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Choix des couverts d'interculture

Article rédigé par
  • Domitille JAMET (d.jamet@terresinovia.fr); Michael GELOEN (m.geloen@terresinovia.fr)
Choix des couverts d'interculture
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    Modifié le : 12 sept. 2023

    Le choix d’un couvert adapté est crucial pour maximiser sa réussite et les bénéfices obtenus et limiter les risques. Ce choix passe par l’identification des espèces adaptées et par l’optimisation du mélange pour valoriser leur complémentarité.

    1.    Choisir les espèces en fonction de ses objectifs et contraintes

    Le choix des espèces doit intégrer de nombreux critères comme les bénéfices recherchés, la succession culturale et la conduite culturale prévue. Deux outils permettent d’aider au choix en intégrant ces différents critères :

     

     

     

    Critères bénéfices recherchés

    Les couverts d’interculture apportent de nombreux bénéfices agronomiques et environnementaux (détaillés dans le § service), le choix des espèces à intégrer dans le couvert peut donc être orienté par les principaux objectifs attendus vis-à-vis du couvert. Les espèces, du fait de leurs caractéristiques morphologiques et physiologiques propres, fournissent des services agronomiques et environnementaux différents, dont des exemples sont donnés dans le tableau 1.

    Tableau 1. Exemple de services fournis par les couverts végétaux, et des principales espèces adaptées à ces services.

     

    Critère succession culturale

    Le choix des espèces à intégrer dans le couvert se raisonne également en fonction des autres cultures de la rotation, et en particulier de la culture suivante. En effet, le couvert peut avoir des effets bénéfiques comme négatifs pour ces cultures, ces effets sont présentés dans le tableau 2 ci-dessous.

    Le principal objectif est de limiter les risques sanitaires, en évitant de choisir des espèces de couverts favorisant la multiplication des mêmes bioagresseurs (ravageurs, champignons du sol...) que ceux des cultures. D’une manière générale, il est donc recommandé d’éviter les espèces de la même famille botanique que celle de la culture principale, mais les risques sont différents selon les espèces et les bioagresseurs (Tableau 2). Par ailleurs, les couverts peuvent aussi limiter les risques de bioagresseurs, notamment grâce à l’effet de biofumigation (cf. article service).
    Par exemple, en lien avec l’aspect sanitaire :

    • il est déconseillé de mettre des graminées en interculture avant des céréales au vu des risques de piétin échaudage, alors qu’un couvert avec moutarde ou radis permet à l’inverse de diminuer ce risque de piétin échaudage ;
    • les légumineuses sensibles à l’Aphanomycès (pois, lentille, gesse, luzerne, trèfles, vesces sensibles) sont à proscrire en interculture avant pois, lentille et haricot pour éviter la multiplication du pathogène ;
    • les couverts de crucifères sont déconseillés dans les rotations avec un retour fréquent du colza, et sont même à exclure totalement en cas de présence d’hernie des crucifères.

    Au-delà de la gestion du risque sanitaire, le contrôle du couvert et des repousses dans la culture suivante est également un critère à prendre compte. Certaines espèces risquent d’arriver à floraison et de monter en graines, comme le sarrasin par exemple, ce qui conduit à un risque de salissement pour la culture suivante, voire même à l’échelle de la rotation pour les repousses de sarrasin. Le ray grass d’Italie en interculture risque lui de repiquer, et de pénaliser le désherbage de la culture suivante.

    Enfin, le choix des espèces se raisonne également selon l’effet sur la fourniture d’azote pour la culture suivante, qu’elle soit positive ou négative. Certains couverts de graminées, notamment lorsqu’ils sont avancés en stade, peuvent avoir un effet dépressif sur la culture suivante (mobilisation d’azote juste après la destruction du couvert). A l’inverse, les couverts de légumineuses apportent généralement de l’azote à la culture suivante.

    Tableau 2. Effets des principales espèces de couverts végétaux sur la culture suivantes et les autres cultures de la rotation (Source = Arvalis, Terres Inovia, ITB)

    Critère conduite culturale : période de semis, mode de semis, mode de destruction

    Enfin, le choix des espèces du couvert dépend également de la conduite culturale que l’on souhaite adopter – et au matériel disponible sur l’exploitation : les espèces doivent être adaptées à la période de semis (et à la durée de l’interculture), au mode de semis et au mode de destruction du couvert.

     

    Période de semis et type d’interculture

    On retrouve trois principales périodes d’implantation des couverts végétaux : semis post-moisson (juillet) de couvert estival, semis intermédiaire (en août) de couvert automnal et semis tardif (en septembre/octobre) de couvert hivernal.
    La période de semis conditionne particulièrement le choix des espèces : les espèces présentent des caractéristiques physiologiques différentes, plus ou moins adaptées aux différentes périodes de semis (Figure 1 et Tableau 3).

