Chargement en cours...
Préparation de campagne

Gestion de l'ambroisie à feuille d'armoise en tournesol et soja

L’ambroisie à feuilles d’armoise est une plante annuelle dont le pollen allergisant provoque des troubles tels que rhinite, conjonctivite, asthme, urticaire etc.

La nuisibilité de l'ambroisie à feuilles d'armoise est très forte sur le tournesol

En Rhône-Alpes où sa présence est importante, elle concurrence les cultures et elle est à l’origine d’un véritable problème de santé publique qui affecte de 6 à 20 % de la population selon la zone. Sa présence est également bien établie en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie.

Son aire d’extension croît d’année en année.

carte ambroisie à feuilles d'armoise 2018

L’ambroisie à feuille d’armoise est une problématique qui ne concerne pas seulement le milieu agricole mais tous les acteurs d’un territoire. Afin de suivre son évolution, un module de signalement est mis en place par l’observatoire des ambroisie. Y participer permet de mieux lutter contre cette espèce.

ambroisie à feuilles d'armoise dans du soja

Ambroise à feuilles d'armoise dans du soja

L’ambroisie à feuille d’armoise : une espèce envahissante très concurrentielle pour les cultures

Dans les grandes cultures, l’ambroisie, de par son cycle biologique, se développe en cultures de printemps, en particulier dans le tournesol, le soja, le maïs, le sorgho et même le pois. Dans ces cultures de printemps, elle est très concurrentielle. Cette nuisibilité est variable selon la densité de l’adventice, le type de culture et l’efficacité des méthodes de gestion utilisées. En culture de tournesol, une perte de l’ordre de 3q/ha par tranche de 10 ambroisies au m² avec une perte de rendement qui peut aller jusqu’au 2/3 de la récolte est observée.

Nuisibilité ambroisie dans tournesol

Reconnaître l'ambroisie à feuilles d'armoise

1. plantule - 2. jeune plante

ambroisie plante adulteambroisie en fleurs

3. plante adulte - 4. fleurs

Connaitre sa biologie pour mieux la gérer

schéma ambroisie

Les graines d’ambroisie sont capables de rester viables dans le sol au moins 10 ans (Taux Annuel de Décroissance faible). Les semences sont de tailles variables selon les milieux et sont capables de germer en surface comme en profondeur (6-8 cm).

Sa période de levée est longue : de mars à septembre.

La période de floraison est cependant peu influencée par la date de germination : une plante qui germe tardivement est capable de fleurir et de former des graines en un temps très court.

L’ambroisie a également une forte capacité de repousse : une ambroisie écimée par exemple est capable de repartir et de produire des graines rapidement.

L'ambroisie, plante annuelle

schéma ambroisie

Source : informations issues de l'Observatoire des Ambroisies

Depuis juin 2011 la règlementation européenne indique que la teneur maximale d’ambroisie ne doit pas dépasser 50 mg par kilogramme de graines destinées à la fabrication des aliments pour animaux, afin d’éviter la dissémination des graines d’ambroisie.

Méthodes de lutte

En raison de ses caractéristiques biologiques et de sa forte capacité d’adaptation, l’ambroisie n’est pas facile à éliminer des parcelles.

La lutte chimique montre ses limites (défauts d’efficacité, fortes pressions, résistance…) : une approche intégrée, avec un raisonnement à l’échelle de la rotation, est indispensable.

Leviers de lutte agronomique :

  • Introduction de cultures d’hiver dans la rotation
  • Gestion de l’interculture estivale
  • Faux-semis et décalage de la date de semis de la culture de printemps
  • Binage
  • Ecimage

Introduction de cultures d’hiver dans la rotation

Les cultures d’hiver ne favorisent pas la prolifération de l’ambroisie qui est estivale. Cela permet une rupture du cycle et donc un abaissement du stock semencier. Ceci n’est valable qu’à la condition d’une bonne gestion de l’interculture estivale.

Introduction de cultures d’hiver dans la rotation

Avec d’autres cultures, des herbicides aux modes d’action plus efficaces sont utilisables : contact et hormones dans les céréales, mésotrione en maïs et sorgho, proman en soja, etc…

Gestion de l’interculture estivale

Après récolte de la céréale, les jeunes ambroisies levées ne subissent plus la compétition de la culture et ont accès à la lumière : elles se développent donc rapidement dans les chaumes de blé. La lutte en interculture après une culture d’hiver (céréale, colza ou pois) est donc importante pour éviter d’augmenter le stock semencier de l’ambroisie.

