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Lentilles blondes de Saint-Flour : retour sur une matinée de visite d’essai et parcelle

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Une matinée rallye en lentilles blondes a été organisée par la Chambre du Cantal (15) le jeudi 23 juin sur la commune de Saint Flour. Une vingtaine de personnes étaient présentes dont plus de la moitié étaient des agriculteurs membres de l’association des producteurs de lentilles blondes de Saint Flour, un représentant de l’INAO, deux conseillers techniques de la Chambre (Eva Fichet et Alexia Deltreil) et trois experts techniques Terres Inovia (Zoé Le Bihan, référente nationale lentille et lin oléagineux, Xavier Pinochet, Expert à la Direction des Opérations de Recherche et chargé de mission management des connaissances et formation scientifique et Laura Cipolla, ingénieure développement référente légumineuses à graines en Auvergne Rhône-Alpes).
Les personnes présentes ont pu découvrir les modalités testées en association de lentilles blondes sur l’essai de la Chambre mis en place dans le cadre du projet régional PEPIT légumes secs Auvergne-Rhône-Alpes et visiter la parcelle d’un agriculteur de lentille conduite en pur. Ces visites ont été l’occasion d’échanger sur les pratiques culturales des agriculteurs présents et pour nos experts techniques Terres Inovia de répondre aux nombreuses questions portant notamment sur les bioagresseurs et les facteurs de nodulation de la lentille.

Focus lentilles blonde associée


La matinée a débuté par la visite de l’essai de la Chambre avec de la lentille blonde (variété Flora) associée avec de l’orge, du blé, de l’avoine ou de la caméline (Tableau 1 et Figure 2). Les associations avec de l’avoine et caméline présentaient une concurrence en adventices moins importante qu’avec du blé ou de l’orge. Elles semblaient également recouvrir davantage le sol. Avec l’avoine, la parcelle était très propre ce qui pose la question de l’effet allélopathie de l’avoine sur la germination des adventices. Sur l’association avec de la caméline, la concurrence est moins marquée. Les rosettes de caméline couvrent mieux le sol d’où le nombre d’adventice limité. L’association avec du blé dont la variété tallait paraissait concurrencer la lentille qui peinait à se développer.

 

Tableau 1 : Modalités testées de l'essai lentille
​​​​​​​associée avec plantes compagnes de la CA15,
date de semis : 5 mai 2022.
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Densité de semis (kg/ha)

Peuplement (pieds/m²)

Plante associée + lentille

Modalité 1 :

Témoin lentille pur (PMG : 23g)

90 (ou 391 grains/m²)

116

Modalité 2 :

Orge + lentille

30

16 + 138

Modalité 3 :

Blé + lentille

35

23 + 130

Modalité 4 :

Avoine + lentille

15

40 + 138

Modalité 5 :

Caméline + lentille

1

18 + 131

 

 

Figure 2 : Lentilles associées à de l’orge sur l’essai de la CA15
(source : Eva Fichet)

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Retour sur les pratiques des agriculteurs de conduites des lentilles blondes dans le Cantal


La majorité des semis sur le secteur du bassin de la lentille blonde de Saint Flour ont été réalisés à la mi-avril avec des semis qui ont débuté fin mars jusqu’à début mai. Certains agriculteurs ont semé la lentille en pur (90 kg/ha à 100 kg/ha) ou en association avec de l’orge (30 kg/ha) ou de la caméline (3 kg/ha).

Etat des parcelles de lentilles blondes et diagnostics ciblés par les experts Terres Inovia


Au sein de l’essai de la Chambre, le peuplement en lentille était très hétérogène avec une perte à la levée de l’ordre de 60 %. Les stades de développement variaient entre floraison et levée. Un travail de sol peu efficace, un terrain accidenté et la présence de nombreuses mottes compactées, issues d’une précédente prairie temporaire, ont fortement pénalisés les levées de lentilles et la nodulation. La couverture au sol n’était pas satisfaisante ce qui a favorisé les levées d’adventices dont une majorité de chénopodes.


La parcelle de lentille conduite en pur était très homogène avec seulement 11% de perte à la levée et un peuplement satisfaisant de 313 pieds/m². Le stade de la culture était à pleine floraison avec pour la plupart des plantes comportant des groupes de 3 fleurs (Figure 4) et les premières formations de gousses. L’état sanitaire de la parcelle était bon avec un enherbement maitrisé lié à une bonne qualité d’implantation (Figure 3). Quelques dégâts de sitones ont été observés sur les feuilles du bas des plantes (Figure 5).