    • Pour les implantations précoces et intercultures courtes, les caractéristiques suivantes sont plutôt recherchées : aptitude à germer en conditions sèches, fort besoin en lumière et température, démarrage rapide, cycle végétatif rapide... Les espèces les plus adaptées sont donc les composées (tournesol, niger), polygonacées (sarrasin), légumineuses et graminées estivales (sorgho, moha) …
    • Pour les implantations tardives, les caractéristiques recherchées sont plutôt la vigueur au démarrage (crucifère), la résistance au froid et la croissance en hiver (céréales, légumineuses d’hiver…).

    La date de semis est aussi à raisonner en fonction de la précocité de floraison des espèces choisies, il est en effet recommandé d’éviter de les laisser venir à graine pour ne pas pénaliser le désherbage des cultures suivantes.

     

    Figure 1.  Conditions de sol favorables à la germination de différentes espèces. Source = GIEE Magellan

     

    Tableau 3. Périodes de semis favorables pour différentes espèces de couverts végétaux. Source : Terres Inovia, Arvalis, ITB

     

    Mode de semis

    Les couverts d’interculture peuvent être implantés de manières différentes (cf. article implantation). Chaque espèce est plus ou moins adaptée aux différentes modes de semis, du fait de leur PMG et aptitude germinative, qui conditionnent la profondeur de semis. La règle générale est d’implanter en profondeur les grosses graines et superficiellement les petites graines, sans les exposer en surface pour éviter leur dessèchement.

    Tableau 4. Adaptation des espèces aux différents modes de semis

     

    Mode de destruction

    Enfin, chaque espèce est plus ou moins sensible aux différents modes de destruction possibles (cf. article destruction), la sensibilité des principales espèces de couvert à différents modes de destruction est présentée dans le tableau 5.

    Tableau 5. Sensibilité de différentes espèces de couverts végétaux à différents modes de destruction. Sources : Terres Inovia, Arvalis

     

    Adapter le choix variétal

    La variabilité de caractères entre variétés au sein d’une même espèce peut être importante, c’est le cas par exemple pour les moutardes, les radis, les vesces ou encore les trèfles blancs, violets et d’Alexandrie.

    • Pour les moutardes blanches comme pour les radis fourragers, les variétés se distinguent les unes des autres par leur caractère nématicide (conseillé dans les rotations avec betterave), ainsi que leur précocité à floraison, qui peut conduire à des risques de grenaison pour les variétés très précoces (Figures 2 et 3). Se référer à l’ITB (https://www.itbfr.org/tous-les-articles/article/news/moutardes-radis-oui-mais-lesquels/) pour avoir plus d’informations sur les variétés de moutarde blanche et radis nématicides.

    Figure 2. Taux de floraison de moutardes blanches anti-nématodes le 23 octobre (rose) et le 17 novembre (jaune) pour un semis du 16 août (Source ITB)

     

    Figure 3.Taux de floraison de radis fourragers anti-nématodes le 23 octobre (violet clair) et le 17 novembre (violet foncé) pour un semis du 16 août (Source ITB)

     

    • Pour les trèfles blancs, trèfles violets et vesces communes, il existe des variétés sensibles à Aphanomycès et d’autres variétés résistantes (cf. documentation Terres Inovia : https://www.terresinovia.fr/-/en-savoir-plus-sur-l-aphanomyces-du-pois )
    • Pour les trèfles d’Alexandrie, il existe des variétés multi-coupes, capables de repartir après une destruction ou une coupe et peu sensibles au gel, et une variété mono-coupe, qui, ne possédant pas ces caractéristiques, est plutôt utilisée en couvert végétal gélif ou en association avec le colza.

     

    2.    Composition du mélange

    Le mélange d’espèces dans un couvert végétal est aujourd’hui la norme. Ces associations présentent de nombreux avantages :

    • Combiner les services en maximisant les atouts de chacune des espèces (par exemple : effet structure du sol des crucifères, effet biomasse des graminées, effet azote des légumineuses),
    • Limiter les risques d’échec d’installation d’une couverture végétale. En effet, chaque espèce a ses propres exigences en termes de température et d’humidité par exemple, et les conditions de l’année favoriseront certaines espèces par rapport à d’autres. Par ailleurs, chaque espèce se développera dans le milieu qui lui sera le plus favorable (crucifères dans les milieux plus riches en azote, légumineuses dans les milieux plus pauvres…)
    • Avoir un couvert robuste, adapté aux conditions d’une diversité de parcelles et ainsi gagner du temps avec un mélange unique pour toutes les parcelles (veiller à respecter les règles définies).

    L’outil ACACIA, développé par le GIEE Magellan, permet de construire en autonomie un mélange adapté à son contexte et ses objectifs, et fournit les points clés à respecter pour la conduite du mélange, ainsi qu’une simulation de son coût.

