A l’issue du colloque du Plan de sortie du phosmet, qui s’est déroulé à Paris le 24 mars dernier, comment les leviers de gestion des ravageurs ont été accompagnés sur le terrain ? Et quelles pistes de recherche découlent de ce programme de R&D ?
Adaptacol² : comment accompagner le déploiement des leviers de gestion des ravageurs du colza ?
Transférer rapidement et massivement les nouvelles connaissances est au cœur du projet pour apporter des solutions opérationnelles aux agriculteurs. "La création des comités régionaux a permis d’impliquer les acteurs du conseil pour faciliter et accélérer l’appropriation des leviers de gestion", indique Aurore Baillet, ingénieure de développement de Terres Inovia. Six comités ont ainsi été mis en place dans des territoires à enjeu colza, animés par les ingénieurs de développement de Terres Inovia et réunissant les acteurs régionaux de la distribution, du conseil et de l’enseignement agricole.
Des réalisations concrètes
• 420 essais
• 109 conseillers formés à la méthode Colza robuste
• 50 territoires pour tester la stratégie de détournement des grosses altises grâce aux intercultures pièges
• 34 plateformes de démonstration pour promouvoir la combinaison des leviers agronomiques
• 330 parcelles avec un suivi des ravageurs d’automne
• 90 visites terrain avec 3000 techniciens et agriculteurs
Une appropriation variable des leviers
Une table-ronde a permis de donner des pistes pour accompagner le déploiement des différents leviers de gestion pour faire évoluer les pratiques.
• Azote à l’automne : lors d’une enquête de satisfaction menée en 2025, 84% des partenaires régionaux ont estimé que ce levier identifié par Adaptacol2 a pu être mobilisé dans l'activité de transfert auprès des agriculteurs. "Ce levier d’azote à l’automne a été adopté par les agriculteurs grâce à cette production de références dans des conditions pédoclimatiques variées", a indiqué Elodie Tourton, ingénieure de développement de Terres Inovia.
• Stratégie du Colza Robuste :
Elle a été déployée dans le cadre des formations Cap Agronomie.
"Elles ont pris la forme, notamment, de rendez-vous au champ en cours de campagne, les agriculteurs ont pu ainsi mieux comprendre l’impact des pratiques sur la robustesse du colza", affirme Matthieu Loos, ingénieur de développement de Terres Inovia.
"Cap Agronomie représente une vraie plus-value car nos groupes d’agriculteurs sont motivés par les problématiques d’implantation, qui peuvent être complexes. C’est pourquoi nous avons souhaité, dès le départ, constituer un groupe mixte de conseillers et d’agriculteurs dans les formations Cap Agronomie", témoigne Delphine Molenat, responsable du territoire Vendée Sud de la Chambre d’agriculture des pays de Loire.
• Les intercultures pièges
"Il faut du temps pour passer de l’expérimentation à la mise en pratique à l’échelle de la parcelle car c’est une technique nouvelle. Visuellement, les effets des intercultures pièges sont plus complexes à identifier, d’autant que cette méthode nécessite d’être mise en œuvre de manière coordonnée avec d’autres agriculteurs", indique Michaël Geloen, ingénieur de développement de Terres Inovia.
La création des comités régionaux a permis d’impliquer les acteurs du conseil pour faciliter et accélérer l’appropriation des leviers de gestion.
Le plan phosmet est une réussite qui a ouvert la voie du PARSADA.
Les leviers déployés
• Les pratiques-clés d’implantation favorables à l’obtention d’un colza robuste ont été largement déployées, avec notamment 109 conseillers formés et 350 parcelles de colza suivies.
• En complément, l’apport d’azote à l’automne favorable à la croissance dynamique du colza a été rendu possible sous conditions en 2024 dans la plupart des régions.
• Le conseil variétal avec un nouveau critère de bon comportement vis-à-vis des ravageurs a été intégré au classement des variétés depuis 2023.
• La technique des intercultures-pièges pilotées à base de radis chinois, suivies dans 50 territoires, a confirmé son intérêt pour réduire les populations d’altise d’hiver colonisant les parcelles de colza à proximité et la nouvelle génération d’insectes émergents des parcelles au printemps, qui coloniseront le colza l’automne suivant.