Figure 4 : Groupe de 3 fleurs sur lentille blonde
​​​​​​​(source : Zoé Le Bihan)

Figure 5 : Dégats de sitones sur follioles des feuilles du bas de la plante.
(source : Xavier Pinochet)

Figure 3 : Parcelle lentille blonde en pur, bon état d'enherbement, peuplement homogène.
(source : Zoé Le Bihan)

 

Xavier Pinochet a pu apporter son expertise sur la nodulation  rappelant que les bactéries nécessaires à la symbiose avec la lentille sont naturellement présentes dans les sols français et que la lentille par conséquent ne s’inocule pas. Cependant, plusieurs facteurs abiotiques peuvent interférer sur la nodulation et la fixation. La sécheresse est le 1er facteur limitant aussi bien de la nodulation que de la fixation. Comme illustré sur la parcelle d’essai, la structure du sol est un point important également. Un autre facteur bien connu est la présence d’azote minéral qui inhibe nodulation puis fixation.  Derrière une prairie il est probable que le niveau d’azote minéral soit conséquent et que la lentille ait cru essentiellement en assimilant l’azote du sol. Ceci peut conduire à des stress azotés passagers de l’ordre de 2 à 3 semaines entre la fin des prélèvements d’azote minéral et la prise de relais de la fixation, le temps que les nodosités se reforment. Ce point interroge les participants sur le bienfondé de la place de la lentille dans la rotation derrière prairie retournée. Mais la 2ème parcelle visitée montre qu’avec une bonne structure du sol, la situation est beaucoup plus favorable. Les sols du secteur de Saint Flour sont plutôt acides (pH 5 à 6), alors que les rhizobiums de la lentille préfèreraient d’après la littérature plutôt les sols alcalins.

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Il est donc nécessaire de veiller au taux de calcaire suffisant dans les sols, une bonne structuration du sol avec un lit de semence fin et des conditions hydriques suffisantes pour assurer une bonne mise en place des nodosités sur les racines de la plante.
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Figure 6 : Racines de lentille bien pourvues en nodosités
(source : Xavier Pinochet)

​​​​​​​Sur la parcelle de l’essai, des nodosités ont été observées en quantité trop faibles et la plupart des plantes comportaient des nodosités non fonctionnelles (couleur vert/ marron au lieu de rose) et très certainement mangées par des sitones. La parcelle visitée en lentille en pur présentait elle des nodosités en nombre tout à fait satisfaisant et fonctionnelles (bien roses) (Figure 6). Ces observations au champ ont pu mettre en évidence un travail de sol réussi et efficace sur la parcelle conduite en pur.

Suite aux questions des agriculteurs sur les bruches de la lentille, Zoé Le Bihan a pu présenter l’état de connaissance de la biologie de cet insecte ravageur. Les individus mâles colonisent les parcelles de lentille dès que les conditions leur sont favorables, bien avant la période de floraison. Les femelles arrivent ensuite sur la parcelle pour réaliser la reproduction et leur ponte débute dès le début de la formation des premières gousses. Les premiers vols de bruches sont liés à l’association de 2 facteurs : températures chaudes autour de 15°C et le stade de la lentille à partir de 4 feuilles. La référente lentille a également fait un focus sur les dispositifs existants de piégeage des bruches à base de kairomones.

 

 

Nouvelles perspectives et retours positifs des visites


La visite s’est terminée dans les locaux de l’association des lentilles blondes de Saint Flour avec notamment les explications du dirigeant de l’association, Serge Ramadier, sur les modalités de tri grâce à 2 trieurs : un à table densimétrique et le 2ème optique (Figure 7). Grâce à ces technologies, les producteurs ont la garantie d’une bonne qualité des lots vendus avec une lentille triée et un revenu assuré.

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Figure 7 : Local de l'association des producteurs de lentilles blondes de Saint Flour avec 2 trieurs de lentilles (source : Zoé Le Bihan)

 

Ainsi, cette matinée aura permis d’apporter des compléments scientifiques et techniques sur les constats des parcelles, de mettre en évidence de nouvelles perspectives d’essai et l’intérêt d’une mise en commun de moyens matériels et financiers afin d’assurer une valeur ajoutée à la production de lentilles blondes. L’objectif in fine est d’assurer la production de lentille du semis à l’assiette !