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Interview de Christian DANIAU, agriculteur

Christian Daniau, agriculteur, témoigne de la problématique oiseaux en culture de tournesol en Charente.


Christian Daniau (C.D.)

Mon assolement est actuellement constitué de 1/3 de céréales à paille, 1/3 de maïs irrigué et 1/3 d’oléagineux (colza + tournesol). J’irrigue la moitié de ma sole de tournesol en groies très légères lorsque c’est possible. Je me suis installé en 2012 mais ma femme exploite depuis 1995. Le tournesol a toujours été présent sur l’exploitation sur 25 à 30 ha. Malgré les attaques d’oiseaux fréquentes, il conserve sa place pour garder une rotation équilibrée.
      

TI : Quels sont vos rendements habituels ?

C.D. : En sec, je compte sur 15 à 20 q/ha selon les années tandis qu’en irrigué je mise sur 28 à 35 q/ha avec des pointes supérieures à 40 q/ha. En 2014, année pluvieuse, mon tournesol irrigué a réalisé 45 q/ha. Je pense qu’en optimisant sa conduite (irrigation, fertilisation azotée, bore, binage, régularité du peuplement, écartement réduit à 40 cm) l’espèce est capable de monter à 50 q/ha : mon objectif est de l’atteindre sur une parcelle en 2017.

TI : Que faites-vous pour lutter contre les oiseaux ?

C.D. : La lutte doit commencer dès le mois de mars. J’ai 2 angles d’attaques complémentaires : la régulation par la chasse et l’effarouchement.  En premier lieu, je passe fréquemment sur mes parcelles au moment de la levée plusieurs fois par jour. Nous nous partageons cette surveillance avec mon épouse car nous considérons que cette tâche fait partie intégrante de l’itinéraire technique.

Pour les effaroucheurs visuels, ils sont de fabrication maison : anciens sprinklers couverts d’un big bag sur lequel mes enfants dessinent des yeux, pantins (épouvantails), piquets de clôture avec un morceau de rubalise brillante (facilement déplaçable). Pour maximiser leur efficacité, il faut les poser au dernier moment pour éviter l’accoutumance, en nombre suffisant et régulièrement espacés.

J’utilise aussi des effaroucheurs sonores variés : imitant les cris d’oiseaux, les pistolets détonnant et sifflant ainsi que le fusil. Les appareils simulant des oiseaux en détresse sont aussi efficaces que les canons au semis et à la récolte, et sont moins gênants pour la population (arrêt automatique le soir). Les pistolets spécifiques sont très efficaces, il n’y a besoin ni de permis ni d’autorisation et ils rentrent dans la boîte à gant.

Pour la régulation des populations, l’investissement des chasseurs est stratégique c’est pourquoi une bonne entente entre les producteurs et les sociétés de chasse est primordiale. En Charente, la fédération des chasseurs propose le permis gratuit depuis 2 ans, seule la validation annuelle (environ 100 €) reste à régler. Personnellement, je paie aussi des cartouches aux chasseurs qui acceptent de m’aider pour protéger mes tournesols. Au sujet du processus d’autorisation de tirs, la démarche est simple et rapide auprès de l’administration. En tant qu’exploitant, une fois la demande réalisée l’accord me parvient dans la journée. La régulation se fait à poste fixe avec l’aide d’appelants.


TI : Avez-vous essayé autre chose ?

C.D. : Oui,  cette année la population était si importante que nous avons  organisé avec succès 3 journées de tir à proximité des corbeautières avec un lieutenant de louveterie.

J’ai également essayé plusieurs répulsifs : rien ne marche vraiment en végétation sur pigeons après plusieurs années de test. Si le tournesol est levé, il y a toujours des dégâts avant l’intervention dont le positionnement est délicat et le produit est rapidement lessivé par les pluies !


TI : Quel bilan feriez-vous de votre expérience ?

C.D. : En moyenne, les attaques d’oiseaux touchent 1/3 de mes tournesols et provoquent des resemis si ma surveillance n’est pas assidue. Selon moi, trop de  palombes sont devenues sédentaires, et les populations de corbeaux continuent de progresser. Seule une régulation des populations permettra de préserver nos semis mais aussi de limiter les dégâts en fin de cycle.

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