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Stockage de carbone dans les sols de grandes cultures : la solution ?

25 juin 2019

Le stockage additionnel de carbone dans les sols est un complément à la réduction des émissions pour atteindre la neutralité carbone : tel est le message délivré par l’étude « 4 pour mille » de l’INRA restituée le 13 juin. Et le secteur des grandes cultures représente 86% de ce potentiel de stockage additionnel.

L’initiative « 4 pour mille (4‰) sur les sols pour la sécurité alimentaire et le climat », lancée par la France à l’occasion de la Conférence de Paris sur le climat (COP 21), propose d’augmenter annuellement de 0.4% le stock de carbone présent dans tous les sols du monde, augmentation qui permettrait de compenser l’ensemble des émissions mondiales annuelles de CO2 dues aux activités humaines.

L’ADEME et le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation ont mandaté l’INRA pour instruire la faisabilité d’un tel objectif à l’échelle de la France métropolitaine en estimant le potentiel de stockage de carbone des sols agricoles et forestiers. Les résultats de cette étude ont été restitués le 13 juin 2019.

Terres Inovia mobilisé

Cette étude a examiné des pratiques agricoles et forestières permettant de stocker du carbone dans les sols français (hors outre-mer), sans modifier l’usage des sols et sans changer structurellement les systèmes agricoles et forestiers. Terres Inovia a participé au comité technique de cette étude afin d’aider à définir quelles pratiques réalistes et « potentiellement séquestrantes » pouvaient s’appliquer aux cultures dont l’institut a la charge.

La matière organique dans les sols de grandes cultures : une question de climat et de fertilité

Le principal enseignement de cette étude est qu’en mettant en œuvre l’ensemble des pratiques identifiées sur la totalité des surfaces où cela est techniquement faisable, il est possible d’atteindre un stockage additionnel de +1.9‰ par an pour l’ensemble des surfaces agricoles et forestières. L'agriculture émet un peu moins de 20% des émissions françaises et le stockage annuel de 4‰ de carbone dans les sols représenterait alors 12% des émissions annuelles de GES en France.

Partout où les stocks de carbone du sol sont élevés (principalement en forêts et prairies permanentes), il est difficile de les augmenter, l’enjeu est surtout d’entretenir et de protéger ces stocks.

Cependant, si on se limite aux seules grandes cultures (là où les stocks sont les plus faibles), le stockage additionnel de carbone est de 5.2‰. Ce chiffre considère qu’on applique, partout où cela est faisable sur la SAU française, l’ensemble des pratiques identifiées comme « stockantes » au vu de la synthèse des publications scientifiques à ce jour.

L’enrichissement des sols en matière organique est par ailleurs un objectif important pour améliorer les différentes composantes de leur fertilité.

Les pratiques à mettre en œuvre pour y parvenir sont :

  • L’extension des couverts d’interculture ou associés (notamment au colza) avec retour au sol de la biomasse,
  • L’insertion et l’allongement des prairies temporaires,
  • Les haies en bordure de champ et l’agroforesterie intra parcellaire (avec des coûts de mise en œuvre évalués beaucoup plus élevés).

Dans cette étude, qui se base sur les récentes synthèses scientifiques en milieu tempéré à ce sujet*, l’effet du non travail du sol sur le stockage de C est considéré comme nul à l’échelle du profil de sol. En effet, il s’agit surtout d’une redistribution engendrant plus de carbone dans les premiers horizons du sol mais moins en profondeur. En concentrant les matières organiques sur la couche superficielle du sol, le non travail ou le travail réduit du sol améliorent la fertilité des sols, une composante clé de la production végétale : diminution de la battance, de la portance ou de l’érosion et amélioration l’infiltration de l’eau etc. Dans les systèmes de culture, c'est l'implantation de couverts végétaux tout au long de l'année (qui est souvent associée à la réduction de travail du sol, par exemple en agriculture de conservation), qui est à l'origine d'un accroissement de la capacité de stockage des sols.

Ces résultats remis au ministère de l'Agriculture pourraient être mobilisés dans les réflexions sur les mécanismes mobilisés pour la future Politique Agricole Commune.

*voir notamment l’article dans Perspectives Agricoles sur l’essai de Boigneville (juin 2019)

Pour lire le résumé de l’Etude

Le rapport complet de l’étude sera rendu public fin 2019.

Contact : Anne-Sophie PERRIN (as.perrin@terresinovia.fr)

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