Les déchaumages d’été détruisent les jeunes ambroisies et réduisent le stock grainier en faisant lever de nouvelles ambroisies durant l’interculture et en les détruisant mécaniquement ou chimiquement. Il est conseillé d’intervenir tôt après la récolte pour profiter de la fraicheur du sol (meilleure pénétration des outils) et si possible d’équiper l’outil d’un rouleau pour favoriser les nouvelles levées (qui seront détruites mécaniquement ou chimiquement). Les passages doivent se faire avant grenaison. Ne pas oublier la forte capacité de régénération de la plante : la profondeur de travail doit détruire les plantes levées.

déchaumage ambroisie

Le conseil est donc le suivant : juste après la récolte, réaliser un travail du sol pour détruire les pieds levés et faire un faux-semis. Début septembre, détruire les ambroisies présentes avant l’implantation du couvert ou de la culture suivante, sans générer de nouvelles levées.

Faux-semis de printemps et décalage de la date de semis du tournesol ou du soja

Réaliser un faux semis de printemps (ou une préparation précoce du sol) dès fin mars et décaler la date de semis au 1er mai (10-20 mai en forte infestation) pour permettre une destruction mécanique ou chimique des premières levées avant le semis.

Essai soja Terres Inovia 2016 (Hanc, 79)

essai soja terres inovia 2016

Dans cet essai, le décalage de la date de semis et la destruction des levées permettent de réduire la pression de l’ambroisie de 64% (dans les témoins).

Essai soja Terres Inovia 2016 (Hanc, 79)

Essai soja terres inovia

Cet essai montre que la combinaison date de semis 2 + Pulsar est bien plus efficace que celle date de semis 1+ Pulsar. Le décalage de la date de semis a donc une action intéressante.

Le conseil est donc de réaliser une préparation précoce du lit de semence de la culture (sols argileux) ou faux semis (limons) pour faire lever de jeunes ambroisies, puis de détruire mécaniquement ou chimiquement ces levées d’ambroisie avant le semis du tournesol ou du soja. Eviter une date de semis précoce (pour faire lever un maximum d’ambroisie afin de les détruire).

Binage

Biner le tournesol (à partir de 1 paire de feuille avec protèges plants ou à partir de 2 paires de feuilles sinon) ou le soja (à partir des premières feuilles unifoliées avec protèges plants ou à partir de la 1ère feuille trifoliée sinon) permet d’éliminer une proportion non négligeable des ambroisies présentes, même si les ambroisies sur le rang restent après binage. Ne pas intervenir trop tard et passer plusieurs fois si les fenêtres climatiques le permettent.

Essai de 2016 binage en soja (Bouloc, 82)

 

Le binage permet de gagner ici une vingtaine de points d’efficacité.

Le binage, en réduisant le nombre de pieds résistants, diminue la concurrence sur la culture et peut permettre de diminuer la pression de sélection.

Exemples de parcelles agriculteur en tournesol suivies en 2004 dans l'Isère

Ces résultats montrent que le binage, en association avec les herbicides, permet de gagner des points d’efficacité. Il est donc un bon complément, et ce même en situation de forte infestation.

Ecimage

L’écimage peut être une solution de rattrapage pour limiter le stock grainier. Il est à réaliser en fin de cycle (pas avant le 1er septembre) pour être sûr de ne pas laisser d’autres pieds d’ambroisie grainer après.

En soja, l’écimage est pertinent car la récolte est tardive (octobre) donc il existe un risque de dissémination des graines mûres.

Bonnes pratiques

Attention au transport de graines par le matériel de récolte : récoltez les zones les plus infestées en fin de chantier et nettoyez soigneusement la moissonneuse-batteuse pour réduire la dissémination vers les autres champs. Evitez les récoltes tardives en tournesol (autrement cela laisse à l’ambroisie le temps de grainer).

A retenir

La lutte permanente dans la rotation est indispensable pour gérer correctement l'ambroisie. Il faut donc combiner les leviers pour une efficacité maximale et une gestion du risque de résistance. Eviter le labour car les graines sont capables de rester viables longtemps dans le sol.

Gestion chimique

  Prélevée Postlevée
Tournesol

Racer ME 2l/ha

OU Proman* 2 à 2.5l/ha

* suivre les préconisations de la firme selon le type de sol

3 solutions :

- Pulsar 40 0,6l/ha + Actirob ou Dash HC ou Passat Plus 1 l/ha (variétés Clearfield Plus) à 2-3 feuilles du tournesol, renouvelé 8 à 10 jours plus tard.