    Il est disponible gratuitement ici :
    Télécharger l'outil

     

    Pour bien réussir ces mélanges, plusieurs règles sont à respecter :

    • Eviter d’introduire dans le mélange une espèce qui augmente le risque parasitaire pour la culture suivante ou le système (cf. 1. Choisir les espèces en fonction de ses objectifs et contraintes),
    • Choisir des espèces complémentaires du point de vue de la biomasse aérienne. Pour maximiser la biomasse aérienne et valoriser l’offre de lumière, il est conseillé de choisir des plantes explorant des strates herbacées différentes (Figure 4). L’utilisation d’espèces aux architectures complémentaire peut également être mis à profit dans un mélange, en associant des espèces à port dressés, comme le tournesol ou le sorgho, à des espèces ayant besoin de cet effet tuteur, comme beaucoup de légumineuses.
    • De même, choisir des espèces à biomasse racinaire complémentaire. Pour maximiser l’exploration du sol et l’exploitation des ressources, il est recommandé d’associer des espèces à enracinement superficiel, profond et intermédiaire (Figure 4).

     

    Figure 4. Schéma illustrant les architectures aérienne (a) et racinaire (b) des espèces d’un mélange. Source : Terres Inovia, GIEE Magellan

     

    Choisir un nombre cohérent d’espèces pour le mélange, en visant entre 3 et 6 espèces :

    • Un mélange à minimum 4 espèces permet d’éviter le démélange des graines dans la trémie
    • Pour maximiser les services apportés par le couvert, viser au minimum 3 espèces apportant des services complémentaires, et au maximum 6 espèces pour éviter de diluer les espèces les plus performantes, et les effets de chaque espèce (Cf. article services rendus)
    • Pour trouver une profondeur de semis adaptée à toutes les espèces du mélange, il est cohérent de rester entre 3 et 6 espèces ; au-delà, il devient difficile de trouver une profondeur compatible avec toutes les espèces.

    Eviter de mélanger des espèces dont les profondeurs de semis ne sont pas compatibles. En effet, une petite graine (trèfle, niger, sorgho) positionnée trop profondément ou une grosse graine (féverole) semée trop superficiellement verra son peuplement pénalisé. La profondeur de semis du mélange doit permettre de combiner les profondeurs de semis optimales de chaque espèce du mélange, et se trouve donc à l’intersection des plages de semis de chaque espèce (Figure 5).

    Figure 5. Choix de la profondeur de semis optimale du mélange. Par exemple, pour un mélange d'avoine brésilienne, sorgho fourrager, phacélie et moutarde d'Abyssinie, la profondeur optimale est de 2 cm.
    Source : ACACIA, GIEE Magellan

     

    Adapter la proportion de chaque espèce du mélange et la densité de semis à la situation

    En règle générale, la densité de semis de chaque espèce du mélange correspond à la densité recommandée en pure divisée par le nombre d’espèces du mélange. Quelques adaptations sont possibles pour tirer le maximum du mélange. Par exemple :

    • Adapter la densité des crucifères à la période de semis :
      • Faible densité en semis précoce – 15/20 pieds/m2 – pour limiter la concurrence avec les autres espèces du mélange sur la période estivale à forte croissance
      • Densité plus importante en semis tardif (fin août) – 30 pieds/m2
    • A partir d’une base crucifères/graminées/légumineuses, ajuster la proportion de chaque famille d’espèces selon le type de sol, par exemple :
      • sur des sols argilo-calcaires superficiels, riches en MO mais à faible disponibilité en azote, augmenter la proportion de légumineuses (minimum 50%),
      • en limons profonds, plus pauvres en MO, plutôt réduire la proportion de légumineuses (20-30%) et augmenter celles des graminées (60%), l’objectif étant de produire de la biomasse tout en conservant un C/N pas trop élevé.

    En tenant compte des pertes à la levée liées aux conditions climatiques (sécheresse), du mode d’implantation et des conditions de semis (semis direct, présence de paille…) et de l’objectif de biomasse (pour production de fourrage par ex.), il peut être pertinent d’augmenter la densité de semis de 10 à 30% pour l’ensemble du mélange.

     

    3.    Exemples de mélanges adaptés

    Tableau 6. Exemples de mélanges adaptés à différents types d'interculture. Source = Terres Inovia

     

    Principales sources

    Guide Magellan Semis Direct (2019)
    Cultures intermédiaires, Impact et conduite, Arvalis (2011)
    Fiches couverts Arvalis
    Couverts d’interculture : Comment choisir des espèces adaptées, Perspectives Agricoles (2020)
    Interculture : à chaque situation ses espèces de couvert, Perspectives Agricoles (06/2023)

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