Cap Agronomie représente une vraie plus-value car nos groupes d’agriculteurs sont motivés par les problématiques d’implantation, qui peuvent être complexes.
Les leviers non-approuvés
• Aucun des 6 biostimulants évalués dans 22 essais n’a apporté de plus-value sur le gain de biomasse, la réduction des dégâts ou le rendement du colza.
• Aucun des mélanges interspécifiques et variétaux, évalués pour leur capacité à limiter les dégâts des altises d’hiver dans 75 essais, n’a apporté de plus-value par rapport à la variété d’intérêt de colza implantée seule.
• Plusieurs pistes d’utilisation de produits de biocontrôle ont été clôturées après évaluation aux champs :
-A date, aucun produit de biocontrôle s’avère efficace pour limiter la pression larvaire.
-Plusieurs produits de biocontrôle ont été évalués pour limiter les dégâts des altises adultes. Ces pistes ont été clôturées par manque d’efficacité et/ou de praticité.
• L’arrêt de développement de certains produits de biocontrôle :
-Le développement du produit à base de champignon entomopathogène appliqué en sortie d’hiver pour réduire les émergences d’altise a été suspendu car l’analyse des 19 essais n’a pas permis de mettre en évidence d’efficacité significative, ni de facteurs explicatifs de la variabilité.
-Le développement du produit à base d’extraits de plantes développé pour gérer les altises adultes a été suspendu en raison de contraintes réglementaires.
Il faut du temps pour passer de l’expérimentation à la mise en pratique des intercultures pièges pilotées à l’échelle de la parcelle car c’est une technique nouvelle qui nécessite une mise en oeuvre coordonnée.
Des pistes d’intérêts à poursuivre
• Des médiateurs chimiques pour détourner les ravageurs avec :
-Des composés issus de brassicacées aux propriétés attractives et dissuasives à
l’altise sont identifiés, reste à optimiser leurs formulations et à les évaluer au champ.
-La caractérisation de récepteurs-olfactifs clés de la grosse altise ouvre également la voie à l’identification, demain, de nouveaux actifs.
• Des progrès sur le levier variétal se dessinent avec :
-A court terme, des génotypes-élites à ’bons comportements vis-à-vis des ravageurs’ (tolérance) issus de plusieurs obtenteurs français, ouvrent la voie à de nouvelles variétés sur ce critère.
-A long terme, des résistances partielles identifiées parmi les espèces parentales du colza, ouvrent des perspectives de variétés à meilleur comportement.
• Deux produits de biocontrôle pouvant réduire les dégâts des altises adultes ont été identifiés, les conditions favorables à leur efficacité doivent être mieux comprises.
Gilles Robillard, président de Terres Inovia : « le travail collectif a permis de mieux cerner les besoins pour développer des solutions futures »
"Il y avait une réelle urgence à trouver des solutions pour les agriculteurs. L’objectif principal était de maintenir la capacité des exploitations à produire tout en assurant leur rentabilité. Pour répondre à cet enjeu, un collectif a été mis en place, réunissant la recherche publique et privée, les instituts techniques, les entreprises, les acteurs du biocontrôle, les organismes stockeurs ainsi que les Chambres d’agriculture. Cette mobilisation collective a permis d’agir rapidement et efficacement.
Aujourd’hui, plusieurs enseignements peuvent être tirés :
• L’objectif de maintien de la capacité de production des agriculteurs a été atteint.
• Des solutions concrètes et immédiates ont été apportées sur le terrain.
• Le déploiement du colza robuste a été renforcé, avec des résultats probants qui confirment son efficacité.
• Des leviers complémentaires ont été testés, permettant d’identifier de nouvelles pistes d’innovation.
Le travail collectif a permis de mieux cerner les besoins pour développer des solutions futures.
La prochaine étape consiste désormais à capitaliser sur ces travaux et sur les projets de recherche engagés. Il s’agira également de préserver et renforcer la relation de confiance construite entre les différents partenaires".