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Point colza - Une phase reproductive semée d’embuches

 

Jean Lieven (Normandie – Ile de France Ouest)

Le 04 mai 2018

Dans quasiment tous les secteurs de Normandie et dans certaines régions des Yvelines (moitié Nord du département notamment) et du Val d’Oise, de nombreuses parcelles produisent péniblement des boutons, fleurs et siliques. Selon les secteurs, de 10 à 40 % des parcelles montrent des signes préoccupants du fait d’avortements massifs de boutons et de coulures de fleurs. Le rythme de floraison est dans l’ensemble peu soutenu. La migration des assimilats carbonés vers les organes reproducteurs est manifestement entravée. Et tout laisse à croire que la phase de floraison sera courte cette année.

 

Depuis le début de l’année 2018, la culture peut souffrir d’une conjugaison dommageable d’accidents sanitaires et d’à-coups météorologiques (excès d’eau en hiver, gels tardifs fin février puis vers le 20-mars et chaleurs estivales vers le 20 avril). Un petit secteur de l’Eure (Bourgtheroulde, Le Neubourg) a même été impacté par un épisode de neige ce lundi 30 avril. Les tiges ont plié sous le poids des 5 à 7 cm de neige épaisse.

En fragilisant le métabolisme des plantes, ces évènements stressants pour le colza exacerbent depuis un mois les effets causés par une pression insectes particulièrement remarquée (larves d’altises, méligèthes et plus localement charançons de la tige). La floraison est souvent laborieuse.

  

Les 3 photos suivantes (source Terres Inovia) ont été prises le 2 mai 2018 dans un rayon de 2 km, à la frontière Calvados / Orne (secteur Trun)

Colza sain, maîtrise

des ravageurs dans

le contexte de l’année

Colza affecté (larves

d’altises, méligèthes)

Colza très affecté

(larves d’altises, charançons

de la tige, méligèthes)

 

  

Retours sur quelques faits majeurs en lien avec la pression insectes

Altises d’hiver : les larves ont profité de conditions particulièrement douces en octobre puis janvier pour atteindre les pétioles dès novembre puis migrer progressivement sous les boutons terminaux. Bien que globalement fréquentes en tout secteur (niveau de présence très hétérogène selon les parcelles), les infestations ne furent pas forcément des plus abondantes en entrée hiver. Beaucoup de producteurs se sont hélas laissé surprendre et la vague de froid de fin février a accentué les dommages. D’après les suivis terrain réalisés dans les principaux secteurs de production de la région, environ 30 à 40 % des parcelles de colza dans la région pourraient être pénalisées par les larves d’altises (plantes chétives, ports buissonnants, réduction des facultés de bourgeonnements et branchages axillaires, pertes de croissance et retards de développement).

 

Méligèthes : dans les premiers jours d’avril, de façon généralisée, un à plusieurs vols successifs de méligèthes, souvent très rapides et abondants, ont gagné des colzas peu vigoureux aux stades D2, E. La présence des toutes premières fleurs a souvent dissuadé les producteurs de considérer les risques à leur juste mesure. Le colza ne présentait pas, au moment des vols, un stade suffisamment avancé et/ou ne disposait pas de ressources suffisantes pour enclencher une floraison « franche » afin de remporter le rapport de force. Après des impasses et/ou applications insecticides « en pompier » sur des populations bien au-delà des seuils de risque, les colzas ont cédé à la pression. Les phénomènes d’avortements de boutons sont en grande partie causés par ce ravageur cette année. Les préjudices sont aggravés et parfois spectaculaires si d’autres accidents sanitaires et physiologiques contrarient en même temps la culture.


Charançon de la tige : ordinairement moins fréquent que le méligèthe, ce ravageur a toutefois été piégé dans plusieurs secteurs sur la deuxième quinzaine de mars, en période sensible pour le colza. Les dégâts sont actuellement signalés surtout dans un triangle reliant Saint Pierre sur Dives / Falaise / Argentan, dans plusieurs régions de l’Eure (vallées de l’Eure notamment), de l’Est de Seine-Maritime, Val d’Oise et nord des Yvelines. Cet insecte est particulièrement préjudiciable sur des colzas affaiblis par d’autres parasites ou par des accidents climatiques.

 

Une gestion des ravageurs certes pas simple… mais ne négligez pas pour autant les fondamentaux !

La gestion a priori des risques vis-à-vis des ravageurs fut complexe au printemps 2018. Les choix tactiques ne furent pas faciles à prendre et les interventions souvent difficiles à positionner. Au regard de ces faits imprévisibles ou soudains, il convient de souligner l’importance de suivre les recommandations en matière de prévention, analyses de risques et critères de choix tactiques (date et produits de traitement notamment). 

Plus que jamais, Terres Inovia encourage les producteurs et techniciens à recourir aux différents moyens de gestion tactique des ravageurs du colza : dissections au champ ou tests Berlese pour estimer la pression altises en entrée hiver, réseaux et suivis de cuvettes pour appréhender les risques de charançon de la tige, respect des seuils de risques et appréciation au cas par cas des menaces méligèthes, BSV et outil d’alerte Expert sur www.terresinovia.fr

  

Quelles perspectives d’évolution des parcelles à problème ?

A plus de deux mois des récoltes, il est trop tôt pour prédire l’impact de ces phénomènes. La compensation du colza est possible, et parfois surprenante comme cela a été constaté en 2010 et 2017.

Toutefois, cette compensation sera influencée par l’état sanitaire et végétatif de la parcelle et les conditions météo à venir. Pour les colzas qui cumulent plusieurs aléas climatiques et un fort parasitisme depuis le début de l’année et qui présentaient déjà un niveau de croissance très faible en mars-avril, la compensation sera difficile et limitée. A l’inverse, les colzas avec un bon état végétatif mais ayant de nombreux avortements pourront mieux poursuivre leur cycle, même en décalage dans le temps, et réaliser de nouvelles ramifications.

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