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Innover avec les légumineuses à graines pour l’autonomie protéique en Bretagne

28 juin 2021

Le 8 juin s’est tenue une journée dédiée aux légumineuses à graines sur la station expérimentale de Kerguéhennec dans le Morbihan, organisée par la Chambre d’agriculture de Bretagne, Terres Inovia, la FRAB (Fédération Régionale des AgroBiologistes de Bretagne) et la FR CUMA OUEST. Malgré un début de journée dans le brouillard, c’est aux alentours de 120 personnes qui ont été accueillies avec autant d’agriculteurs que de techniciens. L’objectif était d’apporter des informations techniques sur la conduite des cultures de légumineuses à graines à partir de savoir-faire déjà existant ou par la présentation de projets permettant de développer ces cultures dans l’ouest.

Comment cultiver du soja en Bretagne ?
​​​​​​​Soja 2feuilles - Terres Inovia - V.QuartierMathieu Charron, ingénieur de développement à Terres Inovia, a expliqué que la culture du soja était tout à fait possible dans certains secteurs de la région. Depuis 2020, une centaine d’hectares sont cultivés en Bretagne avec des variétés 000. Quelques règles sont néanmoins à respecter et notamment viser une récolte avant fin septembre afin d'avoir des conditions de récolte favorables et d'éviter le retour de conditions trop humides pouvant engendrer des frais de séchages élevés. Pour cela, le semis doit être envisager entre le 20 avril et le 5 mai. Le semis est à soigner avec des semences inoculées, un sol favorable nivelé mais non tassé et suffisamment réchauffé (10°C), une profondeur de semis à 2-3 cm (en bio, 3-4 cm si passage de herse étrille à l'aveugle en prélevée). Le désherbage doit être adapté car la culture couvre lentement le sol : un prélevée et 1-2 post-levée si nécessaire en conventionnel ; en culture bio, herse étrille et binage peuvent être utilisées

La lentille et le pois chiche au rendez-vous
Bande lentille de la visite LAG Morbihan du 8 juin21 - Terres Inovia - V. Quartier​​​​​​Dans le cadre du projet W-SoLENT(1), différents itinéraires techniques sont testés sur cette station d’expérimentation afin de maximiser les performances de la lentille et notamment mieux gérer l’enherbement. En effet, la lentille est une culture peu couvrante et qui se salit facilement. Dans un premier temps, il est donc préférable d’installer les lentilles dans les parcelles pas trop sales, sans vivaces ; les parcelles avec cailloux sont également à éviter. Afin d’améliorer la culture, Caroline Cocoual de la Chambre d’agriculture nous présente les tests réalisés avec des plantes compagnes comme l'avoine, l’orge, le lin, la cameline ou la moutarde. Ces plantes servent de tuteur, en complément de la gestion de l’enherbement. Les résultats de 2020 indiquent certaines tendances qui seront à compléter au fil des années. Par exemple, l’orge comme plante compagne peut être concurrentielle de la lentille. Les résultats avec les autres plantes compagnes ne sont pas encore connus. Afin de pouvoir valoriser cette culture en local, une filière lentille est en construction dans l’Ouest grâce à l’association LEGGO(2).
Dans le cadre projet AsCoLUP(3), la culture du pois chiche, non connue dans le secteur, est à l’étude. La faisabilité est liée à la possibilité de semis précoce (mi-mars) avec 8 années sur 10 des risques de frais de séchage pour conserver correctement les graines. L’étude porte également sur l’ascochytose du pois chiche, maladie fréquente transmise par les semences. L’enjeu du projet est de mieux connaître la maladie et d’apporter des solutions aux agriculteurs. Par ailleurs, le pois chiche ne nodule pas naturellement dans les nouveaux bassins de production comme l’ouest de la France. Des tests d’inoculum, non homologués pour le moment en France, sont réalisés en microparcelles. Certains sont prometteurs nous précise Caroline Cocoual.

Développer pois, féverole et lupin pour l’autonomie protéique
Les 3 protéagineux, pois, féverole et lupin ont une richesse protéique différente : 20-25 % pour le pois, 25-30 % pour la féverole et 32-38 % pour le lupin (en % de matière sèche de la graine). Le choix d’une culture d’hiver ou de printemps est à déterminer selon le contexte parcellaire et les stress hydrique et thermique. Pour un protéagineux de printemps, il est préférable d’avoir un sol avec une bonne réserve utile (au moins 100 mm). La gestion des maladies et de l’enherbement est plus délicate en protéagineux d’hiver.
Dans les secteurs de l’Ouest, le lupin se cultive bien en association selon Aurélien Dupont de la Chambre d’agriculture de Bretagne. L’intérêt de l’association est multiple : meilleur pouvoir couvrant donc meilleure maîtrise des adventices avec possibilité d’une récolte supplémentaire de céréales (orge ou avoine). Selon les essais réalisés dans le cadre du projet ASAP(4), le bénéfice de l’association est dépendant du niveau d’enherbement de la parcelle, que l’on soit en lupin blanc ou lupin bleu selon les expérimentations menés sur la station de Kerguéhennec.

Des nouvelles possibilités s’offrent aux agriculteurs de l’ouest avec des cultures de diversification. Néanmoins, il est préférable de se renseigner sur la faisabilité de ses cultures selon le secteur et le contexte parcellaire ainsi que la valorisation des récoltes.

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(1)Projet W-SoLENT : ce projet a pour ambition d’accompagner les producteurs avec la mise au point d’itinéraires techniques sécurisant les productions de lentille et de soja dans les différents contextes pédoclimatiques de l’Ouest afin de garantir aux industriels un approvisionnement local et durable. Il est coordonné par Terres Inovia et financé par FanceAgriMer. Il réunit les chambres d’agriculture régionales (Bretagne, Pays de la Loire, Nouvelle Aquitaine), les chambres d’agriculture départementales (Charente, Charente-Maritime, Dordogne, Vienne), des coopératives et négoces (Groupe D’aucy, CAVAC, SAS AGRONAT, Coopérative de Creully).
(2)LEGGO : association pour accompagner le développement de filières pérennes de légumineuses à destination de l’alimentation humaine dans le grand Ouest
(3)Projet AsCoLUP : ce projet a pour ambition d’acquérir des connaissances sur l’ascochytose du pois chiche et l’anthracnose du lupin dans les bassins de production français, de mettre au point des méthodes d’évaluation du risque, d’identifier des leviers de lutte agronomique en culture ainsi que des traitements de semences utilisables en agriculture conventionnelle et biologique, dans le but de sécuriser les productions.
​​​​​​​(4)Projet ASAP : Appropriation des Solutions vers l'Autonomie Protéique (projet CASDAR)

Journée en image