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Associer des légumineuses au colza : une stratégie à anticiper aujourd'hui

Colza associé à des légumineuses - Terres Inovia - V. QuartierLa motivation principale des producteurs qui associe leur colza à des légumineuses est l’obtention de bénéfices vis-à-vis de la lutte contre les insectes, et un moindre recours à la lutte chimique. D’autres services sont recherchés : améliorer la quantité d’azote disponible pour le colza, la fertilité chimique des sols, ou encore limiter les risques d’asphyxie racinaire dans des parcelles hydromorphes.

Quelles sont les situations agronomiques les plus adéquates ?

Les retours sur investissement sont globalement plus favorables aux colzas en sols calcaires  et argileux, à faible réserve minérale disponible à l’automne, là-même où la culture peine à  se développer durant l’automne. Dans les sols à forte minéralisation ou avec apports de produits organique, le colza se suffit à lui-seul pour l’obtention d’une bonne croissance et
d’un bon statut azoté.
En cas de forte pression larvaire (altises ou charançons du bourgeon terminal), la féverole apporte un renfort intéressant pour limiter les dégâts larvaires. La combinaison de différents leviers fait franchir un cap supplémentaire de tolérance vis-à-vis des dégâts.

Attention, les parcelles à risque d’enherbement - c’est-à-dire non maîtrisés par des programmes « haut de gamme » appliqués en prélevée – sont peu candidates du fait d’une certaine sensibilité des légumineuses à ces herbicides.

Quelles sont les clefs de la réussite ?

Une bonne levée du colza et des légumineuses de début à mi août est indispensable. Plus le stade des légumineuses est avancé en entrée d’hiver, plus ces dernières seront sensibles au gel. Et plus la biomasse du couvert est importante, plus les chances d’atténuer les dégâts larvaires seront grandes. Les règles d’or :

  • Choisissez une variété de colza peu sensible à l’élongation,
  • Soignez la préparation et semez tôt : soyez prêt à semer dès début août en zones continentales et dans les sols calcaires, superficiels ou argileux. Saisissez le meilleur créneau possible (selon les pluies annoncées) du 5 au 20 août pour faire germer et lever le couvert ;
  • Pour les parcelles à risques d’élongation (en bordure maritime, sols profonds, à forte
  • disponibilité en azote), visez une levée entre le 25 et 31 août.

Quelles plantes compagnes privilégier ?

Si les petites graines peuvent être mélangées dans le semoir au colza, la féverole par exemple nécessitera une deuxième trémie ou un passage spécifique supplémentaire pour le semis.

Privilégiez les espèces les plus sensibles au gel que sont les lentilles, fenugrec, gesse, variétés mono-coupe de trèfle d’Alexandrie. Les vesces sont peu sensibles au gel (surtout la vesce commune), de même que le trèfle blanc. La sensibilité de la féverole de printemps dépend de son niveau de développement et de l’intensité du gel lorsqu’il survient.

Les lentilles, trèfles d'Alexandrie et fenugrec s’installent vite après semis, contrairement aux vesce commune, gesse intermédiaire et trèfle blanc. Les légumineuses sont également sensibles au sec à la levée. La féverole, le trèfle d’Alexandrie et les vesces produisent un bon niveau de biomasse avant hiver. Dans les parcelles à risque aphanomyces pour le pois ou la lentille cultivée, optez plutôt pour la féverole, le fenugrec, ou le trèfle d’Alexandrie.

Quelle densité de peuplement viser ?

Pour la féverole, il faut 50 à 80 kg/ha pour escompter 12 à 15 plantes/m². Pour les lentilles
ou fenugrec, semez 10 à 15 kg/ha pour tabler sur 30 à 40 pieds/m². Si c’est du trèfle
d’Alexandrie, 5 kg/ha suffisent pour un peuplement de 100 à 150 pieds/m². Pour les vesces, visez 10 à 15 plantes/m² à partir d’une dose de 10 kg/ha de semences. Pour le colza, ne changez rien, suivez les conseil habituels.

A l’instar des mélanges réalisés en interculture, de nombreux mélanges d’espèces
légumineuses gélives sont pratiqués en colza associé. L’idée est de composer des couverts aux multiples atouts. Par ex. : Féverole + Vesce + Trèfle d’Alexandrie ou Gesse + Fenugrec + Lentille ou Féverole + Lentille ou Gesse + Lentille + Trèfle d’Alexandrie.

Quelles adaptations de l’itinéraire technique ?

  • ​​​​​​​Adaptez la stratégie herbicide pour ne pas générer de phytotoxicité sur les légumineuses. Privilégiez dans la mesure du possible des applications à 30 à 50 % des doses homologuées de Novall, Alabama, Springbok, Tanaris, Butisan en post-précoce (15 à 30 j après semis) voire des fractionnements [prélevée puis post-levée précoce]. Les lentilles et les trèfles sont les légumineuses les plus sensibles et les vesces et féveroles les moins sensibles aux chloroacétamides ou clomazone appliqués en prélevée. Plus les applications sont proches du semis, plus elles sont efficaces vis-à- vis des adventices mais moins elles sont sélectives des légumineuses associées, et vice-versa. Les produits Mozzar, Ielo, Callisto et Lontrel détruisent les légumineuses, ce qui n’est pas le cas avec Fox et bien-sûr les anti-graminées foliaires et racinaires.
  • Restez vigilants vis-à-vis des menaces insectes tout au long de l’année. Maintenez un suivi via les cuvettes et observations de plantes pour appliquer les règles de décision habituelles (méthode Berlese, comptages…). Ne surestimez pas la tolérance des colzas associés dans les situations a priori à risque.
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► Accéder au guide complet "Colza associé à un couvert de légumineuses gélives"

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