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Les abeilles domestiques ont des préférences variétales, quelle incidence sur la production de miel ?

En conditions de choix, l’abeille domestique montre des préférences pour certaines variétés de tournesol qui se traduisent dans les essais expérimentaux par des niveaux de fréquentation variables et jusqu’à 8 fois supérieurs pour les cultivars les plus attractifs. Quelle incidence ces écarts de fréquentation ont-ils finalement sur la production de miel ? Des éléments de réponse obtenus grâce au projet ApiTour1 mis en place en Pays de Loire entre 2017 et 2019. Ce projet piloté par la coopérative agricole Terrena a mobilisé l’expertise des instituts techniques Terres Inovia et ITSAP-Institut de l’Abeille ainsi que la coopérative des apiculteurs de l’Ouest.

variétés de tournesol et abeilles

Fréquentation du tournesol par les abeilles, quelle influence de la génétique ?

Depuis plus de 10 ans, les professionnels de l’apiculture rapportent des difficultés pour produire du miel sur la culture de tournesol. En Pays de Loire ou encore dans le Sud-Ouest, certains apiculteurs, relayés par les Associations de Développement Apicole font état de miellées insuffisantes et irrégulières qui contrastent avec les niveaux de production élevés des années 80. Une hypothèse à explorer serait que l’amélioration variétale du tournesol aurait conduit à une érosion du potentiel mellifère de la plante, non pris en compte dans les critères de sélection.

Pour investiguer cette question, Terres Inovia a mis en place des essais en micro-parcelles expérimentales en Nouvelle-Aquitaine et Midi-Pyrénées entre 2011 et 2013 et depuis 2014, poursuit les recherches en partenariat avec l’ITSAP-Institut de l’Abeille. L’objectif initial des études était de vérifier si, en condition de choix, les abeilles avaient la capacité de discriminer différentes variétés semées au champ en blocs randomisés et si celles-ci pouvaient être hiérarchisés selon leur niveau de fréquentation par les abeilles. Ce travail a permis de mettre en évidence l’importance du facteur « variété » dans l’explication des niveaux de fréquentation mesurés pour un panel de 13 variétés récentes. Les classements d’attractivité établis étaient relativement stables entre les sites expérimentaux et entre les années d’essais. Par ailleurs, il est à noter que les variétés anciennes qui ont été testées n’ont pas montré de niveau de fréquentation particulièrement élevé ce qui va à l’encontre de l’hypothèse d’une possible érosion de potentiel, en tout cas pour ce qui concerne l’attractivité vis-à-vis des abeilles.

Du niveau d’attractivité au potentiel mellifère, les apports du projet ApiTour

En 2017, le projet ApiTour est lancé pour une durée de trois ans. Il se donne pour objectif de vérifier, grâce à la méthode standardisée ColEval développée par l’UMT PrADE, s’il existe un lien direct entre le niveau de fréquentation d’un cultivar par les abeilles mesuré en conditions de choix et son potentiel mellifère en conditions naturelles à l’échelle d’un territoire d’un rayon d’1.5 km.

Le projet ApiTour s’appuie sur deux types de dispositifs :

  • Des essais en micro-parcelles expérimentales (2017 à 2019) pour mesurer les niveaux de fréquentation de 11 variétés de tournesol en conditions de choix.
  • Un observatoire territorial (2019). Ce dispositif consiste à contrôler l’emblavement en tournesol sur deux territoires homogènes de 1.5 km de rayon, de manière à avoir un territoire dominé par une variété de tournesol attractive et un territoire avec une variété peu attractive pour les abeilles puis à placer un rucher de 20 ruches sur chaque territoire pendant la miellée de tournesol pour y évaluer la production de miel.

Les études en micro-parcelles du projet ApiTour confirment les résultats antérieurs : la génétique du tournesol a une influence significative sur le niveau de fréquentation par les abeilles ; aucun cultivar ne fait l’objet d’une absence de visites par les abeilles en dépit d’écarts de fréquentation allant jusqu’à un facteur de 8.

comparaison plurinanuelle abeilles et variétés tournesol

L’étude montre également que les caractères de tolérance aux herbicides (VTH), l’année d’inscription et les types variétaux (oléïques/linoléïques) n’ont pas d’influence significative sur le niveau de fréquentation du tournesol par les abeilles.

Dans le cadre du projet ApiTour, les différences d’attractivité mesurées en conditions de choix ne se traduisent pas par des écarts de potentiels mellifères. En effet, les gains de poids des ruches pendant la miellée de tournesol obtenus sur les deux sites de l’observatoire territorial sont identiques (33 et 34%). Au-delà des limites de l’étude qui découlent des sources de variabilités inhérentes aux dispositifs conduits en conditions réelles (présence d’autres espèces mellifères, conditions climatiques et environnementales non strictement identiques entre les deux territoires d’étude, etc…), voyons quels sont les éléments qui peuvent impacter le niveau de fréquentation d’un cultivar de tournesol par les abeilles.

Le niveau de fréquentation du tournesol par les abeilles est la résultante de l’interaction entre plusieurs facteurs. Certains ont un déterminisme génétique uniquement, d’autres ont des traits qui peuvent être fortement modulés par les conditions pédo-climatiques, notamment les précipitations. En premier lieu, entrent en ligne de compte des facteurs responsables de la qualité et de la disponibilité des ressources alimentaires recherchées par les abeilles : index glucidique et composition en sucres du nectar, dynamique de sécrétion de nectar, qualité du pollen... En second lieu, des facteurs en lien avec l’accessibilité de cette ressource pour les abeilles qui est à mettre en relation avec la morphologie de leurs pièces buccales : profondeurs des fleurons du tournesol, autres éléments de morphologie florale... Enfin, il existe des facteurs susceptibles d’influencer le comportement de butinage des abeilles qui ne sont pas directement en lien avec la ressource alimentaire produite mais qui influencent néanmoins les visites : signature chimique des cultivars en lien avec l’émission de composés secondaires (attractive ou répulsive), critères visuels de reconnaissances des variétés, etc…

Le projet ApiTour suggère que le niveau de fréquentation d’un cultivar en conditions de choix n’est pas un indicateur de son potentiel mellifère. Il incite à engager des études complémentaires pour étudier spécifiquement la ressource en nectar et les facteurs qui y sont associés pour établir les conditions dans lesquelles elle peut être limitante pour les abeilles, et ce, en considérant à la fois la génétique du tournesol qui détermine un potentiel et aussi les conditions pédo-climatiques susceptibles de le moduler. Enfin, pour obtenir une production de miel effective, il faut une force de travail pour collecter la ressource disponible, celle d’abeilles butineuses en nombre et en état de santé suffisants, éléments qui sont sous la dépendance de l’éleveur, c’est-à-dire l’apiculteur et ses pratiques d’élevage.

1ApiTour est financé à 40% par la région Pays de Loire.

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