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Les oléoprotéagineux, des ressources incontournables pour les insectes auxiliaires

Article rédigé par
  • Nicolas CERRUTTI (n.cerrutti@terresinovia.fr), Michael GELOEN (m.geloen@terresinovia.fr), Stéphane CADOUX (s.cadoux@terresinovia.fr)
Les oléoprotéagineux, des ressources incontournables pour les insectes auxiliaires
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    Modifié le : 13 sept. 2023

    En milieu agricole, lorsqu’on parle de ressources alimentaires favorisant la biodiversité, on pense en premier lieu aux jachères et aux espaces semis naturels à proximité des champs comme les haies car ils représentent des habitats pérennes et des lieux d’expression de la flore spontanée dont se nourrissent de nombreuses espèces d’insectes auxiliaires. Pourtant, les grandes cultures et particulièrement les oléoprotéagineux comme le colza, le tournesol et la féverole étant donné les surfaces conséquentes qu’ils représentent en France (1 759 000 ha en 2021 pour les trois cultures citées) et l’abondance de nectar et de pollen qu’elles produisent à des périodes clés, représentent une manne pour de très nombreux insectes floricoles comme les abeilles et les diptères (syrphes notamment). 

    Or ces insectes sont utiles aux producteurs de grandes cultures car ils fournissent des services aux agriculteurs : la régulation biologique des ravageurs et la pollinisation des cultures.

    Abeille sauvage visitant une fleur de colza. © Nicolas Cerrutti

     

    Les services écosystémiques de régulation biologique des ravageurs et de pollinisation entomophile

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    Colza, tournesol et féverole des ressources clés pour les abeilles

    Avec une floraison abondante et continue pendant près d’un mois au printemps et en été, le colza et le tournesol représentent des cultures incontournables pour l’alimentation de l’abeille domestique et l’activité économique qu’elle supporte : l’apiculture. Le colza est en effet la première grande culture mellifère française en termes de surfaces : elle représente 10% de la production nationale de miel qui s’élève à 31 791 tonnes en 2020. Le tournesol quant à lui représente 9%. Le développement de ces deux cultures mellifères en France est directement lié à l’installation de nombreux apiculteurs en zone de grandes cultures et à l’essor d’un modèle d’apiculture professionnel proposant un miel bon marché destiné à l’industrie agroalimentaire.

    Abeille domestique visitant un capitule de tournesol © Laurent Jung

     

    Cependant, colza et tournesol ne se limitent pas à être un support pour la production de miel. Avec sa floraison abondante en début de saison et son pollen de qualité, le colza représente pour l’abeille mellifère un apport nutritionnel irremplaçable qui permet aux colonies de monter en puissance d’un point de vue démographique au printemps et d’améliorer ainsi leurs performances dans la suite de leur parcours de production (synthèse du projet BEETRIP). 

    Pour le tournesol, les apports alimentaires interviennent au cœur de l’été qui est également une période relativement pauvre en ressources florales disponibles pour les abeilles. Cette culture permet aux abeilles de constituer des réserves alimentaires en prévision de la période hivernale. La féverole est également une source importante de pollen en été, période relativement pauvre du point de vue de la diversité floristique. 

    Depuis 2021, Terres Inovia conduit une étude en partenariat avec le négoce Ternoveo visant à analyser le bol alimentaire de 20 colonies d’abeilles domestiques implantées de manière pérenne sur 10 exploitations de grandes cultures. Il a été observé que parmi l’ensemble des espèces sur lesquelles les abeilles ont collecté du pollen du 14 avril au 17 juin 2021, soit au total 31 espèces, le colza et la féverole sont les deux espèces qui ont le plus contribué à l’alimentation pollinique des colonies. Le colza à hauteur de 24% en masse du pollen collecté sur cette période et la féverole à hauteur de 34% !

    Figure 1 : Alimentation pollinique des colonies d’abeilles en suivi. 
    Indications chiffrées : poids du pollen collecté en g du 14/04 au 17/06, toutes ruches confondues.

     

    Ces cultures à floraison massives ne sont pas uniquement visitées par l’abeille mellifère même s’il s’agit généralement de l’insecte le plus abondamment rencontré dans les parcelles. En effet, lorsqu’une activité apicole est exercée à proximité de parcelles de colza et de tournesol, celles-ci sont immédiatement identifiées et exploitées par cette espèce « généraliste » adaptée à la collecte de ces ressources abondantes. Pourtant, le colza comme le tournesol sont également visités par certaines espèces de bourdons et notamment le bourdon terrestre, certaines espèces d’abeilles solitaires généralistes à langues longues ainsi que de nombreux diptères.

     

    Le nectar extra-floral, un atout de la féverole

    Tout comme les vesces, la féverole produit ce que l’on appelle du nectar extra-floral sécrété par des glandes nectarifères situées sur des parties végétatives que l’on appelle « stipules».

    Détail d’une goutte de nectar extrafloral sécrété par la féverole. © Nicolas Cerrutti

     

    Ces sécrétions sucrées permettent d’attirer des insectes auxiliaires qui n’ont pas une morphologie adaptée au prélèvement de nectar dans les corolles profondes comme les syrphes et les hyménoptères parasitoïdes et de favoriser leur activité dans la culture en leur fournissant une ressource accessible et sur une période plus large que la floraison.

    La féverole est également une espèce très appréciée par les abeilles domestiques en raison de sa production de pollen en été, qui est une période où la flore est peu diversifiée.

     

    Chanvre, une source de pollen exploitée par les abeilles

    Le chanvre industriel est également une culture visitée par les abeilles domestiques, non pas pour la collecte de nectar puisqu’il n’en produit pas mais pour son pollen. Celui-ci peut constituer une ressource d’appoint en été, période parfois marquée par une disette alimentaire pour les abeilles dans les situations où le tournesol est absent des systèmes de culture.

    Champs de chanvre industriel © Louis-Marie Allard

    Le chanvre produit un pollen dispersé par le vent mais néanmoins attractif pour les abeilles qui peut constituer une part non négligeable du butin de l’abeille domestique. Des études conduites par l’INRAE du Magneraud de 2009 à 2012 utilisant le dispositif ECOBEE font état d’échantillons de pollen de trappes pouvant atteindre jusqu’à 15% de pollen de chanvre ! 

    Enfin, de par son pouvoir couvrant très élevé, l’absence de traitement phytosanitaire dont la culture fait l’objet et aussi en raison du fait que la totalité des feuilles de la plante de chanvre retournent au sol, créant ainsi un mulch en cours de culture, le chanvre est une espèce favorable aux insectes prédateurs du sol et notamment les araignées et les carabidées.

     

    Pour aller plus loin

    Le Numéro d’OCL spécial abeilles et cultures oléoprotéagineuses

    Le projet BEETRIP initié par l’ADARA qui étudie l’influence de différents parcours de production sur les performances des colonies d’abeilles domestiques et met en évidence l’apport majeur du colza dans la performance des colonies

    Le projet initié en 2021 par Terres Inovia et le négoce Ternovéo qui étudie la diète de l’abeille domestique en environnement de grandes cultures et plus précisément le rôle du colza dans l’alimentation des abeilles, la production de miel et les performances des colonies

     

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