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Colza : l’humidité persistante favorise les pathogènes et champignons saprophytes sur siliques

Article rédigé par
  • Gwénola RIQUET (g.riquet@terresinovia.fr)
Colza : l’humidité persistante favorise les pathogènes et champignons saprophytes sur siliques
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    Modifié le : 03 juin 2024

    La fin de cycle pour les colzas 2024 est à l’image de la campagne : très arrosée. L’humidité ambiante favorise certains pathogènes sur une grande partie du territoire. Le brunissement ou noircissement des siliques interroge. Point sur la situation et aide au diagnostic en culture.

    Un mois de mai à l’image de la campagne en cours, très arrosé

    Dans la continuité d’une campagne marquée par les précipitations, il est tombé en moyenne 97 mm de pluie en France ce mois de mai 2024. Les cumuls fluctuent de 50 à 240 mm selon les territoires (cf. cartes ci-dessus). C’est 60 % de plus que les 60 mm de la normale climatique, basée sur les années 1991-2020.
    Le « printemps météorologique » (mars, avril, mai) 2024 connaît un large excédent de précipitations, de l’ordre de 50 % conjugué à un ensoleillement déficitaire de 15 % et un excédent de T° de 0.8°C.
     

    Un état sanitaire des siliques qui se dégrade ces dernières semaines… 


    Liés au temps très humide, des brunissements ou noircissements des siliques du colza s’accélèrent et posent question dans différents secteurs.
    Les causes de ces symptômes sont variées et peuvent être différentes selon les secteurs, notamment en fonction des maladies observées plus tôt dans le cycle, Mycosphaerella brassicicola en tête dans les secteurs ex Poitou-Charentes, Pays de la Loire, Bretagne, Centre Val de Loire et Champagne-Ardennes (d’autres régions peuvent être concernées, les diagnostics sont en cours).

    La « maladie des tâches annelées » a en effet étendu son aire de répartition ces dernières années vers l’Est, sans toutefois provoquer jusque-là des pertes significatives, du fait de printemps relativement secs sur la fin du cycle des colzas. Cette année, les symptômes (tâches grisâtres ponctuées de petits noirs) sont plus marqués, et sont surtout montés sur siliques, provoquant leur brunissement prématuré (photo 1).

    Photo 1. Mycosphaerellea

    D’autres pathogènes peuvent être mis en cause dans l’apparition des symptômes, tels qu’Alternaria brassicae, qui s’observe sur les secteurs du littoral atlantique, de la Vendée à la Normandie, mais aussi des aires plus continentales telles que les Hauts-de-France jusqu’en Bourgogne. Des analyses sont en cours pour le confirmer.

    Les symptômes peuvent être typiques (tâches noires circulaires) mais parfois aussi atypiques amenant son lot de confusions (avec mycosphaerella notamment, voire des champignons saprophytes, photo 2). 
    Pour Mycosphaerella brassicicola, les tâches sont généralement d’un ton gris/brun et les contours moins définis que pour Alternaria brassicae


    Photo 2 . Alternaria


    Des champignons saprophytes et/ou moisissures (type cladosporium, botrytis) peuvent également se développer en parasite sur des siliques sénescentes (donc plus tardivement dans le cycle) et/ou lésées par un évènement antérieur.
    Des facteurs aggravants existent : 
    -    Après des ouvertures +/- partielles des siliques suite à des contraintes particulières. Ex : coups de vent, orage, grêle (photo 3), coups de bec, larves de cécidomyies (photo 4), etc.
    -    Si présence préalable de trous causés par les charançons des siliques : trous de ponte ou d’alimentation, mais aussi trous de sortie des larves ou parasitoïdes (photo 5) ;
    -    en sol superficiels, les colzas « virent » au brun-gris plus rapidement, cela peut exacerber l’impression d’un état dégradé, en comparaison à un colza bien plus vert en sol profond.

    Des hampes entièrement noircies révèlent quant à elles un échaudage plus précoce lié à un facteur limitant sur la culture (problème d’enracinement consécutif à l’hydromorphie par ex.).
     

    Pour la cylindrosporiose sur siliques, il faudra se fier à la courbure des siliques et à son dessèchement prématuré. Les pédoncules s’entourent souvent de tâches blanchâtres. Dans le cas d’attaques importantes, les hampes présentent des manques de siliques, ces dernières ayant chuté par nécrose des pédoncules (photo 6).

    Photo 6. Cylindrosporiose

     

    Pour Mycosphaerella brassicicola, les tâches sont généralement d’un ton gris/brun et moins définies que pour Alternaria brassicae (photo 7).

    Photo 7. Alternaria (à gauche) et Mycosphaerella brassicicola (à droite)

    Il est très probable aussi qu’un complexe entre agent(s) pathogène(s) et saprophytes se présente en parcelle.

     

    Quels impacts ? Faut-il réagir ?

    Les impacts précoces de ces tâches sur siliques sont mal connus mais pourraient affecter le rendement en jouant notamment sur le remplissage des grains : les zones nécrosées ne participant plus à l’autotrophie des siliques par photosynthèse. 

    Nos essais depuis 3 ans montrent qu’en conditions défavorables à son expression sévère sur silique, le mycosphaerella entraine entre 2 et 3 q/ha de perte. Dans les conditions de l’année, cette tendance pourrait s’alourdir et possiblement s’établir entre 5 et 8 q/ha. Côté alternaria, en cas d’attaque sévère et précoce, les pertes peuvent s’élever jusqu’à 6 q/ha.

    L’impact de l’éclatement des siliques pèserait moins dans la balance des pertes ces dernières années du fait de l’amélioration de la tenue des siliques au cours des dernières décennies au sein de la génétique du colza.

    Il est à noter que les situations ayant reçu un deuxième fongicide, à la suite du traitement sclérotinia réalisé à G1, présentent elles aussi des symptômes. Même les stratégies à double fongicides peuvent montrer un un résultat décevant dans le contexte particulier de 2024.


    Dans tous les cas, face à ces symptômes, il n’y a rien à envisager de particulier. Deux points sont à souligner : l’absence de gain net d’un passage au stade actuel du colza (coût du passage et pertes de siliques VS efficacité limité en curatif sur la maladie) et un nombre restreint de solutions permettant un passage dans le respect de la règlementation (DAR de la majorité des solutions excède 42j, vérifier l’étiquette avant emploi). 


    Pour finir sur une note plus positive, il semble que le sclérotinia n’ait pas pu s’installer cette année dans les colzas faute de conditions favorables. En cause : les températures trop fraiches sur mai mais aussi certainement, un lessivage des organes lors des phases de contamination ainsi qu’un probable ennoiement des apothécies selon les secteurs.
     

     

     

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