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Lutte contre le mildiou du tournesol

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Lutte contre le mildiou du tournesol
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    Modifié le : 09 déc. 2022

    En général, les attaques de mildiou impactent peu le potentiel de production des parcelles de tournesol. Cependant, certains cas bien plus graves peuvent se manifester à l’occasion de conditions favorables (rotation, choix variétal, pluviométrie). Dans le Sud-Ouest, les années 2019 et 2020 ont pu marquer les mémoires. Trois points sont à bien garder en tête :

    • Cet agent pathogène est capable de se conserver 10 ans dans le sol. Toute attaque, même minime, contribue donc à alimenter le réservoir d’inoculum de la maladie pour longtemps ;
    • Des cas de contournements de la résistance de variétés RM9 sont observés depuis 2019, principalement dans le Sud-Ouest en situations de rotation courte ; ces attaques, souvent graves, signent une nouvelle évolution du mildiou ;
    • La surveillance du territoire national a mis en évidence une pression mildiou en augmentation depuis 4 ans : entre 12 et 19% de parcelles touchées, avec une augmentation significative de la proportion des attaques graves à plus de 10% de pieds nanifiés.

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    Une lutte qui s’inscrit avant tout dans la protection intégrée

    Malgré tout, la partie contre cette maladie est loin d’être perdue car on dispose d’un ensemble de solutions dont la mise en œuvre coordonnée est gage de tranquillité pour le long terme :
    La protection doit d’abord être basée sur :

    • des ro​​​​​​​tations où le tournesol ne revient pas plus d’une fois tous les 3 ans, et
    • de bonnes pratiques agronomiques permettant de réduire le réservoir d’inoculum dans les parcelles (bonne gestion des repousses et des adventices telles que le xanthium, l’ambroisie et autres composées) et de limiter les infections (éviter une levée sous de fortes pluies) : pas d’abats d’eau, pas de mildiou !

    Ces mesures agronomiques très efficaces sont à associer à un raisonnement pour le long terme portant à la fois sur le choix variétal et l’utilisation ou non d’un traitement de semences anti-mildiou (Cf. schéma "Position technique mildiou 2023 en fin d'article).

    ​​​​​​​Ce raisonnement doit être tenu à la parcelle, car il dépend de l’historique de chacune :

    • la parcelle a-t-elle subi des attaques de mildiou sur les 5 dernières campagnes ?
    • quelles variétés (génétique, profil RM) y ont été cultivées ?
    • avec quel(s) traitement(s) de semences anti-mildiou ?

    Tenu sur le temps long, ce raisonnement conjoint « situation x variété x traitement de semences » a pour objectif de préserver à la fois l’efficacité des résistances des variétés et l’efficacité des solutions chimiques.

    Le maître-mot : l’alternance au fil des campagnes !​​​​​

     

    Deux nouvelles solutions dans la lutte contre le mildiou avec un traitement de semences

    Pendant longtemps, le métalaxyl-M (APRON XL) fut le seul traitement de semences utilisé dans la lutte contre le mildiou. Il fût même, au milieu des années 90, la seule solution de lutte après les contournements de la résistance variétale par les races 703 et 710 (le temps qu’apparaissent les variétés dites RM) puis par la race 304 (le temps qu’apparaissent les variétés dites RM4). A cette occasion et en situation à risque, les premières souches de mildiou résistantes au métalaxyl-M sont apparues. Depuis, l’APRON XL présente une efficacité partielle et irrégulière cependant profitable et exploitée. En raison du contournement de la résistance de certaines variétés RM9, il était nécessaire de disposer d’un nouveau traitement de semences. En 2021 et 2022, les dérogations 120 jours (art53 du REG (CE) 1107/2009) de LUMISENA et PLENARIS ont permis, sur les variétés les plus à risque, cette protection en association avec APRON XL lui aussi sous dérogation en 2022 (ré-homologation en 2021, sous serre uniquement).

    En août 2022, trois nouvelles solutions (dont deux avec la même substance active) ont pu bénéficier d’une autorisation de mise sur le marché.

    • LUMISENA (n°2200078) de la société CORTEVA et PLENARIS (n°2200736) de la société SYNGENTA sont deux traitements de semences à base d’oxathiapiproline à 200 g/l en formulation FS.
      Cette substance active connue notamment en vigne (ZORVEC) pour sa bonne action contre le mildiou de la vigne est un inhibiteur de la protéine de liaison à l’oxystérol. Elle intervient dans l’équilibre, le transport et le stockage des lipides de la cellule du champignon. L’oxathiapiproline est classé dans le groupe 49 du FRAC (Fongicide Résistance Action Committee) qui juge le risque de résistance comme moyen à élevé. C’est en effet un fongicide à mode d’action unisite. Il est déconseillé de l’employer seul. C’est un point commun à toutes les luttes durables : associer deux modes d’action efficace, que ce soit en mildiou vigne, fongicides céréales ou colza ou mildiou du tournesol.
      ​​​​​​​LUMISENA et PLENARIS ont montré dans les essais Terres Inovia de très bons niveaux d’action, indépendamment de la souche de mildiou (Cf. graphiques 1 &2 ci-dessous), supérieurs à celui d’APRON XL. Au regard du risque de résistance, Terres Inovia conseille d’associer l’oxathiapiproline à un autre-anti-mildiou efficace pour limiter la pression de sélection.
       
