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Implantation/semis

Leviers agronomiques de gestion des dicotylédones en colza

La gestion des adventices commence bien avant le semis du colza

La clé de la réussite réside dans la mise en œuvre de méthodes préventives qui faciliteront la maîtrise des adventices en culture.

La combinaison de plusieurs techniques de lutte pour limiter la pression d'adventices doit être privilégiée.

Diversifier les rotations

La rotation de cultures diversifiées sur une même parcelle constitue un des leviers agronomiques les plus efficaces dans le cadre d’une gestion à long terme des adventices. En effet, chaque créneau de date de semis est favorable à des adventices dont les levées préférentielles coïncident avec celles des cultures (exemple : vulpin et blé d’hiver, géraniums et colza, sanve et pois de printemps, morelle et tournesol, etc).

Varier les successions culturales dans les rotations permet donc de perturber la germination et la croissance des adventices.

Eviter les rotations courtes (colza-blé, colza-blé-orge, par exemple) qui aboutissent à la prédominance d’espèces spécialisées, calées sur les cycles culturaux.

Profiter des différentes familles chimiques disponibles.

Anticiper la gestion. Par exemple contrôler les géraniums dans les céréales ou durant l’interculture limitera le problème dans le colza.

 

Travailler le sol en interculture

Le travail du sol a des effets importants sur l’évolution de la flore adventice dans les systèmes de culture.

  • Effets directs (destruction de plantes en interculture).
  • Effets indirects sur le stock semencier présent dans les premiers horizons de sol (enfouissement ou remontée de graines, levée de dormance ou mise en dormance des graines, etc.).

Le labour permet de « tamponner » les évolutions de flore : s’il n’est pas trop dressé, il enfouit une grande majorité du stock semencier superficiel et remonte les graines jusqu’alors incapables de germer car trop profondes. Il élimine, par la même occasion les adventices levées. Les dicotylédones sont cependant pour la plupart assez persistantes dans le sol, ce qui fait que le labour n’est malheureusement pas le levier idéal pour les gérer.

Le déchaumage doit être réalisé avant la grenaison des adventices, par exemple dans la foulée de la récolte.
Il peut stimuler la levée groupée de certaines espèces (bromes, géraniums en août, vulpins en septembre-octobre), à la faveur d’un temps humide et doux dans les jours qui suivent l'opération. On obtient alors le résultat recherché par la technique du faux-semis.

Le faux-semis consiste à préparer un lit de semences fin et rappuyé très tôt avant le vrai semis, pour favoriser la levée des adventices. La destruction des adventices levées peut s'envisager de façon mécanique (outil de déchaumage, herse étrille) ou de façon chimique par un herbicide non sélectif. Sur le long terme, le faux-semis permet de réduire le stock semencier de la parcelle et peut s'avérer très utile sur les adventices problématiques en colza.

Le semis direct

Le semis direct du colza a montré de bons résultats sur les levées d’adventices dans la culture, qui sont réduites car la réduction du flux de terre provoque moins de germinations. Par exemple, le semis direct a permis de réduire 85 à 95% des levées de géranium dans le colza sur un ensemble d’essais Terres Inovia.

Pour réussir le semis direct du colza, aucun travail du sol ne doit être fait avant et un semoir à disques doit être utilisé avec une vitesse inférieure à 7km/h pour limiter le flux de terre (et donc réduire les risques de stimuler de nouvelles germinations d’adventices). Les chasse-débris sont indispensables pour « nettoyer » la ligne de semis et ainsi éviter le pincement des pailles dans le sillon qui gêne la germination des graines. Les disques limitent le flux de terre, évitant ainsi de provoquer de nouvelles levées d’adventices.

Un sol bien structuré sur l’horizon 0-20 cm est nécessaire pour bien réussir son semis direct et pour permettre un bon enracinement du colza. Le semis direct en colza nécessite donc de l’anticipation et une attention particulière pour éviter les tassements.

Associer des plantes compagnes au colza

Semer le colza en association avec des légumineuses gélives compagnes permet de concurrencer le développement des adventices dans les situations à risque adventices faible à moyen. En effet, le meilleur ennemi de la mauvaise herbe (en plus de la matière active) est la biomasse aérienne du colza et des couverts. La compétition culture + couvert associé vis-à-vis des adventices est renforcée par l’association. A condition d’obtenir une levée précoce du colza associé (avant le 1er septembre), certaines plantes compagnes (comme le trèfle d’Alexandrie, la lentille, la vesce pourpre notamment) peuvent contribuer à gérer des adventices qui lèvent en décalé ou de façon échelonnée par rapport au colza (comme le gaillet, les matricaires, les véroniques, la capselle…) tout en diminuant les quantités herbicides anti-dicotylédones.

Les plantes compagnes associées au colza ne limitent pas les levées d’adventices. En revanche, elles contribuent à limiter leur croissance en biomasse (donc souvent leur nuisibilité et leur potentiel grainier) grâce à un taux de couverture colza + légumineuses plus élevé. L’effet est notable lorsque la biomasse aérienne fraiche (colza + légumineuses) dépasse 1,5 kg/m² en entrée hiver.

L’association modifie peu le nombre d’adventices levées mais contribue à limiter leur développement (effet biomasse du colza complété).

Pour réussir cet effet du colza associé, les non-légumineuses sont à proscrire car elles présentent un risque de concurrence vis-à-vis du colza, sans avoir d’atout décisif en termes de concurrence des adventices. Il est conseillé également de choisir des plantes gélives pour éviter la concurrence entre le colza et les plantes compagnes. Pour concurrencer les mauvaises herbes dans le colza, les plantes compagnes les plus intéressantes sont la lentille, les vesces (vesce pourpre notamment) et le trèfle d’Alexandrie (type mono-coupe) car leur vitesse d’installation et leur port sont de bons atouts pour couvrir le sol. En respectant les dates de semis, le choix des espèces et les densités de semis conseillés, les légumineuses associées ne nuisent pas au colza durant l’automne car leur phase de croissance active est plus tardive que celle du colza. De plus elles utilisent préférentiellement l’azote de l’air grâce à la fixation symbiotique.

En résumé, pour maîtriser les dicotylédones en colza :

  • raisonner le désherbage tout au long de la rotation
  • renforcer la lutte contre ces espèces dans les céréales,
  • pratiquer les faux semis pour favoriser la levée avant le semis du colza ou du blé,
  • ne pas exclure le labour occasionnel ou le binage,
  • réaliser un programme de désherbage bien adapté à la flore.

 

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