Automne

Etat des résistances selon la région et le ravageur

Terres Inovia organise le suivi de l’évolution des résistances au sein des populations de coléoptères ravageurs du colza, en partenariat avec de nombreux acteurs dans le cadre de Végéphyl (anciennement AFPP - Association Française de Protection des Plantes). Ce monitoring a révélé l’existence de plusieurs mécanismes de résistance au sein des principales espèces de ravageurs du colza.

Grosse altise : la mutation « super kdr » plus fréquemment détectée dans l’Est

Sur altise d’hiver, les mécanismes de résistances sont nombreux et peuvent cohabiter dans une même population. L’ensemble du territoire est concerné. Le niveau de résistance lié à chaque mécanisme individuellement ne peut être estimé aujourd’hui.

Deux types de résistance ont été détectés pouvant expliquer le manque d’efficacité des pyréthrinoïdes sur grosse altise (mutation de cible et détoxification).

  • Cas général : la résistance par mutation « kdr » est la plus répandue. Ce mécanisme est surtout important dans le Nord, l’Ouest, le Centre et le Sud- Ouest. Dans les essais Terres Inovia, sur des populations où le pourcentage d’individus exprimant la mutation « kdr » est compris entre 38 et 95%, le niveau d’efficacité des pyréthrinoïdes varie entre 25 et 75%. Cette mutation confère une résistance partielle et ne peut seule expliquer cette variabilité. D’autres mécanismes sont probablement en jeu.
  • Dans l’Est (principalement dans l’Yonne, l’Aube et la Nièvre) est présent un autre mécanisme par mutation de cible, dit « super kdr » ; de la détoxification est également suspectée. Les mécanismes impliqués confèrent une forte résistance des populations d’altises aux pyréthrinoïdes. Dans ces 3 départements, les pyréthrinoïdes présentent des niveaux d’efficacité faibles.

Des mutations « super kdr » ont également été trouvés en faible proportion dans de nouveaux départements : à l’Est du Loiret, en Seine et Marne, dans l’Allier, le Puy-de-Dôme mais également dans la Somme, en Vendée, et en Haute-Garonne.

Dans ces départements il est indispensable de limiter au maximum l’utilisation des pyréthrinoïdes au risque de sélectionner très rapidement uniquement des individus très résistants.

carte résistance des altises

 

Charançon du bourgeon terminal : des résistances bien installées sur le Centre et une partie du Nord Est. Premiers cas dans le Sud-Ouest

Sur charançon du bourgeon terminal, l’efficacité des insecticides est très variable selon les populations. En effet, en laboratoire, pour la même dose de référence - déterminée pour une efficacité proche de 100% pour les populations les plus sensibles analysées - les taux de mortalité varient entre 10% et 100%.

Des résistances par mutations « kdr » ont été identifiées dans plusieurs départements du Centre et du Nord Est où dans la plupart des échantillons analysés des individus expriment cette mutation. Il est difficile de distinguer l’effet de la mutation « kdr » de la résistance par détoxification pour expliquer de la résistance au champ. Par contre contrairement à la grosse altise, aucun mécanisme de mutation « super kdr » n’a été mis en évidence.

Aucune mutation n’a pour l’instant été détectée dans le Sud-Ouest.

carte résistance charançon du bouregon terminal

Autres ravageurs du colza

Des mutations « kdr » et « skdr » ont été détectées dans quelques populations de charançons des siliques. Des mutations « kdr » ont également été détectés dans quelques populations de charançons de la tige du chou.

Pour rappel, la plupart des populations de pucerons verts sont résistants aux pyréthrinoïdes et aux carbamates.

Quant aux méligèthes, ils sont résistants à la plupart des pyréthrinoïdes actuelles, hormis l’etofenprox (ex TREBON 30EC) et letau-fluvalinate (ex. MAVRIK FLO).
Afin de maintenir la durabilité des solutions chimiques sur colza et méligèthes en particulier, il est important de profiter de substances actives spécifiques et ne pas utiliser 2 fois de suite le même mode d’action (même si on traite 2 insectes différents) pour réduire le risque d’apparition de résistance.
Exemples de substances actives spécifiques méligèthes : indoxacarbe (STEWARD, EXPLICIT EC), pymétrozine (PLENUM 50WG).

Afin d’éviter la multiplication des individus résistants, il est important de limiter le recours aux pyréthrinoïdes en mettant en œuvre au maximum des mesures préventives et en utilisant d’autres familles chimiques efficaces.

Source : Terres Inovia avec l’appui de Végéphyl, l’IRAC, l’INRA Avignon – département santé des plantes et environnement, RSBT, Chambres d’agricultures, coopératives, SRAL, GEDA, négoces, firmes phytosanitaires, enseignement agricole, Laboratoire d’EcoEntomologie d’Orléans.