- Express SX 30 g/ha + Trend 90 à 2-3 feuilles du tournesol, renouvelé 8 à 10 jours plus tard

- Pulsar 40 1.25 l/ha + Dash HC ou Passat Plus 2 l/ha (variétés Clearfield Plus) à 4 feuilles du tournesol
Soja

Proman* 1.5 à-2l/ha

* suivre les préconisations de la firme selon le type de sol

2 solutions :

Basagran 1 kg/ha (ou Corum 1 l/ha) à 2-3 feuilles du soja puis pulsar 40 +
Actirob B 8 à 10 jours plus tard.

Double application de Pulsar 0.6 l/ha + Actirob B à 2-3 feuilles renouvelée 8 à 10 jours plus tard.

feuilles du soja = 2 feuilles unifoliées + 1 feuille trifoliée

Intervenir, sur adventices de 2 à 6 feuilles maximum. Au-delà l'efficacité décroît. Une phytotoxicité passagère peut intervenir sans incidence significative sur le rendement.

Les solutions de prélevée sont insuffisantes. RACER ME 2 l/ha et PROMAN / INIGO à 2-2.5 L/ha (métobromuron) peuvent s’utiliser. Attention, suivre les recommandations de la firme vis-à-vis des doses d’utilisation du métobromuron en fonction du type de sol.

Les programmes de pré-levée puis post-levée avec des variétés tolérantes sont les plus performants. En post-levée, respectez impérativement le stade (4 feuilles du tournesol et 2-3 feuilles vraies du soja) et la dose d’homologation ; intervenir en programme après un PROMAN à 2l/ha ou Racer ME 2l/ha en prélevée (il est toujours préférable de faire une prélevée, même à 1,5 l/ha, plutôt qu’une impasse) :

  • PULSAR 40 1,25 l/ha à 4 feuilles du tournesol ou du soja. Préférez une double application de PULSAR 40 à 0,625 l/ha + Actirob B (ou Dash HC) à 1 l/ha dès 2-3 feuilles du tournesol ou 2-3 feuilles vraies du soja, avec 8-10 jours d’intervalle entre les deux applications.
  • PASSAT PLUS 2 l/ha à 4 feuilles du tournesol. Préférez une double application de PASSAT PLUS à 1 l/ha dès 2-3 feuilles du tournesol, avec 8-10 jours d’intervalle entre les deux applications.
  • 2 applications de EXPRESS SX 30 g/ha + TREND 90, la première à 2-4 feuilles du tournesol, la deuxième 8 à 10 jours plus tard.

En effet, le fractionnement en 2 applications améliore l’efficacité.

Résistance de l’ambroisie à feuille d’armoise

En 2015, un premier cas de résistance liée à la cible (RLC) a été repéré dans le Tarn-et-Garonne. En 2016, 3 foyers de résistance non liée à la cible (RNLC) ont été identifiés dans le Tarn-et-Garonne, le Rhône et la Haute-Garonne.

Les causes d’apparition de la RNLC sont le sous dosage de la substance active, les applications à des stades inadaptés, une faible sensibilité de l’ambroisie aux inhibiteurs de l’ALS (60-70% d’efficacité à pleine dose), la fréquence des cultures estivales et de l’utilisation de Pulsar 40 ou Express SX, des dates de semis précoces, l’absence de binage, la dissémination à la récolte… Attention, un herbicide de postlevée n’est pas un rattrapage.

Pour gérer la résistance aux herbicides

logo r-sim

L'ambroisie trifide : à ne pas négliger non plus !

ambroisie trifide dans champ de tournesol

Ambroisie trifide dans une parcelle de tournesol

Si l'ambroisie à feuilles d'armoise est l'espèce la plus répandue en France, il existe d'autres espèces dont l'ambroisie trifide que l'on peut notamment rencontrer dans le Sud-Ouest.

L’ambroisie trifide (Ambrosia trifida L.) est potentiellement aussi concurrentielle pour les cultures et aussi allergène que l’ambroisie à feuille d’armoise. Elle se retrouve, en France, essentiellement dans les milieux cultivés.

Pour participer à la lutte contre l’ambroisie trifide :

  • l’arracher autant que faire se peut (il est préférable de sortir les plantes des parcelles).
  • utiliser les mêmes pratiques agronomiques que pour l’ambroisie à feuille d’armoise : rotation des cultures (alternance de cultures d'hiver et cultures d'été), faux-semis…

Connaître et gérer la flore adventice

- Documents à télécharger :