    • RESSIVI (n° AMM 2220753) de la société SYNGENTA, est un traitement de semence à base d’acibenzolar-S-méthyl à 375 g/l.
      Cette substance active connue depuis les années 90 pour son action contre quelques maladies (produit BION 50 WG) est un stimulateur de la défense des plantes, analogue de l’acide salicylique, molécule naturelle. Il est important de préciser que cette matière active ne rentre pas dans le cadre du biocontrôle. L’acibenzolar-S-méthyl est classé dans le groupe P01 du FRAC qui ne signale pas d’identification de cas de résistance. Son mode d’action est en effet plus complexe qu’un fongicide inhibiteur.
      ​​​​​​​RESSIVI a montré, dans nos essais Terres Inovia conduits dans le Sud-Ouest, un niveau d’efficacité comparable à celui de l’APRON XL (Cf. graphiques 1 & 2 ci-dessous).
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    Graphique 1 : Essais 2017 et 2018 en Haute-Garonne (31).
    Variété sensible au mildiou.
    Pourcentage de plantes nanifiées à 4-6 feuilles du tournesol (avec et sans sporulation).
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    ​​​​​​​Graphique 2 : Essais 2021 en Haute-Garonne (31).
    Les deux variétés A et B sont sensibles au mildiou.
    Pourcentage de plantes nanifiées à 4-6 feuilles du tournesol (avec et sans sporulation).
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    ​​​​​​​​​​​​​D’autres modes d’action sont-ils disponibles ?

    Il est vrai que d’autres substances actives fongicide anti-mildiou pourraient convenir à une telle lutte, mais aucune n’est homologuée à ce jour pour cet usage. Si de nombreux fertilisants ou biostimulants existent en traitement de semences (oligo-éléments, etc, …), leur action sur le mildiou du tournesol n’est pas démontrée.

     

    Du bon usage des traitements de semences contre le mildiou

    La durabilité de la lutte contre le mildiou est un enjeu de taille : éviter les contournements de la résistance variétale et éviter la résistance aux fongicides.
    En situation à faible risque, la lutte génétique peut suffire (rotations longues). Elle est l’occasion de faire l’impasse sur le traitement de semences. Le risque est encore plus faible avec les races de mildiou plus anciennes.
    En situation à risque, les races de mildiou sont beaucoup plus récentes, notamment la race 714 qui contourne certaines variétés RM9. Pour ce type de génétique, le traitement de semences est fortement conseillé. Mais, le risque est aussi de voir apparaître (sélection puis multiplication d’individus) une résistance au traitement de semences. C’est la raison pour laquelle LUMISENA/PLENARIS, produit stratégique dans la lutte, était jusqu’à présent systématiquement associé à APRON XL. C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui Terres Inovia conseille d’associer systématiquement LUMISENA/PLENARIS à RESSIVI (Cf. schéma "Position technique mildiou 2023 ci-dessous).

    Aujourd’hui la seule spécialité commerciale autre que LUMISENA/PLENARIS efficace contre le mildiou disponible est le RESSIVI (acibenzolar-S-méthyl). Tout autre mélange proposé est à donc proscrire.

     

    Et la fonte de semis ?

    Comme l’APRON XL, les nouveaux produits qui sont aussi des spécifiques anti-pythiacées, ne sont pas efficaces contre la fonte de semis (phoma, fusarium, botrytis, etc.…). A l’exception de l’agriculture biologique, le traitement à base de fludioxonil (CELEST/INFLUX) reste systématique dans toutes les situations.

     

    Principes de la lutte contre le mildiou, choix variétal et traitement de semences.

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    * résistante à l’isolat de la race 714 contournant Pl8. Si une variété n’est pas dans la liste Terres Inovia, seul le semencier est en mesure de s’engager sur la justification de l’absence du traitement de semences. La liste des variétés RM8 ou RM9 non-contournées est disponible ici. La liste des variétés RM9 dont la résistance génétique a été contournée depuis 2018 a été dressée par Terres Inovia en collaboration avec les organismes stockeurs ; elle est ​​​​disponible ici.
    ** Seul le semencier est en mesure de s’engager sur la justification de l’absence du traitement de semences (résistance polygénique à l’isolat de la race 714 contournant Pl8).

     

    ​​​​​​​Pour en savoir plus

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