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Automne

Etat des résistances selon la région et le ravageur

Terres Inovia organise le suivi de l’évolution des résistances au sein des populations de coléoptères ravageurs du colza, en partenariat avec de nombreux acteurs dans le cadre de Végéphyl (anciennement AFPP - Association Française de Protection des Plantes). Ce monitoring a révélé l’existence de plusieurs mécanismes de résistance au sein des principales espèces de ravageurs du colza.

Grosse altise : des niveaux de résistance très élevés sont apparus dans de nouveaux départements en plus du secteur historique de l’Est (figure 1).

Sur altise d’hiver, les mécanismes de résistances sont nombreux et peuvent cohabiter dans une même population. L’ensemble du territoire est concerné. Le niveau de résistance lié à chaque mécanisme individuellement ne peut être estimé aujourd’hui.

Deux types de résistance ont été détectés pouvant expliquer le manque d’efficacité des pyréthrinoïdes sur grosse altise (mutation de cible et détoxification).

Cas général : la résistance par mutation « kdr » est la plus répandue. Ce mécanisme est surtout important dans le Nord, l’Ouest, le Centre et le Sud- Ouest. Dans les essais Terres Inovia, le niveau d’efficacité des pyréthrinoïdes (plus précisément la référence deltaméthrine) varie entre 25 et 65% avec une moyenne à 45%. Cette mutation KDR confère une résistance partielle et ne peut seule expliquer cette variabilité. Des mécanismes de détoxification ou d’autres mutations sont probablement en jeu.

Dans le secteur historique de l’Est une autre mutation, dite « super kdr », est dominante. Ce mécanisme est principalement détecté dans l’Yonne, l’Aube, l’Ouest de la Haute-Marne, la Côte d’Or et la Nièvre. Les mécanismes impliqués confèrent une forte résistance des populations d’altises aux pyréthrinoïdes. Les pyréthrinoïdes présentent des niveaux d’efficacité faibles voire nuls.

Il faut aujourd’hui distinguer un troisième cas : les départements où les premiers cas de super KDR ont été identifiés : en plus des 5 départements précités, ce sont 13 autres départements concernés (figure 1b).

Figure 1 : Niveau de résistance des populations de grosse altise – situations 2018 et 2019

carte résistance des altisescarte altises 2019

2018 (à gauche) et 2019 (à droite)

Charançon du bourgeon terminal : des résistances bien installées sur le Centre et une partie du Nord Est. Les premières résistances ont été détectées dans le Sud-Ouest (figure 2).

Sur charançon du bourgeon terminal, l’efficacité des insecticides est très variable selon les populations. En effet, en laboratoire, pour la même dose de référence - déterminée pour une efficacité proche de 100% pour les populations les plus sensibles analysées - les taux de mortalité varient entre 10% et 100%.

La plupart des échantillons analysés dans plusieurs départements du Centre et du Nord Est présentent des mutations dites « kdr », les résistances observées au champ peuvent être partiellement expliquées par ce mécanisme. En effet, il est difficile de distinguer la résistance induite par la mutation « kdr » de la résistance par détoxification (identifiée dans plusieurs populations). Contrairement à la grosse altise, aucune mutation « super kdr » n’a été mise en évidence.

Les premières résistances ont été détectées dans le Sud-Ouest.

Figure 2 : Niveau de résistance des populations de charançon du bourgeon terminal – situations 2018 et 2019

carte résistance charançon du bouregon terminalcarte CBT 2019

2018 (à gauche) et 2019 (à droite)

Autres ravageurs du colza

Des mutations « kdr » et « skdr » ont été détectées dans quelques populations de charançons des siliques. Des mutations « kdr » ont également été détectés dans quelques populations de charançons de la tige du colza et du chou.

La résistance du puceron vert aux pyréthrinoïdes par mutation de cible est considérée comme généralisée depuis de nombreuses années. La résistance au pirimicarbe (mutation de cible MACE) a été confirmée dans le Nord Est de la France et semble très répandue. Un autre mécanisme de résistance dit métabolique est également connu pour ce puceron et il peut induire une résistance à un large spectre d’insecticide comme les pyréthrinoïdes, le pirimicarbe voire les organophosphorés.

Quant aux méligèthes, ils sont résistants à la plupart des pyréthrinoïdes actuels, hormis l’etofenprox (ex TREBON 30 EC) et le tau-fluvalinate (ex. MAVRIK FLO).

Afin de maintenir la durabilité des solutions chimiques sur colza et méligèthes en particulier, il est important de profiter de substances actives spécifiques et ne pas utiliser 2 fois de suite le même mode d’action (même si on traite 2 insectes différents) pour réduire le risque d’apparition de résistance.

Exemples de substances actives spécifiques méligèthes : indoxacarbe (STEWARD, EXPLICIT EC). Réserver l’autre alternative que peuvent être les organophosphorés à la lutte contre les altises d’hiver et les charançons du bourgeon terminal à l’automne.

Afin d’éviter la multiplication des individus résistants, il est important de limiter le recours aux pyréthrinoïdes en mettant en œuvre au maximum des mesures préventives et en utilisant d’autres familles chimiques efficaces.

Source : Terres Inovia avec l’appui de Végéphyl, l’IRAC, l’INRA Avignon – département santé des plantes et environnement, RSBT, Chambres d’agricultures, coopératives, SRAL, GEDA, négoces, firmes phytosanitaires, enseignement agricole, Laboratoire d’EcoEntomologie d’Orléans.