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Point colza - Des parcelles ne fleurissent pas avec des avortements massifs


 

     

 

A. Van Boxsom (Hauts de France)

L. Ruck (Champagne-Ardenne, Aisne, Seine-et-Marne)

A. Baillet (Lorraine, Alsace, Haute-Marne)

D. de Fornel (Bourgogne-Franche-Comté) 

 

Le 18 avril 2017

A ce stade, cette analyse est partielle. Les investigations de nos ingénieurs continuent pour préciser les secteurs touchés et affiner le diagnostic.

Le printemps en cours se caractérise par des conditions exceptionnellement sèches, des écarts de températures mini – maxi élevés à très élevés et même des gelées parfois marquées depuis que les cultures de colza sont entrées en floraison ou en cours de montaison.
Depuis une quinzaine de jours, on signale des parcelles de colza présentant des niveaux importants d’avortement de fleurs et boutons floraux. De tels symptômes ont déjà été observés dans le passé et le diagnostic des causes a toujours fait débat.

Photo : nombreux boutons avortés

 

   

Secteurs où les problèmes sont particulièrement marqués (au 17/04)

Les problèmes de floraison ont été principalement observés dans l’Oise autour d’Estrées-Saint-Denis. Cependant d’autres situations comparables ont été rapportées en Haute Normandie et plus ponctuellement dans d'autres régions.

Description des symptômes

Alors que les cultures de colza devraient être en pleine floraison, certaines parcelles manifestent depuis une quinzaine de jours de grandes difficultés à entrer en floraison. Une observation plus attentive permet de constater un avortement massif de fleurs et de boutons floraux. Le phénomène touche alors souvent l’ensemble de la parcelle. Dans ces secteurs, ces parcelles peuvent aussi parfois côtoyer des parcelles apparemment intactes.

 

 

Photo : parcelle avec nombreux avortements

Des précédents en France mais aussi en Allemagne

De tels cas ont déjà été aussi rapportés dans des pays voisins, dont le sud de l’Allemagne en 2009 par exemple. Il ne s’agit donc pas d’un phénomène «nouveau » mais d’un phénomène plus ou moins récurrent se manifestant lors de printemps où la tendance anti cyclonique domine avec les conséquences associées, faible à très faible pluviométrie pendant des semaines, temps clair avec fort rayonnement synonyme de gros écarts de températures jour-nuit et des gelées nocturnes.

De multiples causes envisageables

Un tel phénomène se manifeste sur un secteur géographique assez large, les recoupements réalisés entre situations (facteurs de conduite culturale en particulier) permettent très rarement d’identifier une et unique cause capable d’expliquer à elle seule les symptômes observés. On est typiquement dans le domaine des interactions. Les premières investigations réalisées qui se poursuivent permettent de faire les constats suivants : 

-   L'alimentation en eau en fonction du climat x sol : il parait déterminant. Les symptômes touchent les secteurs et les parcelles les plus séchantes.
-    L'écart de température jour-nuit : une plante qui subit des écarts extrêmes de températures entre le jour et la nuit voit sa physiologie très perturbée ; elle ne sait trop si elle doit se mettre en fonctionnement reproductif ou (encore) temporiser et prioriser la croissance de sa biomasse.
-    Le gel : les organes reproducteurs (ovules) sont particulièrement sensibles aux températures basses y compris aux stades les plus précoces, stade boutons. L’observation des parcelles touchées ne montrent pas de symptômes classiques de gel de fleurs mais des avortements de boutons qui militent plus en faveur d’une perturbation précoce de la méiose et des étapes suivantes.

-    La qualité de l’enracinement : les parcelles concernées peuvent présenter des enracinements et/ou des qualités structurales médiocres à très moyennes. L’alimentation en eau et en nutriments s’en trouve alors fortement limitée même si ces derniers sont présents dans le sol.  

-    la variété : à ce stade rien ne permet d’incriminer une variété plutôt qu’une autre. Des cas sont observés sur plusieurs variétés à génétique et précocité différentes
-    Les attaques de ravageurs :
pression localement forte de méligèthes et/ou charançons de la tige du colza peuvent amplifier les dégâts, mais ne pouvant toutefois expliquer l’ampleur du phénomène à elles seules dans les parcelles observées
-    Les phytotoxicités régulateurs, résidus herbicides du précédent et mauvais rinçages de cuves : à ce stade et sur l’échantillon de parcelles pris en considération, la comparaison des itinéraires techniques de la culture et du précédent ne permet pas d’identifier de relation entre les pratiques et les symptômes observés.

Et pour la suite ?

Les capacités de récupération de la plante colza sont largement reconnues et documentées. La compensation est néanmoins très dépendante des conditions climatiques à venir. Un retour significatif de la pluie dans les 15 jours à venir permettrait aux parcelles concernées de ré-activer des bourgeons dormant et d’engager un nouveau cycle de floraison. A la date de rédaction de cette note, les prévisions météorologiques ne paraissent malheureusement pas des plus favorables, pluies limitées et nouvelles gelées matinales. On peut néanmoins conseiller de maintenir les parcelles en place d’autant plus qu’aucune solution crédible de remplacement n’est envisageable.

Photos d'une parcelle avec le même type de problème en 2010 - Velaine en Haye (54) - Rendement final 25-27 q/ha estimé pour un potentiel de la parcelle de 30-35 q/ha environ :

3 mai : aucune fleur                      6 juin : pleine floraison                       le 20 juillet : maturité

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