attirer les altises sur des plantes attractives et protéger les parcelles de colza, des stratégies ont été évaluées : 
•    Associer des variétés avec des caractéristiques physiologiques contrastées pour gagner en résilience du colza dans un contexte de pression insecte et/ou de contraintes climatiques.
•    Attirer les altises sur des plantes plus attractives avec une autre crucifère (ex : radis chinois) et avec une variété dite « piège ». 
 

Sur les campagnes de 2022 à 2024, 75 essais de Terres Inovia et ses partenaires régionaux ont été effectués. 
 

Résultats ? « Quelle que soit la combinaison entre colza d’intérêt et espèce ou variété piège, aucun mélange n’apporte de réelle plus-value par rapport à la variété d’intérêt agronomique implantée seule », conclut Antoine Gaignou, chargé d’études de Terres Inovia.
 
 

Ctrl-Alt : mobiliser des plantes de service et des composés volatils pour détourner l’altise du colza

Dans ce projet porté par Inrae, les travaux ont cherché à caractériser des plantes de service et les composés qu'elles émettent. 
 

Les travaux ont porté sur plusieurs plantes de service : la moutarde brune, le chou chinois, le radis, le radis chinois, le radis fourrager, la moutarde d’Abyssinie et la navette, en conditions contrôlées et semi-contrôlées en parcelles expérimentales. Résultats ? « Pour l’ensemble des tests dans les différents dispositifs, trois plantes de service se sont montrées plus attractives que le colza pour l’altise : le chou chinois, le radis chinois et, surtout, la navette, qui a été choisie pour la suite des expérimentations », précise Anne-Marie Cortesero, de l’Inrae. 
 

A la suite de ces travaux, des ateliers de co-conception pour concevoir avec les agriculteurs des stratégies de gestion des altises ont été organisés en région Centre et Île-de-France pour faciliter l’appropriation de l’usage des plantes attractives par les agriculteurs. 
 

Les résultats sont encourageants et se poursuivent dans les projets Metavers et Ardeco. 
 

Trois plantes de service se sont montrées plus attractives que le colza pour l’altise : le chou chinois, le radis chinois et, surtout, la navette. 

Anne-Marie Cortesero

Chercheuse à l'Inrae

Détourner les ravageurs du colza grâce aux intercultures pièges pilotées

Les plantes de services ont également été travaillé dans le projet Adaptacol2pour « détourner les ravageurs d'automne des parcelles de colza en les attirant sur des parcelles d’interculture », explique Céline Robert, chargée d’études de Terres Inovia. 

Pour évaluer l’efficacité de la technique, 43 dispositifs partenariaux ont été mis en place. « L’efficacité a été démontrée avec en moyenne 30 % des altises qui ont été détournés de la parcelle de colza, allant jusqu’à 77% dans les conditions les plus optimales". Cette stratégie permet donc une diminution de la pression en ravageurs sur colzas l’année en cours et l’année suivante. 

Ce levier – peu coûteux, entre1et 3€/ha - peut être complémentaire aux stratégies parcellaires (comme le colza robuste) et prend tout son sens quand elle est mise en œuvre à l’échelle territoriale. 
 

Les travaux et le déploiement des intercultures pièges pilotées vont se poursuivre dans le cadre des projets Dephy Expe CONCERTO et PARSADA ALTIFAST.
 

D’autres travaux, menés dans le cadre d’Adaptacol2, ont consisté à détourner les altises d’hiver des parcelles de colza en les attirant sur des parcelles d’interculture. 

Céline Robert

Chargée d'études de Terres Inovia