Le colloque du Plan de sortie du phosmet, le 24 mars dernier, a partagé les résultats d’un des axes de ce programme inédit, créer des stratégies pour éloigner les ravageurs des colzas, avec trois projets : AltisOR, Adaptacol2 et Ctrl-Alt.
AltisOR : que nous apporte la connaissance des récepteurs olfactifs de l'altise ?
Pour éloigner les ravageurs des parcelles de colza, le projet AltisOR a travaillé sur les récepteurs olfactifs de l’altise : « l’odorat est un sens clé des insectes pour localiser les plantes-hôtes, partenaires sexuels, lieu de ponte…Les odeurs sont détectées par des récepteurs olfactifs. Les connaitre permet de développer une approche d’écologie chimique inverse », a expliqué Emmanuelle Jacquin-Joly, de l’Inrae Versailles.
Dans ce projet, un inventaire et une sélection des meilleurs OR – récepteurs olfactifs- ont été effectués à l’automne et au printemps en 2022 et 2023. Résultats ? La création d’un transcriptome antennaire a permis de créer une ressource pour la communauté, 74 OR d’altises ont été identifiés et les plus prometteurs sont en cours de tests fonctionnels.
L’odorat est un sens clé des insectes, les connaitre permet de développer une approche d’écologie chimique inverse.
Variété « piège à altise » : que disent les résultats d’essais Adaptacol 2 ?
Pour attirer les altises sur des plantes attractives et protéger les parcelles de colza, des stratégies ont été évaluées :
• Associer des variétés avec des caractéristiques physiologiques contrastées pour gagner en résilience du colza dans un contexte de pression insecte et/ou de contraintes climatiques.
• Attirer les altises sur des plantes plus attractives avec une autre crucifère (ex : radis chinois) et avec une variété dite « piège ».
Sur les campagnes de 2022 à 2024, 75 essais de Terres Inovia et ses partenaires régionaux ont été effectués.
Résultats ? « Quelle que soit la combinaison entre colza d’intérêt et colza piège, aucun mélange n’apporte de réelle plus-value par rapport à la variété d’intérêt agronomique implantée seule pour réduire efficacement les infestations d’altises dans les conditions expérimentales les évaluées », conclut Antoine Gaignou, chargé d’études de Terres Inovia.
Le mélange du colza et d’une crucifère piège n’est pas suffisant pour permettre de réduire efficacement les infestations d’altises, même si le radis chinois se révèle plus attractif que le colza au sein du mélange pour les altises.
Si les travaux portant sur l’évaluation des mélanges variétaux et interspécifiques pour la gestion des ravageurs d’automne du colza à l’échelle de la parcelle ne seront pas poursuivis, l’exploitation des préférences des altises reste néanmoins une piste prometteuse. « D’autres travaux explorent des stratégies complémentaires, incluant l’utilisation de plantes de service et de composés organiques volatils (COV), visant à la fois à perturber le comportement des insectes dans la parcelle et à les détourner à l’échelle territoriale », résume Antoine Gaignou.
Ctrl-Alt : mobiliser des plantes de service et des composés volatils pour détourner l’altise du colza
Dans ce projet, les travaux ont cherché à :
• Identifier des plantes de service qui influencent le comportement de l’altise
• Préciser sur quelles phases comportementales elles agissent
• Identifier des composés organiques volatils (COV) attractifs
• En tester le potentiel pour détourner l’altise de la culture de colza
• Combiner ces leviers comportementaux avec d’autres leviers agroécologiques pour proposer une stratégie globale de gestion de l’altise à court et moyen terme
Les travaux ont porté sur plusieurs plantes de service : la moutarde brune, le chou chinois, le radis, le radis chinois, le radis fourrager, la moutarde d’Abyssinie et la navette, en conditions contrôlées et semi-contrôlées en parcelles expérimentales. Résultats ? « Pour l’ensemble des tests dans les différents dispositifs, trois plantes de service se sont montrées plus attractives que le colza pour l’altise : le chou chinois, le radis chinois et, surtout, la navette, qui a été choisie pour la suite des expérimentations », précise Anne-Marie Cortesero, de l’Inrae.
A la suite de ces travaux, des ateliers de co-conception pour concevoir avec les agriculteurs des stratégies de gestion des altises ont été organisés en région Centre et Île-de-France pour faciliter l’appropriation de l’usage des plantes attractives par les agriculteurs.
Quels enseignements ?
• Des composés attractifs émis par ces plantes de services ont été identifiés dans le projet et testés sur le terrain
• Les résultats sont encourageants mais demandent à être complétés par des travaux au laboratoire pour trouver les meilleurs composés à assembler et les doses les plus efficaces
• Des travaux complémentaires sont également à prévoir sur le terrain pour tester le potentiel attractif de ces COV en conditions réelles et établir leurs conditions d’efficacité
Les travaux se poursuivent dans les projets METASERV et ARDECO.
Trois plantes de service se sont montrées plus attractives que le colza pour l’altise : le chou chinois, le radis chinois et, surtout, la navette.
Détourner les altises d’hiver du colza grâce aux intercultures pièges pilotées
D’autres travaux, menés dans le cadre d’Adaptacol2, ont consisté à « détourner les altises d’hiver (et les CBT) des parcelles de colza en les attirant sur des parcelles d’interculture », explique Céline Robert, chargée d’études de Terres Inovia.
Pour évaluer l’efficacité de la technique, 43 dispositifs partenariaux ont été mis en place. « L’efficacité a été démontrée car jusqu’à 77 % des altises ont été détournées - 30 % en moyenne - sur ce référentiel, c’est-à-dire en conditions pas toujours optimales ». Cette stratégie permet donc une diminution des populations d’altises l’année en cours et l’année suivante.
Ce levier – peu coûteux, entre1et 3€/ha - peut être complémentaire aux stratégies parcellaires (comme le colza robuste) et prend tout son sens quand elle est mise en œuvre à l’échelle territoriale.
A moyen ou long terme, l’efficacité pourrait être renforcée par l’utilisation de médiateurs chimiques (projet PARSADA ARDECO). Les travaux et le déploiement des intercultures pièges pilotées vont se poursuivre dans le cadre des projets Dephy Expe CONCERTO et PARSADA ALTIFAST.
D’autres travaux, menés dans le cadre d’Adaptacol2, ont consisté à détourner les altises d’hiver des parcelles de colza en les attirant sur des parcelles d’interculture.